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RECIT DE VOYAGE EN BATEAU

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Le voyage de Casalibus (suite)

...PREMIERE PARTIE: de Valence sur le Rhône à la Sardaigne. (Été 2005 suite)

La Corse Occidentale

 

Lundi 1er Août

 

En poursuivant vers l'est, nous longeons le massif de l'Estérel et ses roches de couleur ocre. De nombreuses plantations de pins maritimes essayent de faire oublier les dégâts causés par le feu mais on sent bien que tout çà reste fragile. Longer sous voiles, par brise modérée cette côte déchiquetée, représente sans doute la plus belle partie de notre trajet depuis Marseille.

Cette après midi de navigation s'achève à Théoule sur Mer où nous mouillons à l'abri de la houle, dans cette baie merveilleuse, surplombée par les roches où se cachent de très belles demeures construites avec cette pierre de couleur rouge qui donne tout le charme à ces lieus.

Tout respire le charme et la tranquillité à Théoule. Du petit port à la plage en passant par les maisons du bord de mer, on ne ressent que perfection et bien être et si la météo nous contraignait à un séjour prolongé, il n'y aurait rien de dramatique…

Notre journée se clôturera par un superbe feu d'artifice tiré depuis une barge. C'est fou se qu'il peut y avoir de feux d'artifices en été dans le midi de la France!

 

Mardi 2 Août

 

Après une nuit à l'image des lieux, tranquille, nous partons pour Cannes où deux impératifs nous attendent: le marché couvert et le bar d'en face. Le premier pour la diversité de ses produits, le deuxième pour la singularité de l'établissement.

Le marché couvert de Cannes offre un choix de fruits et légumes complets et variés (pour la première foi de ma vie j'ai vue, de mes yeux vue, des amanites des Césars, au milieu d'autres variétés de champignons venus de toute l’Europe).

Quant au bistrot d'en face, allez y déguster un verre de blanc après avoir fait votre marché, et vous aurez la surprise de vous retrouver avec deux ou trois assiettes de tapas absolument délicieuses, mises gracieusement à votre disposition! Dans ces conditions, vous n'hésiterez pas a commander un deuxième petit blanc de pays…

Le retour au bateau est un peu long et fatigant mais à deux heures de l'après midi, c'est sans doute le soleil qui en est la cause.

Une petite navigation nous mènera aux îles de Lérins, à deux milles nautiques de Cannes, où le mouillage devant l'île Sainte Marguerite est beaucoup plus agréable que l'avant port de Cannes où des lignes d'eau interdisent aux bateaux d'approcher à moins de trois cents mètres de la plage.

Nous rencontrerons d'ailleurs souvent ce problème qui nous oblige quelque foi à mouiller par quinze ou vingt mètres de fond, en dehors de la protection bienfaisante de la digue ou de la pointe rocheuse abritant la baie, parfaitement protégée d'après la carte ou le guide nautique. Cette même carte ne mentionnera pas non plus les nombreux mouillages réglementés qui fleurissent sur nos côtes. Dans bien des cas, il n'est plus possible de mouiller sur ancre et des corps morts son à disposition moyennent 15 ou 20 Euros de redevance. Ou est la cohérence quand on sait qu'aujourd'hui, la plaisance explose et que, dans le même temps, il y a de moins en moins de places disponibles dans les ports! Il arrive même, comme à Calvi, que la gestion de ces mouillages payants est attribuée à une société privée! On invoque bien évidemment la protection des fonds marins car une ancre peut causer des dégâts irréversibles, mais la circulation au milieu du mouillage de quantité de scooters des mers ne semble déranger personne! Allons bon, encore un coup de colère, il va falloir que je me remette en question moi!              

Il y a beaucoup de similitudes entre l'île Sainte Marguerite et l'île de Porquerolles. Bien sûr, elles n'ont pas la même taille, mais elles sont toute deux sauvages, peuplées de pins et sans voiture. En se qui concerne Sainte Marguerite, il est très facile et très agréable d'en faire le tour à pieds, le sentier étant à l'ombre des pins la plupart du temps. Pas de vélos non plus et beaucoup moins de monde qu'à Porquerolles.

La nuit au mouillage sera plutôt agitée car un vent d'est soutenu s'est levé pendant la nuit. Le couloir étroit du chenal entre la Pointe de la Croisette et l'île, et le peu de profondeur de ses eaux, font que la mer devient vite inconfortable. D'ailleurs, c'est la deuxième foi que nous nous faisons avoir dans ce site. A méditer…

 

Jeudi 4 Août

 

Après une nuit réparatrice dans la très belle Anse de la Garoupe à Antibes, nous allons mouiller dans l'avant port et débarquons pour effectuer les dernières courses avant La Traversée. Le marché d'Antibes n'est pas très grand, mais la vieille ville vaut largement le déplacement. En temps normal, un mini bus vous transporte gratuitement depuis le port jusqu'au centre ville. Je dis en temps normal car les transports en communs d'Antibes sont en grève depuis deux mois!  

     

Samedi 6 Août

 

Il est une heure du matin, la nuit est belle et la mer d'huile. Les lueurs d'un feu d'artifice au loin (encore un) semble nous souhaiter bonne route. Nous venons de quitter le mouillage de La Garoupe avec deux heures d'avance sur les prévisions, mais le sommeil m'a déjà abandonné. De toute façon, mieux vaut trop tôt que trop tard car les 95 milles nautiques qui nous sépare de Calvi représentent tout de même entre 16 et 19 heures de navigation. Au moteur évidemment comme, c'est souvent le cas dans ce sens de la traversée. Ma seule inquiétude concerne le moteur justement. Je ne connais rien de lui mis a part son âge. Il n'a pas posé de problème jusque là hormis l'alarme de refroidissement en début de périple alors que, démâtés, nous traversions le Golf de Fos, moteur a fond avec un fort vent d'est dans le nez et une mer agitée. J'essaye de repousser cette angoisse latente et profite de ce moment de quiétude, seul dans le cockpit, Brigitte étant retournée se coucher. Les conditions météo que nous allons rencontrer devraient être bonnes, le Cross Méditerranée nous l'a confirmé tout à l'heure après appel sur le 16 pour signaler notre traversée. Nous risquons juste de trouver une mer formée à proximité des côtes de la Corse. Pour l'instant, tout est calme et le pilote maintient sans problème notre cap au 130°. Au deux tiers de son régime maximum, notre Yanmar de 18 chevaux nous pousse à plus de 6 nœuds dans la nuit. Je ferais le point lorsque Brigitte réapparaîtra, pour l'instant, l'heure est à la rêverie.

Il est 3 heures du matin lorsque j'allume mon GPS portable et là, surprise! La position qu'il me donne est décalée de 15° par rapport à la route orthodromique que j'ai tracée sur la carte. Sur une traversée comme celle ci, il n'y a pas de place pour l'incertitude sur le cap à tenir. Angoisse angoisse quand tu nous tiens! Il faut absolument que je trouve l'erreur. Qui de mon compas ou de mon GPS est faut? Après plusieurs relevés sur le phare de La Garoupe, il est évident qu'il s'agit du compas de cloison qui affiche un cap erroné de près de 15 °. Un appel radio à un voilier que nous croisons nous confirme notre position. Rien de bien grave, mais quelques milles de perdus.

Il n'y a rien de plus monotone qu'une traversée sur la Corse au moteur. Même si, sur un bateau, on est sensé ne jamais s'ennuyer, le temps peu paraître long. Surtout si les dauphins vous boudent et qu'aucune baleine ne vient respirer dans les alentours. Pourtant, nous aurons quand même une visite insolite et si nous n'avions pu filmer cet instant, je n'en parlerais pas, de peur de ne pas être pris au sérieux. J'avais déjà vu quelquefois, lors de traversée précédentes, des hirondelles venir se reposer dans les barres de flèches ou un petit oiseau se nicher quelques minutes derrière la capote du roof, mais là, nous avons bénéficié de la visite d'un oiseau pendant plus de deux heures. Non seulement il n'était pas décidé a partir, mais il a fini par s'installer à l'abri de la capote au début, puis carrément à l'intérieur du bateau, sur l'évier ou devant le miroir du carré. De temps en temps, il sortait prendre l'air et n'hésitait pas a venir se poser sur nos jambes, nos bras ou même notre épaule! Nous n'avons jamais essayés de le prendre dans nos mains de peur de l'effrayer et après son départ, nous nous sommes regardés en pensant la même chose: était-ce un rêve ou avons nous vécu ce moment privilégié?                      

A onze heures du matin, nous ne sommes plus qu'à une trentaine de milles de la Révellata et la houle est bien au rendez-vous. Le vent quant à lui est beaucoup trop faible et nous n'avons pas envie de retarder notre arrivée, prévue pour la fin de l'après midi. Nous continuons au moteur, la grand voile stabilisant un peu le voilier dans la houle.

A l'image de ses habitants, la Corse n'aime pas se dévoiler aussi facilement. Vous avez beau écarquiller les yeux, rien, vous ne voyez rien et quand vous pensez distinguer des montagnes, se ne sont finalement que des cumulus d'altitude. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle on dit souvent que l'on sent la Corse avant de la voir. En se qui nous concerne, se n'est qu'à 6 milles des côtes que nous finissons par l'apercevoir sans la sentir pour autant. Il est vrai que le vent, l'après midi, vient du large et qu'il ne peut pas nous apporter toutes ces odeurs caractéristiques de la Corse. Une de mes précédentes arrivées sur Girolata au petit matin m'avait effectivement apporté les parfums à 10 milles de l'arrivée.

La Corse, elle ne se laisse pas approchée facilement non plus. Incroyable comme la pointe de la Révéllata est difficile a atteindre et les deux dernières heures n'en finissent pas, d'autant que la mer est de plus en plus forte. Le bonheur a sans doute un coût qu'on ne peut évincer.

Il est 17 heures, nous prenons un coffre dans la baie de Calvi, nous sommes fatigués…

 

Calvi, le 7 Août

 

Quelle nuit mes amis, quelle nuit! J'ai dormi comme un bébé. La fatigue de la traversée peu être, la sérénité d'être amarré sur corps mort aussi, le Pommard 89 sans doute… Vingt huit ans de mariage ajouté à notre première traversée sur la Corse à bord de Casalibus, ça se fête.

Le temps est nuageux et les sommets qui bordent la baie de Calvi sont noyés dans le brouillard. Pourtant, la magie du lieu fait son effet. Les souvenirs reviennent et pour moi, Calvi a toujours représenté la première étape du voyage. La prise de contact avec l'inconnu, le mystère, la grande histoire de la navigation en Méditerranée.

La ville de Calvi est évidemment un haut lieu du tourisme en Corse. Les quais sur le port avec le  balais incessant de ferries crachant leurs lots de véhicules et de passagers, mais c'est aussi une ville adorable où il est possible de dénicher le petit bar du coin ou la boucherie cachée, connu essentiellement des autochtones, où l'on vous vendra la meilleur viande de l'île si vous savez être patient…y'a du monde avant vous et on y palabre pas mal!

Après un avitaillement complet et deux navettes avec l'annexe, nous retrouvons Casalibus au mouillage, mais le vent a beaucoup forci et des rafales à 35 nœuds nous obligent à envoyer notre deuxième ancre. Et comme dans ces cas là, il y a toujours des imprévus, un zodiac de la société de gestion des corps morts, occupé par deux représentants de cette organisme nous intime l'ordre de "dégager" de la zone car nous sommes en dehors des limites matérialisées par deux discrètes bouées jaunes. Pourtant, nous avons bien mouillés à l'est des corps morts comme indiqué dans le Bloc Marine. Comme nous sommes en train de déjeuner, nous leurs demandons un petit délai. Les menaces sont telles que nous préférons partir sur le champ! Remonter deux mouillages par 35 nœuds de vent puis les reposer deux cents mètres plus loin nous prend plus d'une heure. Merci les gars!

Ces violentes rafales d'ouest dureront jusqu'au soir et tomberont aussi subitement qu'elles sont arrivées… Premier mystère!

 

Lundi 8 Août

 

Le soleil se lève sur la baie de Calvi, mais comme le chantait Higelin, c'est le jour que j'aurais aimé voir se lever. Dommage, mais six heures, c'est un peu tôt pour moi. La luminosité est remarquable et chaque détail du relief entourant la baie est visible. Il y a une semaine, la tragédie du crash d'un canadaire se déroulait sur les hauteurs de Calvi et les restes de l'avion sont parfaitement distincts au milieu du maquis calciné. 

A 9h30, nous débarquons sur la plage alors que des rouleaux sont en train de se former à intervalles réguliers. Rien de bien grave pour le moment mais on ne sait jamais. Nous nous informons auprès de l'école de voile locale et la monitrice présente nous conseille vivement de ne pas partir trop loin. La houle peu devenir forte et nous empêcher de remettre notre annexe à l'eau. Nous suivons son conseil et regagnons notre bord. Une demie heure plus tard, se sont des rouleaux de deux mètres qui submerge la plage obligeant les baigneurs a remonter leurs accessoires plus haut sur le bord de plage. Le mouillage devient vite inconfortable et nous choisissons de partir à l'extrême nord est de le baie, toujours sur les conseils de notre amie la monitrice de voile, au sud de la pointe d'Agazo. Un bonheur! Plus de houle ni de vent et des fonds de sable blanc visibles par plus de huit mètres, le tout entouré de blocs de granit dignes des Lavezzi. De plus, l'endroit semble peu connu car nous ne sommes que quatre bateaux sur le site. Il est vrai que notre guide " Corse Sardaigne " n'en parle pas et que ce mouillage est très peu visible du large. Une balade à terre s'impose et le tour de la pointe est absolument magnifique. Tout ceci confirme une des règles principales valables en mer comme en montagne: toujours s'informer auprès des locaux sur les conditions météo du secteur et les professionnels sont souvent les plus compétents en la matière.

 

Mardi 9 Août

 

Notre nuit fut très calme ce qui n'a pas été le cas des bateaux restés sur les bouées dans la baie de Calvi, le vent de nord-est ne s'étant calmé que très tard dans la nuit. Après un dernier passage à la boucherie pour notre ravitaillement et un ultime verre de blanc dans "notre" bar, nous filons sur l'ouest, en direction de la baie de Crovani, après une pose déjeuné dans le Golfe de la Révéllata. L'endroit est sauvage et présente l'intérêt de ne pas être trop fréquenté tout en étant proche de Calvi.

Après le coup de vent de la veille, évidemment, c'est le grand calme! C'est au moteur que nous attaquons cette descente de la côte ouest en restant proche du rivage. Le paysage est grandiose, montagneux et sauvage. Quelques calanques s'enfoncent dans les falaises, mais je ne me risquerais pas à les approcher, même avec un petit voilier.

La baie de Crovani est relativement bien protégée des vents de secteur nord. L'endroit est sauvage et seul un camping occupe le terrain. Nous débarquons pieds nus sur la plage recouverte de galets…Le guide parlait d'une plage de sable…     

    

Mercredi 10 Août

 

Une descente de la côte occidentale de la Corse passe immanquablement par Girolata. Connu de tous les navigateurs, Girolata est un lieu mythique à ne pas manquer. Pourtant, ce serait une erreur de s'y rendre directement car la côte en arrivant par le nord, réserve des merveilles de criques accessibles qui font le bonheur des petites embarcations. C'est l'anse de Focalara que nous choisissons pour la pose déjeuner. Cette petite plage de sable bordée de roches rouge est un enchantement. Nous ne sommes que quatre voiliers a jouir de l'ambiance "Robinson" du lieu. Aucun chemin ne permet d'accéder à la plage et un maquis épais en interdit l'accès par la terre. Seul le temps incertain et orageux nous recommande de ne pas rester ici pour la nuit. Dommage, mais la navigation c'est aussi savoir profiter des instants éphémères de certains paradis en oubliant jamais qu'ils peuvent devenir un enfer en cas de mauvais temps.

La pluie a fini par arriver alors que nous abordons la réserve naturelle de Scandola. Evidemment cela change beaucoup l'attrait de cette partie de la côte sans aucun doute, la plus belle de Corse. J'en suis désolé pour Brigitte pour qui cette navigation est une première. Cependant, l'état de la mer nous permet quand même d'emprunter le passage de Gargalo. Etroit chenal entre l'île de Gargalo et la côte, surplombé de hautes falaises rouges à vous couper le souffle! Il faut vraiment avoir une grande confiance au guide et à la carte marine pour s'aventurer dans ce couloir où l'on ne donne qu'entre deux à trois mètres de profondeur!

Pour ma part, c'est plutôt serein que je m'engage à petite vitesse dans ce passage déjà emprunté dans le passé. La transparence de l'eau donne l'impression de ne plus avoir grand chose sous la quille, mais l'instant est magique! La mauvaise surprise viendra d'un bateau de promenade qui s'engage allégrement en sens inverse alors que nous nous trouvons dans le passage le plus étroit du chenal. Je dois dire qu'à cet instant, je ne me pose aucune question d'ordre juridique sur les priorités en mer, et c'est à pleine puissance que j'engage la marche arrière afin de ressortir de cette mauvaise passe. Et comme une manœuvre précipitée est souvent une manœuvre ratée, Casalibus se retrouve en travers! Si j'ai pu récupérer ce mauvais pas sans dommage, aujourd'hui, je me pose toujours la question du "comment?"…

Girolata…connu de tous! Et çà se voit. La cinquantaine de bateau au mouillage nous interdit tout simplement l'accès! J'ai du mal à reconnaître l'endroit désert où nous débarquâmes, un petit matin au mois de mai, après une traversée depuis le continent à bord de Sianael. Nous avions alors mouillé par trois mètres de fond, à cent mètres des embarcadères!

C'est finalement dans l'anse de Tuara, un mille plus au sud, que nous jetons l'ancre en avant de six autres voiliers. Avantage de notre faible tirant d'eau! L'endroit est sauvage, même si l'accès est possible depuis la route. Très peu de monde sur la plage: une heure et demie de marche, ça dissuade même les plus courageux.

C'est en annexe que nous allons visiter le petit village de Girolata et c'est toujours l'enchantement. Bien sur, il vaut mieux ne pas avoir de courses à faire. Les produits à l'épicerie sont rares et chers. Quant à la Piétra, il est préférable de monter un peu pour aller la déguster au bar restaurant qui surplombe la baie car au débarcadère, vous payerez quand même quatre Euros le demi!

Les navettes incessantes des vedettes qui débarquent les touristes depuis Porto rendent le mouillage très agité. Nous ne regrettons pas notre exile forcé à Tuara.

Retour au bateau et là, surprise! Les retardataires sont arrivés et à dix huit heures trente, nous comptons vingt trois bateaux au mouillage! A souhaiter que le vent ne forcira pas trop dans la nuit. Nous en avons pour qui la technique de mouillage est quelque peu sommaire… Arrivés en marche avant, on pose le mouillage au fond et on sort l'apéritif! Vous avez dit trois à cinq fois la hauteur d'eau? Ha! et puis tester le mouillage en marche arrière, voir plonger pour s'assurer de la bonne tenue de l'ancre? Pas au courant! Bon, à la votre…

Le vent attendra finalement le matin pour se lever et faire déraper le premier voilier dont l'équipage dort encore. Corne de brume pour essayer de réveiller quelqu'un! Récupération in extrémiste du bateau par son capitaine a une encablure de la plage. Il est temps de partir de ce coupe-gorge avant que d'autres voiliers ne subissent le même sort en embarquant au passage les mouillages d'autres bateaux. D'autant que le vent monte maintenant à plus de trente cinq nœuds dans les rafales.

Le vent du sud ouest ne nous laisse guère de choix pour nous mettre à l'abri dans ce secteur. Peut-être l’anse de Ficajola? Bon choix, très bon choix.          

Minuscule plage au pied du village de Piana surplombée de ces rochers rouges qui font la particularité des calanques. Nous sommes sous le vent des hautes falaises et l'endroit est des plus calmes. Quelques cabanes de pêcheurs se dissimulent sur la plage, au milieu des rochers. Nous ne sommes que quatre voiliers à nous partager les eaux cristallines de cette crique ravissante. Dans l'après midi, le temps toujours orageux et la sur population des lieux nous incite à quitter ce paradis.

Le vent du sud ouest n'a pas faibli et c'est sous l'orage qui a fini par éclater, que nous jetons l'ancre dans la baie de Chuni, parfaitement abritée des vents de secteur sud. C'est d'ailleurs son seul intérêt. Club Med sur la plage et nombreuses vedettes de promenade cassent l'ambiance un peu sauvage du site. Qui dit Club Med  implique forcément sports nautiques…mécaniques!

 

Vendredi 12 Août

 

C'est la houle qui nous réveille au petit matin. Beaucoup trop tôt à mon goût…Direction Cargès, car plus rien ne nous retient ici!

Cargès, la ville aux deux églises, l'une catholique l'autre orthodoxe. Cela ressemble plus à un gros village qu'à une ville. Depuis le port, il faut gravir la pente raide qui mène au centre et aux commerces, mais une fois sur les hauteurs, la vue est grandiose et Casalibus mouillé dans l'avant port parait bien petit.

Cargès mériterait que l'on s'y attarde un peu, mais le mouillage n'est pas très confortable et nous avons rendez-vous avec des copains au camping de Liscia.

Nous jetons l'ancre dans la partie sud de la baie de Liscia, la houle étant atténuée par la pointe de Palmentoju. Il est seize heures et nous mettons l'annexe à l'eau. Après plusieurs essais infructueux, il faut bien se rendre à l'évidence, il ne démarrera pas! Voilà maintenant quelque temps qu'il est de plus en plus capricieux. Bon! Reste les rames. Mais de savoir que les copains nous attendent au bar du camping avec une Piétra, l'effort paraît nettement moins dur… Rien que le mot me fait saliver et s'il est une chose que j'aime en Corse, c'est bien cette bière gouleyante et fruitée…

 

Dimanche 14 Août

 

A 7h30, nous levons l'ancre. Je devrais dire les ancres, car nous avions installé un mouillage à l'arrière afin de maintenir le bateau face à la houle. Heureux les gens de mer qui savent anticiper… La météo tombée hier au soir sur le navtexte était formelle: avis de grand frais d'ouest! Nous aurons passé deux jours bien agréables en compagnie de Jeff et Nath qui ont pu nous donner quelques nouvelles du pays. Non! le pays ne nous manque pas pour l'instant, mais en parler après un mois et demi d'absence fait du bien. Et puis nous avons pu prendre possession de notre courrier qu'ils nous avaient gentiment acheminé. Dans tous les cas, partir de la baie de Liscia devient une nécessité compte tenu de son orientation plein ouest. Nous avons récupéré notre moteur hier au soir, le mécano ayant diagnostiqué une panne d'allumage due  à des infiltrations d'eau de mer dans le cylindre. J'ignorais qu'il ne fallait jamais coucher à l'horizontal un moteur hors bord au risque de faire s'écouler l'eau de refroidissement par l'orifice d'échappement à l'intérieur du moteur. Résultat, la bougie était totalement corrodée! Merci à la station service de Tiuccia.

Pour l'instant, le vent est toujours absent et c'est au moteur que nous effectuons les quatre heures de navigation qui nous séparent d'Ajaccio dans une mer de plus en plus formée. Pas très agréable tout çà. Nous ne pouvons même pas nous arrêter au mouillage des Sanguinaires à l'entrée du Golfe d'Ajaccio. Dommage, car je me souviens d'une escale paradisiaque, un jour du mois de Mai, au pied du phare des Sanguinaires. Décidément, Brigitte n'a pas de chance. Peut-être au retour…

Après une liaison radio avec les capitaineries des ports d'Ajaccio, il s'avère qu'il n'y a aucune place de disponible pour nous, ni même sur bouées dans la zone réglementée à l'entrée du port Ornano. C'est pourtant là que nous laisserons filer l'ancre par dix mètres de profondeur, au milieu des bateaux sur coffres et des autres, qui comme nous n'ont pas eu d'autre choix que de se mettre là où ils le pouvaient. Certains ne manquent pas de nous faire la remarque qu'un force sept est annoncé pour la soirée et que le mouillage risque de devenir "chaud"! Je reste à bord et laisse Brigitte aller seule, avec l'annexe, faire quelques courses et laver le linge à la laverie du coin.  

 

Lundi 15 Août

 

Finalement, la soirée et la nuit ont été très calme, non pas que le coup de vent annoncé nous ai épargné, mais la baie d'Ajaccio se révèle être un excellent abri par vent d'ouest à nord ouest.

Par contre, j'ai l'impression que toutes les ambulances et les véhicules de police se sont donné rendez-vous à Ajaccio…Incroyable le nombre de sirènes que l'on peut entendre dans cette ville! Pas cinq minutes sans un "pimpon" tonitruant sur le port!

Le 15 Août n'est pas le jour idéal pour une visite de la vieille ville. Peu de commerces sont ouverts et les rues sont plutôt désertes. D'autant que les employés communaux  étant en congé, la citée est passablement sale! Même le marché n'est pas à la hauteur de ce qu'il est d'ordinaire. Très peu de primeurs et par conséquent, des prix élevés pour les fruits et légumes de l'île. Nous regagnerons le bord avec cependant un excellent fromage Corse et deux kilos de moules élevées sur l'île.

En début d'après midi, nos voisins de mouillage nous font l'agréable surprise de nous inviter à prendre le café sur leur voilier. C'est la deuxième fois seulement depuis notre départ que nous sommes conviés à bord d'un autre bateau et cela reste notre plus grande déception. Nous même avons essayés quelquefois de tendre la perche aux bateaux qui nous semblaient être des bateaux de voyage. Sans succès. Le monde de la plaisance semble être complètement fermé. J'espère sincèrement que l'avenir me fera mentir…J'attends  beaucoup de ces rencontres souvent riches en enseignements. Notre voisin, skipper et propriétaire de son" Espace" de treize mètres, rentre d'une transat aller retour avec son chien, puis d'un séjour prolongé au Portugal.

A chacune de ces rencontres à venir, je repartirai  avec la certitude que nous avons fait le bon choix.

 

Mercredi 17 Août

 

Notre séjour à Ajaccio se termine avec une impression mi figue, mi raisin. La ville a beaucoup de cachet, mais nous nous y sentons mal à l'aise. Le bruit, la saleté, l'accueil…

Avantage de notre passage  en dehors de l'avitaillement dans les supers marchés du port, nous avons pu changer notre VHF qui nous a lâchés sans préavis. Première mauvaise surprise qui n'arrange pas les finances des navigateurs. Souhaitons qu'il n'y en ait pas trop à  l'avenir.

La houle, toujours de sud ouest nous autorise à  faire une pose déjeuner  dans la Anse de Sainte Barbe, au sud du Golfe d'Ajaccio. L'approche est un peu délicate car bordée de roches affleurantes, mais l'abri est bon et le coin tranquille. La tour génoise veille sur les lieus et une balade à terre s'impose.

Partir, toujours partir! Bien que nous n'ayons pas de programme de navigation précisément défini, il nous faut quand même continuer si nous voulons, comme prévu, descendre la côte occidentale de la Sardaigne. Mais le sud du golfe d'Ajaccio est si joli…

Un nouveau "saut de puce" nous amène dans la anse de Chiavari, vaste plage de sable cernée de chaque côté par des récifs. Chose étonnante que de se retrouver seul dans un tel mouillage à seulement cinq miles d'Ajaccio. La nuit sera particulièrement calme et c'est la pluie qui nous sortira de notre cabine à huit heures du matin.

 

Jeudi 18 Août

 

Arrêt non prévu dans la baie de Cupabia! Encore une fois, nous avons du modifier notre programme pour cause de météo. Sous le vent du cap Muro, c'est au moteur que nous avons progressé, longeant la côte en profitant de sa beauté. Passé le cap, c'est un vent frais de sud est qui nous surprend. Nous profitons de l'occasion pour descendre plein sud en débordant largement Muro. Casalibus nous surprend agréablement mais voilà, nous devons lofer de plus en plus afin d'atteindre Porto Polo où nous avons prévu de retrouver Martine, une amie de "chez nous", en compagnie de Jeff et Nath. A moins de tirer des bords musclés dans le Golfe de Valinco, seul la "risée diesel" peu nous tirer d'affaire. Avec trente nœuds de vent dans le nez, la navigation au moteur devient vite pénible d'autant que celui-ci rechigne à donner le maximum de ses possibilités. Problème de chauffe qu'il va bien falloir régler rapidement. Il est temps de prendre la décision salvatrice car s'obstiner à remonter le vent devient ridicule et cette baie de Cupabia sur notre bâbord abrite déjà quelques bateaux qui semblent parfaitement immobiles au mouillage. Il est treize heures quand nous jetons  l'ancre à l'abri de la pointe de Porto Pollo. Quel bonheur ce calme après ces deux dernières heures de navigation fatigante… Nous ne sommes qu'à deux kilomètres du point de rendez-vous avec les copains, à peine dix minutes de voiture. Notre rencontre se fera quand même et dans un coin fort sympathique. Confirmation, s'il y en avait besoin, que l'obstination est un très mauvais conseiller!    

 

Vendredi 19 Août

 

Après un arrêt ravitaillement au super marché de Porto Pollo, amarrés à un coffre, nous choisissons de traverser au sud du Golfe de Valinco dans la baie de Campomoro. Le mouillage est parfaitement abrité et le village charmant, donc…bondé. Et oui, tout fini par se savoir en croisière, les bons plans comme les mauvais. Il faut dire que le guide est plutôt élogieux sur le coin. Un peu trop même puisque l'on y parle pas de la ligne d'eau installée sur toute la largeur de la baie et qui nous oblige à mouiller très en arrière de la plage, par quinze mètres de fond. Une vaste zone d'aquaculture occupe également une partie des lieux.

Une visite de la tour génoise s'impose d'autant que le sentier qui y conduit est ludique serpentant dans le maquis qui quelquefois forme un véritable tunnel de végétation. D'en haut, la vue est grandiose et la photo du village en arrière plan du mouillage ne pourra qu'être belle!                                     

Un petit ponton réservé aux bateaux de pêche locaux permet cependant d'amarrer son annexe, le temps d'aller visiter le village minuscule et surtout, d'y déguster devinez quoi? Une Piétra bien sûr. Je vous la conseille d'ailleurs à la terrasse du restaurant de la plage, à l'extrémité est de la baie. On vous la servira fraîche et à la pression pour un prix très raisonnable. D'ailleurs l'ensemble de la carte du restaurant affiche des tarifs modiques et vu le monde qui s'y retrouve au moment des repas, sa réputation n'est sans doute plus à faire. La présence de cet établissement nous sera d'un grand réconfort pendant les cinq jours où nous serons bloqués ici pour cause de…météo! 

 

Mercredi 24 Août

 

Ce séjour prolongé à Campomoro commençait a peser et c'est avec soulagement que nous quittons ces lieus pourtant si agréables. L'ingratitude du nomade toujours attendu nul par…

Il est vrai que ce coup de vent du sud ouest ne nous a pas épargné. Pluie, vent, ressac ont rendus la vie sur Casalibus quelque peu compliquée. Nous avons cependant tenté une traversée avant hier sur Porto Pollo afin de refaire l'avitaillement. Un aller retour plutôt remuant avec vent modéré de travers mais houle de trois mètres. Même pas malade!

Aujourd'hui, le temps est nuageux mais non menaçant. Une courte navigation vent arrière nous propulse à la Calanque de Tizzano, en fait, un petit port pour embarcations légères. Nous avançons prudemment à l'intérieur mais nous nous rendons vite compte que notre tirant d'eau ne nous permettra pas d'aller bien loin. Nous trouvons une place dans l'entrée par deux mètres de fond. Quelques maisons, une épicerie et deux restaurants donnent un air de village à ce petit hameau de pêcheurs. Sans être extraordinaire, le coin est paisible et semble abrité des vents de secteur nord-nord ouest.

Ce soir, nous déboucherons un Margaux Grand Cru 85. Notre fils a vingt sept ans. Nous pensons à lui…

 

Jeudi 25 Août

 

Beau, très beau même! Cela faisait quelques jours que nous n'avions pas vu un tel ciel. D'autant que ce qui nous attend aujourd'hui mérite que le ciel soit de la partie. Roccapina…

Roccapina la Belle! Une des plus ravissantes criques que je connaisse. Je n'y suis venu qu'une fois, à bord de Sianael, mais je me souviens que nous avions eu du mal à quitter ce paradis. Brigitte qui n'a pas de souvenir à partager est séduite. L'eau turquoise, la roche sculptée par l'érosion et le sable blanc de la plage…Comme d'habitude me direz-vous! Pas tout à fait car il y a ici une ambiance particulière. Ce quelque chose que l'on ne peu pas décrire mais qui vous saisit dès votre arrivée. Le Lion qui veille sur la baie y est peut être pour quelque chose…

Un sentier monte à la tour et les plus téméraires n'hésitent pas à chevaucher ce Lion bien inoffensif.

La saison qui s'avance commence à réduire le nombre de bateaux dans les mouillages. Nous ne sommes plus que cinq à nous partager ce moment de bonheur, quand le soir tombe doucement sur la plage désertée. Même les merguez qui cuisent sur le barbecue à  l'arrière du bateau prennent une autre dimension. Les veloutes de fumée emportent mes rêves aux parfums d'exotisme et Roccapina devient Bizerte, Syracuse ou Corfou, ces destinations "lointaines" qui nous tendent les bras et que nous ne connaissons pas.   

 

Samedi 27 Août

 

En approchant de Bonifacio, l'envie de tenter ma chance m'incite à m'approcher de la calanque de Fazzuelo. Sans beaucoup d'espoir d'ailleurs compte tenu des conditions météo très favorables et de la période estivale. En plus un samedi! Mais bon, j'ai si souvent rêvé d'y pointer mon étrave qu'il serait dommage de passer devant sans essayer. A moins d'un mile au nord de Bonifacio, ce petit paradis dont la photo illustre beaucoup de livres consacrés à l'Ile de beauté représente l'abri parfait dans un site enchanteur. Totalement invisible depuis le large, j'ai recourt au GPS afin d'être certain de ne pas rater  l'entrée. Nous avançons prudemment dans l'échancrure de la calanque en retenant notre souffle. Nous apercevons rapidement un mat puis deux. L'espoir s'amenuise au fur et à mesure de notre avancée. Encore quelques mètres et le fond de la calanque se montre enfin…libre de toute présence. Miracle, les deux voiliers que nous avons vus sont les seuls et très en arrière dans le goulet. Il faut dire que la hauteur d'eau est limite et sa clarté donne l'impression d'être posé sur le fond. La mauvaise surprise, c'est l'arrivée du premier bateau de promenade qui lui, s'engage par la passe sud très peu profonde, et ressort par celle du nord. Nous devons porter une amarre à terre afin de laisser suffisamment d'espace pour le passage de toutes ces vedettes qui font découvrir ce lieu merveilleux aux touristes de Bonifacio qui emporteront dans leurs appareils photos l'image idyllique d'un voilier solitaire ancrée au paradis… Ce paradis, dès le crépuscule, nous ne le partagerons qu'avec les seuls habitants du site, l'école des Glénan qui s'installe ici durant toute la saison estivale. Inutile de préciser que la nuit fut paisible.

Le matin, nous prenons l'annexe et longeons la falaise jusqu'à la grotte proche du phare de Madonetta. La mer est parfaitement calme et nous pouvons pénétrer à l'intérieur et visiter cette cavité vaste et profonde. Nous sommes surpris de tomber nez à nez avec une vedette pleine de touristes. La particularité, est une ouverture au sommet de la voûte qui représente, avec un peu d'imagination, le contour de la Corse.

En fin de matinée, nous gagnons Bonifacio et mouillons au fond de la calanque de la Catena. Une dizaine de bateaux sont à l'ancre avec amarre à terre comme il se doit dans pareil cas; mouillage étroit et eaux profondes. L'opération est délicate car de fortes rafales arrivent par le travers. Après plusieurs essais laborieux, nous finissons par immobiliser Casalibus. Je laisse Brigitte aller seule en course avec l'annexe car je crains que le mouillage ne dérape.  

Nous consacrons l'après midi à la visite de la vieille ville. C'est mon troisième passage ici, mais le charme reste le même. Bien sûr il y a du monde, nous sommes dimanche, mais cette ville dégage une quiétude, une sérénité incomparable. Depuis les remparts, la vue vers le sud porte jusqu'en Sardaigne. En rentrant dans certaines boutiques en bordure de falaise, on s’aperçoit que celles-ci sont littéralement construites en surplomb sur la mer. L'érosion, par son long mais incessant travail, finira par avoir raison de ces constructions. Mais il en faudrait plus pour inquiéter un corse…

 

Lundi 29 Août

 

Le vent qui s'était calmé dans la nuit a repris ce matin et le ciel se couvre sérieusement. Nous avions prévu de traverser en Sardaigne aujourd'hui, mais nous n'avons guère envie de le faire sous la pluie. Nous aviserons plus tard, d'autant qu'il nous reste quelques courses à faire. Il nous manque encore du câblot pour le mouillage secondaire et nous n'avons aucune carte de la Sardaigne. Nous achèterons aussi notre prochain pavillon de courtoisie, celui de l'Italie à qui la Sardaigne est rattachée.

Le vent qui nous arrive par le travers forci toujours et la tension exercée sur l'ancre est de plus en plus forte. Soudain, tout va très vite! Le mouillage décroche et nous dérapons rapidement sur le bateau voisin. Le temps d'installer quelques pare-battages sur tribord afin de protéger les coques, nous nous retrouvons bien involontairement à couple de ce voilier vide de ses occupants. Nous n'avons plus le choix, il faut partir. Je libère l'aussière arrière à l'aide de l'annexe pendant que Brigitte lance le moteur de Casalibus. Aidés par un plaisancier, tout ce déroule dans le calme, mais je crains que notre ancre ne se soit prise dans l'ancienne chaîne mère au fond de la calanque. Nous avons souvent entendu parler de cas similaires où les skippers malchanceux étaient obligés de faire appel à un plongeur, moyennant facturation bien entendu! Nous avions pris soin de jeter l'ancre très en avant de la falaise ouest afin d'éviter ce désagrément, mais en dérapant…Finalement, nous ne remonterons qu'un vieux cordage que j'arriverai à faire échapper  de notre ancre. Il est hors de question de tenter un nouveau mouillage ici avec ce violant vent de travers et nous choisissons de remonter un peu au nord, dans la baie de Paragnanu. Ce choix s'avère judicieux. L'abri est parfait et les bigorneaux abondent.

C'est la première fois depuis notre départ que notre ancre Brittany de seize kilos se dérobe à ses fonctions. Il est vrai qu'un mouillage n'est pas prévu pour tirer de travers et que la profondeur importante ne nous avait pas permis d'envoyer la longueur de chaîne réglementaire. Prudence de rigueur si vous êtes amenés à  vous arrêter dans cette calanque de Catena!

 

Nord-est Sardaigne

 

Mardi 30 Août

 

Très beau temps ce matin sur les bouches de Bonifacio! Ni vent, ni houle. Le fait est plutôt rare dans ces parages. Pas d'hésitation, c'est aujourd'hui qu'il faut traverser. Notre départ précipité de la veille nous contraint cependant à nous arrêter de nouveau à Bonifacio, car nous ignorons s'il nous sera possible de nous avitailler correctement dans les Maddalena. Et puis, trouverons-nous de la bière digne de ce nom en Sardaigne? Il ne serait pas raisonnable de prendre un risque pareil…

Nous fonçons moteur à fond en direction de l'entrée de Bonifacio, peut-être un peu trop vite car l'alarme de surchauffe se déclenche une nouvelle fois juste dans la passe d'entrée. Brigitte coupe les gaz, mais le moteur cale subitement et refuse de repartir. J'ai peur qu'il ne soit tout simplement bloqué. L'horreur!!! Pas le moindre souffle de vent pour nous sortir de là. L'annexe et son moteur de deux chevaux et demi nous permettrait- elle de déhaler les quatre tonnes de Casalibus? Et puis, le temps de descendre l'annexe suspendue au portique et d'y installer le moteur stocké sur son support de balcon? La solidarité légendaire des gens de mer va encore s'exercer. Suite à notre appel, un pécheur de Bonifacio n'hésites pas à  nous prendre en remorque, direction le port. Brigitte à la barre, j'en profite pour vérifier l'arbre d'hélice. Il tourne librement. Le niveau du liquide de refroidissement est correct…L'éventualité d'une grosse panne nous désole et c'est par dépit que je tente un nouvel essai en appuyant sur le démarreur. Il part au quart de tour et ne présente aucun bruit suspect. La mécanique nous réserve quelquefois des surprises…Nous lâchons la remorque après avoir donné rendez-vous à notre sauveteur au ponton des pêcheurs et allons nous amarrer par nos propres moyens au ponton d'accueil.

Dernières courses, pain frais et remerciements cordiaux au pêcheur et à son fils au café du port, nous quittons Bonifacio en espérant ne pas être obligé d'y revenir.

Entre temps, le vent a fini par se lever et c'est sur une mer étonnamment calme que nous filons au débridé, à cinq nœuds en direction de la Sardaigne.

Il est temps d'affaler le pavillon corse et de hisser à sa place son homologue italien. Nous nous éloignions rapidement de la côte et je suis partagé entre le regret et la satisfaction. Regret de quitter cette île fabuleuse mais qui ne cesse de sombrer dans l'incohérence, où la douceur de vivre côtoie quotidiennement la violence et l'intolérance…

 

Mercredi 31 Août

 

Notre première nuit en Sardaigne a été sereine. Il est plus de neuf heures du matin quand nous émergeons de notre cabine. On ne peut pas mettre çà sur le compte de la fatigue de la traversée et encore moins sur celui d'un quelconque changement climatique. Peut être tout simplement la nonchalance qui commence à s'installer tout doucement dans notre existence! De toute façon, rien ne presse dorénavant, notre seul objectif étant d'arriver nul-part, ici ou ailleurs! Cette existence peut en faire rêver certains et déprimer d'autres, mais le temps qui s'écoule nous familiarise avec cette philosophie de la vie qui n'a plus sa place aujourd'hui dans nos sociétés occidentales. Que peut-on bien faire sur un bateau pendant des mois? Et bien comme à la maison, on mange, on dort, on s'aime et on s'engueule. Mais en plus, on se baigne, on pêche ou l'on prend l'annexe pour faire une petite visite à terre et acheter les courses nécessaires à notre survie à bord! Et tout çà dans un environnement différent chaque jour ou presque. C'est bien simple, le temps nous manque souvent pour faire tout ce que nous aimerions faire et les petits bricolages que l'on s'ait promis de faire rapidement… attendent encore!

Cette traversée des Bouches de Bonifacio aura été des plus agréables avec vingt nœuds de vent d'ouest et une mer presque plate. A midi, nous avons doublé le Cap Testa et quelques minutes plus tard, notre ancre tombait sur un fond de sable dans la baie de La Colba, à l'abri des vents dominants. Si le paysage ressemble beaucoup à celui de la Corse, le contraste est marqué en ce qui concerne l'architecture. Un horrible et volumineux complexe hôtelier occupe une partie de la plage. Quant au village…

Le premier contact avec la population locale se fera l'après midi même, lors de nos achats  dans les divers commerces. La première impression est très bonne et se confirmera tout au long de notre séjour sur l'île.          

A l'origine, nous avions prévus de descendre la côte occidentale de la Sardaigne et de remonter par la côte est. Les conditions météos rencontrées au mois d'Août, avec la dominance des vents de secteur nord, nous font opter pour une descente de la côte est, bien mieux abritée en cas de persistance du mistral. 

Nous repassons donc le Capo Testa et mettons le cap sur Santa Térésa Galléria, premier port Sarde de notre séjour sur l'île. L'absence de vent nous oblige à naviguer au moteur et c'est par mer calme que nous voguons dans ce secteur réputé pour être souvent agité. Les Bouches de Bonifacio nous laisserons un excellent souvenir alors que nous les redoutions tant. La clémence de la météo nous permet même de mouiller face à la plage, à l'ouest de la tour. Nous sommes seuls au mouillage et le village nous domine d'une centaine de mètres. L'annexe est rapidement mise à l'eau pour une visite qui nous initiera à l'ambiance insulaire. Le centre du village est pittoresque et même si l'architecture n'est pas à la hauteur de nos attentes, l'église et la tour génoise valent à elles seules une visite. Et puis, c'est notre premier café italien. Délicieux et à 80 centimes! C'est aussi pour nous l'occasion de nous familiariser avec les noms et expressions locales. Cherchant une boucherie, on nous indique une enseigne au nom de Macelleria. Nous mettrons plusieurs jours avant de nous apercevoir que tous les bouchers ne s'appellent pas Macelleria mais qu'il s'agit tout simplement de la traduction italienne du mot "boucherie"…

Nous levons l'ancre en début d'après midi pour la baie de Liscia, cinq milles plus à l'est, et qui s'enfonce profondément dans les terres. L'endroit est très fréquenté et la plage immense. Un camping occupe une grande partie de la presqu'île de Cavalli et le lieu est propice aux sports nautiques. Nous décidons de nous éloigner un peu de toute cette agitation et allons jeter l'ancre dans le fond de la baie, à l'embouchure de la rivière. Le vent tombe subitement à 19h, un peu trop tôt à mon goût…le barbecue n'est pas encore allumé! Il va falloir que je souffle dessus pour l'activer. Après un tel effort, une bière est de rigueur, bien entendu accompagnée comme chaque soir des bigorneaux que nous avons pêchés…

 

Jeudi 1er Septembre

 

Il fait déjà chaud lorsque nous nous levons. Nous décidons de remonter la rivière avec l'annexe mais sommes très vite bloqués par une barrière de sable que nous franchissons à pieds pour découvrir, en amont, une vaste lagune infestée de moustiques. Nos envies d'exploration s'estompent subitement… et nous regagnons le bord en nous félicitant de ne pas avoir mouillés trop près du rivage hier au soir.

Direction l'archipel des Maddalena. Dès notre sortie de la baie de Liscia, une brise assez soutenue nous permet une navigation sous voiles des plus plaisantes. Nous passons entre l'îlot Spargiotto et l'île Spargi en toute quiétude et arrivons deux heures plus tard au mouillage du "Passage de l'homme mort". Une splendeur! Nous nous trouvons au milieu des trois îles principales des Maddalena. Les fonds sont particulièrement clairs et peux profonds et de nombreux îlots nous encerclent. Evidemment, vous vous doutez bien que ce paradis n'a rien d'un paradis perdu et même un 1er Septembre, nous ne sommes pas les seuls… Nous avions remarqués en arrivant quelques "corps morts" inoccupés et avions été tentés d'en prendre un pour nous amarrer. En fait, ils appartiennent aux nombreux, trop nombreux bateaux d'excursions qui visitent le site et débarquent une quantité invraisemblable de touristes sur l'île de Budelli. Un va et vient infernal de navettes en tout genre! Nous laissons Casalibus au milieu de ce trafic et embarquons dans l'annexe pour une visite des autres mouillages possibles du coin. Ils sont tous très fréquentés et nous nous consolons en pensant qu'au coucher du soleil, les rondes seront sans aucun doute moins nombreuses. Un peu inquiet tout de même pour notre bateau à l'ancre proche de ces nombreux navires qui manœuvrent, je laisse Brigitte à terre et rejoins Casalibus. A mon arrivée, je reçois la visite des gardes du parc national (car il s'agit bien d'un espace protégé!!) qui me demande de m'acquitter de la taxe d'entrée dans Les Maddalena. Après une courte discussion infructueuse, c'est avec ma carte bleue (ils ont tout prévus) que je règle les vingt trois Euros correspondant à la taille de notre bateau et ce pour un séjour de vingt quatre heures. Dur à avaler car il n'y a absolument aucun service en échange. Pire, aucune poubelles sur les îles malgré la fréquentation énorme, ni réglementation spécifique concernant les rejets des eaux usées des plaisanciers. En claire, tout est permis sauf de refuser de payer! Il s'agit là d'une façon bien curieuse de gérer un espace dit "protégé"! Nous renoncerons quand même à notre barbecue quotidien. On ne sait jamais…

 

Vendredi 2 Septembre

 

Nous quittons ce petit paradis avant les premières navettes pour ne pas ternir nos dernières impressions de bonheur. Car, comme prévu, nous n'étions pas nombreux à profiter de la quiétude du mouillage à la tombée de la nuit. Un vrai plaisir cette quasi solitude en un lieu comme celui-ci. Et puis nous n'avons pas envie de payer à nouveau la taxe du jour!

Nous filons en direction de l'île principale de l'archipel, celle qui lui a donné son nom: Maddalena et passons devant le village du même nom à la recherche d'un mouillage forain décrit dans notre guide. Un guide nautique, c'est un peu comme une bible…on n'y trouve pas que des vérités! En fait de mouillage, c'est une petite marina qui a été construite et nous faisons demi tour pour gagner la Calanque de Francesca à trois kilomètres à l'ouest du village. Cette crique est particulièrement bien abritée et plutôt désertique puisque nous sommes le seul voilier. Quelques bateaux à moteurs sont à l'ancre pour la journée.

C'est sans appréhension que nous laissons Casalibus pour nous rendre à Maddalena. Une voiture s'arrête et nous évite une marche rendue pénible par la chaleur et le manque d'ombre durant le parcours sinueux au milieu de falaises calcaires. Le village est très pittoresque mais nous avons oubliés qu'en Italie, l'après midi, rien est ouvert avant dix sept heures, sieste oblige…Nous trouverons quand même un bar sympathique pour une bière bien méritée, en prévision de la marche de retour qui nous attend. En fait de marche, et le hasard faisant bien les choses, c'est notre automobiliste de l'allé qui s'arrête à nouveau, nous évitant ainsi une marche rendue pénible…etc. (vous connaissez la suite).

Une petite chapelle surplombe le mouillage et de nombreux rochers sculptés inspirent les photographes que nous sommes. Nous nous attardons suffisamment à terre afin d’éviter ce rendez-vous quotidien, mais non désiré avec les gardes du parc venus quémander ces quelques Euros réglementaires mais oh! combien désagréable à sortir. Un petit tour…et puis s'en vont! Je sens que ce séjour ici sera doublement apprécié.

Lorsque le soleil se couche, nous sommes seuls dans cette calanque que la lumière rasante illumine de rose. Là encore, nous évitons le barbecue et nous contentons de saumon fumé, accompagné de figues fraîches cueillies par nos soins au village. 

 

Samedi 3 Septembre

 

Merveilleux tout simplement! Cette nuit fut d'un calme comme on aimerait qu’elles le soient toutes. Le rituel du bain matinal n'est troublé par personne. Nous sommes toujours seuls au monde!

Pourtant, il est tant de partir avant les nombreuses visites attendues pour le week-end. Cap sur Palau, petit port touristique juste en face des Maddalena. Nous jetons l'ancre dans l'avant port et débarquons avec l'annexe. Nous en profitons pour remplir nos jerricans d'eau et faire quelques courses en ville. La corvée d'eau ne nous a jamais posée de problème contrairement aux craintes d’avant notre départ. Nous disposons de cent cinquante litres dans les trois réservoirs du bord et faisons couramment l'appoint avec nos deux jerricans de dix litres. Il y a toujours, dans chaque village ou chaque port, un point d'eau en libre service. Il convient simplement de gérer sa consommation quotidienne avec bon sens en évitant tout gaspillage. Pour notre part, il y a longtemps que nous avons adoptés le savon liquide spécial "eau de mer" et à chaque fois que les conditions climatiques le permettent, nous nous lavons dans la plus grande des baignoires, la Mer!

La petite ville de Palau est en fait un port très actif car c'est d'ici que partent les ferries qui desservent les îles des Maddalena. Le trafic est si intense que nous préférons partir mouiller au large de la plage en arrière du port. Si les conditions météo venaient à se gâter, il sera toujours tant de revenir prendre un anneau au ponton de la marina. Aucun coup de vent n'est prévu pour les prochaines quarante huit heures et c'est tant mieux. Nous ne sommes pas inspirés par un séjour prolongé dans cette ville qui ne présente aucun intérêt.

 

Dimanche 4 Septembre

 

Rien ne vint troubler notre nuit et notre levé fut matinal pour un dimanche. Une petite visite de la côte en annexe nous permet de faire connaissance avec l'architecture de luxe des résidences privées de cette partie de la Sardaigne. A partir de Palau et sur toute la Costa Sméralda, se ne seront qu'une succession de propriétés toutes plus belles et harmonieusement intégrées au paysage. Le lieu de résidence de toutes les fortunes d'Italie. Seul l'accès par la mer permet de découvrir ces merveilles.       

Nous remontons jusqu'à Palau afin de baigner dans l'ambiance dominicale sarde. Rien de particulier ce dimanche matin au village, mais je ne suis pas certain que Palau et sa vocation touristique, soit représentatif de la culture et de la tradition insulaire.

Un peu déçu par ce village, à seize heures trente, nous appareillons pour l'île Capréra, distante de trois milles et appartenant à l'archipel des Maddalena. La baie de Porto Palma, au sud de l'île, est une baie profonde et particulièrement bien abritée. Nous souhaitions mouiller dans la calanque se trouvant au sud ouest, mais la présence d'une école de voile et des nombreux corps morts leurs appartenant nous oblige à nous amarrer au fond du golf. En dehors des croiseurs de l'école qui régatent dans la baie, nous ne sommes que nous! Décidément, le mois de Septembre va nous réconcilier avec la navigation de plaisance et ses mouillages forains. Comme sur les photos qui font rêver les marins, image idyllique du voilier ancré seul au fond d'une baie aux eaux turquoise… A nouveau dans l'enceinte du Parc National, nous nous abstiendrons d'allumer notre barbecue en attendant avec impatience la venue des gardes pour leur perception quotidienne…Mais nous ne les verrons pas et c'est tant mieux!

 

Lundi 5 Septembre

 

L'orage nous surprend ce matin et nous sommes contraints, pour la première fois, de prendre notre petit déjeuner à l'intérieur. A 9h30, nous remontons le mouillage et retournons à Palau. Je dois impérativement faire la vidange du moteur et je ne suis pas sûr qu'il soit judicieux d'attendre notre prochaine escale de Porto Cervo. Le rendez-vous des supers yachts!

La vidange sur un bateau ne présente pas de difficultés particulières, mais il faut disposer d'une pompe afin de pouvoir aspirer l'huile par l'orifice de la jauge. J'avais acheté à cet effet une petite pompe manuelle en cuivre muni d'un tube fin en plastique. Première difficulté, amorcer cette pompe, avec de l'huile évidemment! Il suffi de remplir le corps de la pompe avec l'huile destinée au remplissage du carter moteur. Ensuite, introduire le tube dans l'emplacement de la jauge en prenant soin d'avoir laissé le moteur refroidir suffisamment. C'est exactement ce que je n'ai pas fait! Et que fait le plastique au contact de la chaleur?…

Le miracle, c'est que l'on trouve de tout dans les quincailleries Sarde. Même des tubes en plastique de six millimètres de diamètre!

Tout cela nous aura retardés un peu et il est près de 16h quand nous appareillons pour le golf d'Arzachena. En fait, ne disposant pas de carte détaillée du secteur, nous faisons escale dans la baie de Saline, quatre milles à l'est. Un fort vent de terre rend le mouillage inconfortable en levant un ressac désagréable. La veillée sera brève…

 

Mardi 6 Septembre

 

Ce matin, le temps est à la pluie et un vent d'est force cinq nous contraint a naviguer au moteur, dans une mer de plus en plus formée. En l'absence d'une carte détaillée du coin, je me sers du croquis présent dans le bloc-marine pour évaluer la position d'entrée du golf d'Arzachena. Pas très pratique, mais lorsque j'ai la certitude que nous abordons son embouchure, nous prenons du sud afin de pouvoir envoyer un peu de voilure. Tout devient plus serein et c'est par vent de travers que nous arriverons au fond de cette vaste baie, face au village de Cannigione. Il y a pas mal de bateaux amarrés sur bouées et ce village dispose de plusieurs pontons appartenant à différents propriétaires. Nous rencontrerons souvent ce genre de disposition dans les ports Sarde où il ne faut pas hésiter a demander les tarifs. Il peut y avoir des écarts important entre chacune des marinas.

Pour notre part, nous jetons l'ancre à une distance raisonnable de la plage. Si le vent est toujours assez fort, nous ne ressentons plus les effets de la houle et le mouillage nous para

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ît  confortable. Je laisse filer toute la chaîne et plonge, comme à mon habitude, afin de m'assurer de la bonne tenue de l'ancre.

Nous rejoignons le port avec l'annexe et demandons au propriétaire de l'un des pontons, l'autorisation de nous amarrer pour descendre à terre. Il nous l'accorde sans aucun problème et nous guide très cordialement vers le portillon donnant accès sur la rue principale du village.

L'église est très belle et le centre du village est plutôt plaisant. De plus, il y a tous les commerces indispensables à notre avitaillement. C'est ici que nous découvrons le meilleur vin blanc de l'île, en le dégustant par hasard, au café du coin. Nous notons son nom et à partir de ce jour, il fera parti intégrante de la liste des courses. Il s'agit d'un Nuragus de Cagliari, mais d'un S'elegas qui nous fait penser au Pouilly Fuissé de chez nous, pour un prix qui lui, ne lui ressemble pas!                            

C'est sous la pluie que nous regagnons Casalibus. Aucun espoir d'allumer notre barbecue ce soir. Les cuisses de poulet finiront dans la cocotte minute avec petits légumes et jus de citron. Pas mauvais non plus!

 

Mercredi 7 Septembre

 

Calme plat ce matin. Brigitte a pris rendez-vous chez l'esthéticienne du coin. J'en profite pour glaner quelques infos sur les restaurants du village. Pas facile de s'y retrouver quand on ne maîtrise pas la langue! Nous optons pour un petit troquet en self service. Gros avantage: on a sous les yeux les plats que nous choisissons. Ce premier repas sarde ne sera pas le meilleur souvenir que nous garderons de la Sardaigne!

Décidément, le temps est aux orages, mais celui qui nous surprend pendant notre repas est particulièrement violant. J'ai une petite appréhension pour le bateau au mouillage car les rafales sont très fortes. J'essaye de me rassurer en me félicitant d'avoir relâché de la chaîne avant de quitter le bord ce matin. De toute façon, il n'est plus possible d'intervenir maintenant et nous attendons sagement que l'orage finisse. Une demi-heure plus tard, nous pouvons constater que Casalibus tire sagement sur son ancre en attendant notre retour.

 

Jeudi 8 Septembre

 

Il pleut ce matin et le temps ne semble pas vouloir s'arranger. Hier après midi, nous avons changé de mouillage car, après l'orage, une houle désagréable rentrait dans la baie. Nous avons trouvés refuge dans le nord est, un peu en amont de Cala Bitta. Le retour du soleil après la pluie a transformé la luminosité et rendu le paysage féerique…avant l'arrivée d'une nouvelle averse qui nous laissa juste le temps de cuire la  pizza et le pain sur le barbecue.

Porto Cervo est à huit milles dans l'est. Nous levons l'ancre à neuf heures trente, sous la pluie par mer calme et vent nul. Ce calme nous permet d'envisager d'emprunter le Passage de Bisce, étroit chenal entre la côte et l'île de Bisce. Fortement déconseillé par mer formée, il ne présente aucune difficulté par temps calme. Cependant, la houle du large nous accueille dès sa sortie et le vent toujours absent rend cette croisière côtière désagréable.

Nous pénétrons dans l'avant port en fin de matinée. Haut lieu du yachting à l'italienne, nous sommes ravis et surpris de pouvoir mouiller à proximité immédiate des pontons de la marina, dans une zone réservée aux bateaux de passages et qui plus est, gratuite.  Pas besoin d'installer  le moteur sur l'annexe, c'est à la rame que nous effectuons les quelques dizaines de mètres qui nous séparent des pontons. La visite du port ne présente pas beaucoup d'intérêt si ce n'est que nous tombons juste sur un rassemblement de voiliers d'exception qui participent à la coupe Rollex. Quand je dis d'exception, le mot est encore faible. Les plus beaux voiliers de régate au monde se trouvent réunis ici. Rien à voir cependant avec des 50 pieds Open car ici, course au large rime avec confort et grand luxe! De retour à bord, nous trouvons Casalibus bien petit…

 

Vendredi 9 Septembre

 

Le mauvais temps semble décidé à nous retenir ici. Nous avons essuyés hier après midi un orage diluvien. Bien entendu, nous n'étions pas à bord et les capots et hublots étaient entre-bayés…et ce n'est pas ce matin que nous pourrons assécher les matelas. Des apprentis navigateurs, voilà ce que nous sommes!

Porto Servo n'est sûrement pas l'endroit idéal pour faire des courses, mais nous sommes agréablement surpris par certain prix tout à fait raisonnables, voir même moins cher que ce que l'on a pu voir jusqu'à présent en Sardaigne. Notre petit vin blanc par exemple que nous trouverons au prix le plus bas de tout notre séjour sur l'île. Etonnant non! Nous ferons même de l'eau au ponton sans aucun problème.

L'après midi nous offre enfin le retour du soleil. Nous levons l'ancre après le repas pour nous rendre à la Cala di Volpe, quelques milles dans le sud. Vingt nœuds de vent arrière par mer formée, rend la digestion difficile…

Cala di Volpe. Les rafales montent à trente nœuds. Je plonge pour m'assurer de la bonne tenue du mouillage. Nous pouvons descendre à terre pour notre pêche quotidienne de bigorneaux. De luxueuses résidences bordent cette grande baie et un hôtel occupe toute la plage du fond.

 

Samedi 10 Septembre

 

Le vent est tombé pendant la nuit et ce matin, c'est le calme plat. Nous levons l'ancre très tôt, sur le coup des 9h30…Direction le port de Portisco. Nous n'y resterons que pour une visite rapide. Les marinas commencent a se dépeupler et les boutiques ouvertes se font de plus en plus rares.

En milieu d'après midi, nous doublons le cap Figari à une distance respectable. Le vent est faible et nous nous aidons du moteur. Les batteries ne s'en plaindront pas. D'ailleurs, elles m'inquiètent de jours en jours. Il semble qu'elles ne tiennent plus la charge aussi longtemps. Il est vrai que depuis quelques jours le soleil nous fait défaut et que les panneaux solaires n'ont  pu remplir leur rôle.

Le golfe d'Aranci se découvre peu à peu et nous décidons de contourner l'îlot Figarolo surplombé de son phare, par le sud. Là, nous découvrons un superbe mouillage. Un voilier est présent entre la côte et l'îlot. Les fonds sont de sable et nous laissons tomber notre ancre par sept mètres, dans une eau cristalline. Comble du bonheur, alors que je plonge comme à mon habitude sur le mouillage, une ombre à côté de moi me surprend. Je tourne la tête pour voir à trois mètres devant mon masque, un superbe dauphin passer tranquillement son chemin. L'explication de cette présence nous est donnée un peu plus tard, lorsqu'une dizaine d'entre eux se disputent les bancs de poissons attirés eux même par la distribution automatique de nourriture de la pisciculture voisine. Leurs sauts sont spectaculaires et durent quelques minutes. Sans doute reviendront' ils demain pour leur repas quotidien…

Nous débarquons sur l'îlot avec l'annexe et empruntons le sentier qui nous mène au phare. De là haut, la vue porte très loin jusqu'à l'île tabulaire de Tavolara.

 

Est Sardaigne

 

Dimanche 11 Septembre

 

Destination Olbia. Cette grande ville doit nous permettre de refaire un avitaillement sérieux pour les jours à venir. D'après notre guide, les quelques ports que nous rencontrerons plus au sud n'ont guère de possibilité en la matière.

Une petite halte au passage sous le vent de l'îlot Di Porri nous permet de prendre un dernier bain avant Olbia et de faire provision de bigorneaux. Ils sont toujours aussi gros et abondants.

C'est par vent arrière et voiles en ciseaux que nous empruntons le long chenal d'entrée du port d'Olbia. En fait, il n'y a qu'un port de plaisance à Olbia et il est réservé au club de voile locale. Nous nous amarrons au quai, entre d'autres voiliers. Il n'y a aucun équipement pour les bateaux de passage, mais quelques robinets nous permettent de faire le plein d'eau a volonté. Shampoing et douche chaude au programme. Avec la saison qui s'avance, nous commençons à apprécier pleinement cet équipement de luxe qu'est l'eau chaude sur un voilier. D'autant plus appréciable que cette production d'eau chaude est gratuite puisque fournie par la récupération des calories du moteur.

Après une visite de la ville, on ne peut pas dire que nous soyons enthousiasmés. Le seul intérêt reste la présence de nombreux super marchés à proximité du port. Nous verrons cela demain. Ce soir, nous dégustons nos premières pizzas sardes. Avis mitigés…

 

Lundi 12 Septembre

 

Nous quittons Olbia en fin de matinée, sans aucun regret. De nombreux féries entrent et sortent et bien que le chenal soit large, la présence de parcs à moules incitent à la vigilance.

Quelle idée bizarre que de cultiver des fruits de mer à proximité d'un port aussi fréquenté que celui-ci ?

Nous mettons le cap sur l'île de Tavolara après avoir étudié la carte avec attention. Le coin est pavé de récifs dont certain ont fait les frais. L'épave d'un cargo rouillé gît sur le flanc au milieu des cailloux. Le GPS est sorti pour plus de précision car les amers se confondent et se superposent, instaurant le doute et le doute, ici, n'est pas permis.

Nous mouillons dans le sud ouest de Tavolara, derrière la langue de sable, face à la plage. Très peu de monde sur cette plage surplombée par 565 mètres de falaise abrupte. L'orage qui s'annonce nous laissera juste le temps de prendre notre repas dans le cockpit. Nous descendrons quand même à terre entre deux averses où seul un bar restaurant occupe les lieux.

Les dernières navettes viennent récupérer les quelques touristes regroupés à l'abri sur la terrasse de l'établissement.

Nous profitons d'une accalmie pour traverser sur le golfe de Spurlatta, à l'entrée du petit port de San Paolo. L'abri est parfait et d'un calme extraordinaire. Le coucher de soleil combiné à la luminosité particulière d'une fin d'averse transforme l'île de Tavolara et les alentour en une peinture digne des plus grands maîtres impressionnistes. Nous n'échangerons que peu de paroles ce soir là en dégustant nos bigorneaux fraîchement péchés et accompagnés de cet excellent Nuragus. Une entrecôte au barbecue clôturera cette soirée mémorable…

 

Mardi 13 Septembre

 

Après une nuit à l'image de la soirée, nous avons du mal à quitter ce paradis. Mais un impératif nous oblige à activer un peu notre navigation. Nous devons être à Cagliari le 24 pour embarquer des équipiers. Et pas n'importe quels équipiers, nos amis Valérie et Franck!

Les retrouvailles s'annoncent festives…

Nous débordons le cap Coda Cavallo par vent faible, aidé du moteur et virons plein ouest sur la baie de Porto Brandinghi où nous mouillons à l'abri de la pointe de Capecciolo.

 

Mercredi 14 Septembre

 

Nous pénétrons dans le port de La Caletta  où des plaisanciers nous font des signes et attrapent nos amarres. Nous nous amarrons en long, entre deux autres voiliers. L'accueil est chaleureux. En fait, nous sommes amarrés à un ponton gratuit, d'où la présence de nombreux voyageurs au long court. Nous sommes cordialement invités à prendre l'apéro ce soir chez Didier et Joe. Ils vivent sur leur bateau et sont sur la route de la Tunisie où ils passeront l'hiver. Pour l'heure, nous allons prendre la température de cette petite ville. Il n'y a pas grand chose d'intéressant mais le super marché est bien fourni. Une belle tour génoise garde l'entrée du port et la plage est quasiment déserte.

 

Jeudi 15 Septembre

 

Les rafales de vent à plus de trente nœuds ont levées un clapot désagréable une bonne partie de la nuit. Gros inconvénient des cabines arrière sur les voiliers disposant d'une jupe. La moindre vaguelette qui s'y éclate produit une résonance énorme à l'intérieure de la cabine! Je dois avouer que çà ne m'a pas beaucoup dérangé, en tout les cas, moins que Brigitte. J'avais peut être un peu plus abusé de "somnifère" à l'apéritif chez nos voisins de ponton…

Nous passons une partie de la matinée à glaner des informations dans la marina. Nous commençons à nous préoccuper de l'hivernage de Casalibus. Beaucoup, comme Didier et Joe ont choisis la Tunisie. Il est vrai que pour ceux qui passent l'hiver sur leur bateau, ce choix est sans doute judicieux. En ce qui nous concerne, ce sera la Sardaigne et nous avons encore un mois devant nous.

En début d'après midi, nous partons visiter le village de Posoda à quelques kilomètres de là. L'occasion pour nous de découvrir les transports en communs Sardes. Bien! Il y a même la climatisation.

Posoda est perché au sommet d'une colline et surplombé d'une ancienne fortification. Nous sommes un peu déçus! Le village est nettement plus impressionnant vu du large.

Cette fin de journée chaude et ensoleillée est propice à une nouvelle soirée «apéritif» avec nos voisins…sur Casalibus cette fois!         

 

Vendredi 16 Septembre

 

Nous avons décidés de passer une journée supplémentaire à la Calleta et de partir visiter les quelques curiosités de la région, notamment Orgosolo, village de montagne où chaque maison est ornée d'une fresque historique. Pour cela, nous avons loué une voiture à la journée au prix de trente et un Euros tout compris. Et pas n'importe quelle carriole, non. Une superbe petite Lancia neuve avec toutes les options dit donc…Et quel plaisir de pouvoir ramener les courses en voiture, à proximité du bateau.

En dehors d’Orgosolo qui mérite pleinement le déplacement, nous continuons d'être déçus par les villes Sarde. Seules les églises et surtout les intérieurs des églises présentent un intérêt. Aucune cohérence dans l'architecture locale. Nous avons quelque fois l'impression de nous retrouvés au Maroc avec ces maisons carrées, blanche et en constante finition…

Nous mangeons pour la première fois dans un restaurant traditionnel. Ma culture culinaire ne se laisse guère impressionnée par ce ragoût d'agneau, bon, mais manquant quelque peu de saveurs méditerranéennes.          

 

Samedi 17 Septembre

 

Il est tant de partir! La météo s'annonce plutôt favorable si ce n'est le vent, faible mais en plein dans le nez. Les vingt cinq milles qui nous séparent du prochain port risque bien de se parcourir au moteur…et pas d'arrêt possible avant Cala Gonone. La côte Est, à partir d'ici n'offre aucun abri naturel et nous devrons faire escale dans les ports de plaisances qui bordent le littoral.

Nous laissons Didier et Jo que nous espérons revoir dans le sud avant leur traversée sur la Tunisie. Ce sont eux qui nous larguent les amarres avec force gestes d'amitié.

A une heure de l'arrivée, nous pouvons envoyer les voiles et arrêter le moteur. Ca fait vraiment du bien ce calme.

Cala Gonone est un petit port surplombé de hautes falaises avec son village qui s'étire comme il peut le long de la côte. L'amarrage présente une particularité car les places réservées aux bateaux de passages ont été aménagées contre la digue. Les voiliers ne pouvant accoster directement cul au quai au risque de toucher l'enrochement, de longues passerelles sur pilotis ont été construites au dessus de l'eau, ce qui rend l'amarrage acrobatique! Heureusement, comme souvent dans les ports Sarde, le personnel est là pour nous aider malgré l'absence de réponses à nos appels à la VHF.

Le village est très propres et l'on se doute qu'il s'agit d'un lieu de villégiature prisé des vacanciers vu les infrastructures hôtelières et la magnifique plage de sable blanc. Un véritable pub nous permet même de déguster une très bonne bière…Belge. Ici comme dans toute l'Italie, il est interdit de fumer dans les bars et cela ne semble pas poser de problème, même si le patron nous avoue qu'il y a perdu un peu depuis l'application de cette mesure. En ce qui nous concerne, ce n'est pas pour nous déplaire et nous espérons vivement qu'il en soit de même en France prochainement…

Nous avons juste le temps de dîner que la pluie se met à tomber violemment, faisant fuir par la même les nombreux pêcheurs qui s'étaient donnés rendez-vous sur la digue pour leur partie de pêche hebdomadaire. Je crois que nous avons de la chance car la nuit s'annonçait bruyante.

 

Dimanche 18 Septembre

 

Dans notre guide nautique, il était signalé que souvent, la nuit, de fortes rafales de vent descendant des montagnes balayaient le port. Ce matin, l'anémomètre nous donne la réponse: quarante nœuds! J'ai du me lever cette nuit afin de reprendre la pendille pour éviter que le cul du bateau ne touche la digue. Je comprends mieux maintenant la raison du diamètre surdimensionné des amarres qui sont à poste.

Nous partons très tôt car la météo devrait se dégrader pendant la journée. Durant la première heure, nous naviguons sous voiles par vent portant. Puis c'est le calme plat! La houle, quant à elle, est très contrariée et cette navigation au moteur est lassante. C'est avec soulagement que nous rentrons dans la charmante marina de Santa Maria Navarèse. De plus, l'accueil est sympa et les équipements très complets.    

La passe d'entrée est invisible du large et la digue se confond facilement avec la magnifique plage qui borde le village. Une tour génoise à l'entrée du chenal permet de se repérer, mais l'entrée par forte houle doit s'avérer scabreuse. Quoiqu'il en soit, la marina est parfaitement abritée de tous les secteurs. De hautes falaises de calcaire surplombent le nord de cette baie alors que les roches volcaniques d'Arbatax, au sud, tranche avec le bleu turquoise de la mer Tyrrhénienne. Une petite balade jusqu'au belvédère nous offre une vue imprenable sur le village et le port. Un sentier ombragé borde la plage pratiquement déserte à cette époque. Nous y cueillons nos dernières figues. Elles accompagneront, au menu de ce soir, nos paupiettes de porc farcies Quant au village, s'il ne présente que peu d'intérêt, il nous réserve la surprise d'être très bien fourni en commerce de toute sorte. Des oliviers millénaires ombragent une petite place qui sert aussi de cour de récréation aux écoliers du village.

Pour finir de nous séduire, le bar de la marina dispose d'une excellente bière pression ambrée à laquelle nous faisons honneur…

 

Lundi 19 Septembre

 

La décision est prise: nous hivernerons Casalibus ici. Les tarifs sont très intéressant et le personnel vraiment compétant. La capitainerie est ouverte et gardée toute la nuit, même hors saison. Il nous en coûtera cinq cent soixante Euros pour huit mois d'hivernage!

En début d'après midi, nous traversons sur le port d'Arbatax, à trois milles dans le sud. Nous avons besoin d'y faire le plein de gas-oil et surtout, de changer les batteries qui ont de plus en plus de mal à garder la charge. C'est sous voiles que nous abordons la passe d'entrée. Un ponton flottant et désert nous permet de nous amarrer en long mais aucun accès possible au quai. Nous devons prendre l'annexe pour débarquer. Nous nous rendons au chantier naval où immédiatement, après explication de nos besoins, une chaîne de solidarité se met en place! On nous conduit à quelqu'un, qui appelle une autre personne, qui téléphone, elle même à monsieur X avec lequel nous avons rendez-vous dix minutes plus tard. Il nous conduit en voiture à son atelier puis nous ramène au bateau avec les deux batteries marines que nous lui avons achetées. Il me confirme ce que m'avait déjà dit Didier, ancien électricien automobile: on n’installe jamais des batteries en parallèle si elles ne sont pas de la même puissance et du même âge. Nous repartons donc avec un parc batteries neuf. Nous devrions être tranquilles pour quelques années…

 

Mardi 20 Septembre

 

Plus de trente milles nautiques nous séparent de notre prochaine destination, Porto Corallo. C'est à huit heures ce matin que nous quittons Arbatax. La mer est plate et le vent absent, ce qui va nous contraindre à une longue navigation au moteur…

Hier au soir, nous avons pu joindre Didier et Jo à la VHF, car ils étaient à Santa Maria Navarese. Nous nous sommes loupés de peu et risquons de ne plus nous revoir cette année car ils partiront directement sur la Tunisie dès qu'un créneau météo se présentera. Dommage. Des amis à eux sont bloqués à Villasimus, au sud, par un coup de vent de nord ouest. Sous le vent de l'île, nous ne devrions pas subir les conséquences de ce coup de chien.

La côte est très escarpée et aucun abri n'est possible avant Porto Corallo. Finalement, le vent nous rattrapera autour de midi, avec des rafales à trente nœuds. Nous arrivons à destination sous voilure réduite, il est 13h30.

Souhaitons ne pas être bloqués ici par le mauvais temps! Il n'y a rien et nous ressentons une impression d'abandon, de désertification des lieus. Nous sommes tout de même invités à prendre l'apéritif par le seul équipage à bord de son voilier. Deux français qui ont entrepris de faire le tour de la Sardaigne en trois semaines seulement, au départ de Hyères. Ils remontent la côte Est et acceptent de nous revendre la carte détaillée du Sud. Nous leurs transmettons quelques informations sur leurs prochains itinéraires.

 

Mercredi 21 Septembre

 

Malgré notre bonne volonté, nous n'avons pas pu nous acquitter de notre droit de place. La capitainerie est restée déserte elle aussi et seul le gardien était présent dans sa guérite. Bon, on ne va pas s'en plaindre non plus…

Nous larguons les amarres assez tôt afin de rejoindre Villasimus, notre prochaine escale. Cette fois, nous sommes vraiment dans le sud. Notre secteur météo sur notre navtexte est désormais intitulé "Tirreno meridionale". Nous sommes couverts par les émetteurs de Rome et de Cagliari.

Une agréable escale va ponctuer notre navigation. Alors que nous longeons la côte à faible distance, nous apercevons derrière une petite pointe, une somptueuse crique avec plage de sable blanc dans le fond. Pourquoi courir, nous ne sommes qu'à huit milles de Villasimus?

 

Jeudi 22 Septembre

 

Formidable, fantastique… Nous avons passés la nuit au mouillage de Cala Pira. Après plus d'une semaine de port, nous n'avons pas résistés au bonheur d'une nuit, seul au mouillage, avec débarquement sur la plage lorsque tout le monde a disparu. Ce matin, j'ai particulièrement apprécié mon bain matinal d'autant que je risque d'en être privé encore pour quelques jours. La nuit a été calme et par sécurité, je m'étais amarré sur un corps mort qui gisait sur le fond, un énorme bloc de béton. D'ailleurs, d'autres corps morts se trouvaient là, ce qui prouve que de nombreux bateaux doivent stationner ici en pleine saison. En règle générale, c'est un gage de sécurité et cela prouve qu'il s'agit d'un bon abri. Aucun souffle de vent, pas le moindre clapot pour contrarier notre sommeil… Les bigorneaux étaient présents sur les rochers au pied de la tour génoise. Seul bémol à ce petit paradis: les moustiques…

Nous entrons dans le port de Villasimus en fin de matinée après deux heures de navigation au moteur, vent dans le nez dès le passage de la pointe Carbonara.

Villasimus est une marina moderne, construite à quatre kilomètres du village du même nom. Moderne, mais déserte, avec quantité de bâtiments à l'abandon. Un complexe ambitieux a été construit ici avec des fonds européens mais sans personne pour occuper les lieux! La capitainerie paraît bien seule au milieu de tout ça.

Nous décidons d'aller au village faire des courses…à pied. Aucun bus. Le stop: sans succès…

Au retour, chargés comme nous sommes, je ne me vois pas du tout refaire le trajet à l'envers sous un soleil de plomb. Je tante le coup avec le premier automobiliste qui monte dans sa voiture et lui demande si, par hasard, il n'irait pas en direction du port. Gagné! Ce n'est pas du tout sa direction, mais j'ai du être très persuasif car il nous conduit à destination, nous et nos sacs. Merci à toi, ô automobiliste oublié mais si charitable.

 

Vendredi 23 Septembre

 

Cagliari, capitale de la Sardaigne. Nous serons au rendez-vous pour accueillir Franck et Valérie demain midi. Nous avons navigués toute la matinée au moteur, en duo avec un voilier Italien rencontré à Villasimus. Ils possèdent une maîtrise de la pêche à la traîne qui me fait pâlir de jalousie! Alors que je m'essaye depuis le début de notre navigation à cette pratique…sans aucun succès, ils remontent impudiquement bonites sur bonites, devant mes yeux exorbités à travers les jumelles… Enervant cette histoire! Sans doute se sont' ils aperçu de mon désespoir grandissant, car le barreur fait cap dans notre direction en agitant les bras au bout desquels pend un superbe spécimen fraîchement pêché! Nous procédons en pleine mer au transfert d'une bonite d’un kilo et demi sur Casalibus. Face à nos timides protestations, l'équipage Italien se targue d'en repêcher encore au moins cinq de cette taille d'ici Cagliari! Reconnaissance éternelle à vous mes amis d'un jour…          

                       

Samedi 24 Septembre

 

La marina où nous sommes amarrés dans le port de Cagliari est asses sordide. Hier, alors que nous cherchions un emplacement, deux personnes nous font signe de contourner une barge échouée et de venir accoster à un ponton plutôt branlant. Notre amarrage vas durer plus d'une heure. Pas de pendille en place et un ponton flottant encombre l'espace disponible. Visiblement, nos anges gardiens sont ni plus ni moins les patrons de cette marina familiale mais très vétuste! Notre consolation, c'est d'avoir retrouvé nos italiens bienfaiteurs avec lesquels nous avons partagé vin et…tartare de bonite bien sûr! Une découverte pour eux.

Bien qu'éloigné du centre ville, l'agitation nocturne et le bruit qui l'accompagne nous change des nombreux mouillages paisibles rencontrés depuis notre arrivée en Sardaigne.

Après un petit déjeuner frisquet dans le cockpit, nous filons découvrir la ville et faisons quelques courses pour le repas de midi. Nous serons quatre à table aujourd'hui car nos invités arrivent en fin de matinée à l'aéroport de Cagliari. Un grand moment que ces retrouvailles…

A notre retour au bateau, Franck et Valérie nous attendent à bord. Ils partageront notre croisière pendant une semaine…

 

Dimanche 25 Septembre

 

Le réveil est tardif ce matin. Il faut dire que la soirée à été longue tellement nous avions soif de nous retrouver et soif tout court… Je savais que cette semaine serait festive et pour un début, c'était fort! D'ailleurs, hier après midi, nous avons procédé à un avitaillement digne d'un équipage de huit personnes et rien n'a été laissé au hasard. Dans tous les cas, nous ne risquons pas une déshydratation! D'autant que nous partons en direction du sud de l'île et que nous n'aurons pas de possibilité de faire des provisions pendant trois jours. Les performances de Casalibus s'en ressentent et sa ligne de flottaison c'est quelque peu enfoncée, mais nous ne sommes pas ici pour régater!

Nous quittons Cagliari sans regret. Non pas que la ville nous est déplu, mais la vie des ports n'est pas faite pour nous, épris de liberté que nous sommes. Et puis nous repasserons par là dans quelques jours.

En début d'après midi, nous mouillons à l'est du Capo Di Pula. Il fait très beau, la mer est plate et nous sommes pratiquement seuls dans les lieux. Nous débarquons pour une visite du site antique de Nora, en bordure de mer. C'est superbe et certaines mosaïques sont parfaitement conservées.

La soirée se terminera tard autour du barbecue et les mots auront tendance à s'embrouiller un peu vers la fin. "Plus tu pédales moins vite et moins t'avances davantage" sera la phrase qui nous fera prendre conscience…qu'il est tant d'aller au lit!   

             

Lundi 26 Septembre

 

Après une nuit réparatrice et clémente, nous mettons encore un peu plus de sud dans notre sillage. Le temps est au beau fixe. L'absence de vent nous contraint à une navigation au moteur mais la mer d'huile rend la chose plutôt agréable. Nous prendrons même notre repas tous ensemble autour de la table de cockpit, en réduisant tout de même le régime moteur pour le confort de nos oreilles.

Nous gagnons le mouillage de Malfatano à treize milles d'ici et son anse Est, parfaitement abritée. L'endroit est de toute beauté! Nous sommes seuls dans la baie et les bigorneaux abondent sur les rochers alentour.

 

Mardi 27 Septembre

 

Nous arrivons tant bien que mal a tirer nos équipiers de leur couchette à une heure qui reste matinale. Vingt cinq milles nautiques nous séparent de Porto Ponté Romano, notre destination du jour. La météo est avec nous et nous ne tarderons pas à envoyer toute la toile pour une navigation en ciseaux, sur une mer presque plate. Comme la veille, nous n'hésitons pas à installer la table pour un apéro sympathique suivi d'un repas non moins copieux. Ce sont dans ces conditions de confort optimal que nous doublons le Cap Teulada, extrême sud de la Sardaigne. La visite furtive de quelques dauphins agrémente encore cette navigation. Nous restons vigilant tout de même car une vaste zone militaire est interdite à toute intrusion.

Lorsque nous passons la digue qui marque l'entrée du port, nous devons bien nous rendre à l'évidence: il ne s'agit pas d'un port de plaisance et rien n'est prévu pour! Mis à part un quai où sont amarrés quelques vieux voiliers. Nous optons pour le quai des carburants et en profitons pour faire le plein. Après renseignement, nous pouvons restés ici jusqu'à demain matin huit heures! Nous nous trouvons en fait dans le chenal qui sépare l'île de San Antico à la Sardaigne. Un pont relie les deux. Nous décidons de gagner le port de San Antico avec l'annexe car il nous faut passer sous ce pont, chose impossible avec Casalibus. Un clapot désagréable nous mouille copieusement et c'est trempés que nous débarquons dans le port. Le village est très joli et la rue principale est bordée d'oliviers énormes. Il fait nuit lorsque nous rentrons et de nombreux pêcheurs se sont installés sur le quai. Nous déplaçons le bateau afin de ne pas avoir à nous lever trop tôt demain matin. Nous nous amarrons proche du pont, le mat à quelques mètres seulement de l'arche. C'est un peu bruyant à cause des voitures qui relient l'île mais plus calme en ce qui concerne les pêcheurs.

 

Mercredi 28 Septembre

 

Nuit pénible! Jusqu'à l'aube les pêcheurs nous ont emmerdés. Et quand ce n'étaient pas eux c'étaient les chiens qui se disputaient les restes de casse croûte. Ce matin, le quai est couvert d'immondices et de cannettes en tout genre. Nous partons sans regret en espérant ne pas être obligés de refaire escale ici durant notre remonté.

Nous contournons l'île de San Antico par le sud et remontons sa côte ouest en direction du nord. Nous avions prévu de faire une pause déjeuner sous la pointe des Salines, mais après un examen de la carte marine, nous nous apercevons que l'accès est formellement interdit pour cause de…zone militaire! Pourquoi cette obsession des militaires à s'approprier les lieux les plus beaux de la planète?

En longeant la côte, nous apercevons une minuscule crique nichée dans la falaise. S'il n'y avait eu un bateau de pêche ancré à l'intérieur, nous n'aurions jamais osé y pénétrer nous même. La passe est très étroite et je l'aborde à faible vitesse. Brigitte, les yeux collés au sondeur, m'annonce la profondeur tandis que Franck et Valérie, postés sur l'avant, scrutent l'entrée à la recherche d'éventuels récifs sournois. "Quatre mètres; trois mètres; deux cinquante; deux trente!". L'opération est assez scabreuse mais le plan d'eau que nous découvrons valait largement les quelques gouttes de sueur qui perlent sur mon front. Minuscule plage de sable encerclée d'une falaise, cette baie est parfaitement abritée et plus vaste qu'elle ne paraît de l'extérieur. Le bateau aperçu est mouillé sur "corps mort" et des casiers attestent de sa vocation de pêcheur. N'étant portée sur aucune de nos carte, nous appellerons cet endroit pompeusement "Casalibus Bay", à la latitude exacte de 39°00'. Mouillage grandiose que nous hésitons a quitter. Nous resterions bien la nuit ici, mais le doute quant aux prévisions météorologique des jours à venir m'exhorte à la sagesse. A seize heures, nous embouquons la passe dans l'autre sens beaucoup plus sereinement qu'à l'aller! Direction le port de Carloforté sur l'île de San Pietro à une quinzaine de milles plus au nord. Vingt nœuds de vent dans le nez laissent présager une navigation pénible…

Comme souvent en Sardaigne, il y a plusieurs marinas dans le port de Carloforté et le choix n'est pas toujours facile. Nous optons pour la plus petite, à l'écart des débarcadères des féries. Il est tard et la capitainerie est fermée. Nous prenons une pendille disponible avec l'aide d'un marin présent au ponton. Nous glanons quelques infos pendant que Franck pêche le repas du soir: deux superbes poulpes que nous engloutirons à l'apéro, frits à l'huile d'olive avec ail et épices. Un délice!

 

Jeudi 29 Septembre

 

L'été est bel et bien fini! Pour la première fois, hier au soir, c'est le froid qui nous a contraints à dîner à l'intérieur. Ce matin, petite laine sur le dos, nous partons visiter la ville. De nombreuses ruelles en pente, parsemées d'escaliers de pierres, nous mènent au sommet d'une colline où trône des fortifications anciennes. La vue d'ici embrasse toute la baie et le chenal séparant notre île de la Sardaigne, juste en face. Dans les rues du port, l'olivier règne en maître. Cette petite ville est la plus pittoresque que nous connaissions en Sardaigne.

Cette semaine avec nos amis s'achève. Demain matin, le car les conduira à Cagliari d'où ils s'envoleront pour la France. Nous effectuons notre dernière navigation ensemble pour une traversée à la voile, vers le port de Portoscuso. Franck profite de ces derniers moments à la barre pour tester les capacités de Casalibus par vingt nœuds de vent de travers. Tout dessus, il parvient à tremper les passavants, visiblement satisfait!

Nous nous amarrons au quai d'accueil alors que le soleil se couche à l'horizon…

 

Vendredi 30 Septembre

 

Les adieux et les départs, je n'aime pas ça. Nous venons de partager des moments inoubliables en compagnie de Franck et Valérie et il n'est pas facile de tourner la page. Je n'attendrai pas l'arrivée du car pour rentrer au bateau, sans me retourner …

Un coup de vent de Nord Ouest nous interdit tout départ aujourd'hui. Nous en profitons pour visiter ce village assez typique et découvrir la véritable pizza aux fruits de mer. Un régal!

 

Dimanche 2 Octobre

 

Il est seize heures trente lorsqu’enfin, nous pénétrons dans le port de Teulada. Nous venons de nous prendre notre premier coup de baston de la saison. La météo annonçait vingt nœuds de nord ouest, idéal pour redescendre dans le sud. Une navigation en ciseaux, dans une houle résiduelle croisée: nous devons barrer afin d'éviter un empannage involontaire. Passée la pointe Mezzaluna, au sud de l'île San Antioco, le vent forcit pour atteindre trente cinq nœuds dans les rafales. Nous passons très au large du cap Teulada pour éviter les effets venturi causés par le relief de la côte. La remontée sur la baie de Teulada, au pré séré, est très éprouvante pour le bateau et pour nous même. Les harnais sont capelés et nous finissons sous grand voile arisée, le génois n'étant d'aucune utilité. Si l'étai largable avait été à poste, nous aurions pu envoyer le tourmentin pour équilibrer le bateau. Une négligence qui aurait pu nous coûter un démâtage? Un voilier allemand de trente sept pieds, arrivé quelques minutes avant nous au ponton d'accueil, y a, quant à lui, laissé sa voile d’avant. Elle pend en lambeaux le long de l’étai… 

Ce soir, il fait presque froid. Le temps est très humide et nous sommes fatigués. Il plane sur nous un vent de lassitude…

 

Mardi 4 Octobre

 

Un créneau météo favorable pour les prochaines vingt quatre heures nous permet enfin de quitter ce port fantomatique. Aucun commerce, pas même un bistro! Nous avons du faire du stop hier pour aller à Teulada, distante de huit kilomètre. Quand je dis en stop, c'est façon: "je tape au carreaux d'une voiture à l'arrêt et demande au conducteur si, par hasard, il n'irait pas dans la même direction que nous?" Tout ça dans un mélange franglais, couronné de "bonjourno porfavor graci"…Avec le sourire évidemment! Sinon, aucune chance, et tu marches pendant des heures.

Nous pourrions filer directement sur Cagliari, mais cette navigation au moteur risque d'être longue. Nous choisissons de faire escale dans le port de Cala Verde. D'après notre guide, il s'agit d'une calanque assez profonde, bordée de pins maritimes. Seul  bémol, le chenal d'accès, encombré d'enrochements suite à l'éboulement d'une partie de la digue. Cette digue est d'ailleurs complètement invisible depuis le large. Nous finirons par trouver l'entrée grâce à la contribution du GPS. Le passage est étroit et nous n'avons que cinquante centimètres sous la quille. Avec un peu de houle, ce chenal ne doit pas être très fréquentable! 

Sur le papier, la marina paressait petite; en réalité elle est minuscule. Une fois à l'intérieur, j'ai l'impression de barrer un quarante pieds! Nous faisons l'étonnement du personnel du chantier naval. Compte tenu de notre longueur et de notre tirant d'eau, une seule place peu nous convenir mais il va falloir faire preuve de beaucoup d'adresse et de …chance! Gagner! Décidément, après cette superbe bonite pêchée à la traîne cet après midi, tout me sourit aujourd'hui.

 

Mercredi 5 Octobre

 

C'est quelque peu déçus que nous partons de Cal Verde. Cette marina est vraiment minable! En guise de sanitaires, nous disposions des vestiaires du personnel. Et tout ça pour vingt trois Euros. Un record par rapport à tous les ports que nous avons fréquentés depuis la Corse! La pêche d'une deuxième bonite serait la bienvenue pour assouplir mon humeur…

Une excellente nouvelle nous arrive par téléphone: Olivier et Jess seront à Cagliari aujourd'hui même. Malgré la grève de la SNCM, ils ont pu traversés avec le camping-car depuis l'Italie. Il y a trois mois que nous ne les avons pas vus…

Lorsque l'on passe devant les pontons de la marina Santa Del Sol, le père et le fils ont beau nous faire de grands signes, nous ne nous arrêterons pas chez eux! En connaisseurs avertis, nous choisissons cette fois la toute nouvelle marina de Sant' Elmo, aux pontons flambants neufs et au prix inférieur. Nous comprenons mieux l'insistance des patrons de Santa Del Sol à accueillir les marins de passage…

 

Jeudi 6 Octobre

 

Ca fait du bien d'être à bord avec les enfants. C'est avec eux aujourd'hui que nous partons en croisière pour quelques jours de navigation côtière. Pour Olivier, c'est une première, notre périple sera modeste. Nous sortons du port pour dix milles de navigation au moteur. Ce n'est pas aujourd'hui qu'ils feront leurs preuves…

Deuxième mouillage, pour nous, à Capo Di Pula.

 

Dimanche 16 Octobre

 

Olivier et Jessica sont repartis ce matin pour le nord de la  Sardaigne. Notre première saison de vagabondage s’achève ici, à Santa Maria Navarese. Nous avons trois jours pour préparer l’hivernage de notre voilier avant notre voyage retour. Bus jusqu’à Porto Torres où nous passerons la nuit, puis ferry jusqu’à Marseille et enfin, train jusqu’à Grenoble. Un peu long et compliqué, mais là non plus, le temps n’est pas compté. Juste l’envie de retrouver famille et amis qui commencent sincèrement à nous manquer…

 

 

 

 

 

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