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RECIT DE VOYAGE EN BATEAU

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Le voyage de Casalibus (suite)

DEUXIEME PARTIE : de la Sardaigne à la Sicile. (Eté 2006)

 Sud-est de la Corse

 

Lundi 15 Mai 2006

 

Le contraste est saisissant! Nous avions laissés une Sardaigne aride et brûlée, nous retrouvons une île luxuriante de verdure et de fleurs. Le lit des rivières n'est plus asséché et, même si le débit ne rivalise pas avec nos torrents des alpes, il y a de l'eau, contrairement à l'automne dernier. Laurelles et bougainvilliers sont en fleurs et chaque maison s'orne de couleurs en plantes grimpantes de toutes sortes.

Nous retrouvons Casalibus où nous l'avions laissé, recouvert de sa bâche d'hivernage dans le port de Santa Maria Navarèse. Aucune mauvaise surprise à notre arrivée et le déshumidificateur semble avoir rempli ses fonctions. J'ai presque honte de l'avoir abandonné durant plus de cinq mois…Un long travail de préparation nous attend dans les prochains jours et je vais pouvoir me faire pardonner cet abandon. Pour l'instant, la fatigue du voyage nous pousse dans notre cabine où Casalibus, sans rancune, nous accueil pour la première nuit d'une longue série.

 

Mardi 16 Mai

 

La fatigue et le stress d'hier se sont envolés durant la nuit. Le stress d'un voyage par la compagnie aérienne Easy Jet, c'est incroyable! Pas cher le voyage, mais il faut savoir que les avions sont systématiquement en retard. Plus d'une demi-heure sur le vol Genève Londres ce qui a faillit nous coûter la correspondance pour Cagliari (il est bien connu que le meilleur chemin pour aller en Sardaigne passe par l'Angleterre!). Nous n'avons attrapé notre vol pour Cagliari que grâce à la complaisance du personnel de l'aéroport de Londres et à celle des autres passagers qui nous ont laissés la priorité, mais également au fait qu'il s'agissait d'un autre vol Easy Jet, donc en retard lui aussi!

Nous avons loué une voiture en "on way" à l'aéroport de Cagliari pour remonter à Santa Maria Navarèse. Nous la garderons trois jours ce qui nous évite d'avoir à payer la taxe d'abandon dans une autre agence et nous permettra de visiter un peu l'arrière pays. Nous nous y employons dès ce matin.

 

Mercredi 24 Mai

 

Normalement, le départ est pour demain. Le bateau est prêt! Carénage (deux jours de travail), gréement à poste, électronique en place, moteur vidangé. Casalibus est propre comme un sou neuf, et nous, délestés de la modique somme de sept cent cinquante Euros! Taxes comprises…ouf! Ça soulage quand même!

Nous allons pouvoir, en plusieurs étapes, remonter sur la Corse. Il me semble que nous n'avons rien oublié…

 

Samedi 27 Mai

 

Il est 16h. Nous venons de mouiller au nord du Cap Coda Cavallo. Notre remontée de la côte est de la Sardaigne s'effectue à la vitesse " grand V".

Comme prévu, nous sommes partis avant hier matin de notre port d'hivernage de Santa Maria après de multiples adieux. Voisins de ponton, mécanicien du chantier naval et personnel de la marina où nous avons dus nous acquitter d'une dernière facture non prévue: la location du ber sur le chantier pour les deux journées de carénage. Ce qui nous monte la note totale à huit cents Euros! Nous apprécions la petite touche personnelle du responsable qui nous remet gracieusement le pavillon de la marina de Santa Maria Navaresse que je m'empresse d'envoyer dans les haubans bâbords où il y restera jusqu'à ce que le soleil et les embruns aient raison de lui!

Si notre remontée s'effectue rapidement, c'est aussi grâce aux conditions météo très favorables. Nous avons navigués la plupart du temps à la voile avec des vents portants.

Après une première escale au port de La Caletta, nous avons fait notre premier mouillage hier après midi dans l'avant port d'Ottiolu, marina très chique qui marque notre approche de la  Costa Sméralda. C'est aussi l'occasion de ressortir le barbecue pour griller les rougets et les merlus que nous ont offert Bruno et sa compagne, hier à La Caletta. Ce couple de français vient de faire l'acquisition d'une très grosse vedette avec laquelle ils emmèneront en croisière à la journée, les riches clients des hôtels environnants. Nous aurions aimés faire plus ample connaissance avec eux, mais ce sont aussi les lois du voyage que de toujours partir.

Aujourd'hui, nous renouons avec les mouillages forains avec ce qui se fait de mieux dans le genre. Cette crique  dans le nord du cap Coda Cavallo est absolument fantastique! Parfaitement abritée de tous les côtés, le site est paradisiaque (encore un me direz vous!). S'il existait une échelle de beauté pour les mouillages, il se situerait sans aucun doute, très haut dans la liste. Quant au coucher du soleil le soir venu, illuminant les hautes falaises calcaires de l'île de Tavolara, nous étions subjugués. Seul la voix des Mountain Men, dans le lecteur CD, se propageait dans le cockpit et donnait à cet instant une dimension universelle. Le blues est, et restera pour moi l'expression musicale la plus sensorielle.        

 

Dimanche 28 Mai

 

Arriver à Olbia un dimanche ne nous enchante guère! Nous en avions fait l'expérience l'an dernier et le souvenir que nous en avons ne nous incite pas à la renouveler. Nous gardons par contre un très bon souvenir du mouillage de Porto San Paolo à cinq milles dans le nord ouest et décidons d'aller y passer la nuit. Ce port minuscule se trouve dans une crique entourée de cailloux mais il y a un espace suffisant au mouillage d'un bateau comme le notre, avec ses cent quarante cinq de tirant d'eau. Il faut simplement avancer prudemment et avoir l'œil en permanence sur le sondeur. La météo est clémente et nous en osmose avec cette nature préservée. Seulement voilà!!!

 

Lundi 29 Mai

 

Pas fermé l'œil de la nuit! Le vent s'est levé tard dans la soirée et n'a cessé de forcir durant la nuit. A bâbord des récifs, à tribord des récifs et derrière nous, un banc de sable qui nous sépare de la plage! Aucune marge pour nous récupérer en cas de dérapage de l'ancre. Nous n'avons que quatre vingt centimètres d'eau sous la quille. Heureusement, la houle ne rentre pas dans cette baie complètement fermée sur le large.

Hier au soir, nous avons été les témoins d'un phénomène météo jamais rencontré jusqu'à présent. Alors que, à la tombée du jour, la brise de mer nous apportait subitement une humidité peu commune, dès la nuit venue, le vent de terre s'imposait tout aussi subitement. Il nous apportait lui, un air chaud et sec qui sécha le pont du bateau en moins de cinq minutes et fit remonter la température ambiante de plusieurs degrés! Je pense qu'il s'agissait d'un signe précurseur du coup de vent d'ouest qui nous attendait.

Sortir d'un piège comme celui-ci en pleine nuit par force sept n'est pas envisageable! Nous sommes soulagés lorsque le soleil se lève et nous permet ainsi de sortir de la passe encombrée de cailloux. Notre but, évidemment est de rejoindre rapidement le port d'Olbia d'autant que la météo sur la Corse annonce des vents à plus de cent kilomètres à l'heure. Et la Corse, c'est tout proche! Préparer le bateau ne nous prend que quelques minutes et pour la première fois, j'installe le tourmentin, cette petite voile d'avant qui permet de garder le cap par gros temps, sans risque de coucher le bateau. Ce fût effectivement un très bon réflexe car à peine sortis de la baie, nous sommes accueillis par un vent d'ouest soufflant en rafales, atteignant pour certaines les quarante nœuds. La mer est grosse et les vagues cassantes comme il se doit en Méditerranée. Nous mettrons trois heures et demie pour rallier le quai d'Olbia distant de quinze milles, en tirant bords sur bords à l'entrée du golfe. Ce fût une navigation pleine d'enseignements et pour certains, plutôt encourageants. Nous avons été surpris du bon comportement du bateau gréé avec le tourmentin. C'était presque confortable et le bateau se barrait très bien. Notre deuxième soulagement à été de nous apercevoir que notre enrouleur de génois était grippé et que nous n'aurions peut-être pas pu réduire cette voile d'avant lorsque les rafales nous ont surpris…

 

Vendredi 2 Juin

 

Et merde! Voilà cinq jours que nous sommes amarrés à ce vieux quai d'Olbia. La météo est exécrable aujourd'hui avec des pluies incessantes et des températures plutôt surprenantes pour la saison: douze degrés en extérieur et seulement dix huit à bord! La vague de froid sur la France a fini par arriver jusqu'en Sardaigne et cela ne nous fait plus rire du tout. Pour compliquer encore un peu l'affaire, notre problème d'enrouleur de génois est plus grave que prévu. Pour tout dire, il est simplement HS! Au dernières nouvelles, ce modèle n'est plus disponible chez le fabriquant. Celui-ci nous propose de lui expédier la pièce défectueuse à Saint Nazaire afin de procéder à la réparation dans leur atelier et de nous la réexpédier à l'adresse de notre choix. Autre solution, le remplacement pur et simple de l'enrouleur complet!

Nous allons opter pour la première solution pour des raisons purement terre à terre…et comme le deux Juin est un jour férié en Sardaigne, cela nous repousse à lundi!

Olbia est une petite ville assez sympathique à partir du moment où l'on a pénétré à l'intérieur. Nous commençons à connaître par cœur et certains commerçants nous accueillent comme de vieux clients. Les voisins de ponton deviennent des familiers et il s'instaure une ambiance conviviale entre nous. Nous en profitons pour nous repasser les bons tuyaux sur nos escales passées. Chaque expérience est enrichissante.

En tous les cas, ce rafraîchissement nous fait apprécier doublement notre production d'eau chaude du bord et nous faisons des envieux. Les panneaux solaires n'étant pas très efficaces par temps couvert, nous devons de toute manière faire tourner le moteur une heure par jour, juste de quoi chauffer les vingt litres de notre ballon!

 

Dimanche 4 Juin

 

Enfin au mouillage! Presque une semaine que nous étions amarrés à ce quai sinistre. Ce matin, la météo est enfin redevenue "normale pour la saison" et nous filons dans la première crique à l'extérieur du golfe d'Olbia. Nous sommes suivis par la plupart des bateaux qui n'attendaient que cette occasion pour fuir le port. Certains descendent dans le sud, d'autres remontent sur la Corse. Tout le monde se dit au revoir, avec toujours cette impression que la mer est petite et que l'on se retrouvera forcément dans un autre coin de la Méditerranée.

Le meilleur souvenir de cette escale forcée restera la solidarité dont nous avons bénéficié face à notre problème technique d'enrouleur. Il m'était impossible de démonter la pièce défectueuse faute de matériel et surtout à cause de la corrosion. Il me fallait percer les vis de huit millimètres récalcitrantes pour pouvoir les extraire. Un équipage Allemand à mis à ma disposition un perforateur, le responsable du chantier d'installation de la foire artisanale toute proche, un groupe électrogène et d'autres un coup de main très apprécié dans ces moments de désespoir bien connu des bricoleurs face au problème insurmontable qui les afflige et perturbe leur sommeil…En ce qui nous concerne, nous n'en avons pas fini avec Olbia, car nous devons expédier notre tambour d'enrouleur dès demain matin, par la poste Italienne.

Pour l'instant, nous profitons du bonheur d'être enfin seul, au calme de cette baie adorable.

Nous ne restons pas seuls très longtemps et voyons arriver "Yvon" et son équipage de retraités. Un couple de français rencontré au port, en attente eux aussi de conditions meilleures.

Nous savions qu'ils nous rejoindraient après un contact VHF et c'est avec grand plaisir que nous les accueillons. La perspective, sans doute, d'un dernier apéro en commun!

 

Mardi 6 Juin

 

Beau temps et mer belle, nous quittons enfin Olbia et entamons notre remontée sur le nord! Nous avons expédié hier notre enrouleur chez Profurl, par la poste Italienne. Pour la modique somme de trente Euros! Ils devraient la réceptionner mercredi à Saint Nazaire. En attendant, nous sommes condamnés à naviguer au moteur et nous espérons pouvoir récupérer l'engin rapidement.

Cette dernière soirée au quai d'Olbia a été l'occasion d'une nouvelle rencontre. Jean Francesco, navigateur solitaire Italien sous pavillon britannique. Tout un programme! Il vit sur son voilier, construit de ses propres mains, depuis dix ans et ne semble pas décidé à s'arrêter. Nous avons philosophé à son bord toute la soirée en nous désaltérant avec un alcool Sarde fabrication maison…J'ai dormi d'un sommeil de plomb!  

Nous jetons l'ancre en début de soirée dans La Cala Di Volpe, huit milles au sud de Porto Servo. Nous connaissons les lieux pour nous y être arrêtés l'an passé, mais optons pour une petite plage à l'entrée. Eaux cristalline sur fond de sable blanc! Nous retrouvons les plaisir du mouillage forain et le repas barbecue agrémenté de son soleil couchant. Rien d'extraordinaire en somme…

 

Mercredi 7 Juin

 

Faute de génois, nous naviguons au moteur et profitons des matinées sans vent pour avancer. Il n'est jamais très agréable de lutter contre un vent de face en poussant le moteur à fond.

Nous nous arrêtons pour déjeuner dans une petite crique à côté du port de Porto Servo avant de pénétrer dans cette marina absolument splendide et…hors de prix. Comme à l'automne dernier, nous restons dans l'avant port gratuit.

 

Jeudi 8 Juin

 

La société Profurl a réceptionné notre enrouleur de génois ce matin! Bonne nouvelle. Il ne leur reste plus qu'a le réparer et a nous le retourner à l'adresse que nous leurs donnerons. On avance on avance…

Casalibus aussi avance, au moteur, mais il avance. Nous venons de jeter l'ancre dans la baie de Porto Palma, sur l'île de Caprera, dans l'archipel des Maddalena. Je passe sur la beauté des lieux de peur de me répéter!

Ce mouillage dans les Maddalena a un goût de départ et d'adieu. Nous vivons nos dernières heures en Sardaigne et il y a un certain regret de quitter cette île superbe à l'accueil si sympathique. Notre court séjour à Porto Cervo nous en aura encore apporté la preuve. Ce port qui accueil les plus beaux yachts de la planète sait aussi accorder une place aux petits bateaux de passage, gratuitement et le plus naturellement du monde. Eau et sanitaires à disposition pour tous, un exemple bien trop rare dans nos ports français!

Notre retour en Corse va coïncider avec un événement heureux: la visite de Guy et de son fils, sans doute la semaine prochaine. De bons moments en perspective!

 

Vendredi 9 Juin

 

Cette dernière nuit en Sardaigne aura été des plus clémentes. Très peu de monde encore à cette période dans ce mouillage idyllique…

Ce matin, un vent du nord soutenu contrarie un peu notre programme. Nous pensions remonter sur les îles Lavezzi, mais avec un vent dans le nez de plus de vingt nœuds, cette navigation au moteur ne nous tente pas. Et puis, une dernière escale en Sardaigne ne serait pas pour nous déplaire. D'ailleurs, notre stock de vin blanc d'Argiolas est presque épuisé! Le port de Palau est juste en face, à trois milles. Tentant non?

Le vent a nettement faiblit. Il est 15h et Casalibus, alourdit de quelques bouteilles, quitte le port de Palau. Cap sur l'archipel des Lavezzi, un des joyaux de la Corse. Nous rentrons dans les eaux territoriales françaises une heure plus tard et jetons l'ancre à 17h dans l'un des plus beaux mouillages au monde!!!

Difficile de décrire la perfection quand elle est si provocante! Cette anse à la pointe de la Sémillante est un havre de paix au milieu des Bouches de Bonifacio. Le contraste absolu entre une nature qui peut être violente et un paradis terrestre. Nous sommes bien entendu dans une réserve naturelle très protégé, mais extrêmement précaire. Le tourisme est plutôt limité vu l'accessibilité des lieux, mais tout le transit pétrolier méditerranéen passe par ici! Une absurdité complète.

Pour l'instant nous jouissons du privilège d'être ici et surtout d'y passer la nuit. Le mouillage est entièrement cerné par des blocs de granit et l'eau translucide complètement plate. Nous ne sommes que trois bateaux au paradis…                    

 

Samedi 10 Juin

 

Seul le cri des mouettes, nichant sur les rochers, troublait le calme absolu des lieux. Sans doute un prédateur à la recherche de nourriture facile, les œufs étant couvés à même le sol. Cette nuit fut magique! Tellement magique que nous décidons de rester ici jusqu'à dimanche. Bien sûr, le nombre de bateaux venant mouiller ici s'amplifie d'heure en heure, mais nous savons qu'en fin d'après midi, la plupart quitteront les lieux pour regagner leur port d'attache. 

Depuis que nous sommes sur le territoire français, nous sommes à nouveau connectés au réseau SFR et nous en profitons! Il est bon de prendre des nouvelles des amis et de la famille. Nous apprenons ainsi que nos" Pascal " ont envi de nous rejoindre à la fin du mois… Excellent!

 

Dimanche 11 Juin

 

L'après midi d'hier aura été vraiment très mouvementée à la Sémillante. Nous avons compté jusqu'à vingt deux embarcations de tout genre dans cette crique de cent cinquante mètres de rayon. Depuis le "promène couillons" déversant son flot de touristes sur l'île, au petit voilier de vingt pieds venu passer le veek end aux Lavezzi! Beaucoup d'ambiance et de bruit au paradis. Heureusement, le soir venu ne restaient que les meilleurs…

Nous décidons ce matin d'aller voir ailleurs. Oh pas bien loin, juste deux milles dans le nord, l'île de Cavallo. On appelle cette île "l'île aux milliardaires"! Minuscule îlot entouré luis aussi de blocs de granite, mais très urbanisé. Cependant, aucune construction anarchique dans ce lieu. Pas spécialement beau comme architecture, mais très contemporain et parfaitement intégrée au paysage. Il est même difficile quelquefois de discerner les maisons des rochers. Cette île dispose d'une marina hors de prix mais pratiquement déserte et surtout, d'une piste d'atterrissage pour les petits avions privés.

Nous choisissons le mouillage de Palma, dans le sud-est et jetons l'ancre sur fond de sable, au milieu de ces rochers si particuliers des Lavezzi. Il est dix heures et demie du matin et nous sommes le seul bateau! Ici, nul besoin  de plonger pour s'assurer de la bonne tenue de l'ancre. Il suffit de la regarder se poser sur le fond depuis l'étrave et de la voir se planter gentiment dans le sable, escortée d'une nuée de poissons. Le sillon creusé par notre ancre libère de micros crustacés dont ils se régalent.

Nous gagnons le port en annexe, pour prétexte d'y boire un café. Un café italien bien sûr puisque je suis persuadé d'être sur un territoire leur appartenant. "uno espresso per favor!". Presque parfait dans ma prononciation et fier de moi!

- Court ou allongé?

-Ah! Mais vous parlez français?

-Forcement puisque nous sommes français.

-Mais, l'île de Cavalo, elle est bien italienne n'est-ce pas?

Etonné, il se tourne vers sa femme.

-Depuis quand on est en Italie ici?

Merde, et cet accent, c'est plutôt corse! Si jamais je suis tombé sur un pur et dur, il va me passer dehors…

De retour au bateau, je m'empresse d'amener le pavillon italien et d'envoyer dans les haubans celui à la tête noire au foulard! Il était brave et pas susceptible du tout, mais je pense que l'histoire va se raconter pendant quelque temps…

 

Lundi 12 Juin

 

Un vent frais de nord-est s'est levé tôt ce matin avec des pointes à trente nœuds. La passe d'entrée est infranchissable compte tenu des nombreux haut fonds qui l’entourent. A la regarder ce matin, on a du mal à croire que l'on a peu l'emprunter hier. Le Navtexe annonce un vent faiblissant dans la soirée. Souhaitons qu'il ne se trompe pas, car nous commençons a être à court de provisions et l'épicerie du coin dispose de peu de choses. Ni viande ni poisson, pas même en surgelés. Et puis n'oublions pas que nous sommes sur l'île aux milliardaires, ça calme!!! Pour l'instant, les milliardaires en question sont absents. Il n'y a pas âme qui vive sur l'île et toutes les maisons sont fermées. Seul le personnel d'entretien procède aux préparatifs en vue de la saison à venir.

Quoiqu'il en soit, nous sommes bien abrités dans la crique et ne risquons pas de déraper. J'ai posé une amarre sur un énorme "corps mort" sur le fond: une ancienne "chaîne mère" mise en place il y a quelques années pour les bateaux locaux.    

Comme prévu, le vent a faiblit dans l'après midi et à 15h30, nous embouquons la passe avec une houle encore grosse. Nous sortons exactement dans l'axe par lequel nous étions rentrés en toute confiance… et mettons le cap sur la Corse, direction l'anse de Rondinara.

 

Mardi 13 Juin

 

La houle et le vent de nord-est étant encore fort hier, nous avons choisi une baie dans le sud de la pointe de Rondinara, parfaitement abritée et tranquille. Une légère houle nous a bercés une partie de la nuit mais sans troubler notre sommeille.

Ce matin, c'est le calme plat et nous en profitons pour aller explorer le golfe de Santa Manza.

La calanque de Stentino est très tentante, mais lorsque nous arrivons à sa hauteur, nous nous apercevons vite que le passage est risqué. Des bancs de sable encombrent l'embouchure et nous préférons renoncer. Nous jetons l'ancre devant la plage.

Une bonne brise de sud-ouest nous incite a remonter vers le nord. Pour une fois que nous pourrons faire quelques milles à la voile! Et puis ici, contrairement à ce qui est noté dans notre guide, il n'y a aucune possibilité de faire des courses. Le désert, si ce n'est le bar restaurant de la plage.

Pour l'occasion, Brigitte va tenter avec succès, une sortie du mouillage à la voile. Quinze nœuds de vent arrière nous poussent gentiment vers la sortie du golfe. Dans l'euphorie du moment, j'en oublie le haut fond qui déborde la côte…Nous nous plantons lamentablement dans le sable, heureusement à petite vitesse! Le plus dur est d'enrouler la grand voile gonflée par cette brise arrière. Ensuite, nous nous tirons de ce mauvais pas à l'aide du moteur, marche arrière toute! Bien tirés pour cette fois, mais a méditer…

Rondinara! Mouillage emblématique de la côte est de la Corse. Sa forme est effectivement presque circulaire. Une quinzaine de bateaux sont déjà à l'ancre, mais les jours d'affluence en plein été, ce sont plus de cent embarcations qui peuvent s'y concentrer. Il faut dire que le lieu est magique (encore un) et très proche de Porto Vecchio. Il y a du monde aussi sur la plage et je me souviens que le bar sert de la Piétra à la pression et çà, c'est divin!

Nous mouillons dans le sud de la baie, à l'écart des autres bateaux, notre petit tirant d'eau nous permettant ce luxe.  Bière sur la plage et cueillette journalière de bigorneaux son au programme de l'après midi.

 

Mercredi 14 Juin

 

Fidèle à sa réputation, Rondinara n'aura pas faillit. Beauté, tranquillité et sérénité, telle aura été la soirée d'hier. C'était d'ailleurs la première fois que nous pouvions rester sur le pont jusqu'à la nuit sans frissonner.

L'épicerie du camping tout proche nous permet de refaire notre avitaillement. Il était tant. Par contre, toujours aucune possibilité de faire de l'eau. Il y a maintenant cinq jours que nous tournons sur les réservoirs du bord.

Après une courte navigation, nous nous arrêtons dans le golfe de Porto Nuovo, deux milles plus au nord. Ce mouillage est une première pour nous et je dois dire que nous sommes agréablement surpris. Non seulement c'est beau, mais l'endroit est sauvage et complètement délaissé par les navigateurs. Un seul bateau est déjà présent. Situé entre Rondinara au sud et Santa Giulia au nord (une autre perle de la côte est), cela explique sans doute son manque d'intérêt pour les marins de passage.

Un tel lieu serait propice à une soirée barbecue. Faute de viande ou de poisson à griller, nous nous contenterons de pâtes à la bolognaise!

 

Jeudi 15 Juin

 

Hier en fin d'après midi, nous avons vu arriver au mouillage un autre voilier. Ce n'était autre que Kalissimo, rencontré deux jours plus tôt. Les propriétaires, un jeune couple d'origine bretonne, nous avais cédé une copie couleur de la carte marine de l'île d'Elbe. Un apéritif partagé à bord de Casalibus permet de faire plus ample connaissance. Ils ont racheté ce voilier il y a un an pour partir sur l'Amérique du sud. Des problèmes techniques contrarient leur projet et, pour l'instant ils naviguent en Méditerranée, travaillant de temps à autre pour garnir la caisse de bord. Les rêves et la pointe d'utopie qui les animent les rendent attachant. Sans doute les retrouverons-nous dans un autre coin de la Grande Bleue.

Nous levons l'ancre dans la matinée pour nous rendre à Santa Giulia, grande baie bordée de sable blanc et parsemée de blocs de granit. Malheureusement, la houle d'est rentre dans la passe et le mouillage est vraiment inconfortable. Nous finissons par renoncer à passer la nuit ici et retournons à Porto Nuovo, dans le calme et la solitude.

 

Vendredi 16 Juin

 

Deuxième nuit paisible dans ce mouillage. Décidément, il est des lieux comme celui-ci qui se laissent apprivoiser alors que rien ne prête à les aimer. Leur charme ne tient peut être qu'à leur solitude.

Quoiqu'il en soit, un approvisionnement complet s'impose aujourd'hui! Direction Porto Vecchio à douze milles dans le nord. Il était prévu un vent de sud-est qui nous aurait aidés à avancer avec la grand voile, et bien ce sera du nord-est! En plein dans le nez! Un peu de pluie pour couronner le tout, il n'en faut pas plus pour que nous prenions la décision de nous amarrer à un ponton de la marina. Une journée au mouillage sous la pluie ne nous tentait guère…

Porto Vecchio est une petite ville adorable, perchée sur les hauteurs. Nous la parcourons en tous sens et retrouvons le charme des villages Corse. L'animation qui y règne nous change de la solitude des jours derniers et nous aimons!

Nous devrions recevoir un appel du magasin USHIP de Bonifacio pour nous signaler que notre enrouleur est enfin arrivé et que nous pouvons venir le récupérer. A 17h, étant toujours sans nouvelle, j'appelle la société Profurl à Saint Nazaire pour obtenir des nouvelles, notamment, la date d'envoi de la pièce tant attendu. Horreur! Celle ci se trouve toujours dans les ateliers de réparation en Bretagne et ne sera sans doute pas acheminée avant lundi. Ma colère bien que contenue (ménager avant tout les susceptibilités des gens dont on dépend!) éclate. Voilà huit jours que cette pièce est en leur possession, et visiblement, rien n'a été fait.

Je pense que nous sommes à Porto Vecchio pour quelques jours. Guy et Pierre arrivent lundi et nous seront condamnés à attendre cet enrouleur sans pouvoir nous éloigner et remonter sur l'île d'Elbe comme prévu. J'ai la rage!!!

 

Samedi 17 Juin

 

Se retrouver dans un port permet de remettre le bateau en ordre et surtout de procéder à un nettoyage complet à l'eau douce. Cela faisait un mois que ce n'était pas arrivé.

Tous les pleins sont faits et nous repartons en fin d'après midi pour un mouillage forain dans le golfe, à moins d'un mille du port.

Etre en Corse, c'est aussi retrouver les informations nationales. Des nouvelles du pays, c'est important pour garder le contact. Et oui mais, l'information aujourd'hui, c'est le foot! La coupe du monde…La une de tous les journaux, les écrans géants dans les bars. Nous finissons par apprendre que Notre équipe a perdu son premier match contre la Suisse. Je crois qu'il est temps aujourd'hui de se poser les vraies questions: nos joueurs sont-ils suffisamment payés?…

                                                              

Mardi 20 Juin

 

Ca y est! Nous sommes quatre à bord. Guy et Pierre nous ont rejoints ce matin par le ferry en provenance de Marseille. Nous les récupérons à la marina de Porto Vecchio et retournons au mouillage après avoir fait un avitaillement complet: nourriture, boissons et gas-oil. Pour Pierre, cette croisière à la voile sera une première. Espérons qu'il aura le pied marin comme son père. Enfin, quand je parle de croisière à la voile, c'est lorsque nous aurons reçu cet enrouleur tant attendu. Aux dernières nouvelles, la pièce est bien arrivée à Bonifacio, mais sans les vis de fixation!!!

Tout çà ne nous empêche pas de fêter nos retrouvailles avec Guy et Pierre dans ce mouillage paisible de Stagnola. Ce sont joint à nous Estelle et Cyrille du bateau Kalissimo, que nous retrouvons à l'ancre proche de nous. Cette première nuit à bord ensemble ne sera troublée par aucun incident et le lendemain, Pierre semble satisfait d'avoir dormi comme à la maison. Nous lui expliquons que tous les mouillages ne sont pas aussi calme et que quelquefois, le bateau peu tanguer un peu…    

 

Mercredi 21 Juin

 

Si la nuit a été calme, le temps n'en est pas meilleur pour autan ce matin. Très nuageux avec des risques d'averses. Après concertation, nous décidons de regagner le port et d'y passer la nuit suivante pour cause de: fête de la musique (ici, elle commence deux jours en avance).

A 15h, un appel de Bonifacio me signale que notre enrouleur de génois est enfin complet. Nous pouvons le récupérer au magasin quand on veut. Le problème, c'est qu'il n'y a plus de bus avant demain! Aucune importance, je ne veux pas attendre un jour de plus. J'essaie le stop! J'ai droit à tout. De la petite vieille qui me véhicule gentiment, mais sur deux kilomètres seulement, aux automobilistes moqueurs voir insultants, qui passent en me rasant, j'ai fini dans la voiture d'un jeune magrébin avec deux autres auto-stoppeurs tout aussi dépités que moi par la difficulté en Corse de se faire prendre  en stop. Le retour fut plus rapide grâce encore à la solidarité d'un autre émigré et d'un mauricien à la retraite.

Ma grande chance dans cette histoire d'enrouleur de génois, c'est d'avoir Guy à mes côtés pour le remontage. Son sens de la mécanique a été salvateur.       

  

Jeudi 22 Juin

 

Dur la nuit de la fête de la musique au port. On ne peut pas dire que l'on ait dormi longtemps. Entre les nombreuses Piétras absorbées pour fêter la réparation du bateau, la fête de la musique et le groupe de rock installé juste sur le quai, j'ai comme un pivert dans la tête ce matin… Je ne suis pas le seul d'ailleurs!

Il nous tarde d'aller essayer Casalibus avec sa garde robe complète. Une bonne brise de nord-est nous permet de sortir du golfe de Porto Vecchio en tirant des bords. Et nous ne nous en privons pas! Nous naviguons deux heures et demie pour rejoindre la baie de Saint Cyprien…trois milles plus au nord. La performance est petite mais le plaisir est grand!  

Le golfe de Saint Cyprien est un superbe endroit mais un peu trop fréquenté par les jets skis et les hors bords locaux. Par contre, lorsque le soir arrive…                     

 

Dimanche 25 Juin

 

La lassitude commence à se faire sentir en cette fin d'après midi et nous sommes heureux de voir l'île d'Elbe se profiler au loin. Nous sommes partis tôt se matin de Solenzara pour effectuer les soixante milles nautiques qui sépare ce port de l'île d'Elbe. Et comme souvent en Méditerranée, cette traversée s'est faite au moteur faute de vent au large des côtes.  La pêche à la traîne a été la principale occupation de Guy et s'est soldée par la perte de trois leurres. Fil pas assez solide ou poissons trop gros? Nous avons eu plus de chance avec les dauphins qui nous ont rendu visite deux fois pour le plus grand plaisir de Pierre qui n'en avait jamais vus.     

Pierre m'étonne beaucoup quant à ses prédispositions à la navigation. Le mal de mer n'a visiblement aucune emprise sur lui et il vit à bord comme à la maison. Même qu'il faut de temps en temps lui rappeler que nos réserves en eau douce sont limitées…

C'est au mouillage de Pinarello, hier matin, que nous avons pris la décision de traverser sans attendre sur Elbe. La météo était favorable malgré l'absence de vent et nous n'avons jamais retrouvé ce camp de naturiste où nous avions passés trois jours à bord de Sianaël, Guy et mois, il y a trois ans. A l’époque, nous trouvions toutes les excuses possibles auprès du capitaine pour retarder notre départ. Ce souvenir commun nous entraine tous les deux dans un fou-rire qui laisse pantois Brigitte et Pierre, perplexes sur notre état mental du moment…

 

Ile d'Elbe

 

Lundi 26 Juin

 

Notre première nuit à Elbe a été très inconfortable. Une houle prononcée rentrait dans le golfe de Stella faisant tanguer Casalibus, perturbant par la même notre sommeil. Nous prenons un petit déjeuner rapide et quittons ce mouillage devenu un enfer. Une faible brise nous autorise une manœuvre sous voiles jusqu'à la sortie de la baie. Nous devrons déchanter trente minutes plus tard et faire appel à la "risée diesel"…

Arrivés dans le golfe Di Campo, nous choisissons une petite crique dans l'ouest en espérant que la houle du large nous laissera tranquille cette nuit. Nous sommes à un kilomètre du village en empruntant un sentier côtier absolument ravissant. Le charme de Porto Di Campo nous séduit. Petites ruelles en pentes donnant sur le port où sont amarrés des bateaux de pêche locaux. Nombreuses boutiques et rues ombragées animées jusque tard dans la soirée. Nous sommes bien en Italie! La convivialité des gens et leur bonne humeur nous le confirme. Quel contraste avec la Corse où fierté rime souvent avec antipathie…

 

Mercredi 28 Juin

 

Le séjour de Guy et de Pierre s'achève aujourd'hui. Le réveil est matinal dans cette baie de Porto Azzurro où nous avons jeté l'ancre hier après midi. Nos équipiers doivent prendre le bus pour Porto Férraio à huit heures vingt sur la route de la corniche. De là, un ferry les emmènera à Piombino sur la côte italienne d'où ils prendront le train pour un retour vers la France. C'était sans compter sur la nonchalance et le zen du père et du fils! Et lorsque Brigitte, inquiète comme moi de leur sérénité, leur annonce qu'il ne leurs reste que dix minutes avant le passage du bus…il est déjà trop tard! Le prochain les conduira à destination une heure et demie plus tard à moins que…l'auto stop peut être?

La veille au soir, nous sommes sortis pour une visite de la ville, très animée elle aussi. Beaucoup de monde dans les rues et tous les commerces ouverts. L'agitation est constante. C'est également un jour de match et il est bien difficile d'y échapper. Chaque bar dispose d'une télé en terrasse et comble du malheur, la France joue en huitième de finale. C'est ainsi que je me retrouve, moi, l'anti foot, devant un écran géant à suivre ce match qui ne passionne que les quelques français présents en terrasse. La honte! Comment ai-je peu me faire piéger malgré mon aversion pour tout ce qui touche au monde du football? Moi qui ne cesse de répéter qu'il y a trois fléaux dans le monde: le racisme, la religion et le football, tous trois responsables de la plupart des conflits…mais un moment de honte est si vite oublié!            

Se retrouver seuls à bord entraîne chez moi des sentiments controversés. Sentiment d'abandon dans un premier temps lorsque les copains, la famille s'en vont et sentiment de liberté retrouvée inhérente à notre façon de vivre Brigitte et moi. Quoiqu'il en soit, en dehors du plaisir immense de retrouver des gens  que l'on aime, je pense qu'il est bon de casser de temps en temps ce rythme de vie si particulier à bord de Casalibus. Le soir venu, je ressens le besoin de sortir, de voir du monde et je convaincs Brigitte à ce que nous allions nous faire une pizza sur le port…   

 

Jeudi 29 Juin

 

Un coup de vent au lever du jour me tire de ma cabine. Je sais les fond de mauvaise tenue et la sur fréquentation du mouillage m'inquiète. Hier au soir, j'ai interpellé un bateau italien venu jeter l'ancre bien trop près de nous. Sans résultat! Le skipper me répond qu'il prend ses responsabilités. N'empêche que je dois relâcher une dizaine de mètres de câblot tellement son cul est proche de nous! Les trente nœuds de vent enregistrés ne durent heureusement qu'une demi-heure et je retourne me coucher après avoir reçu un signe amical de notre voisin…

Si le vent est tombé, la houle qu'il a entraînée elle, durera encore longtemps. Après quelques courses en ville, nous mouillerons pour déjeuner, dans la baie de Barbarossa près du port et finalement, irons juste en face à la plage de Naregno. Le lieu est sauvage et normalement, abrité de la houle du large. Mais la normalité est quelques fois bien loin de la réalité…  

 

Vendredi 30 Juin

 

Sans problème! Cette nuit a été paisible contrairement à mes craintes. La plage est sauvage, noyée au milieux des rochers et seul un sentier piétonnier permet d'y accéder. Le bonheur comme on l'aime…

 

Dimanche 2 Juillet

 

Changement de mois, changement de décor. Nous voici à Porto Ferraio, capitale de l'île et ville de transit! La baie est très vaste mais constamment agitée par les multiples ferries qui entrent et sortent du port. Nous sommes arrivés hier matin après avoir passé la nuit dans une minuscule crique dans le nord de Cavo. Cet arrêt n'était pas prévu et notre guide nautique ne le mentionnait même pas. Et pourtant…Comment voulez vous que nous avancions alors que tant de beautés nous retiennent, ici, ailleurs et finalement partout où nous passons? La vie de Napoléon ne fait pas partie de mes préoccupations premières mais j'aimerai savoir ce qui a pu pousser cet homme à fuir un endroit pareil! Tout n'est que ravissement. Maisons au ton pastelle allant du crème à l'ocre, couvertes de tuiles romaine rouges se voyant de très loin lorsque l'on aborde les villages. C'est toute l'île, avec sa végétation abondante, qui tranche avec le bleu du ciel et de la mer. Palmiers et pins se disputent la côte alors que les chênes lièges et les châtaigniers s'approprient les hauteurs. Dans l'ouest, on aperçoit le mont Capanne qui domine l'île de ses 1020 mètres d'altitude. D'ailleurs, aujourd'hui sur les conseils téléphoniques de Pierre et Guy, nous avons pris un bus pour faire le tour de l'île. (Oui, Pierre et Guy sont bien arrivés à destination, mais ils ont pris un bus en sens inverse faisant ainsi le tour complet de l'île…) Merci à eux, c'était un très bon conseil! En plus d'avoir une autre vision de la vie insulaire, cela nous a permis de découvrir à l'avance les merveilles qui nous attendent sur la côte nord.

 

Mercredi 5 Juillet

 

Nous quittons avec regret le village de Marciana Marina sur la côte nord de l'île. Je dis avec regret car encore une fois, nous nous sommes retrouvés dans un de ces lieux où la vie semble n'être qu'un lit de bonheur et de quiétude. Petit port de pêcheurs qui s'est peu à peu tourné vers le tourisme mais qui a gardé son âme de village maritime. Nous avons jeté l'ancre hier après midi juste dans l'avant port sous la protection de la longue digue abritant la marina de la houle venant du nord. De nombreuses boutiques d'artisanat local, sur le front de mer, ont fait le bonheur de Brigitte (et le mien aussi d'ailleurs). Sculptures, peintures, l'empreinte artistique marque indéniablement toute l'île d'Elbe.

Aujourd'hui, nous contournons l'île par l'ouest afin de rejoindre la côte sud, et de boucler ainsi notre tour commencé en compagnie de Guy et Pierre. La mer est tellement calme que je peux écrire en navigant, le bateau sous contrôle de Brigitte. Les jours précédents, nous avons vagabondés de baies en criques avec la fâcheuse impression d'en avoir oublié quelques unes!

Difficile de s'arrêter partout.

Ma principale occupation aura été la pêche sous marine avec un certain succès, puisque nos repas du soir auront été agrémentés de poissons grillés au barbecue. Cela dit, je n'ai guère de mérite vu l'abondance du poisson sur cette côte. Par contre, en ce qui concerne la pêche à la traîne, c'est la Bérézina (sans vouloir faire de jeu de mots aucun!)           

     

Jeudi 6 Juillet

 

Porto Azzuro, le retour! Ca n'était pas prévu, mais comme souvent en navigation, il faut composer avec les éléments. Et les éléments aujourd'hui, c'est vent fort de sud-est avec la houle qui va avec…Nous avions mouillés hier après midi dans le golfe Di Campo sur la côte sud avec l'intention ce matin de descendre sur l'île de Gigglio, trente cinq milles en plein dans le…sud-est! Nous sortons du golfe au moteur et nous rendons vite compte qu'il ne sera pas possible de quitter Elbe aujourd'hui. Impossible non plus de rester dans cette baie complètement ouverte à la houle. Nous décidons de rejoindre Porto Azzuro sur la côte est de l'île. Grand voile et moteur plein régime, nous essayons de luter contre le vent et la houle et finissons par renoncer. Deux solutions s'offrent à nous. Partir au vent portant et refaire ainsi la route effectuée hier ou tirer des bords en essayant de remonter la côte jusqu'à la pointe Ripalli. C'est cette deuxième solution que nous adoptons pour finalement atteindre Porto Azzuro à midi et demi, sous averse, éprouvés par cette navigation musclée. Naviguer au près quand la mer est calme, çà peut être du plaisir, mais dans une mer confuse avec des creux de deux mètres, çà devient vite galère. Seule consolation, les trois derniers milles effectués vent arrière et voiles en ciseaux, surfant sur les vagues à plus de six nœuds…

 

Samedi 8 Juillet          

 

Finalement, nous aurons passé une journée de plus sur l'île d'Elbe, puisque hier était maussade, avec de fréquentes averses orageuses. Nous avons pris notre mal en patience et avons profité de cette halte forcée pour visiter la ville de Capoliveri, perchée sur les hauteurs. L'occasion pour nous de prendre le bus une nouvelle fois. A nos yeux, le meilleur moyen de locomotion pour s'imprégner de l'atmosphère locale! Et puis, il y a la lessive qu'il faut quelquefois faire à la laverie du coin. Dans celle de Porto Azzuro, les propriétaires ont pris la peine de traduire en français la procédure à suivre. Même si celle-ci est approximative, nous apprécions le geste. Il faut simplement savoir que la phrase: " le lavage est compréhensif de détersif " signifie: "la lessive est comprise dans le lavage"… 

Ce matin, c'est mer belle et… vent nul! Six heures de navigation au moteur pour rejoindre l'île de Giglio, notre prochaine étape.

 

La Côte Italienne

 

Mardi 11 Juillet

 

Nous venons d'arriver au mouillage de Spalmotoi, sur l'île de Giannutri. En fait, il s'agit plus d'un îlot que d'une île. Réserve naturelle, parc national, l'endroit est sauvage et assez isolé. Seules les mouettes semblent avoir colonisé les lieux. La végétation est très pauvre et le contraste est stupéfiant par rapport à Elbe et Giglio. Cette dernière est d'ailleurs la réplique, en plus petit, de l'île d'Elbe. Nous y avons passé deux jours, dans le même mouillage, proche du port de Porto Giglio. Ravissant tout simplement! Là encore, nous avons pris un bus pour aller visiter un village médiéval, installé au plus haut de l'île. Au détour d'une ruelle, nous nous sommes retrouvés devant la cave d'un viticulteur insulaire. Et oui, on arrive à faire du vin sur quelques lopins de terre aménagés en terrasse, en surplomb de la mer. Nous n'avons pas eu beaucoup à faire pour le décider de nous vendre deux bouteilles de vin blanc, après avoir trinqué à la santé du Beaujolais et de Son île. Peut être est-ce avec son vin que le soir même, les nombreux italiens rassemblés sur la plage, ont fêté la victoire de leur équipe en finale de la coupe du monde… Sans avoir suivi le match, nous en connaissions les temps forts et l'aboutissement final. J'avais d'ailleurs pour l'occasion occulté la couleur bleu de notre pavillon, ne laissant que le blanc et le rouge, témoignant ainsi de notre neutralité dans cette affaire. La victoire de l'Italie nous a peut être évitée des mauvaises surprises au réveil… Nous étions le seul bateau français au mouillage!

Le lendemain, nous avons profité d'un vent portant pour rejoindre la côte italienne, à onze milles nautiques de Giglio. Un vrai plaisir de naviguer sous voile à bord de Casalibus. Seul le bruit de l'eau le long de la coque et les grincements du gréement cadençaient notre allure. Nous avons jeté l'ancre en début d'après midi derrière l'îlot d’Isolotto près de Porto Ercole, notre première intrusion sur la Botte italienne. Cette partie de la côte  reste très montagneuse et verdoyante. Le port est encaissé dans la montagne et parfaitement protégé. Seule la ville est décevante et la canicule qui y règne n'arrange rien. Nous retrouvons part contre le plaisir d'un mouillage solitaire dans un lieu pourtant idyllique. Etonnant non?

 

Mercredi 12 Juillet

 

Nous partons tôt ce matin pour gagner la côte italienne en direction du sud. Cette nuit a été calme malgré les cris incessants des mouettes qui envahissent l'îlot. Tellement envahissantes d'ailleurs qu'il était impossible de descendre à terre.

Le vent est nul pour changer. C'est encore au moteur que nous entamons cette navigation de plus de trente milles nautiques…

 

Vendredi 14 Juillet

 

Tiens! Nous sommes le 14 Juillet. Ça me rappelle quelque chose!

Pas de défiler pour nous aujourd'hui. Le sud, toujours le sud. Nous venons de quitter le canal de Fiumicino, port industriel et port de pêche de la ville de Rome. L'enfer! Ce canal n'est autre que l'embouchure du fleuve Tevere qui traverse Rome, distante d'une quarantaine de kilomètres. L'aéroport international Léonard de Vinci quant à lui est…à côté. Moustiques, chaleur, pollution, bruit. Et pour couronner le tout, nous n'avons pas pu remonter le canal afin d'accéder au quai d'amarrage gratuit, les deux ponts routiers qui l'enjambent ne s'ouvrant pas ce jour! Obligation pour nous de nous réfugier à la marina surpeuplée et hors de prix. Ah les salauds!!! Et ce garde côte zélé qui demande à voir nos papiers!

Le but initial était de rester quelques jours amarrés dans le canal et de partir à la découverte de Rome. Ce sera pour une autre fois.

Mercredi déjà, nous avons été contraints de passer la nuit dans la marina de Civitavecchia, toute aussi accablante et chère. Cette navigation côtière nous évite cependant une très longue traversée sur Naples et ses îles, prochaines étapes de notre périple. Et puis être dans un port, cela nous permet un bichonnage à l'eau douce et sans restriction, du bateau et de son équipage…

En ce qui concerne la navigation, c'est moteur, moteur et moteur…pour l'instant.        

 

Samedi 15 Juillet

 

Mer d'huile et absence de vent. Il est neuf heures du matin et il fait déjà très chaud. Nous avons mis le cap sur les îles Pontine au nord-ouest de Naples.

Arrivés hier après midi à Anzio, nous avons enfin pu retrouver le plaisir du mouillage et de la navigation à la voile, le vent s'étant levé en fin de matinée. A proximité du port, la grande plage d'Anzio est bien abritée derrière le cap du même nom. Les Romains ne s'y étaient pas trompés et Néron avait fait construire un port dont les vestiges bordent encore la baie. La ville est très agréable et l'activité est essentiellement tournée vers la pêche et le tourisme. Nous avons assisté à l'arrivée des chalutiers et découvert un mode de commerce du poisson particulier à l'Italie. La partie de la pêche revenant aux marins est directement revendue par ceux-ci sur le pont des bateaux. Des lots variés sont ainsi présentés en caissettes et vendus à des prix raisonnables. Un pêcheur d'origine tunisienne et parlant français, a fini par nous convaincre et nous sommes repartis avec une caisse de coquillages pour la modique somme de cinq Euros! Cuits le soir même et décortiqués dans la foulée, notre soirée fut bien remplie. En plus des activités culinaires, il a fallu que je me lance dans la mécanique. Après inspection du moteur, je me suis aperçu du mauvais état de la courroie de pompe à eau. Je préfère avoir a la remplacer ici plutôt qu'en pleine mer…

 

Dimanche 16 Juillet

 

Le soleil se couche sur la Cala Feola à l'île de Ponza. C'est tout le port, et les multiples barques de pêches amarrées sur bouées,  qui s’enflamment comme par magie. Il est vingt heures et la baie respire enfin du silence et de la tranquillité des fins de week-end. Le bonheur devrait être complet si ce n'est que nous attendons la visite des gardes côte italien. Ils sont venus il y a une demi-heure récupérer les documents du bateau et nous ont demandé de déplacer Casalibus afin de l'éloigner du rivage. Deux autres bateaux sont dans le même cas et nous attendons qu’ils en aient terminés avec eux pour pouvoir être fixés sur notre sort. Visiblement, bien que nous soyons dans l'enceinte d'un petit port, nous étions mouillés trop près de la côte!

Lorsque leur vedette vient enfin se mettre à couple, j'ai revêtu un short et un tee-shirt et préparé tout les papiers susceptibles de m'être demandés. Je suis invité fermement a monter à bord du bâtiment. L'officier me confirme que nous étions trop proches du rivage, la limite étant de cinquante mètres pour toutes les côtes et de deux cents mètres pour les zones de baignade. Il vérifie notre position enregistrée sur leur GPS et la reporte sur la cartographie du lieu. Ensuite, il lui suffit d'un clic sur la partie de la côte la plus proche pour que le verdict tombe: 0,03 milles nautiques, c'est à dire 55 mètres! Le port n'étant pas une zone de baignade, la distance réglementaire est de 50 mètres…Je suis soulagé de récupérer nos papiers et j'en oublie de lui demander se que nous aurait coûté l'infraction.

Mais parlons un peu de cette île si convoitée par les touristes et surveillée de si près par les autorités. Nous avons jeté l'ancre hier après midi dans cette crique ravissante de Cala Féola après une navigation de trente cinq milles depuis Anzio. Ponza est l'île la plus importante de l'archipel des Pontines et sans doute la plus fréquentée. Nous avons eu un peu de mal à trouver une place au milieu de tous les yachts italiens qui traversent depuis Naples ou Terracina les week-ends. C'est d'ailleurs la raison de notre mouillage contesté. Et comme sur les autres îles, nous avons profités du service efficace des transports en commun, pour traverser Ponza du nord au sud, à peine six kilomètres à vol d'oiseaux! L'île, d'origine volcanique, est montagneuse. La végétation, bien que variée, est déjà un peu plus aride. Le sud commence a marquer ses empruntes de cactus et plantes grasses. La culture de la vigne quant à elle est toujours bien présente et nous ne désespérons pas de goûter au fruit de son travail…

 

Lundi 17 Juillet

 

Sur les conseils d'une guide "américano italiano française" rencontrée hier au village, nous avons mis le cap ce matin sur l'île Palmarola. Cette femme tout a fait charmante et heureuse de rencontrer des français, nous a venté la beauté de cet îlot. Bien nous en pris car nous nous retrouvons, après sept milles d'une navigation musclée avec houle désordonnée, dans un endroit à vous couper le souffle! Des falaises de près de deux cents mètres surplombe une plage de galets où la mer parfaitement calme vous offre la vision de ses fonds sans pudeur.

De nombreuses grottes marines font le bonheur des plongeurs. Nous en explorons quelques unes avec l'annexe et en profitons pour faire cueillette de quelques bigorneaux. Une bambouseraie occupe un vallon  descendant d'un col, coincé entre deux sommets. La présence d'habitations troglodytes paraît incongrue par ici. Des pêcheurs en ont fait des résidences saisonnières louées depuis, pour certaines, à prix d'or. Amoureux de solitude, Palmarola vous attend! Sans cette rencontre opportune avec Ingrid la guide, nous serions passés à coté, notre guide nautique ne mentionnant à peine son existence.

 

Mardi 18 Juillet

 

Casalibus tire paisiblement sur son ancre parmi d'autres bateaux au mouillage de Chiaia di Luna, dans le sud-ouest de Ponza. Nous avons rejoint l'île ce matin depuis Palmarola en tirant quelques bords par brise établie. Si Brigitte n'apprécie guère la gîte occasionnée par cette navigation au près serré, c'est pour moi une communion avec le bateau. Chaque vibration est transmise dans la barre et il serait presque possible de naviguer à l'aveugle.

Ici encore, pénétrant à la voile dans la baie, nous restons ébahis par la majesté du site. L'eau turquoise sur fonds de sable blanc attise la luminosité des hautes parois volcaniques blanches et rouges. Tout au fond, la plage d'accès difficile, est pratiquement déserte. Deux gros blocs de rocher émergeant de l'eau agrémentent le décor. Il est midi, il fait chaud et l'onde claire nous invite. Il est midi, il fait soif, c'est le vin blanc frais de Giglio que nous dégustons apaisés…  

 

Vendredi  21 Juillet

 

Après une courte escale à l'île de Ventotene, nous mettons le cap sur Ischia, située à l'entrée de la baie de Naples. Nous avions prévu de nous arrêter plus longtemps à Ventotene, mais le seul mouillage possible est inconfortable, d'autant que des bouées balisent la zone très en arrière de la plage. Quant au port, n'y pensons pas. A soixante dix Euros la place, c'est juste un petit peu au dessus de nos moyens… Dommage car le village est ravissant et le petit port, taillé directement dans la roche par les romains, est une curiosité à ne pas manquer.

Arrivés hier dans la soirée, nous avons tout de même pu arpenter le village et ses ruelles étroites et fleuries après une navigation au moteur depuis Ponza. Il règne sur cette île une espèce de torpeur générale et la population plutôt âgée, semble très digne. Une habitante, sur le pas de sa porte, présente à la vente quelques tomates et trois bouteilles plastiques remplies d'un vin couleur d'encre, cultivé sur l'île. Après achat de l'une d'entre elles, elle nous convie tout simplement à visiter son petit appartement qui surplombe le mouillage d'une centaine de mètres…                                      

A treize heures, nous mouillons à Lacco Ameno, dans le nord d'Ischia.

 

Mercredi 26 Juillet

 

Une semaine que je n'ai rien écrit…Le temps me manque! Non, simplement quelques problèmes de confort. L'île d'Ischia aura été un enfer! Nous avons passé notre première journée sur l'île a essayé de dénicher un mouillage confortable. Introuvable! Non pas pour des raisons d'ordre météorologiques, mais simplement parce que les lieux sont envahis de gros yachts à moteur dont les navettes incessantes provoquent une houle permanente. Jamais vu une chose pareil! Une barque a même été victime d'une de ces vagues et a sombrée dans le mouillage…Nous même, alors que nous sortions du port en annexe après avoir fait quelques courses, nous sommes retrouvés face à une vague de plus d'un mètre et qui a déferlé sur nous, cabrant notre zodiac à la limite du retournement. Et tout çà dans le chenal limité normalement à cinq nœuds…Nous étions trempés de la tête aux pieds, nos provisions baignant au fond de l'annexe. Nous sommes restés tout le week-end dans la baie de Castello en étant à bord le moins possible! Même les navettes avec l'annexe étaient quelquefois périlleuses. C'est a partir de vingt heures seulement que le calme revenait, les monstres ayant regagnés leur port d'attache.

Autant vous dire que nous avons visité l'île de fond en comble, en bus bien évidemment! Et ce n'est pas sans raison s'il y a autant de monde qui fréquentent les côtes d'Ischia. Proche de Naples, l'île regorge de criques et de plages idylliques. Bien que très touristique et sur fréquentée, la population de l'île reste sympathique et vivante… 

Dès le lundi matin, nous avons fuit en direction de Procida, une autre île plus petite, mais que notre guide qualifiait de "moins touristique". Et ce fut le cas! Même si la houle des navettes reliant les îles au port de Naples se faisait sentir, c'était sans commune mesure avec notre week end à Ischia. Et puis le mouillage de Corricella, au pied du village de pêcheurs, est un véritable bonheur. Ici, il semble que le monde s'est arrêté et que la vie n'est que quiétude. Le quai du petit p

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ort est à la fois le lieu de vie et le point de rassemblement de tous, jeunes et vieux. Dénommée l'île aux chats, lorsque nous en demandons la raison à un habitant parlant un peu le français, il nous explique que c'est parce qu'il en a justement quatre à donner et que si ça nous intéresse? S'il n'y a pas plus de chats ici qu'ailleurs, il y a en tous les cas des gens heureux d'y vivre et ça se voit.                   

Le mouillage de Corricella est suffisamment protégé pour que nous y laissions Casalibus la journée en toute sécurité. Pourquoi ne pas aller à Naples en empruntant une des nombreuses navettes de liaison? C'est ce que nous avons fait hier, évitant ainsi une navigation sans intérêt avec notre bateau dans cette baie industrielle qu'est la baie de Naples. Quarante cinq minutes de voyage pour nous retrouver en plein centre de cette agglomération folle de bruit et d'agitation, et qui incarne l'indiscipline exemplaire de l'automobiliste italien! La hantise du piéton discipliné. La seule solution pour traverser une rue: se jeter devant la voiture qui vous semble rouler la moins vite afin de l'obliger a stopper. Et surtout, ne jamais se fier aux passages protégés par des feux tricolores, ils sont purement figuratifs! De toutes façons, bon droit ou pas, vous vous ferez copieusement klaxonné par les voitures et les scooters qui vous frôlent. Le bonheur à Naples est dans les rues piétonnes. Et même si, ici aussi, vous croisez des véhicules de toutes sortes, l'atmosphère est plus sereine. Arpenter les nombreuses ruelles de Naples, c'est ce que nous avons fait toute la journée, car pour ce qui est des visites de musées, ils sont fermés…le mardi! Le seul que nous avions prévu de faire était le musée d'archéologie national, se sera pour une autre fois!             

Autre trait particulier de Naples avec la récente victoire des italiens à la coupe du monde, c'est les milliers de drapeaux aux façades et aux fenêtres. Mais plus inquiétant, ce sont les affiches nécrologiques annonçant la mort de la France! A l'entrée d'un musée, cette affiche était apposée sur un authentique cercueil, dressé contre le mur… D'autant plus inquiétant que les italiens ne sont pas particulièrement réputés pour leur humour!!!

Pour l'instant, nous faisons route sur la mythique île de Capri…

 

Jeudi 27 Juillet

 

Ah! Capri. Que dire de ce joyau de la baie de Naples. Nous appréhendions la foule à l'unique mouillage protégé de l'île? Et bien non! Nous n'étions pas dix voiliers à passer la nuit dans cette baie plutôt vaste, au sud de l'île, juste au pied de la ville. De luxueux yachts étaient présents eux aussi, mais très en arrière, nous laissant l'espace proche de la plage. Enfin, proche, dans la limite des deux cents mètres…Le plus étonnant, c'était de voir leurs annexes faire les navettes pour débarquer leurs occupants. Que du beau monde. N'empêche qu'hier au soir, à l'heure du repas, plus d'un d'entre eux a lorgné avec envie la côte de bœuf qui cuisait sur notre barbecue, le fumet emporté par la brise jusqu'à leurs narines…

Si le mouillage est somme toute peu fréquenté, çà n'est pas le cas pour la ville. Taxis cabriolets, une particularité ici, et bus bondés débarquent des nués de touristes qui se ruent dans la citée. Un funiculaire monte les gens depuis le port des féries, quatre cents mètres en contre bas. En ce qui nous concerne, ce seront les quatre cent trente marches du sentier piétonnier ombragé que nous emprunterons, à l'aller comme au retour…          

C'est sous voiles que nous quittons Capri ce jeudi dans la soirée pour parcourir les quatre milles nautiques qui nous sépare de la côte italienne. Nous glissons à trois nœuds sur une mer plate pour embouquer la passe mythique de Faraglioni, voiles en ciseaux. Au grand damne des moteurs yachts qui doivent nous céder le passage, priorité oblige! Il faut dire que ce passage étroit entre la pointe Tragara et l'îlot Faraglioni est sans aucun doute le lieu le plus photographié de Capri. Chaque bateau se doit de l'emprunter, et les nombreuses vedettes d'excursions ne s'en privent pas. Cet après midi, pendant près de cinq minutes, nous en avons été les bénéficiaires exclusifs!

 

Dimanche 30 Juillet

 

Il est minuit ce dimanche lorsque l'orage nous surprend au mouillage d'Amalfi, nous obligeant à sortir de notre cabine, alors que nous venions de nous endormir! Veille de routine en quelques sortes dans de telles circonstances. Cependant, tout va très vite et le vent redouble d'intensité alors qu'une pluie tropicale s'abat sur la baie. Casalibus tire de plus en plus sur son ancre, nous rapprochant dangereusement du bateau derrière nous, plus gros et plus lourd, et sans doute amarré beaucoup plus court. Leurs propriétaires, australiens, sont eux aussi sur le qui vive. Nous passons plus d'une heure a manœuvrer conjointement sous la pluie, reprenant du mouillage ou en relâchant suivant les circonstances. Nous profiterons d'une accalmie pour nous déplacer d'une cinquantaine de mètres. Nous respirons enfin! Entre temps, sur les autres bateaux aussi, la veille c'est mise en place d'autant qu'une houle énorme c'est formée rendant le mouillage intenable…

La nuit aura vraiment été longue, mais nous avons tenu. Au lever du jour, plus de la moitié des bateaux sont partis…                                  

Mais nous retiendrons surtout d'Amalfi la beauté de cette ville et de l'environnement dans lequel elle se trouve. Hautes montagnes de calcaire dont les pentes boisées tombent directement dans la mer. La transition avec les pentes douces et arides du Vésuve, est surprenante. Pourtant, nous sommes encore très proches de la baie de Naples! (une vingtaine de kilomètres seulement) Nous avons passé deux nuits sur place afin de profiter de tous les trésors d'Amalfi. La cathédrale du VI è en est le fleuron avec sa façade de mosaïques de style oriental, due aux nombreux échanges réalisés avec l'Orient à l'époque où Amalfi était un port marchant important.

 

Lundi 31 Juillet

 

Nous poursuivant notre descente dans le sud après avoir fait escale à Agropoli, petit village médiéval perché sur son promontoire rocheux. Là encore, nous sommes agréablement surpris par l'environnement de cette partie de la côte italienne. Et pourtant, elle paraît délaissée par les touristes et encore plus par les bateaux de passages. Nous étions seul dans l'agréable mouillage en avant port en ce dernier dimanche de Juillet…

 

 

 

 

 

 

 

Les îles Pontine

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