Jeudi 30 mai 2013 4 30 /05 /Mai /2013 15:50

 

                                RECIT DE VOYAGE

 

PREMIERE PARTIE: de Valence sur le Rhône à la Sardaigne. (Été 2005)

 

LE BATEAU: SUN ODYSSEY 31 de 1993 équipé voyage.

 

 

  De Port-St.Louis à Antibe

 

 

 

Samedi 6 Août 2005.

 

Il est cinq heures et demie et le jour commence a rosir l'horizon. Nous sommes au 130 et pointons notre étrave en direction de la Corse. Ce jour, si souvent rêvé, est enfin arrivé. J'en est tellement rêvé qu'aujourd'hui, j'ai l'impression de l'avoir déjà vécu. Et pourtant, la réalité est là, sous mes yeux, avec ce mélange d'euphorie et d'appréhension qui caractérise, je pense, tous les débuts de traversées. Bien sur, celle ci ne représente qu'une petite centaine de milles entre Antibe et Calvi, mais c'est notre première a deux, sur notre bateau!

Ah! Le bateau! Il faut bien en parler puisque tout commence ce jour d'août 2004 où je le découvre dans le port d'Aix les Bains avec cette pancarte " à vendre". Un Sun Odyssey 31 en très bon état. Pas mal évidemment, mais bon, pas pour moi, trop gros budget et d'ailleurs, la retraite, ce n’est pas pour tout de suite. Tien, le propriétaire est à bord. Si j'osais… Et voilà, comment l'on devient l'heureux propriétaire d'un bateau en pré- retraite anticipée!

Bien sur, tout n'est pas rose. D'abord, si ce voilier est en parfait état, il n'est pas équipé pour un  programme de navigation en méditerranée, et encore moins pour y vivre plusieurs mois par an. La période qui précède notre croisière est laborieuse. Cumul d'emplois et préparation du voilier, il m'est difficile de tout assumer. Comme toujours dans ces cas là, il y a les imprévus qui grève le budget et vous mettent la pression, mais il y a heureusement la famille et les amis, toujours prêts a vous donner la main.

Et puis ce bateau, il est loin de la Grande Bleue. Difficulté supplémentaire…mais avantage de l'avoir a proximité de chez soi pour y travailler dès que l'occasion se présente.

Quand je repense à tout çà, je souri doucement et savoure un peu plus mon bonheur. Tien; et le démâtage, çà aussi c'était un grand moment de stress et d'angoisse. On a beau se dire que le grutier connaît son boulot… merci à eux et à toute l'équipe du port d'Aix les Bains. C'est marrant d'ailleurs cette ambiance entre marins de lac. Pas trop de contact au début, mais on s'aperçoit vite que tous le monde est au courant de votre prochain départ et petit à petit, les langues se délient pour vous encourager, vous donner quelques tuyaux ou simplement vous souhaiter bonne chance le jour du grutage.

Et oui, le grutage, ce moment formidable où vous voyez votre bateau sortir doucement de son élément marin suspendu par deux sangles…vous êtes sur qu'elles sont solides? Aie, le mat! Attention au mat! Mais pourquoi ils ont été foutre des platanes sur cette aire de carénage? Reste calme, détends toi un peu mon bonhomme, il est sur le camion ce voilier et sans casse.

Ne reste plus qu’à le transporter à Valence, son point de départ. Cent soixante kilomètres c'est a la foi court et très long quand vous avez le rôle de "voiture pilote" d'un convoi exceptionnel transportant votre propre bateau. On a tendance à trouver que les ponts sont beaucoup trop bas et les routes pas asses larges.

Oui, je souris en pensant à tout çà, ce matin du mois d'Août, à vingt cinq milles des côtes en assistant à la naissance de ce jour nouveau, couleur pastelle, couleur de rêve.                      

 

Samedi 9 juillet

 

Le réveil est plutôt dur! Il est 8heures du matin, mais la motivation est là. Brigitte à la forme et elle nous fait savoir qu'il est l'heurerere…mon seigneur. Ce n’est pas croyable comme les excès de bière peuvent avoir des conséquences négatives au petit matin. Il faut dire qu'aujourd'hui est un grand jour. Le premier d'un périple de 4 mois en Méditerranée. Il est vrai que démarrer de Valence sur le Rhône, ça peut paraître facile. Marins d'eau douce, voilà notre destinée pour quelques jours.

Mon pote Pascal est venu pour l'occasion. En fait il a peaufiné les derniers petits problèmes électriques. Il aime ça, mais ce matin il n'imprime plus beaucoup et je pense qu'il était bien venu d'avoir terminé le travail la veille.

Patrick, propriétaire d'un First 24 qu'il a remarquablement bien rénové, est venu nous dire au revoir et nous accompagne un petit bout de chemin avec Pascal à son bord. J'ai du mal à réaliser et je comprends maintenant la signification du mot départ. Le départ qui ne supporte aucun retour en arrière. L'aboutissement d'un rêve, mais la prise de conscience d'une réalité. Et c'est là que madame l'angoisse essaye de vous envahir. Passez votre chemin Dame angoisse, il n'y a pas de place pour vous a bord. D'ailleurs, Casalibus commence a être bien rempli.

La descente du Rhône ne présente pas de difficulté mais le passage des écluses, pour un novice, est particulièrement impressionnant. Il est bon d'avoir eu quelques conseils de la part d'autres navigateurs ayant déjà effectués le trajet. La planche, calée par les pares battages le long du bordé et qui permettra de protéger la coque et les défenses des dépôts de goudron contre les quais des écluses. Disposer d'une deuxième gaffe pour tenir le bateau écarté, à l'avant et à l'arrière afin de préserver le mat qui rappelons le, se trouve couché sur le pont en dépassant plus que généreusement sur l'avant et l'arrière du voilier. Rajoutez à çà un petit mistral à 30 nœuds, et je vous garantie des montées d'adrénaline sympathique! Le meilleur nous sera réservé au passage de la dernière écluse, à l'arrivée à Port Saint Louis. Cette écluse qui vous permet de passer de l'eau douce à l'eau salée, de changer de monde maritime! Avec 15 nœuds de vent arrière et un courant portant entre 2 et 4 nœuds, difficile de contrôler quoi que ce soit!  Mais oublions ce genre de détail pour évoquer l'arrivée dans la Citée des Papes. Un grand moment que de doubler le fameux pont d'Avignon, surplombé par le Palais des Papes et son rocher. Si en plus, vous tombez en plein festival, prévoyez quelques jours d'escale. A cette occasion, nous avons eu le bonheur de retrouver par hasard, Céline B., auteur compositeur interprète française, que nous avions connue lors des rencontres Brel à Saint Pierre de Chartreuse. A l'époque, son excellente prestation au festival off, dans notre établissement, lui avait value le titre de lauréate 1998 et lui permis de faire la première partie de Pierre Perret l'année suivante. C'est tard dans la soirée que nous nous sommes séparés après avoir évoqué tous ces souvenirs et c'est avec beaucoup d'émotion que nous avons acceptés le cadeau de son dernier CD. La voix claire et limpide de Céline nous accompagnera souvent pendant notre croisière.

Le côté positif de la descente du Rhône avec un voilier, c'est de pouvoir manger dans le cockpit avec table et vaisselle sans aucun risque de casse, et tout çà en marchant à 7 ou 8 nœuds …

 

Vendredi 15 Juillet

 

Vraiment gentil hier soir d'avoir organisé un feu d'artifices magnifique en l'honneur de notre passage dans la Grande Bleue… Quel accueil! Mais aujourd'hui, un travail important nous attend. Redonner une image de voilier à Casalibus. Un voilier sans gréement c'est un peu triste. Aussi stressant que le démâtage cette affaire! Mais quel plaisir une foi terminé de renvoyer les voiles dans la brise du Golfe de Fosse sur Mer et de fuir au plus vite cette ambiance de cauchemar industrielle.                       

 

Samedi 16 Juillet

 

Enfin notre premier mouillage forain, au sud de Port de Bouc. L'anse de Bonnieu nous donne un aperçu de ce qui nous attend les semaines à venir. Calanque profonde et plage de sable. Une dizaine de bateaux au mouillage, mais suffisamment d'espace pour nous. Bien sur, si l'on regarde au nord, la présence des dernières torchères du complexe pétrochimique de Fosse est encore pesante, mais notre regard se portera vers le sud, vers cette côte de calcaire blanc dans laquelle se découpent de multiples calanques.

Le lendemain c'est sur l'île du Frioul que nous mettons le cap. Avec 15 nœuds de vent au près, et un soleil généreux, Casalibus nous montre ses capacités à avancer vers sa destinée. Ses retrouvailles avec la Méditerranée, qu'il avait quitté dès sa première année pour les eaux du Lac du Bourget, semble lui convenir. Six nœuds de moyenne nous mènerons vite à destination. C'est finalement avec 25 nœuds de sud est, grand voile et génois partiellement enroulés, que nous posons notre ancre sous le vent de l'île du Frioul, dans la calanque de Morgiret. Nous sommes dimanche et les places sont chères! Il faut dire que l'endroit est magnifique et que Marseille n'est qu'à deux milles… Mais, demain, c'est lundi et apparemment, tout le monde travaille, car à 20 heures, ils ne restent que 5 bateaux au mouillage et nous prenons la décision de nous servir un peu mieux. Au fond de la calanque, une petite plage fera notre affaire et notre ancre tombe par 6 mètres sur fond de sable.

La mauvaise surprise viendra du navtexte qui nous annonce un BMS pour le lendemain: nord ouest force 7, avec rafales à 8.

 

Jeudi 21 Juillet

 

Il semble que le Golfe du Lion n'a pas envi de nous voir partir aussi vite! Voilà 4 jours que nous sommes bloqués ici, au port du Frioul. Oui bien sur, il y a pire comme lieu d'exile, mais quand même, notre laisse commence à être trop courte. L'ambiance ponton n'est pas mauvaise d'autant que je retrouve ici un marin solitaire rencontré il y a trois ans à Bastia. Les conseils d'un habitué de la Méditerranée sont toujours les biens venus.

Ce port du Frioul a le mérite de se trouver dans un site absolument magnifique. Les randonnées sont courtes et faciles et nous permettent de faire le tour complet de l'île. Je devrais dire des îles, car elles sont bien deux, mais reliées par une digue construite au 19è siècle. C'est derrière cette digue que la marina du Frioul a été construite. Part contre, il y aurait beaucoup à dire sur l'état de vétusté des installations. A commencé par l'absence d'une grande partie des pendilles au ponton d'accueil… Bien sur, rien ne l'indique et il vous faudra, avant de choisir une place, vous assurer qu'elle dispose bien de cet élément essentiel à un amarrage au ponton. Mais attention, si vous trouvez une place disponible et qui dispose d'une pendille, assurez-vous que vous aurez bien l'eau et l'électricité! Une partie des pontons n'est toujours pas fourni et sur un autre, rien ne fonctionne. Quant aux Algécos qui font office de sanitaires…Heureusement, ceci ne nous concerne pas puisque nous disposons sur Casalibus d'un réservoir d'eaux usées et que, à ma grande surprise, le port est équipé d'une "Eco Pompe" pour la vidange. L'ajout d'un réservoir d'eaux usées me paressait indispensable pour un programme de navigation en Méditerranée où de plus en plus de mouillage son interdits aux bateaux non "propre". Cela permet également de se servir de ses toilettes dans les ports dans les cas d'éloignement des sanitaires où comme aujourd'hui, d'insalubrité de ces mêmes sanitaires. Deux jours plus tard, le moment de la vidange approchant, la déception est grande: la dite Eco Pompe ne fonctionne pas et d'ailleurs, elle n'a jamais fonctionnée… En dix ans d'existence, personne ne c'est jamais soucié du problème. Ces mêmes  autorités compétentes qui pavoisent et saluent la création de pseudo chartes de "l'éco marin", ne sont pas capable d'assurer l'entretien d'un outil indissociable au respect de l'environnement marin.

On ne manquera pas par contre de culpabiliser le plaisancier grand pollueur des mers, à l'inciter à trier ses déchets, mais rien n'est fait en amont pour lui faciliter la tache. Combien de port ne disposent pas de sanitaires suffisant en rapport à leur fréquentation? Combien de pontons d'accueils complètement excentrés et nécessitant un détour parfois de plusieurs centaines de mètre pour accéder aux toilettes? Combien de ces donneurs de leçons seraient prêt à marcher 10 minutes en pleine nuit pour une envie pressente alors qu'ils disposent de toilettes à bord? Pour toute la côte Méditerranéenne, il n'y a que 6 ports qui disposent d'une pompe pour les eaux usées (j'espère que le Frioul n'est pas comté parmi ces ports!), et ils ne sont même pas signalés sur le "Bloc Marine 2005". Un comble, des ports peuvent obtenir le pavillon bleu sans même être équipés de cet accessoire. Heureusement que les constructeurs traînent les pieds pour équiper leurs bateaux de réservoirs tampons. D'ailleurs, ne devrait t-on pas commencer par là; obliger tous les chantiers a équiper les bateaux neufs? Allez allez, ne t'énerves pas, ce n’est pas bon pour ta santé…C'était mon coup de colère face à l'absurdité humaine!

 

Vendredi 22 Juillet

 

Le mistral c'est enfin calmé, et c'est par vent de nord ouest modéré que nous quittons le Frioul pour La Ciotat. La pose déjeuner dans la calanque de Sormiou est écourtée, le vent descendant par rafales à plus de 30 nœuds. Voilà un abri peu fréquentable par mistral contrairement à ce que l'on pourrait croire. Nous parcourrons les 12 milles nautiques qui nous séparent de la baie de La Ciotat à près de 9 nœuds sous génois seul au deux tiers déroulé. La houle est copieuse et le pilote a du mal à tenir un cap. C'est l'occasion de voir comment se comporte Casalibus par mer formée. Le comportement est saint et les surfs sont même possibles. Amusant pour moi, mais Brigitte ne semble pas apprécier à sa juste valeur!                                                 

 

Samedi 23 Juillet

 

Après une nuit au mouillage à La Ciotat, nous continuons vers l'est pour une étape gastronomique à Saint Mandrier. Le restaurant "Le Goût Thé" est une adresse à ne pas louper, bien que le déménagement et l'agrandissement de l'établissement est nuit un peu à la qualité en général. Mais la nostalgie de nos débuts de voileux nous fait nous arrêter à mi parcours, à l'île des Embiez, où nous mouillons sous le vent du Grand Rouveau pour un déjeuner rapide. Pas assez rapide d'ailleurs, car le petit sud ouest qui nous a mené ici forci brusquement, et c'est au pré séré, par force 6, que nous tirons des bords dans une houle désordonnée pour quitter ce mouillage devenu inconfortable. Quel plaisir de pouvoir abattre franchement en doublant la cardinale ouest des Embiez et de filer grand largue en direction du Cap Sicié.     

 

Mercredi 27 Juillet

 

Après un week-end chargé en retrouvailles et en achat divers chez les nombreux chipchandlers d’Hyères, nous mettons le cap pour une petite navigation en direction de la plage d'argent à Porquerolles. Evidemment, la période n'est pas propice au mouillage solitaire et tranquille…mais cet arrêt est incontournable. D'ailleurs, la nuit est calme et la magie du petit matin sur la baie est toujours le même.  Le seul bémol à tout çà, ce sont les tarifs incontrôlés de tout ce qui se vent sur l'ile, et il est vrai qu'à deux Euros le café, çà deviens très dur!

Le passage obligé étant fait, il est temps de fuir ce paradis artificiel. Une petite navigation par brise soutenu nous mène au mouillage de Brégançon. Et là, rien à voir avec Porquerolles et la sur fréquentation de ses mouillages. Le bonheur, le plaisir tout simples qu'exerce la nature sur l'être humain. Une baie abritée où le navigateur regarde son ancre descendre doucement, par 6 mètres de fond dans une eau turquoise, avec pour décors, un contraste de sable blanc et de rocher ocre surplombé de pins parasols et maritimes. A l'extrême sud de la baie, le Fort de Brégançon domine le site et semble veiller sur la quiétude des lieux. On peut comprendre pourquoi nos Présidents en on fait un de leurs lieux de villégiature. Attention à ne pas franchir les limites autorisée à la navigation ou même à la promenade sur la presqu'île, on ne rigole pas avec La République, surtout par les temps qui courent…

La nuit est paisible et le réveil paresseux. Le bain matinal, s'il reste rituel pour moi, a quelque chose de prestigieux en ce site peu ordinaire. Ce n’est pas tous les jours que l'on se baigne dans la piscine naturelle des Présidents. Enfin bon! Combien sont 'ils a avoir réellement trempés leur cul dans l'eau tiède de cette baie?

Partir, toujours partir. Aller plus loin, car le navigateur est un émigrant permanent, sinon se ne serait plus un navigateur. Notre fuite est cependant loin d'être précipitée et ce n'est que quelques milles plus loin que nous mouillons dans un autre site enchanteur…Une petite baie au nord ouest du Cap Lardier, entre la pointe du Brouil et la pointe Andati. Même si la houle se fait sentir, le lieu est magique et là aussi, les pins parasols nous dominent. De plus, nous ne sommes que six bateaux à passer la nuit sur place…

 

Vendredi 29 Juillet

 

C'est par temps gris que nous arrivons dans la baie de Saint Tropez. Le ciel est chargé et l'orage couve. La Baie des Canebiers est un peu encombrée, mais notre petit tirant d'eau nous permet de nous approcher de la plage et d'être ainsi relativement isolés. Nous paressons bien petits en nous faufilant au milieu des nombreux yachts de milliardaires mouillés dans la baie.

Une visite en ville est presque obligatoire! Le sentier du littoral est très agréable et le trajet ne dure qu'une demi-heure.

Saint Tropez!! Que dire de Saint Tropez, de cette débauche de supers yachts, le cul tournés au quai d'honneur, en révérence a ces badauds venus pour voir, essayer de reconnaître, de surprendre Le ou La personnalité qui elle même, est venu dans ce but…Heureusement, la vielle ville est adorable, de même que la gente féminine qui s'y balade!

 

Dimanche 31 Juillet

 

Nous sommes arrivés hier après midi dans la rade d'Agay, autre mouillage incontournable de la Côte d'Azur. Nous entrons dans le massif de l'Estérel et les nombreux incendies des années précédentes n’entament en rien la beauté des lieux. Bien sur, la période n'est pas idéale, mais il est encore possible de mouiller à l'écart. De toute façon, les corps morts mises en place pour la saison sont tous occupés.

Il est possible, avec l'annexe, de remonter la rivière qui se jette dans la baie. Le parcours est très ludique entre hautes falaises au loin et berges ombragée. Une retenue vous bloquera en amont et vous pourrez amarrer votre embarcation au ponton du camping. Le restaurant est sympa et la bière est bonne!   

La rade d'Agay, c'est aussi l'occasion de retrouver Sianaël et son capitaine, Jacques. Ketch de construction Rameau, ce plan Cornu a autant de personnalité que son propriétaire et ami. Je leurs dois beaucoup à eux deux, car ils m'on confortés dans mon idée qu'il ne fallait pas attendre d'être "vieux" pour réaliser ses rêves. Les croisières réalisées ensemble m'ont appris que l'essentiel était souvent ailleurs que dans la routine journalière du commun des mortels. La vie sur un bateau n'a plus rien à voir avec l'existence terrestre. Comment imaginer pour beaucoup, de vivre sans télé pendant plusieurs mois ou de ne pouvoir prévoir exactement notre destination à une date bien précise. Qu'importe puisque le temps n'a plus la même valeur, puisque l'essentiel se conjugue au présent. J'entends déjà les commentaires: "c'est bien jolis, mais pour voyager en bateau, il faut quand même avoir les moyens, etc"…Oui, évidemment, un minimum est nécessaire, mais c'est surtout une question de volonté et de philosophie. Quant aux moyens économiques, ils feront la différence sur le choix du bateau et le contenu de la cambuse du bord. Un riche naviguera sur un gros voilier luxueux, en buvant du Château Pétrus tous les jours, un plus pauvre choisira un voilier modeste, d'occasion en accompagnant ses repas de vin de pays, néanmoins excellant dans bien des cas. Ca paraît simple et pourtant vrai. Il existe des navigateurs heureux qui voyagent sur des voiliers de 20 pieds et qui son riches de découvertes et de rencontres. Volonté, volonté je vous dis!

Après plus de dix ans de navigation en Méditerranée, Jacques se sépare de Sianaêl, et je suis certain qu'avec dix ans de moins, son parcours maritime ne s'arrêterait pas là.

Merci l'ami pour tes conseils, tes astuces judicieuses et ta force communicative!                                  

 

 


Par muzet pascal
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Jeudi 30 mai 2013 4 30 /05 /Mai /2013 15:44

...PREMIERE PARTIE: de Valence sur le Rhône à la Sardaigne. (Été 2005 suite)

La Corse Occidentale

 

Lundi 1er Août

 

En poursuivant vers l'est, nous longeons le massif de l'Estérel et ses roches de couleur ocre. De nombreuses plantations de pins maritimes essayent de faire oublier les dégâts causés par le feu mais on sent bien que tout çà reste fragile. Longer sous voiles, par brise modérée cette côte déchiquetée, représente sans doute la plus belle partie de notre trajet depuis Marseille.

Cette après midi de navigation s'achève à Théoule sur Mer où nous mouillons à l'abri de la houle, dans cette baie merveilleuse, surplombée par les roches où se cachent de très belles demeures construites avec cette pierre de couleur rouge qui donne tout le charme à ces lieus.

Tout respire le charme et la tranquillité à Théoule. Du petit port à la plage en passant par les maisons du bord de mer, on ne ressent que perfection et bien être et si la météo nous contraignait à un séjour prolongé, il n'y aurait rien de dramatique…

Notre journée se clôturera par un superbe feu d'artifice tiré depuis une barge. C'est fou se qu'il peut y avoir de feux d'artifices en été dans le midi de la France!

 

Mardi 2 Août

 

Après une nuit à l'image des lieux, tranquille, nous partons pour Cannes où deux impératifs nous attendent: le marché couvert et le bar d'en face. Le premier pour la diversité de ses produits, le deuxième pour la singularité de l'établissement.

Le marché couvert de Cannes offre un choix de fruits et légumes complets et variés (pour la première foi de ma vie j'ai vue, de mes yeux vue, des amanites des Césars, au milieu d'autres variétés de champignons venus de toute l’Europe).

Quant au bistrot d'en face, allez y déguster un verre de blanc après avoir fait votre marché, et vous aurez la surprise de vous retrouver avec deux ou trois assiettes de tapas absolument délicieuses, mises gracieusement à votre disposition! Dans ces conditions, vous n'hésiterez pas a commander un deuxième petit blanc de pays…

Le retour au bateau est un peu long et fatigant mais à deux heures de l'après midi, c'est sans doute le soleil qui en est la cause.

Une petite navigation nous mènera aux îles de Lérins, à deux milles nautiques de Cannes, où le mouillage devant l'île Sainte Marguerite est beaucoup plus agréable que l'avant port de Cannes où des lignes d'eau interdisent aux bateaux d'approcher à moins de trois cents mètres de la plage.

Nous rencontrerons d'ailleurs souvent ce problème qui nous oblige quelque foi à mouiller par quinze ou vingt mètres de fond, en dehors de la protection bienfaisante de la digue ou de la pointe rocheuse abritant la baie, parfaitement protégée d'après la carte ou le guide nautique. Cette même carte ne mentionnera pas non plus les nombreux mouillages réglementés qui fleurissent sur nos côtes. Dans bien des cas, il n'est plus possible de mouiller sur ancre et des corps morts son à disposition moyennent 15 ou 20 Euros de redevance. Ou est la cohérence quand on sait qu'aujourd'hui, la plaisance explose et que, dans le même temps, il y a de moins en moins de places disponibles dans les ports! Il arrive même, comme à Calvi, que la gestion de ces mouillages payants est attribuée à une société privée! On invoque bien évidemment la protection des fonds marins car une ancre peut causer des dégâts irréversibles, mais la circulation au milieu du mouillage de quantité de scooters des mers ne semble déranger personne! Allons bon, encore un coup de colère, il va falloir que je me remette en question moi!              

Il y a beaucoup de similitudes entre l'île Sainte Marguerite et l'île de Porquerolles. Bien sûr, elles n'ont pas la même taille, mais elles sont toute deux sauvages, peuplées de pins et sans voiture. En se qui concerne Sainte Marguerite, il est très facile et très agréable d'en faire le tour à pieds, le sentier étant à l'ombre des pins la plupart du temps. Pas de vélos non plus et beaucoup moins de monde qu'à Porquerolles.

La nuit au mouillage sera plutôt agitée car un vent d'est soutenu s'est levé pendant la nuit. Le couloir étroit du chenal entre la Pointe de la Croisette et l'île, et le peu de profondeur de ses eaux, font que la mer devient vite inconfortable. D'ailleurs, c'est la deuxième foi que nous nous faisons avoir dans ce site. A méditer…

 

Jeudi 4 Août

 

Après une nuit réparatrice dans la très belle Anse de la Garoupe à Antibes, nous allons mouiller dans l'avant port et débarquons pour effectuer les dernières courses avant La Traversée. Le marché d'Antibes n'est pas très grand, mais la vieille ville vaut largement le déplacement. En temps normal, un mini bus vous transporte gratuitement depuis le port jusqu'au centre ville. Je dis en temps normal car les transports en communs d'Antibes sont en grève depuis deux mois!  

     

Samedi 6 Août

 

Il est une heure du matin, la nuit est belle et la mer d'huile. Les lueurs d'un feu d'artifice au loin (encore un) semble nous souhaiter bonne route. Nous venons de quitter le mouillage de La Garoupe avec deux heures d'avance sur les prévisions, mais le sommeil m'a déjà abandonné. De toute façon, mieux vaut trop tôt que trop tard car les 95 milles nautiques qui nous sépare de Calvi représentent tout de même entre 16 et 19 heures de navigation. Au moteur évidemment comme, c'est souvent le cas dans ce sens de la traversée. Ma seule inquiétude concerne le moteur justement. Je ne connais rien de lui mis a part son âge. Il n'a pas posé de problème jusque là hormis l'alarme de refroidissement en début de périple alors que, démâtés, nous traversions le Golf de Fos, moteur a fond avec un fort vent d'est dans le nez et une mer agitée. J'essaye de repousser cette angoisse latente et profite de ce moment de quiétude, seul dans le cockpit, Brigitte étant retournée se coucher. Les conditions météo que nous allons rencontrer devraient être bonnes, le Cross Méditerranée nous l'a confirmé tout à l'heure après appel sur le 16 pour signaler notre traversée. Nous risquons juste de trouver une mer formée à proximité des côtes de la Corse. Pour l'instant, tout est calme et le pilote maintient sans problème notre cap au 130°. Au deux tiers de son régime maximum, notre Yanmar de 18 chevaux nous pousse à plus de 6 nœuds dans la nuit. Je ferais le point lorsque Brigitte réapparaîtra, pour l'instant, l'heure est à la rêverie.

Il est 3 heures du matin lorsque j'allume mon GPS portable et là, surprise! La position qu'il me donne est décalée de 15° par rapport à la route orthodromique que j'ai tracée sur la carte. Sur une traversée comme celle ci, il n'y a pas de place pour l'incertitude sur le cap à tenir. Angoisse angoisse quand tu nous tiens! Il faut absolument que je trouve l'erreur. Qui de mon compas ou de mon GPS est faut? Après plusieurs relevés sur le phare de La Garoupe, il est évident qu'il s'agit du compas de cloison qui affiche un cap erroné de près de 15 °. Un appel radio à un voilier que nous croisons nous confirme notre position. Rien de bien grave, mais quelques milles de perdus.

Il n'y a rien de plus monotone qu'une traversée sur la Corse au moteur. Même si, sur un bateau, on est sensé ne jamais s'ennuyer, le temps peu paraître long. Surtout si les dauphins vous boudent et qu'aucune baleine ne vient respirer dans les alentours. Pourtant, nous aurons quand même une visite insolite et si nous n'avions pu filmer cet instant, je n'en parlerais pas, de peur de ne pas être pris au sérieux. J'avais déjà vu quelquefois, lors de traversée précédentes, des hirondelles venir se reposer dans les barres de flèches ou un petit oiseau se nicher quelques minutes derrière la capote du roof, mais là, nous avons bénéficié de la visite d'un oiseau pendant plus de deux heures. Non seulement il n'était pas décidé a partir, mais il a fini par s'installer à l'abri de la capote au début, puis carrément à l'intérieur du bateau, sur l'évier ou devant le miroir du carré. De temps en temps, il sortait prendre l'air et n'hésitait pas a venir se poser sur nos jambes, nos bras ou même notre épaule! Nous n'avons jamais essayés de le prendre dans nos mains de peur de l'effrayer et après son départ, nous nous sommes regardés en pensant la même chose: était-ce un rêve ou avons nous vécu ce moment privilégié?                      

A onze heures du matin, nous ne sommes plus qu'à une trentaine de milles de la Révellata et la houle est bien au rendez-vous. Le vent quant à lui est beaucoup trop faible et nous n'avons pas envie de retarder notre arrivée, prévue pour la fin de l'après midi. Nous continuons au moteur, la grand voile stabilisant un peu le voilier dans la houle.

A l'image de ses habitants, la Corse n'aime pas se dévoiler aussi facilement. Vous avez beau écarquiller les yeux, rien, vous ne voyez rien et quand vous pensez distinguer des montagnes, se ne sont finalement que des cumulus d'altitude. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle on dit souvent que l'on sent la Corse avant de la voir. En se qui nous concerne, se n'est qu'à 6 milles des côtes que nous finissons par l'apercevoir sans la sentir pour autant. Il est vrai que le vent, l'après midi, vient du large et qu'il ne peut pas nous apporter toutes ces odeurs caractéristiques de la Corse. Une de mes précédentes arrivées sur Girolata au petit matin m'avait effectivement apporté les parfums à 10 milles de l'arrivée.

La Corse, elle ne se laisse pas approchée facilement non plus. Incroyable comme la pointe de la Révéllata est difficile a atteindre et les deux dernières heures n'en finissent pas, d'autant que la mer est de plus en plus forte. Le bonheur a sans doute un coût qu'on ne peut évincer.

Il est 17 heures, nous prenons un coffre dans la baie de Calvi, nous sommes fatigués…

 

Calvi, le 7 Août

 

Quelle nuit mes amis, quelle nuit! J'ai dormi comme un bébé. La fatigue de la traversée peu être, la sérénité d'être amarré sur corps mort aussi, le Pommard 89 sans doute… Vingt huit ans de mariage ajouté à notre première traversée sur la Corse à bord de Casalibus, ça se fête.

Le temps est nuageux et les sommets qui bordent la baie de Calvi sont noyés dans le brouillard. Pourtant, la magie du lieu fait son effet. Les souvenirs reviennent et pour moi, Calvi a toujours représenté la première étape du voyage. La prise de contact avec l'inconnu, le mystère, la grande histoire de la navigation en Méditerranée.

La ville de Calvi est évidemment un haut lieu du tourisme en Corse. Les quais sur le port avec le  balais incessant de ferries crachant leurs lots de véhicules et de passagers, mais c'est aussi une ville adorable où il est possible de dénicher le petit bar du coin ou la boucherie cachée, connu essentiellement des autochtones, où l'on vous vendra la meilleur viande de l'île si vous savez être patient…y'a du monde avant vous et on y palabre pas mal!

Après un avitaillement complet et deux navettes avec l'annexe, nous retrouvons Casalibus au mouillage, mais le vent a beaucoup forci et des rafales à 35 nœuds nous obligent à envoyer notre deuxième ancre. Et comme dans ces cas là, il y a toujours des imprévus, un zodiac de la société de gestion des corps morts, occupé par deux représentants de cette organisme nous intime l'ordre de "dégager" de la zone car nous sommes en dehors des limites matérialisées par deux discrètes bouées jaunes. Pourtant, nous avons bien mouillés à l'est des corps morts comme indiqué dans le Bloc Marine. Comme nous sommes en train de déjeuner, nous leurs demandons un petit délai. Les menaces sont telles que nous préférons partir sur le champ! Remonter deux mouillages par 35 nœuds de vent puis les reposer deux cents mètres plus loin nous prend plus d'une heure. Merci les gars!

Ces violentes rafales d'ouest dureront jusqu'au soir et tomberont aussi subitement qu'elles sont arrivées… Premier mystère!

 

Lundi 8 Août

 

Le soleil se lève sur la baie de Calvi, mais comme le chantait Higelin, c'est le jour que j'aurais aimé voir se lever. Dommage, mais six heures, c'est un peu tôt pour moi. La luminosité est remarquable et chaque détail du relief entourant la baie est visible. Il y a une semaine, la tragédie du crash d'un canadaire se déroulait sur les hauteurs de Calvi et les restes de l'avion sont parfaitement distincts au milieu du maquis calciné. 

A 9h30, nous débarquons sur la plage alors que des rouleaux sont en train de se former à intervalles réguliers. Rien de bien grave pour le moment mais on ne sait jamais. Nous nous informons auprès de l'école de voile locale et la monitrice présente nous conseille vivement de ne pas partir trop loin. La houle peu devenir forte et nous empêcher de remettre notre annexe à l'eau. Nous suivons son conseil et regagnons notre bord. Une demie heure plus tard, se sont des rouleaux de deux mètres qui submerge la plage obligeant les baigneurs a remonter leurs accessoires plus haut sur le bord de plage. Le mouillage devient vite inconfortable et nous choisissons de partir à l'extrême nord est de le baie, toujours sur les conseils de notre amie la monitrice de voile, au sud de la pointe d'Agazo. Un bonheur! Plus de houle ni de vent et des fonds de sable blanc visibles par plus de huit mètres, le tout entouré de blocs de granit dignes des Lavezzi. De plus, l'endroit semble peu connu car nous ne sommes que quatre bateaux sur le site. Il est vrai que notre guide " Corse Sardaigne " n'en parle pas et que ce mouillage est très peu visible du large. Une balade à terre s'impose et le tour de la pointe est absolument magnifique. Tout ceci confirme une des règles principales valables en mer comme en montagne: toujours s'informer auprès des locaux sur les conditions météo du secteur et les professionnels sont souvent les plus compétents en la matière.

 

Mardi 9 Août

 

Notre nuit fut très calme ce qui n'a pas été le cas des bateaux restés sur les bouées dans la baie de Calvi, le vent de nord-est ne s'étant calmé que très tard dans la nuit. Après un dernier passage à la boucherie pour notre ravitaillement et un ultime verre de blanc dans "notre" bar, nous filons sur l'ouest, en direction de la baie de Crovani, après une pose déjeuné dans le Golfe de la Révéllata. L'endroit est sauvage et présente l'intérêt de ne pas être trop fréquenté tout en étant proche de Calvi.

Après le coup de vent de la veille, évidemment, c'est le grand calme! C'est au moteur que nous attaquons cette descente de la côte ouest en restant proche du rivage. Le paysage est grandiose, montagneux et sauvage. Quelques calanques s'enfoncent dans les falaises, mais je ne me risquerais pas à les approcher, même avec un petit voilier.

La baie de Crovani est relativement bien protégée des vents de secteur nord. L'endroit est sauvage et seul un camping occupe le terrain. Nous débarquons pieds nus sur la plage recouverte de galets…Le guide parlait d'une plage de sable…     

    

Mercredi 10 Août

 

Une descente de la côte occidentale de la Corse passe immanquablement par Girolata. Connu de tous les navigateurs, Girolata est un lieu mythique à ne pas manquer. Pourtant, ce serait une erreur de s'y rendre directement car la côte en arrivant par le nord, réserve des merveilles de criques accessibles qui font le bonheur des petites embarcations. C'est l'anse de Focalara que nous choisissons pour la pose déjeuner. Cette petite plage de sable bordée de roches rouge est un enchantement. Nous ne sommes que quatre voiliers a jouir de l'ambiance "Robinson" du lieu. Aucun chemin ne permet d'accéder à la plage et un maquis épais en interdit l'accès par la terre. Seul le temps incertain et orageux nous recommande de ne pas rester ici pour la nuit. Dommage, mais la navigation c'est aussi savoir profiter des instants éphémères de certains paradis en oubliant jamais qu'ils peuvent devenir un enfer en cas de mauvais temps.

La pluie a fini par arriver alors que nous abordons la réserve naturelle de Scandola. Evidemment cela change beaucoup l'attrait de cette partie de la côte sans aucun doute, la plus belle de Corse. J'en suis désolé pour Brigitte pour qui cette navigation est une première. Cependant, l'état de la mer nous permet quand même d'emprunter le passage de Gargalo. Etroit chenal entre l'île de Gargalo et la côte, surplombé de hautes falaises rouges à vous couper le souffle! Il faut vraiment avoir une grande confiance au guide et à la carte marine pour s'aventurer dans ce couloir où l'on ne donne qu'entre deux à trois mètres de profondeur!

Pour ma part, c'est plutôt serein que je m'engage à petite vitesse dans ce passage déjà emprunté dans le passé. La transparence de l'eau donne l'impression de ne plus avoir grand chose sous la quille, mais l'instant est magique! La mauvaise surprise viendra d'un bateau de promenade qui s'engage allégrement en sens inverse alors que nous nous trouvons dans le passage le plus étroit du chenal. Je dois dire qu'à cet instant, je ne me pose aucune question d'ordre juridique sur les priorités en mer, et c'est à pleine puissance que j'engage la marche arrière afin de ressortir de cette mauvaise passe. Et comme une manœuvre précipitée est souvent une manœuvre ratée, Casalibus se retrouve en travers! Si j'ai pu récupérer ce mauvais pas sans dommage, aujourd'hui, je me pose toujours la question du "comment?"…

Girolata…connu de tous! Et çà se voit. La cinquantaine de bateau au mouillage nous interdit tout simplement l'accès! J'ai du mal à reconnaître l'endroit désert où nous débarquâmes, un petit matin au mois de mai, après une traversée depuis le continent à bord de Sianael. Nous avions alors mouillé par trois mètres de fond, à cent mètres des embarcadères!

C'est finalement dans l'anse de Tuara, un mille plus au sud, que nous jetons l'ancre en avant de six autres voiliers. Avantage de notre faible tirant d'eau! L'endroit est sauvage, même si l'accès est possible depuis la route. Très peu de monde sur la plage: une heure et demie de marche, ça dissuade même les plus courageux.

C'est en annexe que nous allons visiter le petit village de Girolata et c'est toujours l'enchantement. Bien sur, il vaut mieux ne pas avoir de courses à faire. Les produits à l'épicerie sont rares et chers. Quant à la Piétra, il est préférable de monter un peu pour aller la déguster au bar restaurant qui surplombe la baie car au débarcadère, vous payerez quand même quatre Euros le demi!

Les navettes incessantes des vedettes qui débarquent les touristes depuis Porto rendent le mouillage très agité. Nous ne regrettons pas notre exile forcé à Tuara.

Retour au bateau et là, surprise! Les retardataires sont arrivés et à dix huit heures trente, nous comptons vingt trois bateaux au mouillage! A souhaiter que le vent ne forcira pas trop dans la nuit. Nous en avons pour qui la technique de mouillage est quelque peu sommaire… Arrivés en marche avant, on pose le mouillage au fond et on sort l'apéritif! Vous avez dit trois à cinq fois la hauteur d'eau? Ha! et puis tester le mouillage en marche arrière, voir plonger pour s'assurer de la bonne tenue de l'ancre? Pas au courant! Bon, à la votre…

Le vent attendra finalement le matin pour se lever et faire déraper le premier voilier dont l'équipage dort encore. Corne de brume pour essayer de réveiller quelqu'un! Récupération in extrémiste du bateau par son capitaine a une encablure de la plage. Il est temps de partir de ce coupe-gorge avant que d'autres voiliers ne subissent le même sort en embarquant au passage les mouillages d'autres bateaux. D'autant que le vent monte maintenant à plus de trente cinq nœuds dans les rafales.

Le vent du sud ouest ne nous laisse guère de choix pour nous mettre à l'abri dans ce secteur. Peut-être l’anse de Ficajola? Bon choix, très bon choix.          

Minuscule plage au pied du village de Piana surplombée de ces rochers rouges qui font la particularité des calanques. Nous sommes sous le vent des hautes falaises et l'endroit est des plus calmes. Quelques cabanes de pêcheurs se dissimulent sur la plage, au milieu des rochers. Nous ne sommes que quatre voiliers à nous partager les eaux cristallines de cette crique ravissante. Dans l'après midi, le temps toujours orageux et la sur population des lieux nous incite à quitter ce paradis.

Le vent du sud ouest n'a pas faibli et c'est sous l'orage qui a fini par éclater, que nous jetons l'ancre dans la baie de Chuni, parfaitement abritée des vents de secteur sud. C'est d'ailleurs son seul intérêt. Club Med sur la plage et nombreuses vedettes de promenade cassent l'ambiance un peu sauvage du site. Qui dit Club Med  implique forcément sports nautiques…mécaniques!

 

Vendredi 12 Août

 

C'est la houle qui nous réveille au petit matin. Beaucoup trop tôt à mon goût…Direction Cargès, car plus rien ne nous retient ici!

Cargès, la ville aux deux églises, l'une catholique l'autre orthodoxe. Cela ressemble plus à un gros village qu'à une ville. Depuis le port, il faut gravir la pente raide qui mène au centre et aux commerces, mais une fois sur les hauteurs, la vue est grandiose et Casalibus mouillé dans l'avant port parait bien petit.

Cargès mériterait que l'on s'y attarde un peu, mais le mouillage n'est pas très confortable et nous avons rendez-vous avec des copains au camping de Liscia.

Nous jetons l'ancre dans la partie sud de la baie de Liscia, la houle étant atténuée par la pointe de Palmentoju. Il est seize heures et nous mettons l'annexe à l'eau. Après plusieurs essais infructueux, il faut bien se rendre à l'évidence, il ne démarrera pas! Voilà maintenant quelque temps qu'il est de plus en plus capricieux. Bon! Reste les rames. Mais de savoir que les copains nous attendent au bar du camping avec une Piétra, l'effort paraît nettement moins dur… Rien que le mot me fait saliver et s'il est une chose que j'aime en Corse, c'est bien cette bière gouleyante et fruitée…

 

Dimanche 14 Août

 

A 7h30, nous levons l'ancre. Je devrais dire les ancres, car nous avions installé un mouillage à l'arrière afin de maintenir le bateau face à la houle. Heureux les gens de mer qui savent anticiper… La météo tombée hier au soir sur le navtexte était formelle: avis de grand frais d'ouest! Nous aurons passé deux jours bien agréables en compagnie de Jeff et Nath qui ont pu nous donner quelques nouvelles du pays. Non! le pays ne nous manque pas pour l'instant, mais en parler après un mois et demi d'absence fait du bien. Et puis nous avons pu prendre possession de notre courrier qu'ils nous avaient gentiment acheminé. Dans tous les cas, partir de la baie de Liscia devient une nécessité compte tenu de son orientation plein ouest. Nous avons récupéré notre moteur hier au soir, le mécano ayant diagnostiqué une panne d'allumage due  à des infiltrations d'eau de mer dans le cylindre. J'ignorais qu'il ne fallait jamais coucher à l'horizontal un moteur hors bord au risque de faire s'écouler l'eau de refroidissement par l'orifice d'échappement à l'intérieur du moteur. Résultat, la bougie était totalement corrodée! Merci à la station service de Tiuccia.

Pour l'instant, le vent est toujours absent et c'est au moteur que nous effectuons les quatre heures de navigation qui nous séparent d'Ajaccio dans une mer de plus en plus formée. Pas très agréable tout çà. Nous ne pouvons même pas nous arrêter au mouillage des Sanguinaires à l'entrée du Golfe d'Ajaccio. Dommage, car je me souviens d'une escale paradisiaque, un jour du mois de Mai, au pied du phare des Sanguinaires. Décidément, Brigitte n'a pas de chance. Peut-être au retour…

Après une liaison radio avec les capitaineries des ports d'Ajaccio, il s'avère qu'il n'y a aucune place de disponible pour nous, ni même sur bouées dans la zone réglementée à l'entrée du port Ornano. C'est pourtant là que nous laisserons filer l'ancre par dix mètres de profondeur, au milieu des bateaux sur coffres et des autres, qui comme nous n'ont pas eu d'autre choix que de se mettre là où ils le pouvaient. Certains ne manquent pas de nous faire la remarque qu'un force sept est annoncé pour la soirée et que le mouillage risque de devenir "chaud"! Je reste à bord et laisse Brigitte aller seule, avec l'annexe, faire quelques courses et laver le linge à la laverie du coin.  

 

Lundi 15 Août

 

Finalement, la soirée et la nuit ont été très calme, non pas que le coup de vent annoncé nous ai épargné, mais la baie d'Ajaccio se révèle être un excellent abri par vent d'ouest à nord ouest.

Par contre, j'ai l'impression que toutes les ambulances et les véhicules de police se sont donné rendez-vous à Ajaccio…Incroyable le nombre de sirènes que l'on peut entendre dans cette ville! Pas cinq minutes sans un "pimpon" tonitruant sur le port!

Le 15 Août n'est pas le jour idéal pour une visite de la vieille ville. Peu de commerces sont ouverts et les rues sont plutôt désertes. D'autant que les employés communaux  étant en congé, la citée est passablement sale! Même le marché n'est pas à la hauteur de ce qu'il est d'ordinaire. Très peu de primeurs et par conséquent, des prix élevés pour les fruits et légumes de l'île. Nous regagnerons le bord avec cependant un excellent fromage Corse et deux kilos de moules élevées sur l'île.

En début d'après midi, nos voisins de mouillage nous font l'agréable surprise de nous inviter à prendre le café sur leur voilier. C'est la deuxième fois seulement depuis notre départ que nous sommes conviés à bord d'un autre bateau et cela reste notre plus grande déception. Nous même avons essayés quelquefois de tendre la perche aux bateaux qui nous semblaient être des bateaux de voyage. Sans succès. Le monde de la plaisance semble être complètement fermé. J'espère sincèrement que l'avenir me fera mentir…J'attends  beaucoup de ces rencontres souvent riches en enseignements. Notre voisin, skipper et propriétaire de son" Espace" de treize mètres, rentre d'une transat aller retour avec son chien, puis d'un séjour prolongé au Portugal.

A chacune de ces rencontres à venir, je repartirai  avec la certitude que nous avons fait le bon choix.

 

Mercredi 17 Août

 

Notre séjour à Ajaccio se termine avec une impression mi figue, mi raisin. La ville a beaucoup de cachet, mais nous nous y sentons mal à l'aise. Le bruit, la saleté, l'accueil…

Avantage de notre passage  en dehors de l'avitaillement dans les supers marchés du port, nous avons pu changer notre VHF qui nous a lâchés sans préavis. Première mauvaise surprise qui n'arrange pas les finances des navigateurs. Souhaitons qu'il n'y en ait pas trop à  l'avenir.

La houle, toujours de sud ouest nous autorise à  faire une pose déjeuner  dans la Anse de Sainte Barbe, au sud du Golfe d'Ajaccio. L'approche est un peu délicate car bordée de roches affleurantes, mais l'abri est bon et le coin tranquille. La tour génoise veille sur les lieus et une balade à terre s'impose.

Partir, toujours partir! Bien que nous n'ayons pas de programme de navigation précisément défini, il nous faut quand même continuer si nous voulons, comme prévu, descendre la côte occidentale de la Sardaigne. Mais le sud du golfe d'Ajaccio est si joli…

Un nouveau "saut de puce" nous amène dans la anse de Chiavari, vaste plage de sable cernée de chaque côté par des récifs. Chose étonnante que de se retrouver seul dans un tel mouillage à seulement cinq miles d'Ajaccio. La nuit sera particulièrement calme et c'est la pluie qui nous sortira de notre cabine à huit heures du matin.

 

Jeudi 18 Août

 

Arrêt non prévu dans la baie de Cupabia! Encore une fois, nous avons du modifier notre programme pour cause de météo. Sous le vent du cap Muro, c'est au moteur que nous avons progressé, longeant la côte en profitant de sa beauté. Passé le cap, c'est un vent frais de sud est qui nous surprend. Nous profitons de l'occasion pour descendre plein sud en débordant largement Muro. Casalibus nous surprend agréablement mais voilà, nous devons lofer de plus en plus afin d'atteindre Porto Polo où nous avons prévu de retrouver Martine, une amie de "chez nous", en compagnie de Jeff et Nath. A moins de tirer des bords musclés dans le Golfe de Valinco, seul la "risée diesel" peu nous tirer d'affaire. Avec trente nœuds de vent dans le nez, la navigation au moteur devient vite pénible d'autant que celui-ci rechigne à donner le maximum de ses possibilités. Problème de chauffe qu'il va bien falloir régler rapidement. Il est temps de prendre la décision salvatrice car s'obstiner à remonter le vent devient ridicule et cette baie de Cupabia sur notre bâbord abrite déjà quelques bateaux qui semblent parfaitement immobiles au mouillage. Il est treize heures quand nous jetons  l'ancre à l'abri de la pointe de Porto Pollo. Quel bonheur ce calme après ces deux dernières heures de navigation fatigante… Nous ne sommes qu'à deux kilomètres du point de rendez-vous avec les copains, à peine dix minutes de voiture. Notre rencontre se fera quand même et dans un coin fort sympathique. Confirmation, s'il y en avait besoin, que l'obstination est un très mauvais conseiller!    

 

Vendredi 19 Août

 

Après un arrêt ravitaillement au super marché de Porto Pollo, amarrés à un coffre, nous choisissons de traverser au sud du Golfe de Valinco dans la baie de Campomoro. Le mouillage est parfaitement abrité et le village charmant, donc…bondé. Et oui, tout fini par se savoir en croisière, les bons plans comme les mauvais. Il faut dire que le guide est plutôt élogieux sur le coin. Un peu trop même puisque l'on y parle pas de la ligne d'eau installée sur toute la largeur de la baie et qui nous oblige à mouiller très en arrière de la plage, par quinze mètres de fond. Une vaste zone d'aquaculture occupe également une partie des lieux.

Une visite de la tour génoise s'impose d'autant que le sentier qui y conduit est ludique serpentant dans le maquis qui quelquefois forme un véritable tunnel de végétation. D'en haut, la vue est grandiose et la photo du village en arrière plan du mouillage ne pourra qu'être belle!                                     

Un petit ponton réservé aux bateaux de pêche locaux permet cependant d'amarrer son annexe, le temps d'aller visiter le village minuscule et surtout, d'y déguster devinez quoi? Une Piétra bien sûr. Je vous la conseille d'ailleurs à la terrasse du restaurant de la plage, à l'extrémité est de la baie. On vous la servira fraîche et à la pression pour un prix très raisonnable. D'ailleurs l'ensemble de la carte du restaurant affiche des tarifs modiques et vu le monde qui s'y retrouve au moment des repas, sa réputation n'est sans doute plus à faire. La présence de cet établissement nous sera d'un grand réconfort pendant les cinq jours où nous serons bloqués ici pour cause de…météo! 

 

Mercredi 24 Août

 

Ce séjour prolongé à Campomoro commençait a peser et c'est avec soulagement que nous quittons ces lieus pourtant si agréables. L'ingratitude du nomade toujours attendu nul par…

Il est vrai que ce coup de vent du sud ouest ne nous a pas épargné. Pluie, vent, ressac ont rendus la vie sur Casalibus quelque peu compliquée. Nous avons cependant tenté une traversée avant hier sur Porto Pollo afin de refaire l'avitaillement. Un aller retour plutôt remuant avec vent modéré de travers mais houle de trois mètres. Même pas malade!

Aujourd'hui, le temps est nuageux mais non menaçant. Une courte navigation vent arrière nous propulse à la Calanque de Tizzano, en fait, un petit port pour embarcations légères. Nous avançons prudemment à l'intérieur mais nous nous rendons vite compte que notre tirant d'eau ne nous permettra pas d'aller bien loin. Nous trouvons une place dans l'entrée par deux mètres de fond. Quelques maisons, une épicerie et deux restaurants donnent un air de village à ce petit hameau de pêcheurs. Sans être extraordinaire, le coin est paisible et semble abrité des vents de secteur nord-nord ouest.

Ce soir, nous déboucherons un Margaux Grand Cru 85. Notre fils a vingt sept ans. Nous pensons à lui…

 

Jeudi 25 Août

 

Beau, très beau même! Cela faisait quelques jours que nous n'avions pas vu un tel ciel. D'autant que ce qui nous attend aujourd'hui mérite que le ciel soit de la partie. Roccapina…

Roccapina la Belle! Une des plus ravissantes criques que je connaisse. Je n'y suis venu qu'une fois, à bord de Sianael, mais je me souviens que nous avions eu du mal à quitter ce paradis. Brigitte qui n'a pas de souvenir à partager est séduite. L'eau turquoise, la roche sculptée par l'érosion et le sable blanc de la plage…Comme d'habitude me direz-vous! Pas tout à fait car il y a ici une ambiance particulière. Ce quelque chose que l'on ne peu pas décrire mais qui vous saisit dès votre arrivée. Le Lion qui veille sur la baie y est peut être pour quelque chose…

Un sentier monte à la tour et les plus téméraires n'hésitent pas à chevaucher ce Lion bien inoffensif.

La saison qui s'avance commence à réduire le nombre de bateaux dans les mouillages. Nous ne sommes plus que cinq à nous partager ce moment de bonheur, quand le soir tombe doucement sur la plage désertée. Même les merguez qui cuisent sur le barbecue à  l'arrière du bateau prennent une autre dimension. Les veloutes de fumée emportent mes rêves aux parfums d'exotisme et Roccapina devient Bizerte, Syracuse ou Corfou, ces destinations "lointaines" qui nous tendent les bras et que nous ne connaissons pas.   

 

Samedi 27 Août

 

En approchant de Bonifacio, l'envie de tenter ma chance m'incite à m'approcher de la calanque de Fazzuelo. Sans beaucoup d'espoir d'ailleurs compte tenu des conditions météo très favorables et de la période estivale. En plus un samedi! Mais bon, j'ai si souvent rêvé d'y pointer mon étrave qu'il serait dommage de passer devant sans essayer. A moins d'un mile au nord de Bonifacio, ce petit paradis dont la photo illustre beaucoup de livres consacrés à l'Ile de beauté représente l'abri parfait dans un site enchanteur. Totalement invisible depuis le large, j'ai recourt au GPS afin d'être certain de ne pas rater  l'entrée. Nous avançons prudemment dans l'échancrure de la calanque en retenant notre souffle. Nous apercevons rapidement un mat puis deux. L'espoir s'amenuise au fur et à mesure de notre avancée. Encore quelques mètres et le fond de la calanque se montre enfin…libre de toute présence. Miracle, les deux voiliers que nous avons vus sont les seuls et très en arrière dans le goulet. Il faut dire que la hauteur d'eau est limite et sa clarté donne l'impression d'être posé sur le fond. La mauvaise surprise, c'est l'arrivée du premier bateau de promenade qui lui, s'engage par la passe sud très peu profonde, et ressort par celle du nord. Nous devons porter une amarre à terre afin de laisser suffisamment d'espace pour le passage de toutes ces vedettes qui font découvrir ce lieu merveilleux aux touristes de Bonifacio qui emporteront dans leurs appareils photos l'image idyllique d'un voilier solitaire ancrée au paradis… Ce paradis, dès le crépuscule, nous ne le partagerons qu'avec les seuls habitants du site, l'école des Glénan qui s'installe ici durant toute la saison estivale. Inutile de préciser que la nuit fut paisible.

Le matin, nous prenons l'annexe et longeons la falaise jusqu'à la grotte proche du phare de Madonetta. La mer est parfaitement calme et nous pouvons pénétrer à l'intérieur et visiter cette cavité vaste et profonde. Nous sommes surpris de tomber nez à nez avec une vedette pleine de touristes. La particularité, est une ouverture au sommet de la voûte qui représente, avec un peu d'imagination, le contour de la Corse.

En fin de matinée, nous gagnons Bonifacio et mouillons au fond de la calanque de la Catena. Une dizaine de bateaux sont à l'ancre avec amarre à terre comme il se doit dans pareil cas; mouillage étroit et eaux profondes. L'opération est délicate car de fortes rafales arrivent par le travers. Après plusieurs essais laborieux, nous finissons par immobiliser Casalibus. Je laisse Brigitte aller seule en course avec l'annexe car je crains que le mouillage ne dérape.  

Nous consacrons l'après midi à la visite de la vieille ville. C'est mon troisième passage ici, mais le charme reste le même. Bien sûr il y a du monde, nous sommes dimanche, mais cette ville dégage une quiétude, une sérénité incomparable. Depuis les remparts, la vue vers le sud porte jusqu'en Sardaigne. En rentrant dans certaines boutiques en bordure de falaise, on s’aperçoit que celles-ci sont littéralement construites en surplomb sur la mer. L'érosion, par son long mais incessant travail, finira par avoir raison de ces constructions. Mais il en faudrait plus pour inquiéter un corse…

 

Lundi 29 Août

 

Le vent qui s'était calmé dans la nuit a repris ce matin et le ciel se couvre sérieusement. Nous avions prévu de traverser en Sardaigne aujourd'hui, mais nous n'avons guère envie de le faire sous la pluie. Nous aviserons plus tard, d'autant qu'il nous reste quelques courses à faire. Il nous manque encore du câblot pour le mouillage secondaire et nous n'avons aucune carte de la Sardaigne. Nous achèterons aussi notre prochain pavillon de courtoisie, celui de l'Italie à qui la Sardaigne est rattachée.

Le vent qui nous arrive par le travers forci toujours et la tension exercée sur l'ancre est de plus en plus forte. Soudain, tout va très vite! Le mouillage décroche et nous dérapons rapidement sur le bateau voisin. Le temps d'installer quelques pare-battages sur tribord afin de protéger les coques, nous nous retrouvons bien involontairement à couple de ce voilier vide de ses occupants. Nous n'avons plus le choix, il faut partir. Je libère l'aussière arrière à l'aide de l'annexe pendant que Brigitte lance le moteur de Casalibus. Aidés par un plaisancier, tout ce déroule dans le calme, mais je crains que notre ancre ne se soit prise dans l'ancienne chaîne mère au fond de la calanque. Nous avons souvent entendu parler de cas similaires où les skippers malchanceux étaient obligés de faire appel à un plongeur, moyennant facturation bien entendu! Nous avions pris soin de jeter l'ancre très en avant de la falaise ouest afin d'éviter ce désagrément, mais en dérapant…Finalement, nous ne remonterons qu'un vieux cordage que j'arriverai à faire échapper  de notre ancre. Il est hors de question de tenter un nouveau mouillage ici avec ce violant vent de travers et nous choisissons de remonter un peu au nord, dans la baie de Paragnanu. Ce choix s'avère judicieux. L'abri est parfait et les bigorneaux abondent.

C'est la première fois depuis notre départ que notre ancre Brittany de seize kilos se dérobe à ses fonctions. Il est vrai qu'un mouillage n'est pas prévu pour tirer de travers et que la profondeur importante ne nous avait pas permis d'envoyer la longueur de chaîne réglementaire. Prudence de rigueur si vous êtes amenés à  vous arrêter dans cette calanque de Catena!

 

Nord-est Sardaigne

 

Mardi 30 Août

 

Très beau temps ce matin sur les bouches de Bonifacio! Ni vent, ni houle. Le fait est plutôt rare dans ces parages. Pas d'hésitation, c'est aujourd'hui qu'il faut traverser. Notre départ précipité de la veille nous contraint cependant à nous arrêter de nouveau à Bonifacio, car nous ignorons s'il nous sera possible de nous avitailler correctement dans les Maddalena. Et puis, trouverons-nous de la bière digne de ce nom en Sardaigne? Il ne serait pas raisonnable de prendre un risque pareil…

Nous fonçons moteur à fond en direction de l'entrée de Bonifacio, peut-être un peu trop vite car l'alarme de surchauffe se déclenche une nouvelle fois juste dans la passe d'entrée. Brigitte coupe les gaz, mais le moteur cale subitement et refuse de repartir. J'ai peur qu'il ne soit tout simplement bloqué. L'horreur!!! Pas le moindre souffle de vent pour nous sortir de là. L'annexe et son moteur de deux chevaux et demi nous permettrait- elle de déhaler les quatre tonnes de Casalibus? Et puis, le temps de descendre l'annexe suspendue au portique et d'y installer le moteur stocké sur son support de balcon? La solidarité légendaire des gens de mer va encore s'exercer. Suite à notre appel, un pécheur de Bonifacio n'hésites pas à  nous prendre en remorque, direction le port. Brigitte à la barre, j'en profite pour vérifier l'arbre d'hélice. Il tourne librement. Le niveau du liquide de refroidissement est correct…L'éventualité d'une grosse panne nous désole et c'est par dépit que je tente un nouvel essai en appuyant sur le démarreur. Il part au quart de tour et ne présente aucun bruit suspect. La mécanique nous réserve quelquefois des surprises…Nous lâchons la remorque après avoir donné rendez-vous à notre sauveteur au ponton des pêcheurs et allons nous amarrer par nos propres moyens au ponton d'accueil.

Dernières courses, pain frais et remerciements cordiaux au pêcheur et à son fils au café du port, nous quittons Bonifacio en espérant ne pas être obligé d'y revenir.

Entre temps, le vent a fini par se lever et c'est sur une mer étonnamment calme que nous filons au débridé, à cinq nœuds en direction de la Sardaigne.

Il est temps d'affaler le pavillon corse et de hisser à sa place son homologue italien. Nous nous éloignions rapidement de la côte et je suis partagé entre le regret et la satisfaction. Regret de quitter cette île fabuleuse mais qui ne cesse de sombrer dans l'incohérence, où la douceur de vivre côtoie quotidiennement la violence et l'intolérance…

 

Mercredi 31 Août

 

Notre première nuit en Sardaigne a été sereine. Il est plus de neuf heures du matin quand nous émergeons de notre cabine. On ne peut pas mettre çà sur le compte de la fatigue de la traversée et encore moins sur celui d'un quelconque changement climatique. Peut être tout simplement la nonchalance qui commence à s'installer tout doucement dans notre existence! De toute façon, rien ne presse dorénavant, notre seul objectif étant d'arriver nul-part, ici ou ailleurs! Cette existence peut en faire rêver certains et déprimer d'autres, mais le temps qui s'écoule nous familiarise avec cette philosophie de la vie qui n'a plus sa place aujourd'hui dans nos sociétés occidentales. Que peut-on bien faire sur un bateau pendant des mois? Et bien comme à la maison, on mange, on dort, on s'aime et on s'engueule. Mais en plus, on se baigne, on pêche ou l'on prend l'annexe pour faire une petite visite à terre et acheter les courses nécessaires à notre survie à bord! Et tout çà dans un environnement différent chaque jour ou presque. C'est bien simple, le temps nous manque souvent pour faire tout ce que nous aimerions faire et les petits bricolages que l'on s'ait promis de faire rapidement… attendent encore!

Cette traversée des Bouches de Bonifacio aura été des plus agréables avec vingt nœuds de vent d'ouest et une mer presque plate. A midi, nous avons doublé le Cap Testa et quelques minutes plus tard, notre ancre tombait sur un fond de sable dans la baie de La Colba, à l'abri des vents dominants. Si le paysage ressemble beaucoup à celui de la Corse, le contraste est marqué en ce qui concerne l'architecture. Un horrible et volumineux complexe hôtelier occupe une partie de la plage. Quant au village…

Le premier contact avec la population locale se fera l'après midi même, lors de nos achats  dans les divers commerces. La première impression est très bonne et se confirmera tout au long de notre séjour sur l'île.          

A l'origine, nous avions prévus de descendre la côte occidentale de la Sardaigne et de remonter par la côte est. Les conditions météos rencontrées au mois d'Août, avec la dominance des vents de secteur nord, nous font opter pour une descente de la côte est, bien mieux abritée en cas de persistance du mistral. 

Nous repassons donc le Capo Testa et mettons le cap sur Santa Térésa Galléria, premier port Sarde de notre séjour sur l'île. L'absence de vent nous oblige à naviguer au moteur et c'est par mer calme que nous voguons dans ce secteur réputé pour être souvent agité. Les Bouches de Bonifacio nous laisserons un excellent souvenir alors que nous les redoutions tant. La clémence de la météo nous permet même de mouiller face à la plage, à l'ouest de la tour. Nous sommes seuls au mouillage et le village nous domine d'une centaine de mètres. L'annexe est rapidement mise à l'eau pour une visite qui nous initiera à l'ambiance insulaire. Le centre du village est pittoresque et même si l'architecture n'est pas à la hauteur de nos attentes, l'église et la tour génoise valent à elles seules une visite. Et puis, c'est notre premier café italien. Délicieux et à 80 centimes! C'est aussi pour nous l'occasion de nous familiariser avec les noms et expressions locales. Cherchant une boucherie, on nous indique une enseigne au nom de Macelleria. Nous mettrons plusieurs jours avant de nous apercevoir que tous les bouchers ne s'appellent pas Macelleria mais qu'il s'agit tout simplement de la traduction italienne du mot "boucherie"…

Nous levons l'ancre en début d'après midi pour la baie de Liscia, cinq milles plus à l'est, et qui s'enfonce profondément dans les terres. L'endroit est très fréquenté et la plage immense. Un camping occupe une grande partie de la presqu'île de Cavalli et le lieu est propice aux sports nautiques. Nous décidons de nous éloigner un peu de toute cette agitation et allons jeter l'ancre dans le fond de la baie, à l'embouchure de la rivière. Le vent tombe subitement à 19h, un peu trop tôt à mon goût…le barbecue n'est pas encore allumé! Il va falloir que je souffle dessus pour l'activer. Après un tel effort, une bière est de rigueur, bien entendu accompagnée comme chaque soir des bigorneaux que nous avons pêchés…

 

Jeudi 1er Septembre

 

Il fait déjà chaud lorsque nous nous levons. Nous décidons de remonter la rivière avec l'annexe mais sommes très vite bloqués par une barrière de sable que nous franchissons à pieds pour découvrir, en amont, une vaste lagune infestée de moustiques. Nos envies d'exploration s'estompent subitement… et nous regagnons le bord en nous félicitant de ne pas avoir mouillés trop près du rivage hier au soir.

Direction l'archipel des Maddalena. Dès notre sortie de la baie de Liscia, une brise assez soutenue nous permet une navigation sous voiles des plus plaisantes. Nous passons entre l'îlot Spargiotto et l'île Spargi en toute quiétude et arrivons deux heures plus tard au mouillage du "Passage de l'homme mort". Une splendeur! Nous nous trouvons au milieu des trois îles principales des Maddalena. Les fonds sont particulièrement clairs et peux profonds et de nombreux îlots nous encerclent. Evidemment, vous vous doutez bien que ce paradis n'a rien d'un paradis perdu et même un 1er Septembre, nous ne sommes pas les seuls… Nous avions remarqués en arrivant quelques "corps morts" inoccupés et avions été tentés d'en prendre un pour nous amarrer. En fait, ils appartiennent aux nombreux, trop nombreux bateaux d'excursions qui visitent le site et débarquent une quantité invraisemblable de touristes sur l'île de Budelli. Un va et vient infernal de navettes en tout genre! Nous laissons Casalibus au milieu de ce trafic et embarquons dans l'annexe pour une visite des autres mouillages possibles du coin. Ils sont tous très fréquentés et nous nous consolons en pensant qu'au coucher du soleil, les rondes seront sans aucun doute moins nombreuses. Un peu inquiet tout de même pour notre bateau à l'ancre proche de ces nombreux navires qui manœuvrent, je laisse Brigitte à terre et rejoins Casalibus. A mon arrivée, je reçois la visite des gardes du parc national (car il s'agit bien d'un espace protégé!!) qui me demande de m'acquitter de la taxe d'entrée dans Les Maddalena. Après une courte discussion infructueuse, c'est avec ma carte bleue (ils ont tout prévus) que je règle les vingt trois Euros correspondant à la taille de notre bateau et ce pour un séjour de vingt quatre heures. Dur à avaler car il n'y a absolument aucun service en échange. Pire, aucune poubelles sur les îles malgré la fréquentation énorme, ni réglementation spécifique concernant les rejets des eaux usées des plaisanciers. En claire, tout est permis sauf de refuser de payer! Il s'agit là d'une façon bien curieuse de gérer un espace dit "protégé"! Nous renoncerons quand même à notre barbecue quotidien. On ne sait jamais…

 

Vendredi 2 Septembre

 

Nous quittons ce petit paradis avant les premières navettes pour ne pas ternir nos dernières impressions de bonheur. Car, comme prévu, nous n'étions pas nombreux à profiter de la quiétude du mouillage à la tombée de la nuit. Un vrai plaisir cette quasi solitude en un lieu comme celui-ci. Et puis nous n'avons pas envie de payer à nouveau la taxe du jour!

Nous filons en direction de l'île principale de l'archipel, celle qui lui a donné son nom: Maddalena et passons devant le village du même nom à la recherche d'un mouillage forain décrit dans notre guide. Un guide nautique, c'est un peu comme une bible…on n'y trouve pas que des vérités! En fait de mouillage, c'est une petite marina qui a été construite et nous faisons demi tour pour gagner la Calanque de Francesca à trois kilomètres à l'ouest du village. Cette crique est particulièrement bien abritée et plutôt désertique puisque nous sommes le seul voilier. Quelques bateaux à moteurs sont à l'ancre pour la journée.

C'est sans appréhension que nous laissons Casalibus pour nous rendre à Maddalena. Une voiture s'arrête et nous évite une marche rendue pénible par la chaleur et le manque d'ombre durant le parcours sinueux au milieu de falaises calcaires. Le village est très pittoresque mais nous avons oubliés qu'en Italie, l'après midi, rien est ouvert avant dix sept heures, sieste oblige…Nous trouverons quand même un bar sympathique pour une bière bien méritée, en prévision de la marche de retour qui nous attend. En fait de marche, et le hasard faisant bien les choses, c'est notre automobiliste de l'allé qui s'arrête à nouveau, nous évitant ainsi une marche rendue pénible…etc. (vous connaissez la suite).

Une petite chapelle surplombe le mouillage et de nombreux rochers sculptés inspirent les photographes que nous sommes. Nous nous attardons suffisamment à terre afin d’éviter ce rendez-vous quotidien, mais non désiré avec les gardes du parc venus quémander ces quelques Euros réglementaires mais oh! combien désagréable à sortir. Un petit tour…et puis s'en vont! Je sens que ce séjour ici sera doublement apprécié.

Lorsque le soleil se couche, nous sommes seuls dans cette calanque que la lumière rasante illumine de rose. Là encore, nous évitons le barbecue et nous contentons de saumon fumé, accompagné de figues fraîches cueillies par nos soins au village. 

 

Samedi 3 Septembre

 

Merveilleux tout simplement! Cette nuit fut d'un calme comme on aimerait qu’elles le soient toutes. Le rituel du bain matinal n'est troublé par personne. Nous sommes toujours seuls au monde!

Pourtant, il est tant de partir avant les nombreuses visites attendues pour le week-end. Cap sur Palau, petit port touristique juste en face des Maddalena. Nous jetons l'ancre dans l'avant port et débarquons avec l'annexe. Nous en profitons pour remplir nos jerricans d'eau et faire quelques courses en ville. La corvée d'eau ne nous a jamais posée de problème contrairement aux craintes d’avant notre départ. Nous disposons de cent cinquante litres dans les trois réservoirs du bord et faisons couramment l'appoint avec nos deux jerricans de dix litres. Il y a toujours, dans chaque village ou chaque port, un point d'eau en libre service. Il convient simplement de gérer sa consommation quotidienne avec bon sens en évitant tout gaspillage. Pour notre part, il y a longtemps que nous avons adoptés le savon liquide spécial "eau de mer" et à chaque fois que les conditions climatiques le permettent, nous nous lavons dans la plus grande des baignoires, la Mer!

La petite ville de Palau est en fait un port très actif car c'est d'ici que partent les ferries qui desservent les îles des Maddalena. Le trafic est si intense que nous préférons partir mouiller au large de la plage en arrière du port. Si les conditions météo venaient à se gâter, il sera toujours tant de revenir prendre un anneau au ponton de la marina. Aucun coup de vent n'est prévu pour les prochaines quarante huit heures et c'est tant mieux. Nous ne sommes pas inspirés par un séjour prolongé dans cette ville qui ne présente aucun intérêt.

 

Dimanche 4 Septembre

 

Rien ne vint troubler notre nuit et notre levé fut matinal pour un dimanche. Une petite visite de la côte en annexe nous permet de faire connaissance avec l'architecture de luxe des résidences privées de cette partie de la Sardaigne. A partir de Palau et sur toute la Costa Sméralda, se ne seront qu'une succession de propriétés toutes plus belles et harmonieusement intégrées au paysage. Le lieu de résidence de toutes les fortunes d'Italie. Seul l'accès par la mer permet de découvrir ces merveilles.       

Nous remontons jusqu'à Palau afin de baigner dans l'ambiance dominicale sarde. Rien de particulier ce dimanche matin au village, mais je ne suis pas certain que Palau et sa vocation touristique, soit représentatif de la culture et de la tradition insulaire.

Un peu déçu par ce village, à seize heures trente, nous appareillons pour l'île Capréra, distante de trois milles et appartenant à l'archipel des Maddalena. La baie de Porto Palma, au sud de l'île, est une baie profonde et particulièrement bien abritée. Nous souhaitions mouiller dans la calanque se trouvant au sud ouest, mais la présence d'une école de voile et des nombreux corps morts leurs appartenant nous oblige à nous amarrer au fond du golf. En dehors des croiseurs de l'école qui régatent dans la baie, nous ne sommes que nous! Décidément, le mois de Septembre va nous réconcilier avec la navigation de plaisance et ses mouillages forains. Comme sur les photos qui font rêver les marins, image idyllique du voilier ancré seul au fond d'une baie aux eaux turquoise… A nouveau dans l'enceinte du Parc National, nous nous abstiendrons d'allumer notre barbecue en attendant avec impatience la venue des gardes pour leur perception quotidienne…Mais nous ne les verrons pas et c'est tant mieux!

 

Lundi 5 Septembre

 

L'orage nous surprend ce matin et nous sommes contraints, pour la première fois, de prendre notre petit déjeuner à l'intérieur. A 9h30, nous remontons le mouillage et retournons à Palau. Je dois impérativement faire la vidange du moteur et je ne suis pas sûr qu'il soit judicieux d'attendre notre prochaine escale de Porto Cervo. Le rendez-vous des supers yachts!

La vidange sur un bateau ne présente pas de difficultés particulières, mais il faut disposer d'une pompe afin de pouvoir aspirer l'huile par l'orifice de la jauge. J'avais acheté à cet effet une petite pompe manuelle en cuivre muni d'un tube fin en plastique. Première difficulté, amorcer cette pompe, avec de l'huile évidemment! Il suffi de remplir le corps de la pompe avec l'huile destinée au remplissage du carter moteur. Ensuite, introduire le tube dans l'emplacement de la jauge en prenant soin d'avoir laissé le moteur refroidir suffisamment. C'est exactement ce que je n'ai pas fait! Et que fait le plastique au contact de la chaleur?…

Le miracle, c'est que l'on trouve de tout dans les quincailleries Sarde. Même des tubes en plastique de six millimètres de diamètre!

Tout cela nous aura retardés un peu et il est près de 16h quand nous appareillons pour le golf d'Arzachena. En fait, ne disposant pas de carte détaillée du secteur, nous faisons escale dans la baie de Saline, quatre milles à l'est. Un fort vent de terre rend le mouillage inconfortable en levant un ressac désagréable. La veillée sera brève…

 

Mardi 6 Septembre

 

Ce matin, le temps est à la pluie et un vent d'est force cinq nous contraint a naviguer au moteur, dans une mer de plus en plus formée. En l'absence d'une carte détaillée du coin, je me sers du croquis présent dans le bloc-marine pour évaluer la position d'entrée du golf d'Arzachena. Pas très pratique, mais lorsque j'ai la certitude que nous abordons son embouchure, nous prenons du sud afin de pouvoir envoyer un peu de voilure. Tout devient plus serein et c'est par vent de travers que nous arriverons au fond de cette vaste baie, face au village de Cannigione. Il y a pas mal de bateaux amarrés sur bouées et ce village dispose de plusieurs pontons appartenant à différents propriétaires. Nous rencontrerons souvent ce genre de disposition dans les ports Sarde où il ne faut pas hésiter a demander les tarifs. Il peut y avoir des écarts important entre chacune des marinas.

Pour notre part, nous jetons l'ancre à une distance raisonnable de la plage. Si le vent est toujours assez fort, nous ne ressentons plus les effets de la houle et le mouillage nous paraît  confortable. Je laisse filer toute la chaîne et plonge, comme à mon habitude, afin de m'assurer de la bonne tenue de l'ancre.

Nous rejoignons le port avec l'annexe et demandons au propriétaire de l'un des pontons, l'autorisation de nous amarrer pour descendre à terre. Il nous l'accorde sans aucun problème et nous guide très cordialement vers le portillon donnant accès sur la rue principale du village.

L'église est très belle et le centre du village est plutôt plaisant. De plus, il y a tous les commerces indispensables à notre avitaillement. C'est ici que nous découvrons le meilleur vin blanc de l'île, en le dégustant par hasard, au café du coin. Nous notons son nom et à partir de ce jour, il fera parti intégrante de la liste des courses. Il s'agit d'un Nuragus de Cagliari, mais d'un S'elegas qui nous fait penser au Pouilly Fuissé de chez nous, pour un prix qui lui, ne lui ressemble pas!                            

C'est sous la pluie que nous regagnons Casalibus. Aucun espoir d'allumer notre barbecue ce soir. Les cuisses de poulet finiront dans la cocotte minute avec petits légumes et jus de citron. Pas mauvais non plus!

 

Mercredi 7 Septembre

 

Calme plat ce matin. Brigitte a pris rendez-vous chez l'esthéticienne du coin. J'en profite pour glaner quelques infos sur les restaurants du village. Pas facile de s'y retrouver quand on ne maîtrise pas la langue! Nous optons pour un petit troquet en self service. Gros avantage: on a sous les yeux les plats que nous choisissons. Ce premier repas sarde ne sera pas le meilleur souvenir que nous garderons de la Sardaigne!

Décidément, le temps est aux orages, mais celui qui nous surprend pendant notre repas est particulièrement violant. J'ai une petite appréhension pour le bateau au mouillage car les rafales sont très fortes. J'essaye de me rassurer en me félicitant d'avoir relâché de la chaîne avant de quitter le bord ce matin. De toute façon, il n'est plus possible d'intervenir maintenant et nous attendons sagement que l'orage finisse. Une demi-heure plus tard, nous pouvons constater que Casalibus tire sagement sur son ancre en attendant notre retour.

 

Jeudi 8 Septembre

 

Il pleut ce matin et le temps ne semble pas vouloir s'arranger. Hier après midi, nous avons changé de mouillage car, après l'orage, une houle désagréable rentrait dans la baie. Nous avons trouvés refuge dans le nord est, un peu en amont de Cala Bitta. Le retour du soleil après la pluie a transformé la luminosité et rendu le paysage féerique…avant l'arrivée d'une nouvelle averse qui nous laissa juste le temps de cuire la  pizza et le pain sur le barbecue.

Porto Cervo est à huit milles dans l'est. Nous levons l'ancre à neuf heures trente, sous la pluie par mer calme et vent nul. Ce calme nous permet d'envisager d'emprunter le Passage de Bisce, étroit chenal entre la côte et l'île de Bisce. Fortement déconseillé par mer formée, il ne présente aucune difficulté par temps calme. Cependant, la houle du large nous accueille dès sa sortie et le vent toujours absent rend cette croisière côtière désagréable.

Nous pénétrons dans l'avant port en fin de matinée. Haut lieu du yachting à l'italienne, nous sommes ravis et surpris de pouvoir mouiller à proximité immédiate des pontons de la marina, dans une zone réservée aux bateaux de passages et qui plus est, gratuite.  Pas besoin d'installer  le moteur sur l'annexe, c'est à la rame que nous effectuons les quelques dizaines de mètres qui nous séparent des pontons. La visite du port ne présente pas beaucoup d'intérêt si ce n'est que nous tombons juste sur un rassemblement de voiliers d'exception qui participent à la coupe Rollex. Quand je dis d'exception, le mot est encore faible. Les plus beaux voiliers de régate au monde se trouvent réunis ici. Rien à voir cependant avec des 50 pieds Open car ici, course au large rime avec confort et grand luxe! De retour à bord, nous trouvons Casalibus bien petit…

 

Vendredi 9 Septembre

 

Le mauvais temps semble décidé à nous retenir ici. Nous avons essuyés hier après midi un orage diluvien. Bien entendu, nous n'étions pas à bord et les capots et hublots étaient entre-bayés…et ce n'est pas ce matin que nous pourrons assécher les matelas. Des apprentis navigateurs, voilà ce que nous sommes!

Porto Servo n'est sûrement pas l'endroit idéal pour faire des courses, mais nous sommes agréablement surpris par certain prix tout à fait raisonnables, voir même moins cher que ce que l'on a pu voir jusqu'à présent en Sardaigne. Notre petit vin blanc par exemple que nous trouverons au prix le plus bas de tout notre séjour sur l'île. Etonnant non! Nous ferons même de l'eau au ponton sans aucun problème.

L'après midi nous offre enfin le retour du soleil. Nous levons l'ancre après le repas pour nous rendre à la Cala di Volpe, quelques milles dans le sud. Vingt nœuds de vent arrière par mer formée, rend la digestion difficile…

Cala di Volpe. Les rafales montent à trente nœuds. Je plonge pour m'assurer de la bonne tenue du mouillage. Nous pouvons descendre à terre pour notre pêche quotidienne de bigorneaux. De luxueuses résidences bordent cette grande baie et un hôtel occupe toute la plage du fond.

 

Samedi 10 Septembre

 

Le vent est tombé pendant la nuit et ce matin, c'est le calme plat. Nous levons l'ancre très tôt, sur le coup des 9h30…Direction le port de Portisco. Nous n'y resterons que pour une visite rapide. Les marinas commencent a se dépeupler et les boutiques ouvertes se font de plus en plus rares.

En milieu d'après midi, nous doublons le cap Figari à une distance respectable. Le vent est faible et nous nous aidons du moteur. Les batteries ne s'en plaindront pas. D'ailleurs, elles m'inquiètent de jours en jours. Il semble qu'elles ne tiennent plus la charge aussi longtemps. Il est vrai que depuis quelques jours le soleil nous fait défaut et que les panneaux solaires n'ont  pu remplir leur rôle.

Le golfe d'Aranci se découvre peu à peu et nous décidons de contourner l'îlot Figarolo surplombé de son phare, par le sud. Là, nous découvrons un superbe mouillage. Un voilier est présent entre la côte et l'îlot. Les fonds sont de sable et nous laissons tomber notre ancre par sept mètres, dans une eau cristalline. Comble du bonheur, alors que je plonge comme à mon habitude sur le mouillage, une ombre à côté de moi me surprend. Je tourne la tête pour voir à trois mètres devant mon masque, un superbe dauphin passer tranquillement son chemin. L'explication de cette présence nous est donnée un peu plus tard, lorsqu'une dizaine d'entre eux se disputent les bancs de poissons attirés eux même par la distribution automatique de nourriture de la pisciculture voisine. Leurs sauts sont spectaculaires et durent quelques minutes. Sans doute reviendront' ils demain pour leur repas quotidien…

Nous débarquons sur l'îlot avec l'annexe et empruntons le sentier qui nous mène au phare. De là haut, la vue porte très loin jusqu'à l'île tabulaire de Tavolara.

 

Est Sardaigne

 

Dimanche 11 Septembre

 

Destination Olbia. Cette grande ville doit nous permettre de refaire un avitaillement sérieux pour les jours à venir. D'après notre guide, les quelques ports que nous rencontrerons plus au sud n'ont guère de possibilité en la matière.

Une petite halte au passage sous le vent de l'îlot Di Porri nous permet de prendre un dernier bain avant Olbia et de faire provision de bigorneaux. Ils sont toujours aussi gros et abondants.

C'est par vent arrière et voiles en ciseaux que nous empruntons le long chenal d'entrée du port d'Olbia. En fait, il n'y a qu'un port de plaisance à Olbia et il est réservé au club de voile locale. Nous nous amarrons au quai, entre d'autres voiliers. Il n'y a aucun équipement pour les bateaux de passage, mais quelques robinets nous permettent de faire le plein d'eau a volonté. Shampoing et douche chaude au programme. Avec la saison qui s'avance, nous commençons à apprécier pleinement cet équipement de luxe qu'est l'eau chaude sur un voilier. D'autant plus appréciable que cette production d'eau chaude est gratuite puisque fournie par la récupération des calories du moteur.

Après une visite de la ville, on ne peut pas dire que nous soyons enthousiasmés. Le seul intérêt reste la présence de nombreux super marchés à proximité du port. Nous verrons cela demain. Ce soir, nous dégustons nos premières pizzas sardes. Avis mitigés…

 

Lundi 12 Septembre

 

Nous quittons Olbia en fin de matinée, sans aucun regret. De nombreux féries entrent et sortent et bien que le chenal soit large, la présence de parcs à moules incitent à la vigilance.

Quelle idée bizarre que de cultiver des fruits de mer à proximité d'un port aussi fréquenté que celui-ci ?

Nous mettons le cap sur l'île de Tavolara après avoir étudié la carte avec attention. Le coin est pavé de récifs dont certain ont fait les frais. L'épave d'un cargo rouillé gît sur le flanc au milieu des cailloux. Le GPS est sorti pour plus de précision car les amers se confondent et se superposent, instaurant le doute et le doute, ici, n'est pas permis.

Nous mouillons dans le sud ouest de Tavolara, derrière la langue de sable, face à la plage. Très peu de monde sur cette plage surplombée par 565 mètres de falaise abrupte. L'orage qui s'annonce nous laissera juste le temps de prendre notre repas dans le cockpit. Nous descendrons quand même à terre entre deux averses où seul un bar restaurant occupe les lieux.

Les dernières navettes viennent récupérer les quelques touristes regroupés à l'abri sur la terrasse de l'établissement.

Nous profitons d'une accalmie pour traverser sur le golfe de Spurlatta, à l'entrée du petit port de San Paolo. L'abri est parfait et d'un calme extraordinaire. Le coucher de soleil combiné à la luminosité particulière d'une fin d'averse transforme l'île de Tavolara et les alentour en une peinture digne des plus grands maîtres impressionnistes. Nous n'échangerons que peu de paroles ce soir là en dégustant nos bigorneaux fraîchement péchés et accompagnés de cet excellent Nuragus. Une entrecôte au barbecue clôturera cette soirée mémorable…

 

Mardi 13 Septembre

 

Après une nuit à l'image de la soirée, nous avons du mal à quitter ce paradis. Mais un impératif nous oblige à activer un peu notre navigation. Nous devons être à Cagliari le 24 pour embarquer des équipiers. Et pas n'importe quels équipiers, nos amis Valérie et Franck!

Les retrouvailles s'annoncent festives…

Nous débordons le cap Coda Cavallo par vent faible, aidé du moteur et virons plein ouest sur la baie de Porto Brandinghi où nous mouillons à l'abri de la pointe de Capecciolo.

 

Mercredi 14 Septembre

 

Nous pénétrons dans le port de La Caletta  où des plaisanciers nous font des signes et attrapent nos amarres. Nous nous amarrons en long, entre deux autres voiliers. L'accueil est chaleureux. En fait, nous sommes amarrés à un ponton gratuit, d'où la présence de nombreux voyageurs au long court. Nous sommes cordialement invités à prendre l'apéro ce soir chez Didier et Joe. Ils vivent sur leur bateau et sont sur la route de la Tunisie où ils passeront l'hiver. Pour l'heure, nous allons prendre la température de cette petite ville. Il n'y a pas grand chose d'intéressant mais le super marché est bien fourni. Une belle tour génoise garde l'entrée du port et la plage est quasiment déserte.

 

Jeudi 15 Septembre

 

Les rafales de vent à plus de trente nœuds ont levées un clapot désagréable une bonne partie de la nuit. Gros inconvénient des cabines arrière sur les voiliers disposant d'une jupe. La moindre vaguelette qui s'y éclate produit une résonance énorme à l'intérieure de la cabine! Je dois avouer que çà ne m'a pas beaucoup dérangé, en tout les cas, moins que Brigitte. J'avais peut être un peu plus abusé de "somnifère" à l'apéritif chez nos voisins de ponton…

Nous passons une partie de la matinée à glaner des informations dans la marina. Nous commençons à nous préoccuper de l'hivernage de Casalibus. Beaucoup, comme Didier et Joe ont choisis la Tunisie. Il est vrai que pour ceux qui passent l'hiver sur leur bateau, ce choix est sans doute judicieux. En ce qui nous concerne, ce sera la Sardaigne et nous avons encore un mois devant nous.

En début d'après midi, nous partons visiter le village de Posoda à quelques kilomètres de là. L'occasion pour nous de découvrir les transports en communs Sardes. Bien! Il y a même la climatisation.

Posoda est perché au sommet d'une colline et surplombé d'une ancienne fortification. Nous sommes un peu déçus! Le village est nettement plus impressionnant vu du large.

Cette fin de journée chaude et ensoleillée est propice à une nouvelle soirée «apéritif» avec nos voisins…sur Casalibus cette fois!         

 

Vendredi 16 Septembre

 

Nous avons décidés de passer une journée supplémentaire à la Calleta et de partir visiter les quelques curiosités de la région, notamment Orgosolo, village de montagne où chaque maison est ornée d'une fresque historique. Pour cela, nous avons loué une voiture à la journée au prix de trente et un Euros tout compris. Et pas n'importe quelle carriole, non. Une superbe petite Lancia neuve avec toutes les options dit donc…Et quel plaisir de pouvoir ramener les courses en voiture, à proximité du bateau.

En dehors d’Orgosolo qui mérite pleinement le déplacement, nous continuons d'être déçus par les villes Sarde. Seules les églises et surtout les intérieurs des églises présentent un intérêt. Aucune cohérence dans l'architecture locale. Nous avons quelque fois l'impression de nous retrouvés au Maroc avec ces maisons carrées, blanche et en constante finition…

Nous mangeons pour la première fois dans un restaurant traditionnel. Ma culture culinaire ne se laisse guère impressionnée par ce ragoût d'agneau, bon, mais manquant quelque peu de saveurs méditerranéennes.          

 

Samedi 17 Septembre

 

Il est tant de partir! La météo s'annonce plutôt favorable si ce n'est le vent, faible mais en plein dans le nez. Les vingt cinq milles qui nous séparent du prochain port risque bien de se parcourir au moteur…et pas d'arrêt possible avant Cala Gonone. La côte Est, à partir d'ici n'offre aucun abri naturel et nous devrons faire escale dans les ports de plaisances qui bordent le littoral.

Nous laissons Didier et Jo que nous espérons revoir dans le sud avant leur traversée sur la Tunisie. Ce sont eux qui nous larguent les amarres avec force gestes d'amitié.

A une heure de l'arrivée, nous pouvons envoyer les voiles et arrêter le moteur. Ca fait vraiment du bien ce calme.

Cala Gonone est un petit port surplombé de hautes falaises avec son village qui s'étire comme il peut le long de la côte. L'amarrage présente une particularité car les places réservées aux bateaux de passages ont été aménagées contre la digue. Les voiliers ne pouvant accoster directement cul au quai au risque de toucher l'enrochement, de longues passerelles sur pilotis ont été construites au dessus de l'eau, ce qui rend l'amarrage acrobatique! Heureusement, comme souvent dans les ports Sarde, le personnel est là pour nous aider malgré l'absence de réponses à nos appels à la VHF.

Le village est très propres et l'on se doute qu'il s'agit d'un lieu de villégiature prisé des vacanciers vu les infrastructures hôtelières et la magnifique plage de sable blanc. Un véritable pub nous permet même de déguster une très bonne bière…Belge. Ici comme dans toute l'Italie, il est interdit de fumer dans les bars et cela ne semble pas poser de problème, même si le patron nous avoue qu'il y a perdu un peu depuis l'application de cette mesure. En ce qui nous concerne, ce n'est pas pour nous déplaire et nous espérons vivement qu'il en soit de même en France prochainement…

Nous avons juste le temps de dîner que la pluie se met à tomber violemment, faisant fuir par la même les nombreux pêcheurs qui s'étaient donnés rendez-vous sur la digue pour leur partie de pêche hebdomadaire. Je crois que nous avons de la chance car la nuit s'annonçait bruyante.

 

Dimanche 18 Septembre

 

Dans notre guide nautique, il était signalé que souvent, la nuit, de fortes rafales de vent descendant des montagnes balayaient le port. Ce matin, l'anémomètre nous donne la réponse: quarante nœuds! J'ai du me lever cette nuit afin de reprendre la pendille pour éviter que le cul du bateau ne touche la digue. Je comprends mieux maintenant la raison du diamètre surdimensionné des amarres qui sont à poste.

Nous partons très tôt car la météo devrait se dégrader pendant la journée. Durant la première heure, nous naviguons sous voiles par vent portant. Puis c'est le calme plat! La houle, quant à elle, est très contrariée et cette navigation au moteur est lassante. C'est avec soulagement que nous rentrons dans la charmante marina de Santa Maria Navarèse. De plus, l'accueil est sympa et les équipements très complets.    

La passe d'entrée est invisible du large et la digue se confond facilement avec la magnifique plage qui borde le village. Une tour génoise à l'entrée du chenal permet de se repérer, mais l'entrée par forte houle doit s'avérer scabreuse. Quoiqu'il en soit, la marina est parfaitement abritée de tous les secteurs. De hautes falaises de calcaire surplombent le nord de cette baie alors que les roches volcaniques d'Arbatax, au sud, tranche avec le bleu turquoise de la mer Tyrrhénienne. Une petite balade jusqu'au belvédère nous offre une vue imprenable sur le village et le port. Un sentier ombragé borde la plage pratiquement déserte à cette époque. Nous y cueillons nos dernières figues. Elles accompagneront, au menu de ce soir, nos paupiettes de porc farcies Quant au village, s'il ne présente que peu d'intérêt, il nous réserve la surprise d'être très bien fourni en commerce de toute sorte. Des oliviers millénaires ombragent une petite place qui sert aussi de cour de récréation aux écoliers du village.

Pour finir de nous séduire, le bar de la marina dispose d'une excellente bière pression ambrée à laquelle nous faisons honneur…

 

Lundi 19 Septembre

 

La décision est prise: nous hivernerons Casalibus ici. Les tarifs sont très intéressant et le personnel vraiment compétant. La capitainerie est ouverte et gardée toute la nuit, même hors saison. Il nous en coûtera cinq cent soixante Euros pour huit mois d'hivernage!

En début d'après midi, nous traversons sur le port d'Arbatax, à trois milles dans le sud. Nous avons besoin d'y faire le plein de gas-oil et surtout, de changer les batteries qui ont de plus en plus de mal à garder la charge. C'est sous voiles que nous abordons la passe d'entrée. Un ponton flottant et désert nous permet de nous amarrer en long mais aucun accès possible au quai. Nous devons prendre l'annexe pour débarquer. Nous nous rendons au chantier naval où immédiatement, après explication de nos besoins, une chaîne de solidarité se met en place! On nous conduit à quelqu'un, qui appelle une autre personne, qui téléphone, elle même à monsieur X avec lequel nous avons rendez-vous dix minutes plus tard. Il nous conduit en voiture à son atelier puis nous ramène au bateau avec les deux batteries marines que nous lui avons achetées. Il me confirme ce que m'avait déjà dit Didier, ancien électricien automobile: on n’installe jamais des batteries en parallèle si elles ne sont pas de la même puissance et du même âge. Nous repartons donc avec un parc batteries neuf. Nous devrions être tranquilles pour quelques années…

 

Mardi 20 Septembre

 

Plus de trente milles nautiques nous séparent de notre prochaine destination, Porto Corallo. C'est à huit heures ce matin que nous quittons Arbatax. La mer est plate et le vent absent, ce qui va nous contraindre à une longue navigation au moteur…

Hier au soir, nous avons pu joindre Didier et Jo à la VHF, car ils étaient à Santa Maria Navarese. Nous nous sommes loupés de peu et risquons de ne plus nous revoir cette année car ils partiront directement sur la Tunisie dès qu'un créneau météo se présentera. Dommage. Des amis à eux sont bloqués à Villasimus, au sud, par un coup de vent de nord ouest. Sous le vent de l'île, nous ne devrions pas subir les conséquences de ce coup de chien.

La côte est très escarpée et aucun abri n'est possible avant Porto Corallo. Finalement, le vent nous rattrapera autour de midi, avec des rafales à trente nœuds. Nous arrivons à destination sous voilure réduite, il est 13h30.

Souhaitons ne pas être bloqués ici par le mauvais temps! Il n'y a rien et nous ressentons une impression d'abandon, de désertification des lieus. Nous sommes tout de même invités à prendre l'apéritif par le seul équipage à bord de son voilier. Deux français qui ont entrepris de faire le tour de la Sardaigne en trois semaines seulement, au départ de Hyères. Ils remontent la côte Est et acceptent de nous revendre la carte détaillée du Sud. Nous leurs transmettons quelques informations sur leurs prochains itinéraires.

 

Mercredi 21 Septembre

 

Malgré notre bonne volonté, nous n'avons pas pu nous acquitter de notre droit de place. La capitainerie est restée déserte elle aussi et seul le gardien était présent dans sa guérite. Bon, on ne va pas s'en plaindre non plus…

Nous larguons les amarres assez tôt afin de rejoindre Villasimus, notre prochaine escale. Cette fois, nous sommes vraiment dans le sud. Notre secteur météo sur notre navtexte est désormais intitulé "Tirreno meridionale". Nous sommes couverts par les émetteurs de Rome et de Cagliari.

Une agréable escale va ponctuer notre navigation. Alors que nous longeons la côte à faible distance, nous apercevons derrière une petite pointe, une somptueuse crique avec plage de sable blanc dans le fond. Pourquoi courir, nous ne sommes qu'à huit milles de Villasimus?

 

Jeudi 22 Septembre

 

Formidable, fantastique… Nous avons passés la nuit au mouillage de Cala Pira. Après plus d'une semaine de port, nous n'avons pas résistés au bonheur d'une nuit, seul au mouillage, avec débarquement sur la plage lorsque tout le monde a disparu. Ce matin, j'ai particulièrement apprécié mon bain matinal d'autant que je risque d'en être privé encore pour quelques jours. La nuit a été calme et par sécurité, je m'étais amarré sur un corps mort qui gisait sur le fond, un énorme bloc de béton. D'ailleurs, d'autres corps morts se trouvaient là, ce qui prouve que de nombreux bateaux doivent stationner ici en pleine saison. En règle générale, c'est un gage de sécurité et cela prouve qu'il s'agit d'un bon abri. Aucun souffle de vent, pas le moindre clapot pour contrarier notre sommeil… Les bigorneaux étaient présents sur les rochers au pied de la tour génoise. Seul bémol à ce petit paradis: les moustiques…

Nous entrons dans le port de Villasimus en fin de matinée après deux heures de navigation au moteur, vent dans le nez dès le passage de la pointe Carbonara.

Villasimus est une marina moderne, construite à quatre kilomètres du village du même nom. Moderne, mais déserte, avec quantité de bâtiments à l'abandon. Un complexe ambitieux a été construit ici avec des fonds européens mais sans personne pour occuper les lieux! La capitainerie paraît bien seule au milieu de tout ça.

Nous décidons d'aller au village faire des courses…à pied. Aucun bus. Le stop: sans succès…

Au retour, chargés comme nous sommes, je ne me vois pas du tout refaire le trajet à l'envers sous un soleil de plomb. Je tante le coup avec le premier automobiliste qui monte dans sa voiture et lui demande si, par hasard, il n'irait pas en direction du port. Gagné! Ce n'est pas du tout sa direction, mais j'ai du être très persuasif car il nous conduit à destination, nous et nos sacs. Merci à toi, ô automobiliste oublié mais si charitable.

 

Vendredi 23 Septembre

 

Cagliari, capitale de la Sardaigne. Nous serons au rendez-vous pour accueillir Franck et Valérie demain midi. Nous avons navigués toute la matinée au moteur, en duo avec un voilier Italien rencontré à Villasimus. Ils possèdent une maîtrise de la pêche à la traîne qui me fait pâlir de jalousie! Alors que je m'essaye depuis le début de notre navigation à cette pratique…sans aucun succès, ils remontent impudiquement bonites sur bonites, devant mes yeux exorbités à travers les jumelles… Enervant cette histoire! Sans doute se sont' ils aperçu de mon désespoir grandissant, car le barreur fait cap dans notre direction en agitant les bras au bout desquels pend un superbe spécimen fraîchement pêché! Nous procédons en pleine mer au transfert d'une bonite d’un kilo et demi sur Casalibus. Face à nos timides protestations, l'équipage Italien se targue d'en repêcher encore au moins cinq de cette taille d'ici Cagliari! Reconnaissance éternelle à vous mes amis d'un jour…          

                       

Samedi 24 Septembre

 

La marina où nous sommes amarrés dans le port de Cagliari est asses sordide. Hier, alors que nous cherchions un emplacement, deux personnes nous font signe de contourner une barge échouée et de venir accoster à un ponton plutôt branlant. Notre amarrage vas durer plus d'une heure. Pas de pendille en place et un ponton flottant encombre l'espace disponible. Visiblement, nos anges gardiens sont ni plus ni moins les patrons de cette marina familiale mais très vétuste! Notre consolation, c'est d'avoir retrouvé nos italiens bienfaiteurs avec lesquels nous avons partagé vin et…tartare de bonite bien sûr! Une découverte pour eux.

Bien qu'éloigné du centre ville, l'agitation nocturne et le bruit qui l'accompagne nous change des nombreux mouillages paisibles rencontrés depuis notre arrivée en Sardaigne.

Après un petit déjeuner frisquet dans le cockpit, nous filons découvrir la ville et faisons quelques courses pour le repas de midi. Nous serons quatre à table aujourd'hui car nos invités arrivent en fin de matinée à l'aéroport de Cagliari. Un grand moment que ces retrouvailles…

A notre retour au bateau, Franck et Valérie nous attendent à bord. Ils partageront notre croisière pendant une semaine…

 

Dimanche 25 Septembre

 

Le réveil est tardif ce matin. Il faut dire que la soirée à été longue tellement nous avions soif de nous retrouver et soif tout court… Je savais que cette semaine serait festive et pour un début, c'était fort! D'ailleurs, hier après midi, nous avons procédé à un avitaillement digne d'un équipage de huit personnes et rien n'a été laissé au hasard. Dans tous les cas, nous ne risquons pas une déshydratation! D'autant que nous partons en direction du sud de l'île et que nous n'aurons pas de possibilité de faire des provisions pendant trois jours. Les performances de Casalibus s'en ressentent et sa ligne de flottaison c'est quelque peu enfoncée, mais nous ne sommes pas ici pour régater!

Nous quittons Cagliari sans regret. Non pas que la ville nous est déplu, mais la vie des ports n'est pas faite pour nous, épris de liberté que nous sommes. Et puis nous repasserons par là dans quelques jours.

En début d'après midi, nous mouillons à l'est du Capo Di Pula. Il fait très beau, la mer est plate et nous sommes pratiquement seuls dans les lieux. Nous débarquons pour une visite du site antique de Nora, en bordure de mer. C'est superbe et certaines mosaïques sont parfaitement conservées.

La soirée se terminera tard autour du barbecue et les mots auront tendance à s'embrouiller un peu vers la fin. "Plus tu pédales moins vite et moins t'avances davantage" sera la phrase qui nous fera prendre conscience…qu'il est tant d'aller au lit!   

             

Lundi 26 Septembre

 

Après une nuit réparatrice et clémente, nous mettons encore un peu plus de sud dans notre sillage. Le temps est au beau fixe. L'absence de vent nous contraint à une navigation au moteur mais la mer d'huile rend la chose plutôt agréable. Nous prendrons même notre repas tous ensemble autour de la table de cockpit, en réduisant tout de même le régime moteur pour le confort de nos oreilles.

Nous gagnons le mouillage de Malfatano à treize milles d'ici et son anse Est, parfaitement abritée. L'endroit est de toute beauté! Nous sommes seuls dans la baie et les bigorneaux abondent sur les rochers alentour.

 

Mardi 27 Septembre

 

Nous arrivons tant bien que mal a tirer nos équipiers de leur couchette à une heure qui reste matinale. Vingt cinq milles nautiques nous séparent de Porto Ponté Romano, notre destination du jour. La météo est avec nous et nous ne tarderons pas à envoyer toute la toile pour une navigation en ciseaux, sur une mer presque plate. Comme la veille, nous n'hésitons pas à installer la table pour un apéro sympathique suivi d'un repas non moins copieux. Ce sont dans ces conditions de confort optimal que nous doublons le Cap Teulada, extrême sud de la Sardaigne. La visite furtive de quelques dauphins agrémente encore cette navigation. Nous restons vigilant tout de même car une vaste zone militaire est interdite à toute intrusion.

Lorsque nous passons la digue qui marque l'entrée du port, nous devons bien nous rendre à l'évidence: il ne s'agit pas d'un port de plaisance et rien n'est prévu pour! Mis à part un quai où sont amarrés quelques vieux voiliers. Nous optons pour le quai des carburants et en profitons pour faire le plein. Après renseignement, nous pouvons restés ici jusqu'à demain matin huit heures! Nous nous trouvons en fait dans le chenal qui sépare l'île de San Antico à la Sardaigne. Un pont relie les deux. Nous décidons de gagner le port de San Antico avec l'annexe car il nous faut passer sous ce pont, chose impossible avec Casalibus. Un clapot désagréable nous mouille copieusement et c'est trempés que nous débarquons dans le port. Le village est très joli et la rue principale est bordée d'oliviers énormes. Il fait nuit lorsque nous rentrons et de nombreux pêcheurs se sont installés sur le quai. Nous déplaçons le bateau afin de ne pas avoir à nous lever trop tôt demain matin. Nous nous amarrons proche du pont, le mat à quelques mètres seulement de l'arche. C'est un peu bruyant à cause des voitures qui relient l'île mais plus calme en ce qui concerne les pêcheurs.

 

Mercredi 28 Septembre

 

Nuit pénible! Jusqu'à l'aube les pêcheurs nous ont emmerdés. Et quand ce n'étaient pas eux c'étaient les chiens qui se disputaient les restes de casse croûte. Ce matin, le quai est couvert d'immondices et de cannettes en tout genre. Nous partons sans regret en espérant ne pas être obligés de refaire escale ici durant notre remonté.

Nous contournons l'île de San Antico par le sud et remontons sa côte ouest en direction du nord. Nous avions prévu de faire une pause déjeuner sous la pointe des Salines, mais après un examen de la carte marine, nous nous apercevons que l'accès est formellement interdit pour cause de…zone militaire! Pourquoi cette obsession des militaires à s'approprier les lieux les plus beaux de la planète?

En longeant la côte, nous apercevons une minuscule crique nichée dans la falaise. S'il n'y avait eu un bateau de pêche ancré à l'intérieur, nous n'aurions jamais osé y pénétrer nous même. La passe est très étroite et je l'aborde à faible vitesse. Brigitte, les yeux collés au sondeur, m'annonce la profondeur tandis que Franck et Valérie, postés sur l'avant, scrutent l'entrée à la recherche d'éventuels récifs sournois. "Quatre mètres; trois mètres; deux cinquante; deux trente!". L'opération est assez scabreuse mais le plan d'eau que nous découvrons valait largement les quelques gouttes de sueur qui perlent sur mon front. Minuscule plage de sable encerclée d'une falaise, cette baie est parfaitement abritée et plus vaste qu'elle ne paraît de l'extérieur. Le bateau aperçu est mouillé sur "corps mort" et des casiers attestent de sa vocation de pêcheur. N'étant portée sur aucune de nos carte, nous appellerons cet endroit pompeusement "Casalibus Bay", à la latitude exacte de 39°00'. Mouillage grandiose que nous hésitons a quitter. Nous resterions bien la nuit ici, mais le doute quant aux prévisions météorologique des jours à venir m'exhorte à la sagesse. A seize heures, nous embouquons la passe dans l'autre sens beaucoup plus sereinement qu'à l'aller! Direction le port de Carloforté sur l'île de San Pietro à une quinzaine de milles plus au nord. Vingt nœuds de vent dans le nez laissent présager une navigation pénible…

Comme souvent en Sardaigne, il y a plusieurs marinas dans le port de Carloforté et le choix n'est pas toujours facile. Nous optons pour la plus petite, à l'écart des débarcadères des féries. Il est tard et la capitainerie est fermée. Nous prenons une pendille disponible avec l'aide d'un marin présent au ponton. Nous glanons quelques infos pendant que Franck pêche le repas du soir: deux superbes poulpes que nous engloutirons à l'apéro, frits à l'huile d'olive avec ail et épices. Un délice!

 

Jeudi 29 Septembre

 

L'été est bel et bien fini! Pour la première fois, hier au soir, c'est le froid qui nous a contraints à dîner à l'intérieur. Ce matin, petite laine sur le dos, nous partons visiter la ville. De nombreuses ruelles en pente, parsemées d'escaliers de pierres, nous mènent au sommet d'une colline où trône des fortifications anciennes. La vue d'ici embrasse toute la baie et le chenal séparant notre île de la Sardaigne, juste en face. Dans les rues du port, l'olivier règne en maître. Cette petite ville est la plus pittoresque que nous connaissions en Sardaigne.

Cette semaine avec nos amis s'achève. Demain matin, le car les conduira à Cagliari d'où ils s'envoleront pour la France. Nous effectuons notre dernière navigation ensemble pour une traversée à la voile, vers le port de Portoscuso. Franck profite de ces derniers moments à la barre pour tester les capacités de Casalibus par vingt nœuds de vent de travers. Tout dessus, il parvient à tremper les passavants, visiblement satisfait!

Nous nous amarrons au quai d'accueil alors que le soleil se couche à l'horizon…

 

Vendredi 30 Septembre

 

Les adieux et les départs, je n'aime pas ça. Nous venons de partager des moments inoubliables en compagnie de Franck et Valérie et il n'est pas facile de tourner la page. Je n'attendrai pas l'arrivée du car pour rentrer au bateau, sans me retourner …

Un coup de vent de Nord Ouest nous interdit tout départ aujourd'hui. Nous en profitons pour visiter ce village assez typique et découvrir la véritable pizza aux fruits de mer. Un régal!

 

Dimanche 2 Octobre

 

Il est seize heures trente lorsqu’enfin, nous pénétrons dans le port de Teulada. Nous venons de nous prendre notre premier coup de baston de la saison. La météo annonçait vingt nœuds de nord ouest, idéal pour redescendre dans le sud. Une navigation en ciseaux, dans une houle résiduelle croisée: nous devons barrer afin d'éviter un empannage involontaire. Passée la pointe Mezzaluna, au sud de l'île San Antioco, le vent forcit pour atteindre trente cinq nœuds dans les rafales. Nous passons très au large du cap Teulada pour éviter les effets venturi causés par le relief de la côte. La remontée sur la baie de Teulada, au pré séré, est très éprouvante pour le bateau et pour nous même. Les harnais sont capelés et nous finissons sous grand voile arisée, le génois n'étant d'aucune utilité. Si l'étai largable avait été à poste, nous aurions pu envoyer le tourmentin pour équilibrer le bateau. Une négligence qui aurait pu nous coûter un démâtage? Un voilier allemand de trente sept pieds, arrivé quelques minutes avant nous au ponton d'accueil, y a, quant à lui, laissé sa voile d’avant. Elle pend en lambeaux le long de l’étai… 

Ce soir, il fait presque froid. Le temps est très humide et nous sommes fatigués. Il plane sur nous un vent de lassitude…

 

Mardi 4 Octobre

 

Un créneau météo favorable pour les prochaines vingt quatre heures nous permet enfin de quitter ce port fantomatique. Aucun commerce, pas même un bistro! Nous avons du faire du stop hier pour aller à Teulada, distante de huit kilomètre. Quand je dis en stop, c'est façon: "je tape au carreaux d'une voiture à l'arrêt et demande au conducteur si, par hasard, il n'irait pas dans la même direction que nous?" Tout ça dans un mélange franglais, couronné de "bonjourno porfavor graci"…Avec le sourire évidemment! Sinon, aucune chance, et tu marches pendant des heures.

Nous pourrions filer directement sur Cagliari, mais cette navigation au moteur risque d'être longue. Nous choisissons de faire escale dans le port de Cala Verde. D'après notre guide, il s'agit d'une calanque assez profonde, bordée de pins maritimes. Seul  bémol, le chenal d'accès, encombré d'enrochements suite à l'éboulement d'une partie de la digue. Cette digue est d'ailleurs complètement invisible depuis le large. Nous finirons par trouver l'entrée grâce à la contribution du GPS. Le passage est étroit et nous n'avons que cinquante centimètres sous la quille. Avec un peu de houle, ce chenal ne doit pas être très fréquentable! 

Sur le papier, la marina paressait petite; en réalité elle est minuscule. Une fois à l'intérieur, j'ai l'impression de barrer un quarante pieds! Nous faisons l'étonnement du personnel du chantier naval. Compte tenu de notre longueur et de notre tirant d'eau, une seule place peu nous convenir mais il va falloir faire preuve de beaucoup d'adresse et de …chance! Gagner! Décidément, après cette superbe bonite pêchée à la traîne cet après midi, tout me sourit aujourd'hui.

 

Mercredi 5 Octobre

 

C'est quelque peu déçus que nous partons de Cal Verde. Cette marina est vraiment minable! En guise de sanitaires, nous disposions des vestiaires du personnel. Et tout ça pour vingt trois Euros. Un record par rapport à tous les ports que nous avons fréquentés depuis la Corse! La pêche d'une deuxième bonite serait la bienvenue pour assouplir mon humeur…

Une excellente nouvelle nous arrive par téléphone: Olivier et Jess seront à Cagliari aujourd'hui même. Malgré la grève de la SNCM, ils ont pu traversés avec le camping-car depuis l'Italie. Il y a trois mois que nous ne les avons pas vus…

Lorsque l'on passe devant les pontons de la marina Santa Del Sol, le père et le fils ont beau nous faire de grands signes, nous ne nous arrêterons pas chez eux! En connaisseurs avertis, nous choisissons cette fois la toute nouvelle marina de Sant' Elmo, aux pontons flambants neufs et au prix inférieur. Nous comprenons mieux l'insistance des patrons de Santa Del Sol à accueillir les marins de passage…

 

Jeudi 6 Octobre

 

Ca fait du bien d'être à bord avec les enfants. C'est avec eux aujourd'hui que nous partons en croisière pour quelques jours de navigation côtière. Pour Olivier, c'est une première, notre périple sera modeste. Nous sortons du port pour dix milles de navigation au moteur. Ce n'est pas aujourd'hui qu'ils feront leurs preuves…

Deuxième mouillage, pour nous, à Capo Di Pula.

 

Dimanche 16 Octobre

 

Olivier et Jessica sont repartis ce matin pour le nord de la  Sardaigne. Notre première saison de vagabondage s’achève ici, à Santa Maria Navarese. Nous avons trois jours pour préparer l’hivernage de notre voilier avant notre voyage retour. Bus jusqu’à Porto Torres où nous passerons la nuit, puis ferry jusqu’à Marseille et enfin, train jusqu’à Grenoble. Un peu long et compliqué, mais là non plus, le temps n’est pas compté. Juste l’envie de retrouver famille et amis qui commencent sincèrement à nous manquer…

 

 

 

 

 

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Par muzet pascal
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Jeudi 30 mai 2013 4 30 /05 /Mai /2013 15:13

DEUXIEME PARTIE : de la Sardaigne à la Sicile. (Eté 2006)

 Sud-est de la Corse

 

Lundi 15 Mai 2006

 

Le contraste est saisissant! Nous avions laissés une Sardaigne aride et brûlée, nous retrouvons une île luxuriante de verdure et de fleurs. Le lit des rivières n'est plus asséché et, même si le débit ne rivalise pas avec nos torrents des alpes, il y a de l'eau, contrairement à l'automne dernier. Laurelles et bougainvilliers sont en fleurs et chaque maison s'orne de couleurs en plantes grimpantes de toutes sortes.

Nous retrouvons Casalibus où nous l'avions laissé, recouvert de sa bâche d'hivernage dans le port de Santa Maria Navarèse. Aucune mauvaise surprise à notre arrivée et le déshumidificateur semble avoir rempli ses fonctions. J'ai presque honte de l'avoir abandonné durant plus de cinq mois…Un long travail de préparation nous attend dans les prochains jours et je vais pouvoir me faire pardonner cet abandon. Pour l'instant, la fatigue du voyage nous pousse dans notre cabine où Casalibus, sans rancune, nous accueil pour la première nuit d'une longue série.

 

Mardi 16 Mai

 

La fatigue et le stress d'hier se sont envolés durant la nuit. Le stress d'un voyage par la compagnie aérienne Easy Jet, c'est incroyable! Pas cher le voyage, mais il faut savoir que les avions sont systématiquement en retard. Plus d'une demi-heure sur le vol Genève Londres ce qui a faillit nous coûter la correspondance pour Cagliari (il est bien connu que le meilleur chemin pour aller en Sardaigne passe par l'Angleterre!). Nous n'avons attrapé notre vol pour Cagliari que grâce à la complaisance du personnel de l'aéroport de Londres et à celle des autres passagers qui nous ont laissés la priorité, mais également au fait qu'il s'agissait d'un autre vol Easy Jet, donc en retard lui aussi!

Nous avons loué une voiture en "on way" à l'aéroport de Cagliari pour remonter à Santa Maria Navarèse. Nous la garderons trois jours ce qui nous évite d'avoir à payer la taxe d'abandon dans une autre agence et nous permettra de visiter un peu l'arrière pays. Nous nous y employons dès ce matin.

 

Mercredi 24 Mai

 

Normalement, le départ est pour demain. Le bateau est prêt! Carénage (deux jours de travail), gréement à poste, électronique en place, moteur vidangé. Casalibus est propre comme un sou neuf, et nous, délestés de la modique somme de sept cent cinquante Euros! Taxes comprises…ouf! Ça soulage quand même!

Nous allons pouvoir, en plusieurs étapes, remonter sur la Corse. Il me semble que nous n'avons rien oublié…

 

Samedi 27 Mai

 

Il est 16h. Nous venons de mouiller au nord du Cap Coda Cavallo. Notre remontée de la côte est de la Sardaigne s'effectue à la vitesse " grand V".

Comme prévu, nous sommes partis avant hier matin de notre port d'hivernage de Santa Maria après de multiples adieux. Voisins de ponton, mécanicien du chantier naval et personnel de la marina où nous avons dus nous acquitter d'une dernière facture non prévue: la location du ber sur le chantier pour les deux journées de carénage. Ce qui nous monte la note totale à huit cents Euros! Nous apprécions la petite touche personnelle du responsable qui nous remet gracieusement le pavillon de la marina de Santa Maria Navaresse que je m'empresse d'envoyer dans les haubans bâbords où il y restera jusqu'à ce que le soleil et les embruns aient raison de lui!

Si notre remontée s'effectue rapidement, c'est aussi grâce aux conditions météo très favorables. Nous avons navigués la plupart du temps à la voile avec des vents portants.

Après une première escale au port de La Caletta, nous avons fait notre premier mouillage hier après midi dans l'avant port d'Ottiolu, marina très chique qui marque notre approche de la  Costa Sméralda. C'est aussi l'occasion de ressortir le barbecue pour griller les rougets et les merlus que nous ont offert Bruno et sa compagne, hier à La Caletta. Ce couple de français vient de faire l'acquisition d'une très grosse vedette avec laquelle ils emmèneront en croisière à la journée, les riches clients des hôtels environnants. Nous aurions aimés faire plus ample connaissance avec eux, mais ce sont aussi les lois du voyage que de toujours partir.

Aujourd'hui, nous renouons avec les mouillages forains avec ce qui se fait de mieux dans le genre. Cette crique  dans le nord du cap Coda Cavallo est absolument fantastique! Parfaitement abritée de tous les côtés, le site est paradisiaque (encore un me direz vous!). S'il existait une échelle de beauté pour les mouillages, il se situerait sans aucun doute, très haut dans la liste. Quant au coucher du soleil le soir venu, illuminant les hautes falaises calcaires de l'île de Tavolara, nous étions subjugués. Seul la voix des Mountain Men, dans le lecteur CD, se propageait dans le cockpit et donnait à cet instant une dimension universelle. Le blues est, et restera pour moi l'expression musicale la plus sensorielle.        

 

Dimanche 28 Mai

 

Arriver à Olbia un dimanche ne nous enchante guère! Nous en avions fait l'expérience l'an dernier et le souvenir que nous en avons ne nous incite pas à la renouveler. Nous gardons par contre un très bon souvenir du mouillage de Porto San Paolo à cinq milles dans le nord ouest et décidons d'aller y passer la nuit. Ce port minuscule se trouve dans une crique entourée de cailloux mais il y a un espace suffisant au mouillage d'un bateau comme le notre, avec ses cent quarante cinq de tirant d'eau. Il faut simplement avancer prudemment et avoir l'œil en permanence sur le sondeur. La météo est clémente et nous en osmose avec cette nature préservée. Seulement voilà!!!

 

Lundi 29 Mai

 

Pas fermé l'œil de la nuit! Le vent s'est levé tard dans la soirée et n'a cessé de forcir durant la nuit. A bâbord des récifs, à tribord des récifs et derrière nous, un banc de sable qui nous sépare de la plage! Aucune marge pour nous récupérer en cas de dérapage de l'ancre. Nous n'avons que quatre vingt centimètres d'eau sous la quille. Heureusement, la houle ne rentre pas dans cette baie complètement fermée sur le large.

Hier au soir, nous avons été les témoins d'un phénomène météo jamais rencontré jusqu'à présent. Alors que, à la tombée du jour, la brise de mer nous apportait subitement une humidité peu commune, dès la nuit venue, le vent de terre s'imposait tout aussi subitement. Il nous apportait lui, un air chaud et sec qui sécha le pont du bateau en moins de cinq minutes et fit remonter la température ambiante de plusieurs degrés! Je pense qu'il s'agissait d'un signe précurseur du coup de vent d'ouest qui nous attendait.

Sortir d'un piège comme celui-ci en pleine nuit par force sept n'est pas envisageable! Nous sommes soulagés lorsque le soleil se lève et nous permet ainsi de sortir de la passe encombrée de cailloux. Notre but, évidemment est de rejoindre rapidement le port d'Olbia d'autant que la météo sur la Corse annonce des vents à plus de cent kilomètres à l'heure. Et la Corse, c'est tout proche! Préparer le bateau ne nous prend que quelques minutes et pour la première fois, j'installe le tourmentin, cette petite voile d'avant qui permet de garder le cap par gros temps, sans risque de coucher le bateau. Ce fût effectivement un très bon réflexe car à peine sortis de la baie, nous sommes accueillis par un vent d'ouest soufflant en rafales, atteignant pour certaines les quarante nœuds. La mer est grosse et les vagues cassantes comme il se doit en Méditerranée. Nous mettrons trois heures et demie pour rallier le quai d'Olbia distant de quinze milles, en tirant bords sur bords à l'entrée du golfe. Ce fût une navigation pleine d'enseignements et pour certains, plutôt encourageants. Nous avons été surpris du bon comportement du bateau gréé avec le tourmentin. C'était presque confortable et le bateau se barrait très bien. Notre deuxième soulagement à été de nous apercevoir que notre enrouleur de génois était grippé et que nous n'aurions peut-être pas pu réduire cette voile d'avant lorsque les rafales nous ont surpris…

 

Vendredi 2 Juin

 

Et merde! Voilà cinq jours que nous sommes amarrés à ce vieux quai d'Olbia. La météo est exécrable aujourd'hui avec des pluies incessantes et des températures plutôt surprenantes pour la saison: douze degrés en extérieur et seulement dix huit à bord! La vague de froid sur la France a fini par arriver jusqu'en Sardaigne et cela ne nous fait plus rire du tout. Pour compliquer encore un peu l'affaire, notre problème d'enrouleur de génois est plus grave que prévu. Pour tout dire, il est simplement HS! Au dernières nouvelles, ce modèle n'est plus disponible chez le fabriquant. Celui-ci nous propose de lui expédier la pièce défectueuse à Saint Nazaire afin de procéder à la réparation dans leur atelier et de nous la réexpédier à l'adresse de notre choix. Autre solution, le remplacement pur et simple de l'enrouleur complet!

Nous allons opter pour la première solution pour des raisons purement terre à terre…et comme le deux Juin est un jour férié en Sardaigne, cela nous repousse à lundi!

Olbia est une petite ville assez sympathique à partir du moment où l'on a pénétré à l'intérieur. Nous commençons à connaître par cœur et certains commerçants nous accueillent comme de vieux clients. Les voisins de ponton deviennent des familiers et il s'instaure une ambiance conviviale entre nous. Nous en profitons pour nous repasser les bons tuyaux sur nos escales passées. Chaque expérience est enrichissante.

En tous les cas, ce rafraîchissement nous fait apprécier doublement notre production d'eau chaude du bord et nous faisons des envieux. Les panneaux solaires n'étant pas très efficaces par temps couvert, nous devons de toute manière faire tourner le moteur une heure par jour, juste de quoi chauffer les vingt litres de notre ballon!

 

Dimanche 4 Juin

 

Enfin au mouillage! Presque une semaine que nous étions amarrés à ce quai sinistre. Ce matin, la météo est enfin redevenue "normale pour la saison" et nous filons dans la première crique à l'extérieur du golfe d'Olbia. Nous sommes suivis par la plupart des bateaux qui n'attendaient que cette occasion pour fuir le port. Certains descendent dans le sud, d'autres remontent sur la Corse. Tout le monde se dit au revoir, avec toujours cette impression que la mer est petite et que l'on se retrouvera forcément dans un autre coin de la Méditerranée.

Le meilleur souvenir de cette escale forcée restera la solidarité dont nous avons bénéficié face à notre problème technique d'enrouleur. Il m'était impossible de démonter la pièce défectueuse faute de matériel et surtout à cause de la corrosion. Il me fallait percer les vis de huit millimètres récalcitrantes pour pouvoir les extraire. Un équipage Allemand à mis à ma disposition un perforateur, le responsable du chantier d'installation de la foire artisanale toute proche, un groupe électrogène et d'autres un coup de main très apprécié dans ces moments de désespoir bien connu des bricoleurs face au problème insurmontable qui les afflige et perturbe leur sommeil…En ce qui nous concerne, nous n'en avons pas fini avec Olbia, car nous devons expédier notre tambour d'enrouleur dès demain matin, par la poste Italienne.

Pour l'instant, nous profitons du bonheur d'être enfin seul, au calme de cette baie adorable.

Nous ne restons pas seuls très longtemps et voyons arriver "Yvon" et son équipage de retraités. Un couple de français rencontré au port, en attente eux aussi de conditions meilleures.

Nous savions qu'ils nous rejoindraient après un contact VHF et c'est avec grand plaisir que nous les accueillons. La perspective, sans doute, d'un dernier apéro en commun!

 

Mardi 6 Juin

 

Beau temps et mer belle, nous quittons enfin Olbia et entamons notre remontée sur le nord! Nous avons expédié hier notre enrouleur chez Profurl, par la poste Italienne. Pour la modique somme de trente Euros! Ils devraient la réceptionner mercredi à Saint Nazaire. En attendant, nous sommes condamnés à naviguer au moteur et nous espérons pouvoir récupérer l'engin rapidement.

Cette dernière soirée au quai d'Olbia a été l'occasion d'une nouvelle rencontre. Jean Francesco, navigateur solitaire Italien sous pavillon britannique. Tout un programme! Il vit sur son voilier, construit de ses propres mains, depuis dix ans et ne semble pas décidé à s'arrêter. Nous avons philosophé à son bord toute la soirée en nous désaltérant avec un alcool Sarde fabrication maison…J'ai dormi d'un sommeil de plomb!  

Nous jetons l'ancre en début de soirée dans La Cala Di Volpe, huit milles au sud de Porto Servo. Nous connaissons les lieux pour nous y être arrêtés l'an passé, mais optons pour une petite plage à l'entrée. Eaux cristalline sur fond de sable blanc! Nous retrouvons les plaisir du mouillage forain et le repas barbecue agrémenté de son soleil couchant. Rien d'extraordinaire en somme…

 

Mercredi 7 Juin

 

Faute de génois, nous naviguons au moteur et profitons des matinées sans vent pour avancer. Il n'est jamais très agréable de lutter contre un vent de face en poussant le moteur à fond.

Nous nous arrêtons pour déjeuner dans une petite crique à côté du port de Porto Servo avant de pénétrer dans cette marina absolument splendide et…hors de prix. Comme à l'automne dernier, nous restons dans l'avant port gratuit.

 

Jeudi 8 Juin

 

La société Profurl a réceptionné notre enrouleur de génois ce matin! Bonne nouvelle. Il ne leur reste plus qu'a le réparer et a nous le retourner à l'adresse que nous leurs donnerons. On avance on avance…

Casalibus aussi avance, au moteur, mais il avance. Nous venons de jeter l'ancre dans la baie de Porto Palma, sur l'île de Caprera, dans l'archipel des Maddalena. Je passe sur la beauté des lieux de peur de me répéter!

Ce mouillage dans les Maddalena a un goût de départ et d'adieu. Nous vivons nos dernières heures en Sardaigne et il y a un certain regret de quitter cette île superbe à l'accueil si sympathique. Notre court séjour à Porto Cervo nous en aura encore apporté la preuve. Ce port qui accueil les plus beaux yachts de la planète sait aussi accorder une place aux petits bateaux de passage, gratuitement et le plus naturellement du monde. Eau et sanitaires à disposition pour tous, un exemple bien trop rare dans nos ports français!

Notre retour en Corse va coïncider avec un événement heureux: la visite de Guy et de son fils, sans doute la semaine prochaine. De bons moments en perspective!

 

Vendredi 9 Juin

 

Cette dernière nuit en Sardaigne aura été des plus clémentes. Très peu de monde encore à cette période dans ce mouillage idyllique…

Ce matin, un vent du nord soutenu contrarie un peu notre programme. Nous pensions remonter sur les îles Lavezzi, mais avec un vent dans le nez de plus de vingt nœuds, cette navigation au moteur ne nous tente pas. Et puis, une dernière escale en Sardaigne ne serait pas pour nous déplaire. D'ailleurs, notre stock de vin blanc d'Argiolas est presque épuisé! Le port de Palau est juste en face, à trois milles. Tentant non?

Le vent a nettement faiblit. Il est 15h et Casalibus, alourdit de quelques bouteilles, quitte le port de Palau. Cap sur l'archipel des Lavezzi, un des joyaux de la Corse. Nous rentrons dans les eaux territoriales françaises une heure plus tard et jetons l'ancre à 17h dans l'un des plus beaux mouillages au monde!!!

Difficile de décrire la perfection quand elle est si provocante! Cette anse à la pointe de la Sémillante est un havre de paix au milieu des Bouches de Bonifacio. Le contraste absolu entre une nature qui peut être violente et un paradis terrestre. Nous sommes bien entendu dans une réserve naturelle très protégé, mais extrêmement précaire. Le tourisme est plutôt limité vu l'accessibilité des lieux, mais tout le transit pétrolier méditerranéen passe par ici! Une absurdité complète.

Pour l'instant nous jouissons du privilège d'être ici et surtout d'y passer la nuit. Le mouillage est entièrement cerné par des blocs de granit et l'eau translucide complètement plate. Nous ne sommes que trois bateaux au paradis…                    

 

Samedi 10 Juin

 

Seul le cri des mouettes, nichant sur les rochers, troublait le calme absolu des lieux. Sans doute un prédateur à la recherche de nourriture facile, les œufs étant couvés à même le sol. Cette nuit fut magique! Tellement magique que nous décidons de rester ici jusqu'à dimanche. Bien sûr, le nombre de bateaux venant mouiller ici s'amplifie d'heure en heure, mais nous savons qu'en fin d'après midi, la plupart quitteront les lieux pour regagner leur port d'attache. 

Depuis que nous sommes sur le territoire français, nous sommes à nouveau connectés au réseau SFR et nous en profitons! Il est bon de prendre des nouvelles des amis et de la famille. Nous apprenons ainsi que nos" Pascal " ont envi de nous rejoindre à la fin du mois… Excellent!

 

Dimanche 11 Juin

 

L'après midi d'hier aura été vraiment très mouvementée à la Sémillante. Nous avons compté jusqu'à vingt deux embarcations de tout genre dans cette crique de cent cinquante mètres de rayon. Depuis le "promène couillons" déversant son flot de touristes sur l'île, au petit voilier de vingt pieds venu passer le veek end aux Lavezzi! Beaucoup d'ambiance et de bruit au paradis. Heureusement, le soir venu ne restaient que les meilleurs…

Nous décidons ce matin d'aller voir ailleurs. Oh pas bien loin, juste deux milles dans le nord, l'île de Cavallo. On appelle cette île "l'île aux milliardaires"! Minuscule îlot entouré luis aussi de blocs de granite, mais très urbanisé. Cependant, aucune construction anarchique dans ce lieu. Pas spécialement beau comme architecture, mais très contemporain et parfaitement intégrée au paysage. Il est même difficile quelquefois de discerner les maisons des rochers. Cette île dispose d'une marina hors de prix mais pratiquement déserte et surtout, d'une piste d'atterrissage pour les petits avions privés.

Nous choisissons le mouillage de Palma, dans le sud-est et jetons l'ancre sur fond de sable, au milieu de ces rochers si particuliers des Lavezzi. Il est dix heures et demie du matin et nous sommes le seul bateau! Ici, nul besoin  de plonger pour s'assurer de la bonne tenue de l'ancre. Il suffit de la regarder se poser sur le fond depuis l'étrave et de la voir se planter gentiment dans le sable, escortée d'une nuée de poissons. Le sillon creusé par notre ancre libère de micros crustacés dont ils se régalent.

Nous gagnons le port en annexe, pour prétexte d'y boire un café. Un café italien bien sûr puisque je suis persuadé d'être sur un territoire leur appartenant. "uno espresso per favor!". Presque parfait dans ma prononciation et fier de moi!

- Court ou allongé?

-Ah! Mais vous parlez français?

-Forcement puisque nous sommes français.

-Mais, l'île de Cavalo, elle est bien italienne n'est-ce pas?

Etonné, il se tourne vers sa femme.

-Depuis quand on est en Italie ici?

Merde, et cet accent, c'est plutôt corse! Si jamais je suis tombé sur un pur et dur, il va me passer dehors…

De retour au bateau, je m'empresse d'amener le pavillon italien et d'envoyer dans les haubans celui à la tête noire au foulard! Il était brave et pas susceptible du tout, mais je pense que l'histoire va se raconter pendant quelque temps…

 

Lundi 12 Juin

 

Un vent frais de nord-est s'est levé tôt ce matin avec des pointes à trente nœuds. La passe d'entrée est infranchissable compte tenu des nombreux haut fonds qui l’entourent. A la regarder ce matin, on a du mal à croire que l'on a peu l'emprunter hier. Le Navtexe annonce un vent faiblissant dans la soirée. Souhaitons qu'il ne se trompe pas, car nous commençons a être à court de provisions et l'épicerie du coin dispose de peu de choses. Ni viande ni poisson, pas même en surgelés. Et puis n'oublions pas que nous sommes sur l'île aux milliardaires, ça calme!!! Pour l'instant, les milliardaires en question sont absents. Il n'y a pas âme qui vive sur l'île et toutes les maisons sont fermées. Seul le personnel d'entretien procède aux préparatifs en vue de la saison à venir.

Quoiqu'il en soit, nous sommes bien abrités dans la crique et ne risquons pas de déraper. J'ai posé une amarre sur un énorme "corps mort" sur le fond: une ancienne "chaîne mère" mise en place il y a quelques années pour les bateaux locaux.    

Comme prévu, le vent a faiblit dans l'après midi et à 15h30, nous embouquons la passe avec une houle encore grosse. Nous sortons exactement dans l'axe par lequel nous étions rentrés en toute confiance… et mettons le cap sur la Corse, direction l'anse de Rondinara.

 

Mardi 13 Juin

 

La houle et le vent de nord-est étant encore fort hier, nous avons choisi une baie dans le sud de la pointe de Rondinara, parfaitement abritée et tranquille. Une légère houle nous a bercés une partie de la nuit mais sans troubler notre sommeille.

Ce matin, c'est le calme plat et nous en profitons pour aller explorer le golfe de Santa Manza.

La calanque de Stentino est très tentante, mais lorsque nous arrivons à sa hauteur, nous nous apercevons vite que le passage est risqué. Des bancs de sable encombrent l'embouchure et nous préférons renoncer. Nous jetons l'ancre devant la plage.

Une bonne brise de sud-ouest nous incite a remonter vers le nord. Pour une fois que nous pourrons faire quelques milles à la voile! Et puis ici, contrairement à ce qui est noté dans notre guide, il n'y a aucune possibilité de faire des courses. Le désert, si ce n'est le bar restaurant de la plage.

Pour l'occasion, Brigitte va tenter avec succès, une sortie du mouillage à la voile. Quinze nœuds de vent arrière nous poussent gentiment vers la sortie du golfe. Dans l'euphorie du moment, j'en oublie le haut fond qui déborde la côte…Nous nous plantons lamentablement dans le sable, heureusement à petite vitesse! Le plus dur est d'enrouler la grand voile gonflée par cette brise arrière. Ensuite, nous nous tirons de ce mauvais pas à l'aide du moteur, marche arrière toute! Bien tirés pour cette fois, mais a méditer…

Rondinara! Mouillage emblématique de la côte est de la Corse. Sa forme est effectivement presque circulaire. Une quinzaine de bateaux sont déjà à l'ancre, mais les jours d'affluence en plein été, ce sont plus de cent embarcations qui peuvent s'y concentrer. Il faut dire que le lieu est magique (encore un) et très proche de Porto Vecchio. Il y a du monde aussi sur la plage et je me souviens que le bar sert de la Piétra à la pression et çà, c'est divin!

Nous mouillons dans le sud de la baie, à l'écart des autres bateaux, notre petit tirant d'eau nous permettant ce luxe.  Bière sur la plage et cueillette journalière de bigorneaux son au programme de l'après midi.

 

Mercredi 14 Juin

 

Fidèle à sa réputation, Rondinara n'aura pas faillit. Beauté, tranquillité et sérénité, telle aura été la soirée d'hier. C'était d'ailleurs la première fois que nous pouvions rester sur le pont jusqu'à la nuit sans frissonner.

L'épicerie du camping tout proche nous permet de refaire notre avitaillement. Il était tant. Par contre, toujours aucune possibilité de faire de l'eau. Il y a maintenant cinq jours que nous tournons sur les réservoirs du bord.

Après une courte navigation, nous nous arrêtons dans le golfe de Porto Nuovo, deux milles plus au nord. Ce mouillage est une première pour nous et je dois dire que nous sommes agréablement surpris. Non seulement c'est beau, mais l'endroit est sauvage et complètement délaissé par les navigateurs. Un seul bateau est déjà présent. Situé entre Rondinara au sud et Santa Giulia au nord (une autre perle de la côte est), cela explique sans doute son manque d'intérêt pour les marins de passage.

Un tel lieu serait propice à une soirée barbecue. Faute de viande ou de poisson à griller, nous nous contenterons de pâtes à la bolognaise!

 

Jeudi 15 Juin

 

Hier en fin d'après midi, nous avons vu arriver au mouillage un autre voilier. Ce n'était autre que Kalissimo, rencontré deux jours plus tôt. Les propriétaires, un jeune couple d'origine bretonne, nous avais cédé une copie couleur de la carte marine de l'île d'Elbe. Un apéritif partagé à bord de Casalibus permet de faire plus ample connaissance. Ils ont racheté ce voilier il y a un an pour partir sur l'Amérique du sud. Des problèmes techniques contrarient leur projet et, pour l'instant ils naviguent en Méditerranée, travaillant de temps à autre pour garnir la caisse de bord. Les rêves et la pointe d'utopie qui les animent les rendent attachant. Sans doute les retrouverons-nous dans un autre coin de la Grande Bleue.

Nous levons l'ancre dans la matinée pour nous rendre à Santa Giulia, grande baie bordée de sable blanc et parsemée de blocs de granit. Malheureusement, la houle d'est rentre dans la passe et le mouillage est vraiment inconfortable. Nous finissons par renoncer à passer la nuit ici et retournons à Porto Nuovo, dans le calme et la solitude.

 

Vendredi 16 Juin

 

Deuxième nuit paisible dans ce mouillage. Décidément, il est des lieux comme celui-ci qui se laissent apprivoiser alors que rien ne prête à les aimer. Leur charme ne tient peut être qu'à leur solitude.

Quoiqu'il en soit, un approvisionnement complet s'impose aujourd'hui! Direction Porto Vecchio à douze milles dans le nord. Il était prévu un vent de sud-est qui nous aurait aidés à avancer avec la grand voile, et bien ce sera du nord-est! En plein dans le nez! Un peu de pluie pour couronner le tout, il n'en faut pas plus pour que nous prenions la décision de nous amarrer à un ponton de la marina. Une journée au mouillage sous la pluie ne nous tentait guère…

Porto Vecchio est une petite ville adorable, perchée sur les hauteurs. Nous la parcourons en tous sens et retrouvons le charme des villages Corse. L'animation qui y règne nous change de la solitude des jours derniers et nous aimons!

Nous devrions recevoir un appel du magasin USHIP de Bonifacio pour nous signaler que notre enrouleur est enfin arrivé et que nous pouvons venir le récupérer. A 17h, étant toujours sans nouvelle, j'appelle la société Profurl à Saint Nazaire pour obtenir des nouvelles, notamment, la date d'envoi de la pièce tant attendu. Horreur! Celle ci se trouve toujours dans les ateliers de réparation en Bretagne et ne sera sans doute pas acheminée avant lundi. Ma colère bien que contenue (ménager avant tout les susceptibilités des gens dont on dépend!) éclate. Voilà huit jours que cette pièce est en leur possession, et visiblement, rien n'a été fait.

Je pense que nous sommes à Porto Vecchio pour quelques jours. Guy et Pierre arrivent lundi et nous seront condamnés à attendre cet enrouleur sans pouvoir nous éloigner et remonter sur l'île d'Elbe comme prévu. J'ai la rage!!!

 

Samedi 17 Juin

 

Se retrouver dans un port permet de remettre le bateau en ordre et surtout de procéder à un nettoyage complet à l'eau douce. Cela faisait un mois que ce n'était pas arrivé.

Tous les pleins sont faits et nous repartons en fin d'après midi pour un mouillage forain dans le golfe, à moins d'un mille du port.

Etre en Corse, c'est aussi retrouver les informations nationales. Des nouvelles du pays, c'est important pour garder le contact. Et oui mais, l'information aujourd'hui, c'est le foot! La coupe du monde…La une de tous les journaux, les écrans géants dans les bars. Nous finissons par apprendre que Notre équipe a perdu son premier match contre la Suisse. Je crois qu'il est temps aujourd'hui de se poser les vraies questions: nos joueurs sont-ils suffisamment payés?…

                                                              

Mardi 20 Juin

 

Ca y est! Nous sommes quatre à bord. Guy et Pierre nous ont rejoints ce matin par le ferry en provenance de Marseille. Nous les récupérons à la marina de Porto Vecchio et retournons au mouillage après avoir fait un avitaillement complet: nourriture, boissons et gas-oil. Pour Pierre, cette croisière à la voile sera une première. Espérons qu'il aura le pied marin comme son père. Enfin, quand je parle de croisière à la voile, c'est lorsque nous aurons reçu cet enrouleur tant attendu. Aux dernières nouvelles, la pièce est bien arrivée à Bonifacio, mais sans les vis de fixation!!!

Tout çà ne nous empêche pas de fêter nos retrouvailles avec Guy et Pierre dans ce mouillage paisible de Stagnola. Ce sont joint à nous Estelle et Cyrille du bateau Kalissimo, que nous retrouvons à l'ancre proche de nous. Cette première nuit à bord ensemble ne sera troublée par aucun incident et le lendemain, Pierre semble satisfait d'avoir dormi comme à la maison. Nous lui expliquons que tous les mouillages ne sont pas aussi calme et que quelquefois, le bateau peu tanguer un peu…    

 

Mercredi 21 Juin

 

Si la nuit a été calme, le temps n'en est pas meilleur pour autan ce matin. Très nuageux avec des risques d'averses. Après concertation, nous décidons de regagner le port et d'y passer la nuit suivante pour cause de: fête de la musique (ici, elle commence deux jours en avance).

A 15h, un appel de Bonifacio me signale que notre enrouleur de génois est enfin complet. Nous pouvons le récupérer au magasin quand on veut. Le problème, c'est qu'il n'y a plus de bus avant demain! Aucune importance, je ne veux pas attendre un jour de plus. J'essaie le stop! J'ai droit à tout. De la petite vieille qui me véhicule gentiment, mais sur deux kilomètres seulement, aux automobilistes moqueurs voir insultants, qui passent en me rasant, j'ai fini dans la voiture d'un jeune magrébin avec deux autres auto-stoppeurs tout aussi dépités que moi par la difficulté en Corse de se faire prendre  en stop. Le retour fut plus rapide grâce encore à la solidarité d'un autre émigré et d'un mauricien à la retraite.

Ma grande chance dans cette histoire d'enrouleur de génois, c'est d'avoir Guy à mes côtés pour le remontage. Son sens de la mécanique a été salvateur.       

  

Jeudi 22 Juin

 

Dur la nuit de la fête de la musique au port. On ne peut pas dire que l'on ait dormi longtemps. Entre les nombreuses Piétras absorbées pour fêter la réparation du bateau, la fête de la musique et le groupe de rock installé juste sur le quai, j'ai comme un pivert dans la tête ce matin… Je ne suis pas le seul d'ailleurs!

Il nous tarde d'aller essayer Casalibus avec sa garde robe complète. Une bonne brise de nord-est nous permet de sortir du golfe de Porto Vecchio en tirant des bords. Et nous ne nous en privons pas! Nous naviguons deux heures et demie pour rejoindre la baie de Saint Cyprien…trois milles plus au nord. La performance est petite mais le plaisir est grand!  

Le golfe de Saint Cyprien est un superbe endroit mais un peu trop fréquenté par les jets skis et les hors bords locaux. Par contre, lorsque le soir arrive…                     

 

Dimanche 25 Juin

 

La lassitude commence à se faire sentir en cette fin d'après midi et nous sommes heureux de voir l'île d'Elbe se profiler au loin. Nous sommes partis tôt se matin de Solenzara pour effectuer les soixante milles nautiques qui sépare ce port de l'île d'Elbe. Et comme souvent en Méditerranée, cette traversée s'est faite au moteur faute de vent au large des côtes.  La pêche à la traîne a été la principale occupation de Guy et s'est soldée par la perte de trois leurres. Fil pas assez solide ou poissons trop gros? Nous avons eu plus de chance avec les dauphins qui nous ont rendu visite deux fois pour le plus grand plaisir de Pierre qui n'en avait jamais vus.     

Pierre m'étonne beaucoup quant à ses prédispositions à la navigation. Le mal de mer n'a visiblement aucune emprise sur lui et il vit à bord comme à la maison. Même qu'il faut de temps en temps lui rappeler que nos réserves en eau douce sont limitées…

C'est au mouillage de Pinarello, hier matin, que nous avons pris la décision de traverser sans attendre sur Elbe. La météo était favorable malgré l'absence de vent et nous n'avons jamais retrouvé ce camp de naturiste où nous avions passés trois jours à bord de Sianaël, Guy et mois, il y a trois ans. A l’époque, nous trouvions toutes les excuses possibles auprès du capitaine pour retarder notre départ. Ce souvenir commun nous entraine tous les deux dans un fou-rire qui laisse pantois Brigitte et Pierre, perplexes sur notre état mental du moment…

 

Ile d'Elbe

 

Lundi 26 Juin

 

Notre première nuit à Elbe a été très inconfortable. Une houle prononcée rentrait dans le golfe de Stella faisant tanguer Casalibus, perturbant par la même notre sommeil. Nous prenons un petit déjeuner rapide et quittons ce mouillage devenu un enfer. Une faible brise nous autorise une manœuvre sous voiles jusqu'à la sortie de la baie. Nous devrons déchanter trente minutes plus tard et faire appel à la "risée diesel"…

Arrivés dans le golfe Di Campo, nous choisissons une petite crique dans l'ouest en espérant que la houle du large nous laissera tranquille cette nuit. Nous sommes à un kilomètre du village en empruntant un sentier côtier absolument ravissant. Le charme de Porto Di Campo nous séduit. Petites ruelles en pentes donnant sur le port où sont amarrés des bateaux de pêche locaux. Nombreuses boutiques et rues ombragées animées jusque tard dans la soirée. Nous sommes bien en Italie! La convivialité des gens et leur bonne humeur nous le confirme. Quel contraste avec la Corse où fierté rime souvent avec antipathie…

 

Mercredi 28 Juin

 

Le séjour de Guy et de Pierre s'achève aujourd'hui. Le réveil est matinal dans cette baie de Porto Azzurro où nous avons jeté l'ancre hier après midi. Nos équipiers doivent prendre le bus pour Porto Férraio à huit heures vingt sur la route de la corniche. De là, un ferry les emmènera à Piombino sur la côte italienne d'où ils prendront le train pour un retour vers la France. C'était sans compter sur la nonchalance et le zen du père et du fils! Et lorsque Brigitte, inquiète comme moi de leur sérénité, leur annonce qu'il ne leurs reste que dix minutes avant le passage du bus…il est déjà trop tard! Le prochain les conduira à destination une heure et demie plus tard à moins que…l'auto stop peut être?

La veille au soir, nous sommes sortis pour une visite de la ville, très animée elle aussi. Beaucoup de monde dans les rues et tous les commerces ouverts. L'agitation est constante. C'est également un jour de match et il est bien difficile d'y échapper. Chaque bar dispose d'une télé en terrasse et comble du malheur, la France joue en huitième de finale. C'est ainsi que je me retrouve, moi, l'anti foot, devant un écran géant à suivre ce match qui ne passionne que les quelques français présents en terrasse. La honte! Comment ai-je peu me faire piéger malgré mon aversion pour tout ce qui touche au monde du football? Moi qui ne cesse de répéter qu'il y a trois fléaux dans le monde: le racisme, la religion et le football, tous trois responsables de la plupart des conflits…mais un moment de honte est si vite oublié!            

Se retrouver seuls à bord entraîne chez moi des sentiments controversés. Sentiment d'abandon dans un premier temps lorsque les copains, la famille s'en vont et sentiment de liberté retrouvée inhérente à notre façon de vivre Brigitte et moi. Quoiqu'il en soit, en dehors du plaisir immense de retrouver des gens  que l'on aime, je pense qu'il est bon de casser de temps en temps ce rythme de vie si particulier à bord de Casalibus. Le soir venu, je ressens le besoin de sortir, de voir du monde et je convaincs Brigitte à ce que nous allions nous faire une pizza sur le port…   

 

Jeudi 29 Juin

 

Un coup de vent au lever du jour me tire de ma cabine. Je sais les fond de mauvaise tenue et la sur fréquentation du mouillage m'inquiète. Hier au soir, j'ai interpellé un bateau italien venu jeter l'ancre bien trop près de nous. Sans résultat! Le skipper me répond qu'il prend ses responsabilités. N'empêche que je dois relâcher une dizaine de mètres de câblot tellement son cul est proche de nous! Les trente nœuds de vent enregistrés ne durent heureusement qu'une demi-heure et je retourne me coucher après avoir reçu un signe amical de notre voisin…

Si le vent est tombé, la houle qu'il a entraînée elle, durera encore longtemps. Après quelques courses en ville, nous mouillerons pour déjeuner, dans la baie de Barbarossa près du port et finalement, irons juste en face à la plage de Naregno. Le lieu est sauvage et normalement, abrité de la houle du large. Mais la normalité est quelques fois bien loin de la réalité…  

 

Vendredi 30 Juin

 

Sans problème! Cette nuit a été paisible contrairement à mes craintes. La plage est sauvage, noyée au milieux des rochers et seul un sentier piétonnier permet d'y accéder. Le bonheur comme on l'aime…

 

Dimanche 2 Juillet

 

Changement de mois, changement de décor. Nous voici à Porto Ferraio, capitale de l'île et ville de transit! La baie est très vaste mais constamment agitée par les multiples ferries qui entrent et sortent du port. Nous sommes arrivés hier matin après avoir passé la nuit dans une minuscule crique dans le nord de Cavo. Cet arrêt n'était pas prévu et notre guide nautique ne le mentionnait même pas. Et pourtant…Comment voulez vous que nous avancions alors que tant de beautés nous retiennent, ici, ailleurs et finalement partout où nous passons? La vie de Napoléon ne fait pas partie de mes préoccupations premières mais j'aimerai savoir ce qui a pu pousser cet homme à fuir un endroit pareil! Tout n'est que ravissement. Maisons au ton pastelle allant du crème à l'ocre, couvertes de tuiles romaine rouges se voyant de très loin lorsque l'on aborde les villages. C'est toute l'île, avec sa végétation abondante, qui tranche avec le bleu du ciel et de la mer. Palmiers et pins se disputent la côte alors que les chênes lièges et les châtaigniers s'approprient les hauteurs. Dans l'ouest, on aperçoit le mont Capanne qui domine l'île de ses 1020 mètres d'altitude. D'ailleurs, aujourd'hui sur les conseils téléphoniques de Pierre et Guy, nous avons pris un bus pour faire le tour de l'île. (Oui, Pierre et Guy sont bien arrivés à destination, mais ils ont pris un bus en sens inverse faisant ainsi le tour complet de l'île…) Merci à eux, c'était un très bon conseil! En plus d'avoir une autre vision de la vie insulaire, cela nous a permis de découvrir à l'avance les merveilles qui nous attendent sur la côte nord.

 

Mercredi 5 Juillet

 

Nous quittons avec regret le village de Marciana Marina sur la côte nord de l'île. Je dis avec regret car encore une fois, nous nous sommes retrouvés dans un de ces lieux où la vie semble n'être qu'un lit de bonheur et de quiétude. Petit port de pêcheurs qui s'est peu à peu tourné vers le tourisme mais qui a gardé son âme de village maritime. Nous avons jeté l'ancre hier après midi juste dans l'avant port sous la protection de la longue digue abritant la marina de la houle venant du nord. De nombreuses boutiques d'artisanat local, sur le front de mer, ont fait le bonheur de Brigitte (et le mien aussi d'ailleurs). Sculptures, peintures, l'empreinte artistique marque indéniablement toute l'île d'Elbe.

Aujourd'hui, nous contournons l'île par l'ouest afin de rejoindre la côte sud, et de boucler ainsi notre tour commencé en compagnie de Guy et Pierre. La mer est tellement calme que je peux écrire en navigant, le bateau sous contrôle de Brigitte. Les jours précédents, nous avons vagabondés de baies en criques avec la fâcheuse impression d'en avoir oublié quelques unes!

Difficile de s'arrêter partout.

Ma principale occupation aura été la pêche sous marine avec un certain succès, puisque nos repas du soir auront été agrémentés de poissons grillés au barbecue. Cela dit, je n'ai guère de mérite vu l'abondance du poisson sur cette côte. Par contre, en ce qui concerne la pêche à la traîne, c'est la Bérézina (sans vouloir faire de jeu de mots aucun!)           

     

Jeudi 6 Juillet

 

Porto Azzuro, le retour! Ca n'était pas prévu, mais comme souvent en navigation, il faut composer avec les éléments. Et les éléments aujourd'hui, c'est vent fort de sud-est avec la houle qui va avec…Nous avions mouillés hier après midi dans le golfe Di Campo sur la côte sud avec l'intention ce matin de descendre sur l'île de Gigglio, trente cinq milles en plein dans le…sud-est! Nous sortons du golfe au moteur et nous rendons vite compte qu'il ne sera pas possible de quitter Elbe aujourd'hui. Impossible non plus de rester dans cette baie complètement ouverte à la houle. Nous décidons de rejoindre Porto Azzuro sur la côte est de l'île. Grand voile et moteur plein régime, nous essayons de luter contre le vent et la houle et finissons par renoncer. Deux solutions s'offrent à nous. Partir au vent portant et refaire ainsi la route effectuée hier ou tirer des bords en essayant de remonter la côte jusqu'à la pointe Ripalli. C'est cette deuxième solution que nous adoptons pour finalement atteindre Porto Azzuro à midi et demi, sous averse, éprouvés par cette navigation musclée. Naviguer au près quand la mer est calme, çà peut être du plaisir, mais dans une mer confuse avec des creux de deux mètres, çà devient vite galère. Seule consolation, les trois derniers milles effectués vent arrière et voiles en ciseaux, surfant sur les vagues à plus de six nœuds…

 

Samedi 8 Juillet          

 

Finalement, nous aurons passé une journée de plus sur l'île d'Elbe, puisque hier était maussade, avec de fréquentes averses orageuses. Nous avons pris notre mal en patience et avons profité de cette halte forcée pour visiter la ville de Capoliveri, perchée sur les hauteurs. L'occasion pour nous de prendre le bus une nouvelle fois. A nos yeux, le meilleur moyen de locomotion pour s'imprégner de l'atmosphère locale! Et puis, il y a la lessive qu'il faut quelquefois faire à la laverie du coin. Dans celle de Porto Azzuro, les propriétaires ont pris la peine de traduire en français la procédure à suivre. Même si celle-ci est approximative, nous apprécions le geste. Il faut simplement savoir que la phrase: " le lavage est compréhensif de détersif " signifie: "la lessive est comprise dans le lavage"… 

Ce matin, c'est mer belle et… vent nul! Six heures de navigation au moteur pour rejoindre l'île de Giglio, notre prochaine étape.

 

La Côte Italienne

 

Mardi 11 Juillet

 

Nous venons d'arriver au mouillage de Spalmotoi, sur l'île de Giannutri. En fait, il s'agit plus d'un îlot que d'une île. Réserve naturelle, parc national, l'endroit est sauvage et assez isolé. Seules les mouettes semblent avoir colonisé les lieux. La végétation est très pauvre et le contraste est stupéfiant par rapport à Elbe et Giglio. Cette dernière est d'ailleurs la réplique, en plus petit, de l'île d'Elbe. Nous y avons passé deux jours, dans le même mouillage, proche du port de Porto Giglio. Ravissant tout simplement! Là encore, nous avons pris un bus pour aller visiter un village médiéval, installé au plus haut de l'île. Au détour d'une ruelle, nous nous sommes retrouvés devant la cave d'un viticulteur insulaire. Et oui, on arrive à faire du vin sur quelques lopins de terre aménagés en terrasse, en surplomb de la mer. Nous n'avons pas eu beaucoup à faire pour le décider de nous vendre deux bouteilles de vin blanc, après avoir trinqué à la santé du Beaujolais et de Son île. Peut être est-ce avec son vin que le soir même, les nombreux italiens rassemblés sur la plage, ont fêté la victoire de leur équipe en finale de la coupe du monde… Sans avoir suivi le match, nous en connaissions les temps forts et l'aboutissement final. J'avais d'ailleurs pour l'occasion occulté la couleur bleu de notre pavillon, ne laissant que le blanc et le rouge, témoignant ainsi de notre neutralité dans cette affaire. La victoire de l'Italie nous a peut être évitée des mauvaises surprises au réveil… Nous étions le seul bateau français au mouillage!

Le lendemain, nous avons profité d'un vent portant pour rejoindre la côte italienne, à onze milles nautiques de Giglio. Un vrai plaisir de naviguer sous voile à bord de Casalibus. Seul le bruit de l'eau le long de la coque et les grincements du gréement cadençaient notre allure. Nous avons jeté l'ancre en début d'après midi derrière l'îlot d’Isolotto près de Porto Ercole, notre première intrusion sur la Botte italienne. Cette partie de la côte  reste très montagneuse et verdoyante. Le port est encaissé dans la montagne et parfaitement protégé. Seule la ville est décevante et la canicule qui y règne n'arrange rien. Nous retrouvons part contre le plaisir d'un mouillage solitaire dans un lieu pourtant idyllique. Etonnant non?

 

Mercredi 12 Juillet

 

Nous partons tôt ce matin pour gagner la côte italienne en direction du sud. Cette nuit a été calme malgré les cris incessants des mouettes qui envahissent l'îlot. Tellement envahissantes d'ailleurs qu'il était impossible de descendre à terre.

Le vent est nul pour changer. C'est encore au moteur que nous entamons cette navigation de plus de trente milles nautiques…

 

Vendredi 14 Juillet

 

Tiens! Nous sommes le 14 Juillet. Ça me rappelle quelque chose!

Pas de défiler pour nous aujourd'hui. Le sud, toujours le sud. Nous venons de quitter le canal de Fiumicino, port industriel et port de pêche de la ville de Rome. L'enfer! Ce canal n'est autre que l'embouchure du fleuve Tevere qui traverse Rome, distante d'une quarantaine de kilomètres. L'aéroport international Léonard de Vinci quant à lui est…à côté. Moustiques, chaleur, pollution, bruit. Et pour couronner le tout, nous n'avons pas pu remonter le canal afin d'accéder au quai d'amarrage gratuit, les deux ponts routiers qui l'enjambent ne s'ouvrant pas ce jour! Obligation pour nous de nous réfugier à la marina surpeuplée et hors de prix. Ah les salauds!!! Et ce garde côte zélé qui demande à voir nos papiers!

Le but initial était de rester quelques jours amarrés dans le canal et de partir à la découverte de Rome. Ce sera pour une autre fois.

Mercredi déjà, nous avons été contraints de passer la nuit dans la marina de Civitavecchia, toute aussi accablante et chère. Cette navigation côtière nous évite cependant une très longue traversée sur Naples et ses îles, prochaines étapes de notre périple. Et puis être dans un port, cela nous permet un bichonnage à l'eau douce et sans restriction, du bateau et de son équipage…

En ce qui concerne la navigation, c'est moteur, moteur et moteur…pour l'instant.        

 

Samedi 15 Juillet

 

Mer d'huile et absence de vent. Il est neuf heures du matin et il fait déjà très chaud. Nous avons mis le cap sur les îles Pontine au nord-ouest de Naples.

Arrivés hier après midi à Anzio, nous avons enfin pu retrouver le plaisir du mouillage et de la navigation à la voile, le vent s'étant levé en fin de matinée. A proximité du port, la grande plage d'Anzio est bien abritée derrière le cap du même nom. Les Romains ne s'y étaient pas trompés et Néron avait fait construire un port dont les vestiges bordent encore la baie. La ville est très agréable et l'activité est essentiellement tournée vers la pêche et le tourisme. Nous avons assisté à l'arrivée des chalutiers et découvert un mode de commerce du poisson particulier à l'Italie. La partie de la pêche revenant aux marins est directement revendue par ceux-ci sur le pont des bateaux. Des lots variés sont ainsi présentés en caissettes et vendus à des prix raisonnables. Un pêcheur d'origine tunisienne et parlant français, a fini par nous convaincre et nous sommes repartis avec une caisse de coquillages pour la modique somme de cinq Euros! Cuits le soir même et décortiqués dans la foulée, notre soirée fut bien remplie. En plus des activités culinaires, il a fallu que je me lance dans la mécanique. Après inspection du moteur, je me suis aperçu du mauvais état de la courroie de pompe à eau. Je préfère avoir a la remplacer ici plutôt qu'en pleine mer…

 

Dimanche 16 Juillet

 

Le soleil se couche sur la Cala Feola à l'île de Ponza. C'est tout le port, et les multiples barques de pêches amarrées sur bouées,  qui s’enflamment comme par magie. Il est vingt heures et la baie respire enfin du silence et de la tranquillité des fins de week-end. Le bonheur devrait être complet si ce n'est que nous attendons la visite des gardes côte italien. Ils sont venus il y a une demi-heure récupérer les documents du bateau et nous ont demandé de déplacer Casalibus afin de l'éloigner du rivage. Deux autres bateaux sont dans le même cas et nous attendons qu’ils en aient terminés avec eux pour pouvoir être fixés sur notre sort. Visiblement, bien que nous soyons dans l'enceinte d'un petit port, nous étions mouillés trop près de la côte!

Lorsque leur vedette vient enfin se mettre à couple, j'ai revêtu un short et un tee-shirt et préparé tout les papiers susceptibles de m'être demandés. Je suis invité fermement a monter à bord du bâtiment. L'officier me confirme que nous étions trop proches du rivage, la limite étant de cinquante mètres pour toutes les côtes et de deux cents mètres pour les zones de baignade. Il vérifie notre position enregistrée sur leur GPS et la reporte sur la cartographie du lieu. Ensuite, il lui suffit d'un clic sur la partie de la côte la plus proche pour que le verdict tombe: 0,03 milles nautiques, c'est à dire 55 mètres! Le port n'étant pas une zone de baignade, la distance réglementaire est de 50 mètres…Je suis soulagé de récupérer nos papiers et j'en oublie de lui demander se que nous aurait coûté l'infraction.

Mais parlons un peu de cette île si convoitée par les touristes et surveillée de si près par les autorités. Nous avons jeté l'ancre hier après midi dans cette crique ravissante de Cala Féola après une navigation de trente cinq milles depuis Anzio. Ponza est l'île la plus importante de l'archipel des Pontines et sans doute la plus fréquentée. Nous avons eu un peu de mal à trouver une place au milieu de tous les yachts italiens qui traversent depuis Naples ou Terracina les week-ends. C'est d'ailleurs la raison de notre mouillage contesté. Et comme sur les autres îles, nous avons profités du service efficace des transports en commun, pour traverser Ponza du nord au sud, à peine six kilomètres à vol d'oiseaux! L'île, d'origine volcanique, est montagneuse. La végétation, bien que variée, est déjà un peu plus aride. Le sud commence a marquer ses empruntes de cactus et plantes grasses. La culture de la vigne quant à elle est toujours bien présente et nous ne désespérons pas de goûter au fruit de son travail…

 

Lundi 17 Juillet

 

Sur les conseils d'une guide "américano italiano française" rencontrée hier au village, nous avons mis le cap ce matin sur l'île Palmarola. Cette femme tout a fait charmante et heureuse de rencontrer des français, nous a venté la beauté de cet îlot. Bien nous en pris car nous nous retrouvons, après sept milles d'une navigation musclée avec houle désordonnée, dans un endroit à vous couper le souffle! Des falaises de près de deux cents mètres surplombe une plage de galets où la mer parfaitement calme vous offre la vision de ses fonds sans pudeur.

De nombreuses grottes marines font le bonheur des plongeurs. Nous en explorons quelques unes avec l'annexe et en profitons pour faire cueillette de quelques bigorneaux. Une bambouseraie occupe un vallon  descendant d'un col, coincé entre deux sommets. La présence d'habitations troglodytes paraît incongrue par ici. Des pêcheurs en ont fait des résidences saisonnières louées depuis, pour certaines, à prix d'or. Amoureux de solitude, Palmarola vous attend! Sans cette rencontre opportune avec Ingrid la guide, nous serions passés à coté, notre guide nautique ne mentionnant à peine son existence.

 

Mardi 18 Juillet

 

Casalibus tire paisiblement sur son ancre parmi d'autres bateaux au mouillage de Chiaia di Luna, dans le sud-ouest de Ponza. Nous avons rejoint l'île ce matin depuis Palmarola en tirant quelques bords par brise établie. Si Brigitte n'apprécie guère la gîte occasionnée par cette navigation au près serré, c'est pour moi une communion avec le bateau. Chaque vibration est transmise dans la barre et il serait presque possible de naviguer à l'aveugle.

Ici encore, pénétrant à la voile dans la baie, nous restons ébahis par la majesté du site. L'eau turquoise sur fonds de sable blanc attise la luminosité des hautes parois volcaniques blanches et rouges. Tout au fond, la plage d'accès difficile, est pratiquement déserte. Deux gros blocs de rocher émergeant de l'eau agrémentent le décor. Il est midi, il fait chaud et l'onde claire nous invite. Il est midi, il fait soif, c'est le vin blanc frais de Giglio que nous dégustons apaisés…  

 

Vendredi  21 Juillet

 

Après une courte escale à l'île de Ventotene, nous mettons le cap sur Ischia, située à l'entrée de la baie de Naples. Nous avions prévu de nous arrêter plus longtemps à Ventotene, mais le seul mouillage possible est inconfortable, d'autant que des bouées balisent la zone très en arrière de la plage. Quant au port, n'y pensons pas. A soixante dix Euros la place, c'est juste un petit peu au dessus de nos moyens… Dommage car le village est ravissant et le petit port, taillé directement dans la roche par les romains, est une curiosité à ne pas manquer.

Arrivés hier dans la soirée, nous avons tout de même pu arpenter le village et ses ruelles étroites et fleuries après une navigation au moteur depuis Ponza. Il règne sur cette île une espèce de torpeur générale et la population plutôt âgée, semble très digne. Une habitante, sur le pas de sa porte, présente à la vente quelques tomates et trois bouteilles plastiques remplies d'un vin couleur d'encre, cultivé sur l'île. Après achat de l'une d'entre elles, elle nous convie tout simplement à visiter son petit appartement qui surplombe le mouillage d'une centaine de mètres…                                      

A treize heures, nous mouillons à Lacco Ameno, dans le nord d'Ischia.

 

Mercredi 26 Juillet

 

Une semaine que je n'ai rien écrit…Le temps me manque! Non, simplement quelques problèmes de confort. L'île d'Ischia aura été un enfer! Nous avons passé notre première journée sur l'île a essayé de dénicher un mouillage confortable. Introuvable! Non pas pour des raisons d'ordre météorologiques, mais simplement parce que les lieux sont envahis de gros yachts à moteur dont les navettes incessantes provoquent une houle permanente. Jamais vu une chose pareil! Une barque a même été victime d'une de ces vagues et a sombrée dans le mouillage…Nous même, alors que nous sortions du port en annexe après avoir fait quelques courses, nous sommes retrouvés face à une vague de plus d'un mètre et qui a déferlé sur nous, cabrant notre zodiac à la limite du retournement. Et tout çà dans le chenal limité normalement à cinq nœuds…Nous étions trempés de la tête aux pieds, nos provisions baignant au fond de l'annexe. Nous sommes restés tout le week-end dans la baie de Castello en étant à bord le moins possible! Même les navettes avec l'annexe étaient quelquefois périlleuses. C'est a partir de vingt heures seulement que le calme revenait, les monstres ayant regagnés leur port d'attache.

Autant vous dire que nous avons visité l'île de fond en comble, en bus bien évidemment! Et ce n'est pas sans raison s'il y a autant de monde qui fréquentent les côtes d'Ischia. Proche de Naples, l'île regorge de criques et de plages idylliques. Bien que très touristique et sur fréquentée, la population de l'île reste sympathique et vivante… 

Dès le lundi matin, nous avons fuit en direction de Procida, une autre île plus petite, mais que notre guide qualifiait de "moins touristique". Et ce fut le cas! Même si la houle des navettes reliant les îles au port de Naples se faisait sentir, c'était sans commune mesure avec notre week end à Ischia. Et puis le mouillage de Corricella, au pied du village de pêcheurs, est un véritable bonheur. Ici, il semble que le monde s'est arrêté et que la vie n'est que quiétude. Le quai du petit port est à la fois le lieu de vie et le point de rassemblement de tous, jeunes et vieux. Dénommée l'île aux chats, lorsque nous en demandons la raison à un habitant parlant un peu le français, il nous explique que c'est parce qu'il en a justement quatre à donner et que si ça nous intéresse? S'il n'y a pas plus de chats ici qu'ailleurs, il y a en tous les cas des gens heureux d'y vivre et ça se voit.                   

Le mouillage de Corricella est suffisamment protégé pour que nous y laissions Casalibus la journée en toute sécurité. Pourquoi ne pas aller à Naples en empruntant une des nombreuses navettes de liaison? C'est ce que nous avons fait hier, évitant ainsi une navigation sans intérêt avec notre bateau dans cette baie industrielle qu'est la baie de Naples. Quarante cinq minutes de voyage pour nous retrouver en plein centre de cette agglomération folle de bruit et d'agitation, et qui incarne l'indiscipline exemplaire de l'automobiliste italien! La hantise du piéton discipliné. La seule solution pour traverser une rue: se jeter devant la voiture qui vous semble rouler la moins vite afin de l'obliger a stopper. Et surtout, ne jamais se fier aux passages protégés par des feux tricolores, ils sont purement figuratifs! De toutes façons, bon droit ou pas, vous vous ferez copieusement klaxonné par les voitures et les scooters qui vous frôlent. Le bonheur à Naples est dans les rues piétonnes. Et même si, ici aussi, vous croisez des véhicules de toutes sortes, l'atmosphère est plus sereine. Arpenter les nombreuses ruelles de Naples, c'est ce que nous avons fait toute la journée, car pour ce qui est des visites de musées, ils sont fermés…le mardi! Le seul que nous avions prévu de faire était le musée d'archéologie national, se sera pour une autre fois!             

Autre trait particulier de Naples avec la récente victoire des italiens à la coupe du monde, c'est les milliers de drapeaux aux façades et aux fenêtres. Mais plus inquiétant, ce sont les affiches nécrologiques annonçant la mort de la France! A l'entrée d'un musée, cette affiche était apposée sur un authentique cercueil, dressé contre le mur… D'autant plus inquiétant que les italiens ne sont pas particulièrement réputés pour leur humour!!!

Pour l'instant, nous faisons route sur la mythique île de Capri…

 

Jeudi 27 Juillet

 

Ah! Capri. Que dire de ce joyau de la baie de Naples. Nous appréhendions la foule à l'unique mouillage protégé de l'île? Et bien non! Nous n'étions pas dix voiliers à passer la nuit dans cette baie plutôt vaste, au sud de l'île, juste au pied de la ville. De luxueux yachts étaient présents eux aussi, mais très en arrière, nous laissant l'espace proche de la plage. Enfin, proche, dans la limite des deux cents mètres…Le plus étonnant, c'était de voir leurs annexes faire les navettes pour débarquer leurs occupants. Que du beau monde. N'empêche qu'hier au soir, à l'heure du repas, plus d'un d'entre eux a lorgné avec envie la côte de bœuf qui cuisait sur notre barbecue, le fumet emporté par la brise jusqu'à leurs narines…

Si le mouillage est somme toute peu fréquenté, çà n'est pas le cas pour la ville. Taxis cabriolets, une particularité ici, et bus bondés débarquent des nués de touristes qui se ruent dans la citée. Un funiculaire monte les gens depuis le port des féries, quatre cents mètres en contre bas. En ce qui nous concerne, ce seront les quatre cent trente marches du sentier piétonnier ombragé que nous emprunterons, à l'aller comme au retour…          

C'est sous voiles que nous quittons Capri ce jeudi dans la soirée pour parcourir les quatre milles nautiques qui nous sépare de la côte italienne. Nous glissons à trois nœuds sur une mer plate pour embouquer la passe mythique de Faraglioni, voiles en ciseaux. Au grand damne des moteurs yachts qui doivent nous céder le passage, priorité oblige! Il faut dire que ce passage étroit entre la pointe Tragara et l'îlot Faraglioni est sans aucun doute le lieu le plus photographié de Capri. Chaque bateau se doit de l'emprunter, et les nombreuses vedettes d'excursions ne s'en privent pas. Cet après midi, pendant près de cinq minutes, nous en avons été les bénéficiaires exclusifs!

 

Dimanche 30 Juillet

 

Il est minuit ce dimanche lorsque l'orage nous surprend au mouillage d'Amalfi, nous obligeant à sortir de notre cabine, alors que nous venions de nous endormir! Veille de routine en quelques sortes dans de telles circonstances. Cependant, tout va très vite et le vent redouble d'intensité alors qu'une pluie tropicale s'abat sur la baie. Casalibus tire de plus en plus sur son ancre, nous rapprochant dangereusement du bateau derrière nous, plus gros et plus lourd, et sans doute amarré beaucoup plus court. Leurs propriétaires, australiens, sont eux aussi sur le qui vive. Nous passons plus d'une heure a manœuvrer conjointement sous la pluie, reprenant du mouillage ou en relâchant suivant les circonstances. Nous profiterons d'une accalmie pour nous déplacer d'une cinquantaine de mètres. Nous respirons enfin! Entre temps, sur les autres bateaux aussi, la veille c'est mise en place d'autant qu'une houle énorme c'est formée rendant le mouillage intenable…

La nuit aura vraiment été longue, mais nous avons tenu. Au lever du jour, plus de la moitié des bateaux sont partis…                                  

Mais nous retiendrons surtout d'Amalfi la beauté de cette ville et de l'environnement dans lequel elle se trouve. Hautes montagnes de calcaire dont les pentes boisées tombent directement dans la mer. La transition avec les pentes douces et arides du Vésuve, est surprenante. Pourtant, nous sommes encore très proches de la baie de Naples! (une vingtaine de kilomètres seulement) Nous avons passé deux nuits sur place afin de profiter de tous les trésors d'Amalfi. La cathédrale du VI è en est le fleuron avec sa façade de mosaïques de style oriental, due aux nombreux échanges réalisés avec l'Orient à l'époque où Amalfi était un port marchant important.

 

Lundi 31 Juillet

 

Nous poursuivant notre descente dans le sud après avoir fait escale à Agropoli, petit village médiéval perché sur son promontoire rocheux. Là encore, nous sommes agréablement surpris par l'environnement de cette partie de la côte italienne. Et pourtant, elle paraît délaissée par les touristes et encore plus par les bateaux de passages. Nous étions seul dans l'agréable mouillage en avant port en ce dernier dimanche de Juillet…

 

 

 

 

 

 

 

Les îles Pontine

Par muzet pascal
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Jeudi 30 mai 2013 4 30 /05 /Mai /2013 15:09

...DEUXIEME PARTIE : de la Sardaigne à la Sicile. (Eté 2006 suite)

 Calabre et Est Sicile

 

 

Jeudi 3 Août

A courir d'îles en îles, de sauts de puces en sauts de puces, nous voici arrivés en Calabre! Le bout de la botte italienne, là où ça commence à sentir des pieds…

Mais nous courrons surtout de surprises en surprises. Nous qui pensions avaler des milles nautiques une fois rejoint la côte italienne, nous flânons d'escales en escales, découvrant un pays captivant. Et notre arrivée en Calabre ne fait que confirmer notre impression! Certain de trouver une côte sans intérêt, à l'architecture anarchique et laide, nous n'y rencontrons qu'harmonie et beauté! Chaque village est joliment disposé en espalier, à flanc de coteaux, surplombant un port où les bateaux de pêche se partagent l'espace avec les bateaux de plaisance. Son massif calcaire en toile de fond, dont les sommets avoisinent les deux milles mètres, rappelle fortement la Chartreuse. Nous sommes début Août et nous nous retrouvons très souvent seuls dans les mouillages. De quoi réfléchir à la suite de notre programme. Nous savons qu'il en sera autrement une fois atteint les îles Eoliennes et la sur fréquentation de ses ports et mouillages. Et si nous continuions notre descente de la côte jusqu'au détroit de Messine. La Sicile au mois d'Août et les îles en Septembre, rien que pour nous…

Nous venons de crocher notre ancre à Sapri, dans le golfe de Policastro, latitude 40° Nord.

 

Dimanche 6 Août

 

Cinq heures du matin, nous quittons le port de Cetraro où le mauvais temps nous a retenus deux jours durant. Ce port n'a absolument rien qui vaille la peine de s'y arrêter mais nous n'avions pas le choix. Partis de Sapri trente cinq milles dans le nord, nous avions projeté de faire une pose à Diamante dont le nom et son rocher nous rappelait un autre lieu sous les tropiques. Fatigués par une navigation entrecoupée d'orages, nous sommes arrivés dans un port fermé pour cause de travaux! Contraint de poursuivre notre route. Encore douze milles dans la houle et les éclaires… Réjouissant! La pression est descendue à 1001hp et nous avons même été témoin de la formation de deux tornades sur la mer. A éviter absolument!

Le mouillage en avant port de Cetraro, abrité de la houle, nous accueille avec soulagement.

Port thonier a la grande période de Juin et Juillet, pour l'heure, les pêcheurs ont cédé la place aux bateaux de plaisance. Si Cetraro ne présente pas beaucoup d'intérêt, il en va autrement de sa population. La gentillesse est quelquefois surprenante. Nous en avons bénéficié dès le premier soir lorsque, amarrés au quai passagers, nous sommes réveillé à minuit par le bruit du bateau tapant contre la panne. Le fort ressac pénétrant dans la port devenait dangereux pour notre voilier. Il faut partir et nous envisageons de retourner à l'extérieur, dans l'inconfort de la houle… Un couple, venu vérifier l'amarrage de leur petit bateau, se propose de m'accompagner avec leur voiture à l'autre extrémité du port afin d'y repérer une éventuelle place libre. Elle professeur de français et lui médecin passionné par notre pays, la communication est facile. Nous trouvons un emplacement entre un voilier et un bateau de pêche où nous réussissons à nous glisser. Le vent soufflant assez fort, l'opération est délicate et là encore, des pêcheurs nous aident. Pendant une demie heure, ils nous assisterons dans la manœuvre, passant amarres et traverses dans les anneaux du quai. Antoine le médecin, après avoir remmené sa femme, revient voir si nous sommes bien installés. Nous finissons les présentations autour d'une bière bien méritée…

Hier midi, sur recommandation, nous nous rendons au village à deux kilomètres, déguster cette célèbre pizza "del a mare" au restaurant du Moulin. Malheureusement, ils ne font pas de pizza le midi. Quand nous expliquons au patron que nous sommes au port et donc à pied, il se propose de nous raccompagner avec sa voiture et nous offre le même service si nous voulons revenir le soir! Ce que nous ferons bien évidemment.

Ce même soir, Antoine nous proposait de nous inviter a manger chez lui! Nous repartons après avoir échangé nos téléphone, et normalement ce soir, au port de Tropea près du détroit de Messine, une place de port nous attend, la sienne…   

Le jour se lève et nous apercevons au loin, les fumerolles de l'île de Stomboli, un autre programme…

   

Lundi 7 Août

 

Nous allons passer notre deuxième nuit au mouillage, en avant port de Tropea. Arrivés hier dans cette superbe ville, nous n'avons pu récupérer la place de notre ami Antoine déjà occupée par un autre bateau. De toute façon, il était impossible d'y caser Casalibus, beaucoup trop large pour ce petit emplacement. Nous sommes donc restés sur ancre, à l'entrée du port, suffisamment abrités de la houle de nord-ouest.

Cette ville de Tropea se donne des airs de Bonifacio à laquelle elle ressemble un peu. Perchée sur une haute falaise surplombant la mer, ses maisons de plusieurs étages aux murs délavés semblent accrochées dans le vide. Nous devons gravir, depuis le port, les deux cents marches d'un escalier étroit pour atteindre le centre, envahi de promeneurs en ce dimanche d'Août. Les ruelles s'entrecroisent et il est facile de se perdre dans ce dédale anarchique.

Lorsque nous regagnons le bateau après avoir goutté quelques spécialités calabraises, nous nous rendons compte qu'il est fortement chahuté par la houle. D'autre part, un orage peu engageant se prépare au large! Nous appelons la capitainerie par VHF afin d'obtenir un emplacement dans l'enceinte de la marina. On nous attribue la seule place vacante du port entre deux gros yachts italiens dont les occupants rentreront très tard dans la nuit en faisant un boucan d'enfer. L'ambiance des ports de plaisances en été… 

Aujourd'hui, la météo n’est guère réjouissante et nous serions bien restés amarrés au ponton. Seulement voilà, le locataire de la place est revenu. Çà, c'est la raison officielle, mais je soupçonne surtout le peu de poids que pèsent nos trente cinq euros de redevance face à la forte somme dont doit s'acquitter notre remplaçant avec son super yacht. Espérons que cette nuit sera calme et sereine…En cas de force majeur, nous aurions toujours la possibilité de nous installer au ponton carburant, voir même de nous mettre à couple d'un autre bateau.

En tous cas, voilà deux nuits que les nuages sur l'horizon nous masque le cratère rougeoyant du Stromboli, une trentaine de milles au large. Patience, patience!   

 

Mercredi 9 Août

 

Effarant! Nous venons de passer le détroit de Messine, tôt ce matin, à la faveur d'un courant portant, d'après les renseignements obtenus auprès des pêcheurs locaux. Un véritable tapis roulant où il ne ferait pas bon de tomber. Après les fortes rafales de sud à l'entrée du détroit, nous décidons d'attendre un meilleur créneau, au mouillage devant le petit port de Scylla. Rapidement, en nous rapprochant de la rive est du détroit, nous nous rendons compte qu'en étant sous le vent de la côte, tout n'est pas perdu. Nous filons plein gaze en longeant le littorale qui défile sur bâbord à toute allure. Notre loch indique cinq nœuds et demi alors que nous avons un vent de face à vingt cinq nœuds? Après contrôle au GPS, nous marchons à près de huit nœuds! C'est gagné, nous passerons. Les remous dans la passe la plus étroite du chenal sont impressionnants. La mer écume et des vagues déferlent dans tous les sens. On a vraiment l'impression à ce moment là d'être entourés de monstres marins. Je comprends mieux la frayeur des marin d'Ulysse empruntant ce passage mythique…Cela dure une demie heure avant de retrouver un calme relatif. Le trafic dense des ferries reliant la Sicile à l'Italie ne contribue guère à notre sérénité retrouvée!

Encore vingt cinq milles et nous nous retrouverons dans notre premier mouillage sicilien! Nous l'espérons de rêve…Pour l'heure, le défilé de la côte autour de Messine est décevant contrairement à la côte calabraise.

Hier au soir, pour notre dernière nuit sur la rive italienne, nous nous sommes payé le luxe d'un port pour nous tout seul! Notre guide vieux de trois ans l'annonçait en construction et bien…il l'est toujours. Notre nuit fût royale, amarrés à l'abri de la digue, tout proche du village de pêcheurs.

    

Samedi 12 Août

 

Nous voilà amarrés au quai du petit port d’Acitrezza, dans la réserve marine des îles Ciclopi, juste au nord de Catane. Voici maintenant trois jours que nous sommes en Sicile et les impressions sont mitigées. En ce qui concerne l'accueil, pas de problème, nous confirmons que les italiens sont des gens adorables! Pour ce qui est du respect de l'environnement, âmes sensibles, passez votre chemin… Plus nous descendons dans le sud, plus le problème est réel. Ici, jeter un papier d'emballage dans la rue ou un sac poubelle le long d'un chemin est chose normale. Quelque fois, on peut être étonnés de voir des détritus tout autour d'un container à ordures vide! Un employé de la voirie m'en expliquait la raison il y a quelques jours. Les gens se débarrassent simplement de leurs ordures sans descendre de voiture, en jetant le sac poubelles par la vitre, au pied des containers désespérément vides! Un jour, j'apostrophais un italien jetant ses déchets dans l'angle de la digue du port, à dix mètres de notre voilier:

" Italia! Champion del mondo!" en lui désignant le tas d'ordure. Il a réellement cru que je lui parlais de foot et a poussé un cri en levant les bras en l'air…Histoire vraie!!!

Notre deuxième déception concerne cette côte est où les abris naturels font défauts. Le premier soir, nous avons mouillé dans une crique assez jolie, mais par huit mètres de fond, sur les rochers. Pas très engageant pour rester la nuit, d'autant que la houle a fini par rentrer dans la baie avec les conséquences que l'on connaît. Heureusement, la visite du village perché (550 marches…) de Taormine, avec sa vue imprenable sur l'Etna, est exceptionnelle.

Hier, nous avons trouvés refuge dans l'enceinte du port de Riposto où nous avons jeté l'ancre à côté d'un voilier américain. Nous avions l'impression d'être mouillés au pied de l'Etna, au cratère fumant, tant sa silhouette était proche. Cette ville aux trois églises n'a rien d'extraordinaire, mais nous sommes tombés le jour de la "fête de la pêche" qui se déroulait bien évidemment sur le port! Nous y avons retrouvé l'équipage du bateau américain qui avait comme nous, préférer participer que subir!!! Quelques bières plus tard, tout était terminé et nous pouvions enfin aller nous coucher.

Notre grande satisfaction au réveil a été la visite du superbe marché aux poissons. Un choix extraordinaire et des prix a vous faire craquer. C'est ce que nous avons fait en achetant crustacés et poisson pour trois jours!

Aujourd'hui, l'ambiance est différente. D'une part, nous sommes samedi et d'autre part, nous nous trouvons dans cette réserve maritime très prisée des habitants de Catane. Là encore, nous pensions mouiller en extérieur, mais visiblement, des lignes d'eau interdisent toutes tentatives d'approche de la côte. D'autre part, nous nous trouvons au milieu de récifs de basalte noir et l'ancrage paraît aléatoire. Nous finissons par rentrer dans le port et nous installons cul au quai, à côté des…américains. Ils nous aident dans notre manœuvre et nous confirment que l'endroit est libre et gratuit!!! En plus, il y a de l'eau sur le quai. Ce sera le paradis quand tous les "catanais" seront rentrés chez eux…

     

Lundi 14 Août

 

Soleil radieux, mer plate, nous venons de jeter l'ancre dans la baie de Syracuse, au pied de la vieille ville. C'est toujours un peu magique que de pénétrer en bateau au cœur d'une ville et d'y poser son ancre à proximité même de l'agitation des rues. C'est d'autant plus sympa quand il s'agit d'un lieu aussi mythique que Syracuse. Mais ce plaisir est largement mérité aujourd'hui après les trente milles nautiques d'une navigation pénible ou la grosse houle de  travers nous a chahutés pendant toute la matinée. Il faut dire que notre séjour à Riposto c'est terminé dans la bataille! Si notre première nuit au quai du port c'est bien passée, la deuxième fut agitée… Revenant en bus hier en soirée d'une visite de la ville de Catane, nous avons eu la surprise à peine arrivés au bateau, d'un de ces coups de vent inattendu et non prévu. Plus de quarante nœuds dans le port et le branle bas de combat qui en résulte. Le vent est une chose, mais la houle qu'il génère en est une autre. Des vagues énormes qui finissent par contourner la digue et vous soulèvent les bateaux a hauteur du quai! Une nuée de petits bateaux surpris par la force de ce vent catabatique, se ruent dans le port dans l'espoir de s'y mettre à l'abri. Même les pédalos, venus randonner autour des îlots de la réserve marine, rentrent dans le port dans l'agitation générale. Le responsable de tout ça, l'Etna…Ce phénomène se produit quelque fois les soirs d'été, après une journée particulièrement chaude, où les pentes surchauffées du volcan restituent la chaleur emmagasinée durant le jour. Le vent fini par tomber après deux heures d'acharnement. Quant à la houle, c'est très progressivement qu'elle se calmera dans la nuit, avant de se gonfler à nouveau au petit matin. A sept heures nous filons, après de multiples tentatives pour retrouver le sommeil, interrompu cette fois par l'arrivée bruyante des pêcheurs à la ligne…

 

Mercredi 16 Août

 

Nous quittons Syracuse avec regret ce mercredi matin. Avec regret car Syracuse mérite pleinement sa renommée. C'est tout simplement beau! Et bien que très touristique, la ville est paisible et la vie y est peu chère. Est-ce la raison de la présence de nombreux français? Nous appréhendions de nous retrouver dans un lieu aussi touristique un jour de quinze Août, et bien c'était plutôt une opportunité. Nous avons assisté à une course de barques traditionnelles dans la baie. Le plus impressionnant étant la multitude de bateaux accompagnateurs. On aurait pu se croire à un départ de la course du rhum tant l'ambiance y était! Et puis le quinze Août étant une fête religieuse, dans un pays comme l'Italie, cela pèse lourd…Carillonnages a tout va, processions dans les rues, fanfares et musiques accompagnent les madones que l'on dépoussière pour l'occasion.

Quelques rencontres avec d'autres navigateurs nous on permit aussi d'échanger des infos et de goutter un "champagne" sicilien très particulier à bord d'un voilier de cinquante pieds tout confort… Aucun navigateur français dans tous ces échanges sympathiques! Tout juste s'ils répondent à nos saluts.

Aujourd'hui, un vent d'est de quinze nœuds nous pousse vers le cap Passero, extrémité sud de la Sicile.       

 

Malte  

 

Vendredi 18 Août

 

Le soleil se lève juste sur la baie de Porto Palo lorsque nous appareillons pour Malte. Bien que la météo soit favorable, nous appréhendons cette navigation dans "l'alizé diesel". Depuis que nous avons rejoint l'extrême sud de la Sicile, les vents sont absents. Par contre, la houle semble ne jamais se lasser de nous bercer… De toute façon, il nous fallait quitter ce triste port de Porto Palo. Désolation complète! Le village se trouve à deux kilomètres et les abords du bassin sont lugubres. Ancienne usine en ruine, maisons de pêcheurs à l'abandon et décharge publique tout autour. Un chantier navale travail encore au ralenti semble t'il, car de nombreux chalutiers y pourrissent. Trois d'entre eux sont tunisien et ont été saisis suite à un trafic inavouable.

Seul agrément à ce sinistre tableau, le trafic des thoniers qui viennent mouiller dans la baie. Le Cap Passero, extrémité sud de l'île, est un lieu de pêche très prisé car des bancs de thons et d'espadons empruntent régulièrement ce Canal de Sicile entre l'Afrique et l'Italie du sud. Ces poissons y sont d'ailleurs très bon marché ce qui n'est pas pour nous déplaire! Bien évidemment, j'en profite pour mettre ma ligne à la traîne, armée de son nouveau leurre acheté pour l'occasion…      

 

Dimanche 20 Août

 

Deuxième jour que nous sommes à Malte et jusqu'à tout a l'heure, le moral était dans les baskets! Nous étions loin de nous imaginer une île aussi urbaniser. Et quel urbanisme! La Grande Motte fait figure d'exemple en comparaison à Malte. Pas une parcelle de la côte autour de la Valette où ne se dressent d'horribles immeubles de toutes époques. Et quand un espace est disponible, ce sont des grues qui s'attaquent a combler le vide par une future "demeure de rêve dans un ensemble enchanteur"…       

Nous avions pourtant décidé d'atterrir au nord de l'île, loin de la capitale que nous savions très bruyante. Après une traversée plutôt rapide grâce à la petite brise soulageant notre moteur, nous avons jeté l'ancre dans une baie paraissant idyllique d'après la carte et plutôt tranquille d'après notre guide. En fait, un port au milieu des immeubles! Pas un brin d'espace de verdure. Du béton, toujours du béton et une température avoisinant les quarante degrés!

Seule consolation, l'endroit est parfaitement abrité. Et puis, un superbe poisson pêché pendant la traversée fini sa vie sur le barbecue. Une belle prise à laquelle auraient pu s'ajouter trois autres que je n'ai pas réussit a ramener à bord. Une superbe bonite de cinquante centimètres s'est décrochée alors qu'elle était déjà dans l'épuisette beaucoup trop petite pour elle…     

Aujourd'hui, nous avons enfin déniché une petite crique a peu près tranquille, bien que nous soyons dimanche, la baie de San Tumas. Seuls quelques hôtels occupent le rivage, mais la côte tout autour est bordée de falaises de schiste blanc. L'eau est transparente et les fonds de sable blanc se laissent voir sans problème. A cinq milles au sud de la capitale, il semble que se soit un lieu très prisé des citadins de la Valette, car de multiples bateaux à moteurs sont mouillés ici pour la journée. De toute façon, après une journée et une nuit passées dans la marina en plein cœur de la ville, nous trouverions paradisiaque la baie de La Ciotat en plein mois d'Août… 

Hier matin, nous avons rapidement quitté notre mouillage de Saint Paul's bay et ses tristes immeubles, pour nous rendre directement à la ville. La vraie, celle qui mérite d'être vue. Effectivement, La Valette est une ville chargée d'histoire où chaque conquérant a laissé sa trace. Je parle de la ville historique évidemment, car ici plus qu'ailleurs, la banlieue nous montre son désespoir et sa laideur. La vieille ville est bâtie sur une presqu'île de chaque côté de laquelle se sont construit des ports de commerce. Par la suite, l'essor de la navigation de plaisance a fait s'installer des marinas tout confort. Malheureusement, il ne reste plus de place pour le mouillage forain et nous avons du nous résoudre a gagner une de ces marinas. Avec le change avantageux, les prix sont abordable, mais la chaleur a l'intérieur de la cité est insupportable. Une autre chose est insupportable, ce sont les formalités douanières que l'on nous impose encore malgré l'appartenance du pays à la communauté européenne. Formulaires en trois exemplaires à remplir en anglais! La secrétaire de la marina s'est montrée très compréhensive et très ennuyée elle aussi par toute cette surcharge de travail inutile. Et il faudra recommencer lors de notre sortie du territoire. Je risque fort d'oublier la démarche…

La trace la plus visible à La Valette est celle laissée par les anglais évidemment. Conduite à droite, bus typiques des années soixante et encore vaillants aujourd'hui. Ces bus sont d'ailleurs bichonnés par leurs conducteurs même s'ils les mettent à rude épreuve! Nous en avons pris un qui accusait quarante cinq années de service avec clochette d'origine actionnée par un câble par les voyageurs demandeurs du prochain arrêt. Je pense qu'ils font la fierté non seulement de leurs chauffeurs mais de tous les habitants de l'île, et le bonheur des nombreux vendeurs de miniatures les représentant! Par contre, j'ignore qui apporta ici cette tradition un tant soit peu pénible de tires d'artifices et de pétards à toute heure du jour et de la nuit…

               

Mercredi 23 Août

 

Nous profitons de la fraîcheur toute relative à l'intérieur du bateau. Il est quatorze heures et une petite brise thermique maintien la température juste au dessus des trente degrés! Nous sommes ancrés dans "Le" mouillage paradisiaque de Malte. En fait, au nord de l'île de Comino, entre Malte et Gozo. C'est beau, même très beau. Des eaux turquoise sur fonds de sable blanc…enfin, vous connaissez la chanson! Très honnêtement, on pourrait se croire aux Maddalena. Seulement, à moins de un mille de Gozo et une dizaine de La Valette, ce petit paradis est envahi de touristes débarqués des nombreux bateaux assurant les navettes. Tout est organisé avec transats a disposition, vendeurs de glace et de burgers et espace baignade délimité. Collecte des ordures et WC sur la plage. Le soir venu, rien ne laisse transparaître d'une telle fréquentation. Rien a voir avec son homologue sarde et l'anarchie qui y règne. Et en plus, l'accès est libre et gratuit.

Il fallait bien tout ça pour nous convaincre du bien fondé de notre escapade dans cette petite nation de la Communauté Européenne. Depuis notre arrivée, nous allons de déceptions en déceptions. Après notre descente de la côte est où nous avions réussi a trouver une baie relativement sympathique pour passer la nuit, nous avons fait escale à Marsexlokk à l'extrémité sud de Malte. Il s'agit d'un immense complexe portuaire d'où entrent et sortent d'énormes porte- containers et où l'activité ne s'arrête jamais. Nous avons trouvé une place à l'écart pour mouiller notre ancre, proche des quelques petits bateaux de pêche amarrés sur bouées. Nous n'étions que deux voiliers, perdus dans ce décor à pleurer. Fuir absolument, c'est ce que nous avons fait hier matin malgré une météo peu favorable à une remontée de la côte ouest de l'île. Vingt nœuds de vent dans le nez avec une grosse mer, ces vingt milles de navigation resterons un mauvais souvenir que la baie de "Blue Lagoon" contribue à nous faire oublier.

Demain, si le temps le permet, nous traversons sur la Sicile afin de retrouver cette ambiance italienne qui nous manque déjà…              

 

Vendredi 25 Août

 

Ca y est! Nous sommes de retour en Sicile. L'ambiance, nous l'avons retrouvée, mais pas celle que nous connaissions… Une heure après notre arrivée dans le port de Scoglietti où nous avons mouillé à l'abri de la digue, les gardes-côtes nous ont fait cherchés dans toute la ville. Motif, le mouillage est interdit en avant port! Ils ont fini par nous trouver à la terrasse d'un bar où nous n'avions encore rien consommé. Il a fallu les suivre immédiatement. Tant pis pour la bière dont nous rêvions durant notre traversée depuis Malte… Après contrôle de nos identités, nous avons tout simplement été expulsés! Pas de place pour nous dans la minuscule marina et le prochain port est à treize milles. Plus de deux heures, après une journée complète de navigation… La nuit tombe déjà, nous optons pour un mouillage en extérieur du port, en comptant sur la clémence des éléments. Envolée la pizza aux fruits de mer que nous comptions nous envoyée au restaurant sur le port… Je hais les uniformes et leurs intransigeances!!!

Le repas à bord est amer d'autant que la pêche du jour n'a pas été fructueuse comme lors de notre précédente traversée. Il me semble qu'une lassitude est en train de s'installer auprès de l'équipage…   

 

 

Dimanche 27 Août

 

Licata: latitude 37°nord, longitude 14°est. Nous connaissons la ville sur le bout des doigts! Deux jours déjà que nous la parcourons de long en large. Une bourgade attrayante où le baroque est maître des lieux. Nous comptions nous y reposer une journée, mais la météo en a décidé autrement. Un vent de nord-ouest de force sept (trente cinq nœuds) nous contraint à rester à l'abri. Là encore, nous nous en tirons bien, il y a pire comme exile! La ville nous plait et nous y rencontrons des gens tout à fait sympathiques. Nous y avons même nos habitudes en ce qui concerne le café du matin ou la bière du soir…

Il faut cependant reconnaître que cette côte sud de la Sicile, en dehors de ses sites archéologiques, ne présente que peu d'intérêt. D'ailleurs, les bateaux de plaisances qui y naviguent se font rares. Nous ne sommes que trois dans l'immense avant port pourtant parfaitement abrité. Des projets existent pourtant. Un des responsables du port, rencontré sur la jetée, nous a gentiment glissé a bord de l'annexe un prospectus alléchant sur la future marina! Très professionnellement, il avait joint également une copie de la météo pour les quarante huit heures à venir et une documentation sur la ville. Une motivation que l'on aimerait rencontrer plus souvent "par chez nous"!!!

 

Mardi 29 Août

 

Nous sommes toujours trois voiliers au mouillage! Rien de changé. Quatre jours que ce p. de vent de nord-ouest nous bloque ici. Ce matin à six heures, nous avons tenté une sortie, la météo de la veille nous y incitant. Une demi-heure plus tard, nous étions de retour! Des creux de deux mètres, et déjà quinze nœuds de vent dans le nez. Nos compères vont se marrer quand ils nous verront mouillés un peu plus loin. Hier au soir, nous leurs avions dit adieu, persuadés que nous étions de pouvoir partir. Nous les avions trouvés un peu défaitistes, voir timides de ne pas nous imiter… Un couple d'anglais qui remontent dans le nord, comme nous. Ils hivernent leur bateau dans le port de Sciacca où nous comptons nous renseigner. L'autre bateau est sous pavillon américain, mais son équipage est franco- israélien. Charles vient de fêter ses quatre vingt ans! Hier, il nous conseillait la patience… "Jeunes" cons que nous sommes! Tout juste rentré d'une transat avec sa femme, il reste imperturbable face à ce vent permanent qui balaie l'avant port. Lundi, nous avions changé de place afin de nous mettre un peu plus à l'abri, derrière les silos à ciment construits sur la digue. Il n'avait pas compris le but de notre manœuvre! Trente nœuds de vent et le clapot qu'il génère ne le dérange nullement! Ils nous comptent leur traversée et leur séjour en Amérique du sud, terre de naissance de Mimi, panaméenne d'origine. Lorsque je m'étonne de la durée de leur parcours Canaries, La Barbade, soit vingt six jours en pleine période des alizés, lui fini par m'avouer qu'ils ont terminés sous gréement de fortune. Démâtés en plein océan, victimes d'un coup de vent non anticipé…Il en faudrait un peu plus pour lui faire raccrocher son ciré à cet homme là!            

Vues les prévisions météo pour les jours à venir, je crains qu'il n'y est encore d'autres soirées apéro sur nos bateaux…

            

Vendredi 1er Septembre

 

Partis! Nous sommes partis, enfin! Après huit jours d'escale forcée, nous avons quittés le port de Licata à sept heures ce matin. Les Anglais nous ont précédés de quelques heures et après un contact radio, ils nous confirment que la mer est slight…

Hier au soir, nous prenions notre dernier verre de l'amitié à bord de "Nous Deux", le bateau de Mimi et Charles, et rien n'était joué. Alors que nous nous préparions a sortir ensemble, manger une pizza en ville, un méchant vent du nord a balayé le bassin, contraignant chacun de nous a regagner son bord.

Aujourd'hui, c'est calme plat (pour l’instant), et nous imaginons la déception des doyens de notre petite bande lorsqu'ils s'apercevront de notre départ à leur réveil…Eux sont bloqués encore quelques jours à Licata, en attente d'une pompe à eau pour leur moteur. Ensuite, ils doivent rejoindre Israël pour hiverner…

Cette ville nous aura marqués par la sympathie générale des rencontres que nous y avons faite. Une belle consolation dans notre "malheur".

 

Lundi 4 Septembre

 

Les températures chutent de jours en jours. Dix sept degrés au petit matin, nous avons ressorti les couvertures.

Notre séjour à Porto Empédocle s'achève ce matin. Le but de cette escale est bien évidemment Agrigente, haut lieu archéologique sicilien. C'est la première fois que nous visitions un tel site. Epoustouflant! On ne peut être qu'admiratifs devant de tels chef- d'œuvres que ces temples construits dans la vallée des merveilles. Si, de la plupart d'entres eux il ne reste debout que quelques éléments de construction, celui de la Concorde est parfaitement conservé. Deux milles cinq cents ans de guerres, de tremblements de terre et de tempêtes ne sont pas venus à bout de cette merveille architecturale. Il y a une telle concentration de sites archéologiques autour de la ville d'Agrigente qu'il est impossible de tout voir en deux jours. Nous aurons fait le maximum, mais il y a des jours où j'aimerais être un archéologue passionné.

En ce qui concerne le port de Porto Empédocle, nous avons eu la malchance de tomber un week-end de "fiesta"! Une de ces fêtes où l'on sort des églises la statue d'un saint quelque-chose et que l'on promène dans les rues, le jour et la nuit, accompagné d'une troupe de joyeux lurons armés de tambours. Bien évidemment, les forains profitent de l'occasion pour installer des manèges, le long du port il y a de la place! Ah, et puis si toute fois, il vous arrivait de vous oublier au lit le matin, les vingt et un coups de canon à sept heures vous rappellent que la messe est à huit heures trente… En clôture hier au soir, nous avons profité d'un splendide feu d'artifice tiré à…deux heures du matin! Nous sommes crevés, vidés.

Mais que de gentillesses chez les siciliens! Nous étions le seul voilier au mouillage dans l'avant port, et là encore, nous avons bénéficié de beaucoup d'attentions de leur part. Nous n'avons jamais fermé notre bateau en Sicile et très rarement cadenassé notre annexe. Hier dimanche, alors que nous demandions notre route pour rejoindre le port depuis Agrigente, en comptant faire du stop, un automobiliste nous a tout simplement reconduits a domicile! Douze kilomètres aller-retour alors qu'il ne nous connaît pas, juste pour rendre service…

Aujourd'hui, nous mettons le cap sur Sciacca, à vingt cinq milles plus au nord, où nous allons négocier pour l'hivernage de Casalibus…         

 

Mercredi 6 Septembre

 

Ca y est! C'est fait, nous avons trouvé une place pour notre voilier à la marina de Sciacca. De toutes façons, nous n'avions guère le choix, car après plusieurs contacts avec d'autres ports sur la côte nord, nous manquions de nous étrangler à chaque annonce des tarifs…Ici, nous avons négocié ferme et sommes parvenus à un accord satisfaisant bien que nous soyons à près du double de l'année passée! Nous avions la possibilité de traverser sur la Sardaigne pour retrouver notre fabuleux port de Santa Maria Navarrese, mais les trente six heures de navigation qui nous en séparent nous en dissuadent. D'autant qu'il faudrait les refaire dans l'autre sens l'année prochaine… Quand à la Tunisie toute proche, un passeport est obligatoire pour y rentrer et nous n'avons qu'une modeste carte d'identité. Arrêtons là les regrets. Nous avons une place et je suis soulagé. Il nous reste quatre semaines pour explorer la côte ouest et l'archipel des îles Egade, nous ne risquons pas le stress! D'autant que nous avons même réservé les billets du retour, pour le trois Octobre…

Et puis deux jours à Sciacca nous ont permis de nous renseigner auprès des autres marins de la marina. Certains hivernent ici depuis plusieurs années et sont tout à fait satisfaits. La ville n'est pas désagréable et les paysages alentour très montagneux.

Pour l'heure, nous longeons le littorale par mer plate et vent nul, direction Mazara del Vallo sur la côte ouest.

 

Dimanche 10 Septembre

 

Mer calme, soleil voilé, nous filons sur l'île de Favignana, la plus grande et la plus au sud des îles Egades.

Après une journée passée au mouillage à Mazara del Vallo, premier port de pêche sicilien, nous avons continué notre remonté de la côte en direction de Marsala dont chacun connaît le vin qui en fait sa renommée. Comme la majorité des villes côtières de la Sicile, Marsala est tout d'abord un port dont les alentours sont peu engageants. Bâtiments en ruine, chantiers navals délabrés et quais encombrés d'immondices! Il faut avoir le courage d'affronter tout ça et de traverser le quartier du front de mer et ses affreux immeubles pour enfin pénétrer au cœur de la ville historique. Là, l'on retrouve les rues pavées bordées des façades au style baroque de la grande époque sicilienne. Les églises et chapelles ont chacune une architecture différente mais elles sont si nombreuses et quelquefois tellement cachées que l'on en oublie certainement. Et comme de partout sur l'île, il faut éviter de s'y balader l'après midi a moins de rechercher la tranquillité. Entre quatorze heures et dix huit heures, les rues sont désertes et les magasins fermés pour cause de "siesta"…La ville est surtout agréable le matin, autour du marché aux poissons où les petits pêcheurs y vendent leurs prises du jour dans de grandes corbeilles en osier. Quand au musée archéologique de Marsala, il se démarque des autres par la diversité de ses collections et par sa plus belle pièce: l'épave d'une galère datant du troisième siècle avant JC.     

Si agréable soit-elle, cette ville ne mérite toutefois pas les trois jours que nous lui avons consacrés. La véritable raison de cette escale prolongée est encore une fois due a la météo défavorable…

Il y a longtemps que je ne vous avais pas parlé de mouillage idyllique, avec mer cristalline et fonds de sable blanc! Il est onze heures du matin et nous laissons tomber notre ancre dans la baie de Calarossa au nord-est de l'île de Favignana. C'est exactement comme sur les cartes postales et nous sommes heureux de retrouver la magie d'un "mouillage de rêve"!!!   

 

Mardi 12 Septembre

 

Deux jours que nous sommes encrés dans l'avant port de Favignana, unique ville de l'île du même nom. Cette fois, ce n'est ni contrains ni forcés, mais simplement parce que l'endroit est très agréable. Le petit port de Favignana est charmant! Rien a voir avec ces ports industriels aux eaux grises que nous avons fréquentés jusqu'alors en Sicile. Nous sommes mouillés devant la plage, au fond de cette crique semi naturelle, au pied des bâtiments rénovés de l'ancienne conserverie de thon. La pêche au thon ici n'est pas seulement un métier, mais une institution. Elle se pratique d'Avril à Juin et reste la principale ressource de l'île avec le tourisme. Le thon est pêché au filet, entre les différentes îles de l'archipel des Egades et la remonté de ces filets a un caractère plutôt violent! Les thons sont hissés à bord des bateaux par les pêcheurs munis de longs crochets en aciers. Cœur sensibles s'abstenir!

Parfaitement abrité, nous pouvons laisser Casalibus en toute tranquillité pour partir à la découverte de l'île. Vue sa dimension, neuf kilomètres de long par quatre de large, c'est en vélo que nous parcourons les routes et sentiers qui serpentent à travers les nombreuses carrières de tuf dans la partie est de l'île et l'unique sommet dans l'ouest. Avec ses trois cents mètres d'altitude, c'est une petite balade de santé pour les montagnards que nous sommes…       

    

Vendredi 15 Septembre

 

Il fallait bien que l'on goutte à ce fameux vent redouté des marins sicilien qu'est le sirocco. C'est fait! Arrivés avant hier dans le minuscule port de Marettimo, île la plus à l'ouest de l'archipel, nous étions amarrés cul au quai, proche de deux bateau d'excursion. Notre navigation depuis Favignana, distante de dix milles nautique, c'était effectuée par vent établi de vingt nœuds. Un véritable plaisir si ce n'est la levée d'une houle de plus en plus confuse au fur et à mesure de notre approche de Marettimo. Une magnifique dorade coryphène nous a même fait le plaisir de mordre à notre ligne de traîne! Alors que nous la dégustions le soir même en tartare, la houle s'est accentuée et le vent a forci au fil des heures. A une heure du matin, le réveil fut brutal. Nous touchions le quai sur bâbord alors que nous en étions éloignés de plus de deux mètres lors de notre accostage! Faire vite! Larguer les amarres et foutre le camp avant que le bateau ne s'éclate contre ce quai en pierre. La présence de deux marins venus surveiller leurs bateaux nous facilite la tâche. Lorsqu'ils m'entendent démarrer le moteur, ils comprennent immédiatement que notre ancre a dérapée et se précipitent a notre secours. Un retient l'avant du bateau qui touche le quai pendant que l'autre nous libère de nos amarres que j'avais doublées pour la circonstance…Il sera même obligé d'en trancher une récalcitrante avec son couteau. La houle du sud qui rentre dans le port est devenue énorme! Les marins nous invitent a aller de l'autre côté, dans le bassin nord. Nous nous y étions engagés lors de notre arrivée et n'avions pas trouvé de place, les bateaux de pêche pour la plupart étant déjà amarrés à couple en trois ou quatrième positions. Qu'à cela ne tienne, nous nous y installerons en cinquième position, toujours avec leur aide! Ici, le vent souffle toujours aussi fort mais la houle n'y pénètre pas. Un vrai bonheur! Pour l'instant…

Sur notre guide nautique, il est stipulé que "le sirocco souffle entre un et trois jours et qu'il s'accompagne de pluies". Nous passerons la journée du lendemain pratiquement cloîtrés à l'intérieur du bateau tellement les pluies sont abondantes! Quand à la soirée, c'est l'apothéose avec un vent soufflant par rafales à plus de quarante cinq nœuds. Si le premier bateau de la rangée rompt ses amarres, nous serons cinq emportés par le vent. Heureusement, la plupart des propriétaires de ces bateaux sont sur place et surveillent leurs embarcations.

L'agitation sur les bateaux le vendredi matin nous tire d'un sommeil profond après ces deux nuits consécutives de stress. Il fait beau et le vent est complètement tombé. Chaque bateau veut partir et, nous trouvant en bout de file, nous sommes les premiers a devoir quitter les lieux. Le bassin sud étant redevenu calme, nous retournons nous y amarrer en prenant soin de nous écarter le maximum du quai. L'après midi, bien que le temps soit orageux, nous partons a pieds à la pointe nord de l'île en empruntant un très joli sentier à flanc de montagne. Nous nous trouvons sur le versant est du mont Falcone qui culmine à six cent quatre vingt mètres d'altitude. Les pentes escarpées sont recouvertes d'une maigre végétation où fleurissent quelques plantes grasses. Une forêt de pins maritimes borde le rivage au sortir du village. Malgré la chaleur, nous retrouvons le plaisir des marches en montagne et avons grand besoin d'espace après cette journée confinés à bord…

 

Samedi 16 Septembre

 

La météo prévoyait pour la nuit dernière, des orages avec un vent d'ouest à nord ouest force sept. Après renseignement auprès des locaux et notamment de nos dévoués sauveteurs, il s'avère que nous serons bien protégés de la houle et des vents dominant là où nous sommes actuellement. D'ailleurs, beaucoup de bateaux viennent s'y amarrer pour la nuit. Et la météo ne s'est pas trompée en ce qui concerne les orages. Pour ce qui est du vent, c'est du force dix dans les rafales que nous nous sommes offert!!! Tempête, tout simplement, avec cinquante nœuds de vent enregistré à l'anémomètre…Notre ancre a tenue, nos amarres ont résistées et notre moral n'a pas flanché! De toute façon, nous étions tellement cernés par les bateaux qui nous entourent ce matin après leur fuite du bassin nord, que nous ne risquions pas de toucher le quai. Si nous voulions quitter l'endroit aujourd'hui, c'est vingt bateaux qu'il faudrait déplacer. Pour l'heure, notre seule envie est de dormir…

 

Mardi 19 Septembre

 

Marettimo, toujours et encore!!! Du vent de nord-ouest encore et toujours…Trente nœuds en permanence et du quarante régulièrement dans les rafales! Ca tombe bien, nous ne sommes pas pressés, mais quand même! Une semaine que nous sommes ici, cernés par tous les bateaux de pêche et d'excursion. Seul voilier dans le port, nous finissons par faire tâche! En tous les cas, nous sommes la principale occupation des vieux du village…Des heures ils restent plantés sur le quai à nous regarder. Nous ne prenons même plus nos repas dans le cockpit tellement ça devient gênant. Gentils tous ils sont, mais depuis sept heures le matin jusqu'à huit heures du soir, c'est pesant!

Heureusement, l'île est vraiment sympa et de nombreux sentiers de randonnée la parcourt et nous permettent une évasion quotidienne. L'ascension du Mont Falcone est à la fois facile et grandiose. Nous surplombons en permanence les flots déchaînés et la vue du sommet est fantastique. Avec quatre vingt kilomètre heures de vent, il y fait presque frais et nous n'y  restons que quelques minutes. Le lendemain, lors d'une autre randonnée, nous avons la chance de surprendre un bouquetin solitaire qui s'échappe devant nous à quelques mètres seulement.

Demain, il semble que la météo soit plus favorable et nous espérons bien rejoindre Lèvanzo, dernière des îles de l'archipel des Egades…          

   

Vendredi 22 Septembre

 

Nous laissons derrière nous les îles Egades après un séjour de plus de dix jours. Les conditions climatiques ne nous ont pas permis d'en explorer tous les recoins et nous nous sentons un peu frustrés malgré tout. Nous avions encore deux ou trois jours devant nous avant de regagner notre port d'hivernage, mais cette fois, c'est un coup de vent de sud-est qui est annoncé pour les prochains jours, juste dans la direction où nous devons aller! Nous ne sommes pas tentés par un nouveau séjour prolongé sur ces îles et cette fois, je dois avouer qu'il nous tarde de rentrer à la maison…

Avant hier, nous avons mis le cap sur Lèvanzo depuis notre "exile" de Marettimo. Nous étions heureux de naviguer à nouveau et à la voile qui plus est! Cette île est la plus au nord de l'archipel et présente deux ou trois mouillages intéressants. Nous nous sommes contentés de celui qui nous semblait le plus abrité. Mais il s'avère qu'aucun n'est vraiment totalement protégé. Devant le petit port de Lèvanzo, nous avons subit un vilain ressac durant toute la nuit…Aucune motivation au petit matin pour prolonger notre séjour, nous avons décidé de gagner le port de Favignana où nous étions au moins certain de la protection. En remontant notre ancre, nous avons la mauvaise surprise d'être accrochés dans une lourde chaîne d'amarrage! Il me faut plonger, par huit mètres de fond, afin de frapper un orin en tête de notre ancre et qui nous permettra de la libérer de ce piège sournois.

 

Jeudi 28 Septembre

 

Depuis samedi, nous sommes amarrés à la marina "Lega Navale" de Sciacca. Notre périple 2006 s'arrête ici, dans le sud de la Sicile. Nous préparons Casalibus à cette prochaine séparation et le bichonnons au mieux. Nouvelles amarres, pares battages supplémentaires et amortisseurs d'aussières. Il faut dire que ces derniers jours nous ont donnés un aperçu des conséquences d'un coup de vent au niveau du port de Sciacca. La houle y rentre et malmène les pontons et les bateaux qui s'y trouvent d'une façon surprenante. Nous avons franchement l'impression d'être en pleine navigation tant le voilier tangue et roule! Avec quarante nœuds de vent de travers, nous gitons de trente degrés sur bâbord. Heureusement, un emplacement un peu mieux protégé doit nous être attribué demain, mais je croise les doigts pour qu'aucune tempête ne passe par ici cet hiver…

En ce qui concerne l'ambiance, elle est très bonne. Nous avons retrouvé Piter en compagnie de son père, âgé de soixante dix ans et que nous avions rencontré à Syracuse. C'est lui qui nous avait indiqué ce port pour hiverner. Nous avons passé une dernière soirée avec eux, avant qu'ils ne s'envolent pour l'Angleterre dimanche matin. Depuis, Régine et Gérard à bord d'Utopus sont venus se mettre à l'abri dans la marina et les soirées sont bien occupées. Ils arrivent de Turquie via la Grèce où ils ont navigué plusieurs années. Leurs conseils nous seront précieux et leur enthousiasme pour ces pays qu'ils ont tant sillonnés nous conforte dans notre choix pour nos prochaines navigations. Avec Gérard, nous courrons les chipchandleurs du coin à la recherche des meilleurs tarifs en équipement et il s'avère que Sciacca est une très bonne place en la matière. Ca tombe bien, la batterie moteur de Casalibus vient de flancher…

Les journées passent si vite que nous n'avons encore pas découvert la totalité de cette ville. Nous espérons pouvoir le faire avant la fin de la semaine, dès que nos sacs seront bouclés…              

 

Dimanche 1 Octobre

 

L'échéance de notre départ approche! Le soleil est enfin revenu et un régime de brises c'est installé. Utopus en a profité hier pour mettre les voiles. Nous leurs souhaitons bon vent jusqu'à leur destination, le sud de l'Espagne…

Ce mois de Septembre qui s'achève aura vraiment été détestable pour la navigation et nous allons tacher de l'oublier en ne retenant que les meilleurs moments passés dans le sud de la Sicile. Notre impression sur cette région est vraiment très mitigée. La côte ne se prête guère à la navigation et l'absence de mouillage sûr est un handicap certain pour les adeptes de liberté que nous sommes. Etre obligés de fréquenter les ports, qui plus est souvent très sales, ne nous convient pas du tout! Les meilleurs souvenir resteront les visites des sites archéologiques et des villes historiques rencontrés sur notre route et puis surtout, la gentillesse exceptionnelle des siciliens. Dommage que cette gentillesse n'est d'égale que leur mépris pour l'environnement! La Sicile et la Calabre sont sans aucun doute les régions les plus salles d'Europe…

Quelques voyages en bus nous ont permis ces derniers jours de visiter un peu l'intérieur du pays. Beaucoup de vignes et l'agriculture en générale est très développée sur ces terres plutôt arides. Oliviers, citronniers et figuiers de barbarie sont les principales richesses. C'est lors d'un de ces voyages, qu'hier, notre téléphone portable a malencontreusement glissé de ma poche…Perdu pour toujours, ce petit appareil magique nous permettant de garder le contact avec "chez nous". Enfin perdu, peut être pas pour tout le monde!

Pour l'heure, nous sommes heureux de retrouver prochainement famille et amis après ces cinq mois de séparation… 

 

Sud Sicile et îles Egades     

        

Par muzet pascal
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Jeudi 30 mai 2013 4 30 /05 /Mai /2013 15:06

TROISIEME PARTIE : de la Sicile à la Grèce. (Eté 2007) 

 

Nord-Sicile-et-iles-Eoliennes.jpg

 

lundi 21 mai 2007

 

Dans deux jours, le départ ! Que n’a t’on pas rêvé sur ce mot magique synonyme de liberté et de voyages. Dans deux jours la séparation d’avec les proches ! C’est cela aussi un départ. La contre partie est quelquefois difficile, mais c’est le prix à payer pour tous les voyageurs…

Nous allons retrouver notre compagnon de voyage « Casalibus » que nous avons laissé en Sicile à la marina de Sciacca. Quelques heures de train et d’avion et nous seront à bord, avec en perspective une semaine de travail acharné (j’exagère un petit peu !) pour la remise en état de notre voilier. Après, ce sera l’aventure vers des îles aux noms enchanteurs : Eoliennes, Corfou, Cyclades…

 

Mercredi 23 mai

 

Première étape réussi, nous avons attrapé notre TGV et sommes confortablement installés pour ce parcours en direction de Milan. Une traversée des Alpes rapide mais très belle sous le soleil de ce mois de mai. Pour nous, ce n’est pas une première puisque nous avions fait le trajet inverse pour rentrer en octobre dernier. Une dernière vue sur le Granier que nous laissons derrière nous avant de nous enfiler dans la vallée de la Maurienne, puis ce sera Modane et son tunnel qui nous mènera en direction des Alpes italienne et de Milan où un avion nous portera en moins de deux heures à Palerme, capitale de la Sicile.

Nous en profitons pour passer nos derniers coups de fil à la famille, avec notre portable pendant que nous sommes encore sur le réseau français. Il nous reste du forfait et celui-ci sera inutilisable une fois la frontière franchie. Comme tous les forfaits téléphoniques à venir d’ailleurs ! Il est quand même scandaleux que pendant quatre mois, notre crédit de téléphone soit perdu et non déduit des appels que nous passerons depuis l’Italie ou la Grèce ! Encore une aberration de notre système économique à l’heure de la construction européenne…  

 

Vendredi 25 mai

 

Il est vingt et une heures et une douce fraîcheur s’est installée dans la marina. Il y a deux jours que nous sommes à Sciacca et l’acclimatation est terminée ! Nous avons retrouvé notre voilier sagement amarré au ponton et aucune mauvaise surprise pour ternir notre arrivée tardive de mercredi soir. Les mauvaises surprises, c’est encore Easy Jet qui nous les réserve. Avec une heure de retard sur le vol, c’est tout notre programme qui est perturbé. Nous récupérons in extrémiste notre véhicule de location à vingt et une heures trente à l’aéroport mais n’arrivons qu’à vingt deux heures quarante cinq à la marina où le patron du bar nous attend pour nous ouvrir la grille d’accès. Rien de bien grave, mais toujours ce sentiment d’être à la merci des disfonctionnements des différents organismes qui gèrent nos voyages ! 

Nous avons consacré ces deux jours, non pas à la préparation du bateau, mais à la visite  de l’intérieur de l’île en profitant du véhicule de location dont nous disposions jusqu’à ce soir. Cette partie sud de la Sicile à vrai dire, ne présente guère d’intérêt ! Hormis bien entendu, les sites archéologiques dispersés le long de la côte. Nous avions visité celui d’Agrigente l’an passé, nous avons exploré celui de Selinente aujourd’hui. Même impression de démesure et de grandeur face à ces temples grec vieux de 2500 ans, encore debout pour certains et dont le mystère de la construction reste entier.

Nous sommes heureux par contre, de retrouver la gentillesse des Siciliens, leur sens de l’hospitalité et la solidarité dont ils font preuves dans les moments difficiles. Pour l’heure, les difficultés sont absentes mais à n’en pas douter, elles ne manqueront pas à l’appel lors de la préparation de Casalibus.

 

Dimanche 27 mai

 

Temps gris et pluies intermittentes depuis hier sur la marina. Quelques voiliers en attente de jours meilleurs pour poursuivre leurs navigations. Chacun s’occupe à la maintenance des voiliers, mais les averses chargées de sable rouge découragent les navigateurs. A peine les ponts nettoyés qu’une pluie vicieuse venue d’Afrique, déverse son lot de poussières teintées sur les coques immaculées ! Je ressens une très forte compassion pour Brigitte visiblement dépitée ! 

Je me suis attaqué hier à la mécanique du voilier. Changé la batterie du moteur qui était hors service, remplacement des courroies d’alternateur et de pompe à eau et de la turbine d’aspiration. Et là, premières déconvenues. La courroie d’alternateur achetée en France de même que la turbine, ne sont pas les bons modèles !!! En fouinant dans mes réserves, je retrouve une courroie de rechange, mais pour ce qui est de la turbine, je dois me rendre à l’évidence, remettre en place l’ancienne en espérant qu’elle tiendra encore quelques miles en attendant d’en trouver une chez le prochain représentant Yanmar, en Italie ou en Grèce.

A part ça, pas d’autres problèmes. Je suis même impressionné de la facilité de démarrage du moteur après ces longs mois d’inaction. Les mystères de la mécanique…Ne jamais oublier cependant qu’un moteur peut être capricieux, voir même vicieux et rancunier !

          

Jeudi 31 mai

 

Nous redescendons de la ville, à pieds, il est 21 heures et la nuit est tombée. Nous sommes allés boire une dernière bière au pub habituel. Et oui, nous finissions par avoir quelques habitudes à Sciacca. Mais il est une habitude dont on ne se lasse pas de témoigner, c’est toujours et encore la gentillesse des Siciliens. Rien, absolument rien n’obligeait le patron de ce bar à nous offrir cette bouteille de vin blanc local alors qu’il venait déjà de nous faire déguster un verre de liqueur. Nous lui avions simplement dit que nous partions le lendemain avec le voilier et que nous regretterions son excellente bière. Je n’irais pas jusqu’à dire que nous sommes tristes de laisser notre place dans la marina, mais ces témoignages de sympathie resteront inscrits parmi les meilleurs souvenirs de ce pays.

Nous sommes enfin prêts au départ ! Après pas mal d’incertitudes, nous avons pu sortir le bateau hier matin malgré le vent encore fort qui contrariait les mouvements de la grue. Calé sur sa remorque, Casalibus gagnait tout doucement le chantier naval, tracté par un camion hors d’âge. Quelques centaines de mètres seulement a parcourir mais une traversée de route et une côte plutôt raide en fin de course m’ont donné des sueurs froides. Ajoutons au tableau des pneus où les desseins ont disparus depuis longtemps et un calage artisanal que les responsables du transport ont essayé de remettre en place à maintes reprises avant d’y renoncer tout bonnement, prétextant que nous étions bientôt arrivés !

Aujourd’hui, le trajet en sens inverse de notre voilier fraîchement repeint, c’est déroulé plus sereinement. Le responsable du chantier était fier de me montrer les modifications apportées au calage. Dommage pour son amour propre que le camion soit tombé en panne en bas de la descente… Un tracteur tout aussi vétuste est venu s’atteler à la charge et ce soir, nous flottons à nouveau dans le port parmi les autres bateaux en escale.

Nos anciens voisins de ponton ont  profités de meilleures conditions météo pour quitter Sciacca, nous devançant ainsi d’une journée. Nos routes se croiseront-elles à nouveau ?      

 

vendredi 1er juin

 

Première navigation, premières émotions. Quarante cinq miles nous séparent de Marsala, notre destination. Nous quittons le port à six heures trente par mer calme et vent nul. Il fait frais, presque froid et les polaires sont les bienvenues. Brigitte à la barre, je range amarres et défenses avant d’installer le pilote automatique, ce magicien des temps modernes qui vous remplace le meilleur barreur. Et bien le magicien c’est mis en grève ! Il refuse obstinément de faire son travail ! Il me faut mettre le nez dans son ventre et là, le diagnostique est formel : moteur grillé. Sept heures à la barre nous attendent…

Une petite brise de sud- est se lève rapidement et contribue à notre progression. Génois déroulé, moteur à mis régime, nous filons à près de sept nœuds. Le soleil montant doucement au dessus des crêtes fini par réchauffer l’ambiance et par là même nos carcasses endolories. Le premier thermos de thé est épuisé et Brigitte commence a être en manque ! Remontant du carré où elle a mis de l’eau à chauffer, elle me signale une forte odeur de gas-oil ! Constatation, puis recherche de la cause : une grosse fuite de carburant au niveau du filtre. Celui-ci a été changé la veille au chantier par le mécanicien…Inutile de faire demi tour après deux heures de navigation d’autant que le vent portant forci de plus en plus. Il faut profiter de cette brise qui nous pousse en direction du nord ouest. Nous parcourons les quarante cinq miles nautiques qui nous séparent de Marsala en moins de sept heures. L’odeur dans le bateau est pestilentielle. Nous contactons le représentant local de la marque Yanmar par l’intermédiaire de la capitainerie. Celui-ci nous renvoie auprès du chantier naval du port qui veut bien intervenir sur la panne mais à condition que je fournisse moi même un filtre à gas-oil neuf ! Une demi-heure de marche digestive dans la ville agrémentée de nombres de recherches de renseignements, m’amène à la boutique tant désirée où visiblement, j’étais attendu. La pièce est prête, sur le comptoir derrière lequel le patron m’accueille chaleureusement. La boutique est minuscule, mais très bien fournie en pièces exclusives Yanmar. J’en profite pour faire mon marché et combler ainsi les défaillances du magasin Accastillage Diffusion en France, avec lequel je règlerai mes comptes plus tard !

Marsala ne représente qu’une escale forcée. Nous connaissons la ville par cœur y ayant passé plusieurs jours l’an passé. Demain, nous espérons pouvoir rejoindre Trapani, une quinzaine de miles plus au nord…si la météo est clémente.

 

dimanche 3 juin

 

Trapani ! Dernière ville de la côte ouest de la Sicile, face aux îles Egades. Le centre historique est plutôt sympa et chose rare en Sicile, propre et entretenu. Construite sur une presqu’île, la mer est omniprésente. Le port est immense et encombré de ferry desservant, à la fois l’archipel des Egades, mais aussi les Eoliennes plus au nord, et la Tunisie toute proche. Le port de pêche quand à lui est très exiguë et les nombreux chalutiers sont amarrés à couples. Pour notre part, arrivé hier en fin d’après midi, nous avons trouvé une place au club nautique à l’extrémité ouest de la rade. Nous avions quittés Marsala à 14 heures après l’intervention du mécanicien qui mit plus d’une heure pour changer le filtre à gas-oil et nous pourrir le bateau en prime ! Aucune précaution pour prévenir les débordements de carburant dans la cale moteur. Après son départ, en ayant constaté au préalable qu’il n’y avait plus aucune fuite, j’ai retiré plus d’un litre de mazout à l’écope et à l’éponge. Le genre de corvée que tout marin appréhende !  

Aucun espoir un dimanche de trouver un magasin d’ouvert, quel qu’il soit. Nous avons décidé de quitter la marina beaucoup trop chère, pour nous amarrer au quai public de la ville. En attendant, nous partons à la découverte des lieux. Tout d’abord, le port de pêche où tous les bateaux sont à quai puisque nous sommes dimanche, mais surtout lendemain de fête nationale ! Et en Italie, on ne plaisante pas avec ça. Quelques pêcheurs sont présents tout de même et s’affairent a la réparation des chaluts.

Nous entrons dans un local sans nom qui semble être le rendez vous des pêcheurs. Nous y prenons un café et en sortant, nous passons devant une boutique d’accessoire pour la pêche sur la vitrine de laquelle figure un panneau « camping gaz international ». Ca tombe plutôt bien, car nous avons une bouteille vide à bord. Tenue par un tunisien parlant parfaitement le français, nous en profitons pour lui demander si nous avons une chance de pouvoir faire réparer notre pilote automatique ici, à Trapani ? Sans problème ! Un simple coup de fil suffit pour que dix minutes plus tard, un professionnel vienne prendre possession du dit pilote en nous promettant qu’il fera tout son possible pour effectuer la réparation dans la journée. Nous sommes dimanche, et je doute un peut. Rendez vous est pris pour 17 heures au bateau. Et à 17 heures exactement, il nous ramène le pilote qui, contrairement à mon diagnostique, fonctionne parfaitement. Il détecte facilement la panne. Le porte-fusible complètement corrodé, l’intensité n’est pas suffisante pour actionner le moteur électrique. Simple comme bonjour, mais voilà, mes compétences en électricité sont plus que limitées ! Notre intermédiaire tunisien en a profité pour venir nous rendre visite au bateau et s’assurer que l’électricien a tenu parole. Il semble heureux et très fier de lui même et de son intervention dans cette affaire. Il n’a rien d’autre a faire et nous propose de nous faire visiter Trapani avec sa voiture. Nous ne risquons pas grand chose à accepter son offre d’autant que cela semble lui faire plaisir. Et nous voilà partis à bord de sa petite automobile qu’il conduit…à la sicilienne ! Il faut dire que notre personnage n’est plus tout jeune. Il nous avoue avoir 83 ans !!! Nous avons ainsi passés deux heures a serrer les fesses dans son tape-cul, le bouquet final consistant a prendre une rue en sens interdit afin de nous débarquer le plus près possible de notre bateau. Expérience fabuleuse qui marquera notre mémoire !

     

             

Mardi 5 juin

 

Le soleil vient de passer derrière la pointe du Capo San Vito et c’est tout le relief environnant la baie qui c’est transformé pour l’occasion, se revêtant de rouge alors que nous plongions dans la pénombre. On a beau être habitué à ce genre de spectacle, on ne peut que rester contemplatif devant la magie qui s’opère alors.

Nous sommes mouillés au sud du port de San Vito lo Capo, à l’extrémité nord-ouest de la Sicile. Nous sommes arrivés en fin d’après midi, après une navigation peu agréable sur la fin, car la houle résiduelle du coup de vent de nord ouest était accentuée au niveau des hauts fonds qui bordent la côte proche du cap. Partis trop tard de Trapani, nous n’avons pas profités de ce vent jusqu’au bout et avons terminés au moteur. Mais le lieu en vaut la peine. D’autant que ce mouillage est le premier de la saison et tout à fait comme nous les aimons. Nous y sommes les seuls ! La baie est parfaitement protégée et entourée de sommets verdoyants plongeant directement dans la mer. Une plage de sable blanc ceinture l’ensemble et un petit village s’étage sur les pentes environnantes. Comble de bonheur, nous avons pu manger dehors ce soir, la douceur étant enfin au rendez vous. Quel contraste avec hier ! Nous avions mis a profit notre escale forcée à Trapani pour visiter le village médiéval d’Erice. Situé à 750 mètres d’altitude, la vue y est imprenable paraît-il ! Nous n’avons pas eu cette chance et avons parcouru les ruelles noyées dans le brouillard et balayées par un vent glacial. Même les autochtones semblaient déconcertés par ce phénomène rarissime pour un mois de juin.

Pour l’heure, il semblerait que l’été soit enfin arrivé…      

 

Mercredi 6 juin

 

Et il est arrivé. Je confirme. Nous avons pris le petit déjeuner à l’extérieur, sous un soleil déjà chaud dès 8 heures du matin .J’ai même pris mon premier bain matinal comme à mon habitude, nu et à jeun. Un peu fraîche quand même l’eau du bain ! La séance natation ne s’est pas éterniser je vous l’avoue.

La nuit a été sereine et seuls les bateaux partant pour la pêche ont troublé notre sommeil. Nous sommes descendus à terre pour faire quelques courses ce qui nous permis de tester le bon fonctionnement de notre annexe. Pas de problème de ce côté là et c’est tant mieux. Elle sera fortement sollicitée dans les prochains mois. D’ailleurs, les navigateurs sous estiment trop souvent l’utilité de ce canot leurs permettant de gagner le plancher des vaches lorsqu’ils sont au mouillage. Nous trouvions la nôtre presque trop grande au début et finalement, il nous arrive de la trouver bien petite, chargée de tout l’avitaillement, quand il faut regagner le bord et qu’un méchant clapot a envahit le mouillage.

En ce début d’après midi, nous traversons la baie de Castelamare, large d’une quinzaine de miles afin de rejoindre le port de Terrasini. La mer est plate et le vent absent. Le ronron du moteur nous berce…nous en avons pour trois heures !     

 

Jeudi 7 juin

 

Il fait vraiment très chaud dans ce port de Porticello. Amarrés au quai des pêcheurs, entre deux chalutiers depuis le début d’après midi, nous recherchons le moindre brin d’air pour ventiler le bateau.

Partis ce matin du port de Terrasini, nous avons navigués cinq heures au moteur, sans un souffle de vent et par mer d’huile. Le ciel très chargé nous a gratifié de quelques courtes ondées chargées de sable ! Un temps idéal pour la pêche à la traîne…D’autant que je dispose désormais d’un nouveau leurre, mais surtout, des conseils avisés de notre ami tunisien de Trapani. Et ça marche. Nous sortons une belle bonite de deux kilos ! Je sens que cette année, nous allons manger du poisson tous les jours…  

Porticello est un petit port de pêche assez joli si l’on fait abstraction de la saleté du port par lui même. Le village aux ruelles pavées est agréable et les quelques placettes ombragées donnent envie de flâner. Mais le tour est vite fait. Non ! L’attrait principal reste les quais des pêcheurs où à chaque arrivée de bateau, c’est l’attroupement général au cul des chalutiers. La pêche se vend ainsi, une fois mis de côté les meilleurs pièces, réservées sans doute par les grossistes ou restaurants locaux. Mais quand arrive un bateau avec trois énormes thons dans les cales, le négociant est déjà sur place et les discutions sont vives.  Même si le camion frigos est sur place lui aussi, ils ne seront déchargés qu’après accord verbal et définitif ! Deux cent kilos pièce, revendus vingt Euros chez le poissonnier, je ne suis pas peu fier de déguster le produit de notre propre pêche le soir même !

      

vendredi 8 juin

 

Réveil plutôt matinal ce matin pour cette navigation de vingt cinq miles jusqu’à Cefalu. La nuit fut sereine malgré les nombreux départs de bateau de pêche dans la nuit. Il faut dire que notre sommeil de la veille avait été quelque peu troublé par le « chant » des jets se posant et décollant de l’aéroport international de Terrasini jusque tard dans la soirée ! Le port se situant exactement en bout de piste, nous étions aux premières loges. Jusqu’aux odeurs de kérosène, nous étions dans le bain !

Petit déjeuner rapide, près pour appareiller, nous nous apercevons que nous sommes bloqués par un chalutier arrivé dans la nuit. Nous jouons des coudes pour sortir de notre place et nous finissons par nous extraire laborieusement de ce piège.  

Cefalu déjà ! Cefalu enfin ! Nous sommes à la moitié de cette côte nord de la Sicile et notre impression est plus que positive. Rien à voir avec le sud, aride et monotone, mais une côte verdoyante et très montagneuse. Et Cefalu nous laisse pantois. Ville médiévale, sa situation géographique est exceptionnelle. Au pied d’un pain de sucre imposant, ses ruelles pavées finissent toutes par arriver en bord de mer, près du vieux port de pêche et la vue porte loin sur les îles Eolienne. Nous décidons de nous attarder un peu ici d’autant que le mouillage est charmant et tout proche du port en cas de besoin.

  

Dimanche 10 juin

 

Huit heures du matin. Nous mettons le cap sur Orlando, trente cinq miles à l’est. La journée s’annonce belle et l’absence de vent nous offre une mer calme. Pas comme la nuit que nous venons de passer au mouillage idyllique de Cefalu. Nous n’avions pas remarqué la présence d’une discothèque en pleine air, juste dans le fond de la crique ! On dit souvent que la première nuisance pour un citadin, c’est le bruit, je suis prêt à le croire. Même lorsque tout s’arrête à quatre heures du matin, le sommeil ne vient pas. Le cerveau est encore imbibé de décibels et le calme n’arrive que bien plus tard.

Ce sera le seul désagrément de notre halte de deux jours dans cette citée. Sans aucun doute l’endroit le plus charmant de tout ce que nous connaissons de la Sicile. En arrivant, vendredi, nous avons d’abord jeté l’ancre au pied de la vieille ville, dans l’ancien port de la citée. Magique ! Un peu comme à Syracuse, mais ici, avec ce relief imposant, nous nous sentions dominés par Cefalu. Une forte brise de nord ouest s’est levée dans l’après midi, accompagnée d’un clapot désagréable, nous contraignant ainsi à rejoindre la baie à l’est du pain de sucre. Nous sommes stupéfaits par ce que nous découvrons. Une baie magnifique, entourée de rochers de toutes les formes où nichent des dizaines de mouettes. Une petite plage dans le fond et le port de plaisance accolé à une longue digue protectrice. Je découvre rapidement que l’eau est très peu salée. Le débit important d’une rivière souterraine débouchant sur la plage, au milieu des roseaux, en est la cause.

Nous avons le choix du mouillage, nous sommes encore une fois les seuls à l’ancre, par trois mètres de fond. Un deuxième voilier nous rejoindra dans la soirée. Nous mettons l’annexe à l’eau et allons débarquer au ponton de la marina. La ville est distante d’un petit kilomètre, par la route du bord de mer. Fait rare sur l’île, l’eau est présente de partout dans la citée. Des fontaines et un lavoir médiéval sont alimentés par des sources naturelles. Ici, tous les bâtiments, toutes les maisons sont superbement entretenus et les fleurs et arbustes embellissent les façades. La cathédrale du douzième siècle domine une place aux terrasses ombragées d’où dégringolent les étroites ruelles vers la mer et le vieux port.

Il est quatorze heures trente, nous nous amarrons sur corps mord dans l’avant port de Capo d’Orlando. Il n’y a pas âmes qui vivent dans la marina. Nous sommes dimanche et la sieste en est sûrement la cause. Nous allons d’ailleurs nous même nous adonner à cette activité sur le champ !    

 

Lundi 11 juin

 

Réveil douloureux pour la gauche française ce matin ! Même si la défaite était prévisible, elle n’en est pas moins cuisante et si cette gauche veut garder un peu d’influence dans le monde politique du pays, elle devra se remettre sérieusement en question. La très bonne nouvelle, c’est le score négligeable de l’extrême droite…

Toutes ces informations, nous les avons cette année grâce à l’acquisition d’un nouvel auto- radio, mais surtout de l’installation d’un duplexer. Ce petit relais électronique permet de brancher le poste de radio sur la même antenne que la VHF, en tête de mât. Nous captons ainsi France Info sur les grandes ondes sans trop de difficultés. Si l’on peut facilement se passer d’informations pendant une période de quelques semaines, le besoin est énorme lorsque l’on absente pour plusieurs mois.

Pour nous, ce matin, c’est le grand jour. Celui tant attendu, notre départ pour l’archipel des Eolienne. Vingt miles d’une navigation tranquille jusqu’à Vulcano, île au nom magique !

 

Mardi 12 juin   

 

Il n’y a pas que le nom qui est magique ici. Arrivés par la côte ouest de l’île hier à midi, nous avons choisi naturellement le mouillage de Porto Ponante, au nord de Vulcano. Cette baie aux eaux claires, très abritée, est située au pied même du volcan. Les pentes du cratère finissent pratiquement sur la plage, de sable noir évidemment. Nous comprenons très rapidement qu’il s’agit bien d’un volcan en activité. Un chapelet de fumeroles s’échappe du sommet et une forte odeur de soufre nous monte aux narines. Nous posons l’ancre parmi les quelques voiliers déjà mouillés, entourés de concrétions aux formes bizarres, résultat de la dernière éruption de 1890.Trop tard pour envisager l’ascension le jour même, à cause de la chaleur, nous l’avons  programmée pour aujourd’hui, nous contentant pour l’heure d’une première visite du site.

Le village de Vulcano est forcément très touristique, mais un certain charme se dégage de l’ensemble et la similitude avec les Antilles est frappante. Même végétation, même fleurs, le tout sous une chaleur humide et accablante.

Sur la plage à l’est du village se trouve un bassin de boue sulfureuse. Pour une somme modique, nous nous essayons au bain de boue parmi les nombreux touristes corpulents venus en cure d’amincissement ! Pour beaucoup d’entre eux, je pense que les bains de boue ne seront pas suffisants…L’expérience est sympathique, d’autant qu’après s’être enduit de cette terre chaude et grise, le but est de passer de l’autre côté de la dune et de se plonger cette fois dans les eaux chaudes et toujours sulfureuses de la baie. Suivant ses envies, on peut choisir la température de son bain en se rapprochant ou en s’éloignant de la source d’eau chaude. Dans tous les cas, ne jamais se déplacer nus pieds, car à certains endroits, le sol peut être brûlant. Il en fallait un pour essayer et ce fut moi !

L’ascension du volcan restera le souvenir le plus marquant de notre séjour à Vulcano. En moins d’une heure de marche, nous nous retrouvons au bord d’un cratère énorme d’où sortent des fumeroles au milieu d’un paysage lunaire ! L’odeur de soufre par endroit est suffocante. Un sentier nous permet d’effectuer le tour complet du cratère. La vue qui s’offre à nous est impressionnante. Au nord, toutes les îles de l’archipel se découpent sur le bleu de la Méditerranée et au sud, les côtes de la Sicile avec l’Etna en point de mire, et son sommet  enneigé.

Et tout en bas, dans cette baie d’un bleu turquoise, Casalibus qui semble nous appeler en tirant sur sa chaîne…

    

Mercredi 13 juin              

   

Lipari. Principale île des Eoliennes. Nous sommes arrivés hier en fin d’après midi après une navigation qui s’est voulu exclusivement à la voile. Ce n’était encore pas arrivé depuis notre retour sur Casalibus. Un vrai plaisir que de tirer des bords dans le chenal qui sépare Vulcano de Lipari, par dix nœuds de vent et « smooth sea ! » Voilà maintenant plus de huit jours que les conditions météo sont les mêmes. Brises côtières, mer belle et soleil. La température de l’eau s’est d’ailleurs réchauffée sérieusement et le bain matinal n’est plus une épreuve.

Nous avons jeté l’ancre au nord de la ville, le plus loin possible des pontons réservés aux nombreux ferries et hydroglisseurs qui font les navettes avec l’Italie et la Sicile. Le trafic est permanent et la baie est en constante agitation. Nous avons donc consacré notre journée à la visite de l’île, par le moyen le plus approprié ici : le scooter ! Un Piaggio évidemment. Une route permet d’en faire le tour complet et chaque courbe, chaque virage nous montre un paysage différent. A l’est, des carrières d’exploitation de pierre ponce, à l’ouest, des falaises déchiquetées et verdoyantes rappelant un peu l’Irlande et sur le plateau sud, de la vigne, des citronniers et des figuiers de Barbarie. 

Quand à la ville par elle même, elle est absolument ravissante. Nous sommes bien loin des citées siciliennes et de la négligence, ou simplement, de la pauvreté de leurs municipalités. Ici, tout est beau et chaque bâtiment est mis en valeur. Les ruelles pavées embaument tant les fleurs sont présentes partout.           

 

Jeudi 14 juin

 

Douze milles plus au nord, nous avons rejoint la plus petite des îles de l’archipel, Panarea. Même si en apparence, rien ne le montre, il s’agit bien là aussi d’un volcan en activité. Il faut dire que nous sommes à dix milles seulement de son grand frère le Stromboli. Et lui par contre, n’hésite pas à afficher son caractère ! Nous avons appris que son cratère pour l’instant, est obstrué. Il ne crache donc plus en permanence les flammes de l’enfer venues du cœur de la terre, mais se contente de lâcher de temps en temps quelques pets qui ponctuent son sommet de champignons de fumées noires. Ce phénomène paraît-il, est annonciateur d’une éruption prochaine importante ! La date n’est pas précisée…

Le village devant lequel nous sommes ancrés présente la particularité de ressembler plus à un village Grec qu’à une bourgade Italienne. Petites maisons blanches et bleues qui surplombent le port, reliées entre elles par de minuscules ruelles. Le simple fait pour un piéton d’y croiser un triporteur, pose problème. Là encore, nous sommes séduits. La végétation est abondante et odorante. Les fleurs sont partout. Sur les façades des maisons, dans les jardins. Les citronniers ploient sous le poids de leurs fruits et les bouquets de genets partent à l’assaut de la garrigue environnante. Se promener ici est un enchantement d’autant qu’il y a toujours une rue ou un sentier qui se préserve du soleil, même aux heures les plus chaudes de la journée. Nous avons atteint ainsi une plage déserte, au nord de l’île, où au milieu des galets, quelques trous souffleurs dégageant cette odeur caractéristique d’œufs pourris nous rappelant qu’un volcan couve là dessous !

Alors que, le soleil passé derrière la montagne, je m’active au barbecue, mon regard se porte en direction du sud, accrochant un sommet enneigé : l’Etna… 

    

Vendredi 15 juin

 

Bercés toute la nuit par une houle régulière, nous nous levons tôt, même si notre navigation jusqu’à Stromboli ne représente qu’un peu plus de dix milles pour atteindre le seul mouillage possible, au nord de l’île.

Nous finissons de prendre notre petit déjeuner lorsque le zodiac des ormeggiatoris (sorte de gardiens des ports et marinas) s’approche de nous afin de percevoir la redevance de 25 Euros pour nous être amarrés sur un corps mort deux jours durant ! Nous sommes arrivés hier à midi, et il est sept heurs trente du matin ? Oui, mais hier nous étions le 14 et aujourd’hui, nous sommes le 15 ! Je veux bien m’acquitter d’une droit de bouée, mais pour vingt quatre heures seulement. Je divise donc la somme par deux et leurs remet douze Euros. Rien à faire, ils en veulent vingt cinq. Le ton monte pour finalement en arriver à la gratuité pure et simple ? Je crois qu’eux même n’étaient pas tout à fait d’accord sur le tarif à appliquer. Nous quittons rapidement les lieux après avoir quand même récupéré quelques infos sur le mouillage de Stromboli où « là bas, ce sont trente Euros que l’on vous réclamera et en plus, vous ne pourrez pas rester la nuit a cause des risques d’éruption !» Changement de programme ! Direction Filicudi, vingt cinq milles à l’ouest. Aucun intérêt d’aller à Stromboli si nous ne pouvons ni faire le sommet, ni dormir au pied de ce volcan mythique !

Ce soir, nous sommes donc mouillés dans la baie de Porto Filicudi, minuscule village de pêcheurs sur la côte est de l’île. Très peu fréquenté par les plaisanciers, l’endroit est pourtant charmant et surtout, d’un calme exceptionnel. Pas de voiture ni de scooter, et les navettes assurant les liaisons avec les autres îles sont rares.

Après une visite des lieux, nous mettons à cuire sur le barbecue la pêche du jour. Une belle bonite de quarante centimètres prise lors de cette navigation sous voiles, depuis Panarea. Aucun regret finalement d’avoir mis le cap à l’ouest…

 

Dimanche 17 juin

 

Nous avions réservé la plus belle île pour la fin, enfin du moins à ce que l’on avait pu lire ou entendre sur Salina. Et bien cette dernière n’a pas faillit à sa réputation : c’est un enchantement ! Comment expliquer le paradoxe entre le manque chronique d’eau sur cette île et la luxuriance de sa végétation ? Tout est vert, tout est fleuri alors que la vie insulaire est rythmée par les livraisons régulières des bateaux citernes !! Nous avions déjà connu ce phénomène sur les îles Pontines, au large de Naples, l’an passé.

Aucun regret en tous les cas d’avoir choisi le mois de juin pour explorer cet archipel des Eoliennes. C’est sans aucun doute la meilleur période pour la beauté du site et pour la fréquentation estivale encore très timide.

Les possibilités de mouillages forains sont très aléatoires à Salina et nous nous sommes amarrés au quai du vieux port de Santa Marina. Le lieu n’est pas idéal compte tenu des nombreuses navettes assurant la desserte de l’île, mais l’endroit est sûr et gratuit ! A trente Euros par jour au Porto Touristico d’à côté, notre choix s’impose de lui même…Nous bénissons notre autonomie en énergie et en eau douce.

Aujourd’hui encore, nous avons visité l’intérieur de l’île en scooter, moyen de transport idéal et universel ici.

Un petit bémol cependant en ce qui concerne la gentillesse légendaire des Italiens qui ici, ne semble plus être de mise ! A une exception  près tout de même, le patron du point internet. La boutique est bien plus qu’un sanctuaire du web, c’est aussi le rendez-vous des bourlingueurs de tous poils, qui n’hésitent pas a laisser leurs impressions ou leurs astuces sur des tableaux installés à cet effet. Toutes les nationalités sont représentées et le tenant du lieu est bien le seul à pouvoir les déchiffrer toutes.

 

Sud de l'Italie

 

Jeudi 21 juin 

 

Reggio di Calabre. Il est huit heures du matin et nous venons de nous amarrer au ponton de la marina de ce port commercial du sud de l’Italie. Cette fois, nous avons bouclés notre tour de Sicile commencé l’an passé.

Nous avons quitté Milazzo dans la nuit afin d’être dans le détroit de Messine à l’étal de marée, période où les courants sont les plus faibles. Le seul intérêt de cette citée balnéaire est de se trouver à quinze milles seulement des Eoliennes. Pour notre part, nous y avions déniché par hasard, un superbe mouillage à la pointe même du cap Milazzo, endroit merveilleux et désert !

Nous avons donc franchi ce passage historique entre la Sicile et la botte italienne au levé du jour, par mer plate et vent arrière, toutes voiles dehors. Deuxième avantage à cette heure-ci, le trafic maritime est limité et comparativement à l’an passé, nous étions beaucoup plus sereins !

Voilà bien longtemps que n’ou n’avions mis les pieds dans un port et celui-ci est tout à fait représentatif de la région : sale et délabré ! Mais à moins de poursuivre notre route sur plus de soixante milles pour rejoindre le port suivant, nous n’avions pas le choix. Ceux ci sont rares sur la côte sud de l’Italie et bien évidemment, tous ce qui est rare est cher… De plus, le centre ville est éloigné de la marina et la journée promet d’être chaude ! Nous remettons la sieste à plus tard et filons faire quelques courses avant la canicule.  

 

Vendredi 22 juin

 

Huit heures du matin. Nous doublons le cap Dell Armi qui délimite le détroit de Messine et entrons en mer Ionienne sous les meilleurs hospices. Un banc de dauphins nous a accompagnés pendant près de deux heures !!! Incroyable, des dizaines de ces mammifères marins se sont relayés à l’étrave en nous offrant danses et sauts périlleux a n’en plus finir ! Certains, plus joueurs que d’autres s’évertuaient à nous mouiller copieusement de leurs coups de queues ou plus simplement par leur évent en expirant fortement. Ils étaient si proches de nous que nous entendions clairement leurs petits cris aigus. Le plus beau spectacle jamais vu. Ils nous ont ainsi guidés vers la sortie du détroit, nous souhaitant ainsi un bon voyage vers la Grèce. Après les avoir observés aussi longtemps, il est impossible de douter de leur incroyable intelligence. Leurs yeux parlent et nous disent qu’ils sont aussi heureux que nous de leur manège…et ne riez pas.

Leur départ fait naître une tristesse parmi l’équipage et les huit heures de navigation qu’ils nous restent à faire vont nous paraître bien longues.

 

Samedi 23 juin

 

Roccella Ionica, 38° 19’ de latitude et 33° de température à l’intérieur de Casalibus ! Nous sommes amarrés dans cette marina à la particularité d’être entièrement gratuite ! Ce n’est d’ailleurs pas sa seule spécificité. Elle se trouve être le point de rencontre de tous les marins en partance vers la Grèce ou en provenance de la Grèce. D’ou cette ambiance particulière de recherches d’informations réciproques.

Les contacts sont faciles et sympathiques. D’autant que l’accueil des arrivants est laissé à la charge des plaisanciers en transit. Pour notre part, nous sommes accueillis par Anne et Alain qui nous aident à l’amarrage après nous avoir indiqué les différentes possibilités d’emplacements. A la retraite depuis deux ans, ils naviguent en Méditerranée après un hivernage en Tunisie. La fatigue doit se lire sur nos têtes car ils regagnent leur bateau sitôt les présentations faites non sans nous avoir, au préalable, lancé une invitation pour l’apéritif du soir. Impossible de refuser…

Il est vrai que depuis deux jours, nos nuits de sommeil ont été écourtées. Cette navigation si bien commencée nous a réservé quelques heures beaucoup moins idylliques. Après un long bord par vingt cinq nœuds de vent arrière dans le détroit de Messine, c’est le calme plat qui nous attendait au passage du cap dell Armi. Le moteur fut donc sollicité, et même poussé à son maximum après qu’une brise soutenue se soit levée de l’est, en plein dans notre nez ! C’est dans ce genre de situation que l’on rêve d’un bateau à déplacement lourd, bien motorisé, capable de passer dans la vague sans difficulté, en conservant toute sa vitesse…mais c’est un peu plus cher !!!

Un couple de Belge était aussi de la partie sur Odyssée, le voilier français. Elle, « pince sans rire », lui pourvu d’un humour belge des plus authentique, la soirée s’est prolongée très tard à la pizzeria du port où les pizzas sont vendues au mètre ! Et pour un prix dérisoire. Encore une particularité du lieu. Conséquence inévitable, je conserve aujourd’hui les mêmes poches sous les yeux ! Nous reportons notre départ à plus tard…      

 

Lundi 25 juin

 

La journée s’annonce belle ! Le soleil se lève juste sur l’horizon. Nous naviguons depuis une demi-heure en direction de notre prochaine destination : Le Castella., une cinquantaine de milles dans le nord est.

Trois jours en escale dans un port et sans y être contraint, je m’étonne de nous même ! Il est vrai que nous ne sommes pas en retard sur le programme et qu’il était bien agréable de pouvoir a nouveau communiquer en français, qui plus est avec des gens sympathiques. L’inconvénient des ports, c’est la chaleur ! Elle se fait de plus en plus pesante. Nous avons passé la journée d’hier au mouillage à la sortie du port où une brise légère rendait la température supportable…à condition de se baigner quatre fois dans l’heure !

Encore une fois, les gardes côtes italiens ont fait de l’excès de zèle. Ancrés à environ deux cent cinquante mètres du rivage, ils sont venus nous demander de nous reculer. J’interroge évidemment afin de connaître la réglementation exacte. Cinq cents mètres me répond le plus jeune ! A ni rien comprendre. Un coup deux cent mètres, une autre fois trois cent, aujourd’hui cinq ? Le soir même au bar du port, l’occasion m’est donnée de poser la question au directeur de l’école de voile locale. Il parle français et est surpris par cette histoire. Il appelle les gardes côte avec son téléphone et me confirme que la distance légale est bien de deux cent mètres, d’ailleurs, la réglementation est affichée au bureau du port où nous pouvons vérifier par nous même. Je lui fais part de mon intention d’aller leurs demander des comptes dès ma bière terminée (non mais quand même, pour qui nous prennent t’ils…) ce qu’il me déconseille fortement ! Je m’en tiendrai à son avis…     

 

Mardi 26 juin

 

Il est vingt heures à ma montre et la température ambiante est de trente cinq degrés ! Nous sommes à Crotone, ville historique de la Calabre du sud. Cette journée a été riche en évènements ! Souffrant d’une otite aiguë depuis le milieu de la nuit dernière, il me tardait ce matin d’aller consulter un médecin. Nous étions tombés la veille sur un personnage atypique, originaire de la région, mais marié à une allemande rencontrée au Canada où ils avaient vécues jusqu’à l’âge de la retraite. Comme nous lui demandions la direction du supermarché en franco italien, il nous répondit dans un français plus que convenable. Echange de compliments et d’impressions réciproques, nous finissons sur leur terrasse, attablés devant une bière…allemande bien entendu. Alors que nous nous demandions ce matin s’il y avait un médecin dans ce village perdu de Castella, il devenait évident de retourner frapper à leur  porte. Rendre service pour un calabrais, comme pour un sicilien d’ailleurs, n’a pas de limite. Un quart d’heure plus tard, je me trouvais à ses côtés dans sa BMW flambant neuve, filant à 160km/h en direction de Crotone, distante de 20 kilomètres. Sa belle sœur, médecin chef à l’hôpital de la ville, s’occupera de me trouver un spécialiste capable de me prendre en charge rapidement. C’était sans compter sur l’emploi du temps hyper chargé de la belle sœur qui se contenta, au téléphone, de nous indiquer le chemin des urgences ! La cours des miracles…En jouant un peu du coude, mon accompagnateur et moi même, réussissons en moins de trente minutes a accéder au bureau d’accueil des urgences. Il faut dire que trois accidents de la route consécutifs ce matin même ont quelque peu mouvementés l’activité ! Une fiche comportant mon nom et mon prénom est glissée dans une corbeille de couleur blanche et je m’installe en salle d’attente. Après une petite heure, et malgré les nombreuses interventions de Pierre le « pilote de course », il est claire que nous serons encore a attendre ici à la fin de la journée. D’autant qu’une affiche explique clairement le classement hiérarchique des urgences en fonction de la couleur que l’on vous attribue.  Le rouge étant la priorité, suivit du jaune, du vert du bleu et j’en oublie, pour finir par le blanc, couleur de la corbeille où mon nom se perd parmi les autres. Je lui propose de partir à la recherche d’un médecin généraliste en centre ville. Il doit bien s’en trouver dans une ville de quinze mille habitants ? D’autant que la douleur ne s’estompe pas et que la fièvre m’assomme. De renseignements en recherches, nous finissons par arriver au « médi-center », groupement de médecins de tous ordres où je suis pris en charge en moins de cinq minutes ! Mon accompagnateur fait l’interprète durant la consultation et le diagnostique est inquiétant. L’inflammation touche les deux oreilles et plus particulièrement la gauche atteinte jusqu’à la gorge d’après mon traducteur ! Un traitement antibiotique de six jours, par injections m’est prescrit accompagné de séances d’inhalations journalières. Notre situation de plaisanciers ne simplifie pas la chose. Le mieux serait que l’on rejoigne le port de Crotone afin de pouvoir effectuer ces séances sur place. Dois-je faire confiance à ce médecin ? N’en fait il pas un peu trop dans le but de me soutirer un peu plus d’euros ? Je conviens cependant de l’importance de me soigner d’autant que la lassitude et la fatigue l’emportent. Une prescription est établie à mon nom et le médecin nous raccompagne au secrétariat. Lorsque je demande combien je dois, celui-ci me tend la main et me parle de solidarité entre marins : il en est un, par la pratique et par le cœur… Non seulement, la consultation sera gratuite, mais il s’arrange pour que les frais pharmaceutiques et infirmiers ne me soit pas facturés. Ma première injection est réalisée à la pharmacie même quelques minutes plus tard et il en sera de même pour les cinq jours à venir. Nous rentrons à la Castella par le même chemin, à la même vitesse, en un peu plus de dix minutes. Il nous en faudra cent quatre vingt quinze cet après midi pour gagner le port de Crotone à la voile et au portant, par vingt cinq nœuds de vent.         

 

Samedi 30 juin

 

Nous sommes arrivés à Siro Marina en début d’après midi pour constater que de marina, il n’y avait que le nom. En fait, un petit port de pêche où se côtoient tous ce qui navigue… Il y a bien les pontons de la Léga Navale, mais une annexe n’y trouverait pas de place. Nous nous mettons à couple de deux voiliers, les seuls bateaux de passage dans ce port.

Il était tant que l’on parte de Crotone car nous en avions fait le tour de chaque quartier. Et même des environs que nous avons visités avec Pierre et sa femme, venus nous retrouver pour une soirée pizzas. Je dois reconnaître que ce jour là, sa conduite était beaucoup plus timide… 

Ce matin, j’ai du me rendre à la « guardia medicale » pour mon injection journalière, ma pharmacie coutumière étant fermée. J’ai pu y retrouver le même folklore qu’à l’hôpital. Sans l’intervention d’une patiente compatissante, les nombreux prétendants aux soins me passaient tous devant malgré mon arrivée matinale. Tout ce qui touche aux administrations semble désorganisé et anarchique ! Mais les italiens eux même le reconnaissent et semblent s’en accoutumer. Il court ainsi une blague que Pierre me comptait lors de nos tribulations en quête d’un médecin l’autre jour. « Que serait l’Europe des quatre, Allemagne, Angleterre, France et Italie si se devait être un paradis ? Et bien les allemands seraient les dirigeants, les anglais les policiers, les français les cuisiniers et les italiens les artistes. L’enfer donnerait aux allemands la charge de la police, aux anglais celle de la cuisine, l’art aux français et l’organisation aux italiens »…je trouve que c’est très méchant pour nos artistes !       

 

Lundi 2 juillet

 

Gallipoli, dans le golfe de Tarente. Nous avons hésité un peu a faire ce détour qui nous oblige a pénétrer à l’intérieur de cette immense baie qu’est le golfe de Tarente. C’est sans regret ! La vieille ville et son port de pêche rappelle un peu Concarneau et sa ville close. En nettement moins touristique.

Arrivés hier après midi après une navigation de dix heures depuis Siro Marina, nous avons jeté l’ancre à l’abri des îlots del Campo et Piccioni, au pied de la citée historique. Si nous n’avions remarqué les voiliers déjà au mouillage, nous n’aurions certainement pas osés aventurer Casalibus dans un tel endroit ! Et nous aurions eu tort car le site est extraordinaire. Nous sommes dimanche et de nombreux bateaux viennent ici pour y passer la journée. Nous nous disons que, passé dix huit heures, tous ces gens rentreront chez eux. Finalement, c’est une brise soutenue venant du sud qui contraint tout le monde à lever le camp. Nous persistons un peu en espérant une accalmie, avant de nous résigner à gagner le port où nous mouillons à l’abri de la digue et de la ville. D’autres bateaux locaux nous on précédés ce qui nous laisse a penser que le mouillage y est autorisé !

Après un tour de cadran ou presque, d’une nuit tranquille, nous partons à la découverte de cette citée byzantine habitée encore aujourd’hui par des familles de pêcheurs noyées parmi les nombreuses boutiques de souvenirs et produits locaux. Nous sommes immédiatement séduits par l’ambiance et décidons de rester ici un ou deux jours. De retour au bateau, alors que nous projetons un apéritif avec dégustation d’une fricassée de minis escargots achetés au marché, se sont encore une fois les gardes côtes qui viennent troubler notre bonheur ! Nouvelle réglementation apportée à nos connaissances : le capitaine d’un bateau ne doit jamais quitter le bord lorsque le bateau est sur ancre !!! Ils sont passés le matin et il n’y avait personne à bord. Deuxièmement, nous sommes trop près de l’entrée du port et nous devons donc reculer d’un demi-mille de celle ci ! Un délai nous est il accordé pour quitter les lieux ? Pas de problème, nous avons dix minutes !!! Les gardes côtes auront vraiment étés les seuls personnages détestables rencontrés durant nos trois saisons de navigation dans les eaux italiennes…

 

Jeudi 5 juillet

 

Notre dernière escale en Italie ! Santa Maria di Leuca, à l’extrême sud du talon de la botte italienne. Nous avons profité d’un vent portant soutenu de nord ouest pour effectuer les trente milles nautiques qui nous séparaient de ce dernier point de passage avant la Grèce.  Mouillés à l’ouest du port, nous avons attendu le départ d’un petit cargo pour aller nous amarrer au quai public de la ville. Notre accostage, un peu folklorique, fit peser sur mes épaules un de ces moments de honte que l’on espère vite oublié… En approchant du quai, passant sous la proue d’un chalutier déjà apponté, je n’ai pas pensé à la hauteur de notre portique arrière qui, sans les cris d’alerte de Brigitte, aurait une triste mine aujourd’hui ! Une « marche arrière toute » évita le pire mais n’empêcha pas Casalibus de heurter le quai de son étrave, protégée heureusement par son ancre toujours à poste (merci au davier basculant !). L’équipage d’un bateau de promenades à quai s’est précipité pour prêter mains fortes sous l’œil effaré de ses  touristes attablés. Sitôt le voilier amarré, deux verres de vin nous sont amenés avec l’invitation incontournable de nous joindre à eux afin de goûter aux moules à la sauce piquante. Il faut savoir quelquefois faire preuve d’humilité et laisser sa fierté au placard…Merci en tous cas à toi, capitaine de ce « promène couillons », dont je m’abstiendrai dorénavant de me moquer ! Qui plus est, tes moules étaient excellentes…

Cette ville de Santa Maria di Leuca est le passage obligé des navires en transits pour la Grèce et cette situation stratégique en a fait une place forte à différentes périodes de l’histoire. C’est Mussolini qui entreprit les derniers travaux d’agrandissement portuaire, et la construction de l’escalier monumental en pierre qui mène à la basilique.  Nous  nous reposerons finalement deux jours dans ce lieu historique. Juste le temps d’avoir nos derniers déboires avec les gardes côtes italiens ! Ils nous demandent de quitter le quai public ! Raison invoquée : il y a des travaux sur le quai, nous devons aller au port touristique. Cette fois, je ne cède pas et explique que je n’ai pas d’argent pour payer la marina et que je vais jeter l’ancre dans le port. Alors que je m’attends à quelques ennuis, je suis stupéfait de les entendre nous dire que nous pouvons rester ici pendant deux jours maximum ! Aurions nous eu tords de céder jusqu’à présent à leurs adjonctions ?

 

Dimanche 8 juillet

 

Ormos Ammou sur l’île d’Othoni, douze milles nautiques au nord ouest de Corfou !  Premier mouillage dans les eaux translucides grecques. Premier ouzo et premiers contacts avec ce peuple à l’histoire tourmentée. La baie où nous sommes ancrés est un petit port naturel en avant d’un minuscule village qui se veut touristique. Trois restaurants, une épicerie et une boutique de souvenir. Nous sommes une dizaine de voiliers au mouillage, essentiellement des français. La côte est montagneuse et très boisée. Des forêts de cyprès envahissent les pentes abruptes qui bordent la baie. Palmiers, citronniers et oliviers sont présents dans chaque jardin. La chaleur est tolérable et les nuits sont presque fraîches : le bonheur ! Quand à la bière nationale, on a déjà vu pire…

Arriver dans un tel lieu, après une navigation musclée de près de dix heures, ça vous donne envie de ne plus bouger.

Nous étions plutôt heureux de quitter cette côte d’Italie que nous avons parcourue pendant trois saisons consécutives. Partis à cinq heures hier matin, nous avons parcouru les trois quart du trajet à la voile, par vingt cinq nœuds de vent. La difficulté est venue de la mer qui s’est formée de plus en plus pour devenir agitée dans la matinée. Les meilleurs moments resteront la pêche d’une bonite de quarante cinq centimètres dans la première demi-heure de cette traversée et la visite de deux dauphins venus nous souhaiter la bienvenue à deux milles de notre destination ! Nous venions d’envoyer dans les haubans le pavillon grec, formalité de courtoisie obligatoire…

 

Lundi 9 juillet

 

Nouvelle île, dix milles plus à l’est. Erikoussae, encore un port naturel planté dans un décor époustouflant ! Je passe sur la plage de sable blanc et la limpidité de l’eau. Quelques maisons seulement, accrochées au relief où abondent les cyprès. Deux restaurants et une petite épicerie permettent un approvisionnement minimum à des prix tout a fait corrects, vu l’isolement de cette île. Par contre, c’est la première fois que nous nous trouvons dans l’impossibilité d’envoyer un courrier postal. Pas de timbres, pas de boite aux lettres mais on vous vend quand même des cartes postales ? Nous n’avons encore pas essayé la gastronomie grecque car aucun restaurant n’affiche de menu ! Celui de la plage est tenu par un autochtone dont les serveuses roumaines, en plus de l’anglais, parlent très bien le français. Nous essayons de nous renseigner sur la restauration proposée sur place, mais il semble qu’ici, on soit les rois de la saucisse frites …néanmoins, elles sont charmantes !

 

Mercredi 11 juillet

 

Nous avons quitté ce matin Erikoussa alors qu’une houle nous avait bercés toute la nuit. Nous optons pour un itinéraire visiblement peu conventionnel vu l’absence de bateaux dans le petit port de Mathraki. Cette île est située un peu plus au sud, à l’ouest de Corfou. Mais nous aimons bien sortir des sentiers battus.

Là non plus, il n’y a rien ou presque. Un restaurant-épicerie et quelques barques de pêche en attente de conditions meilleures pour sortir. Il faut dire que nous avons profité d’un vent généreux pour arriver jusqu’ici. Sept beauforts de vent arrière nous ont permis de naviguer à plus de sept nœuds sous génois seul. Un bémol, la houle qui nous a accompagnés jusque dans le port. Nous sommes sur ancre, cul au quai, et nous avons du multiplier les amarres pour garder le bateau dans l’axe et suffisamment éloigné du ponton en ciment. Notre objectif étant de gagner Palaiokastrita sur la côte ouest de Corfou, la baie la plus réputée de l’île mais la moins visitée des plaisanciers.

 

Vendredi 13 juillet

 

Palaiokastrita, nous y sommes depuis ce matin. Mais nous l’avons payé cher ce paradis de l’île de Corfou.

Deux jours prisonniers dans ce port de Plakes à Mathraki, où le coup de vent que nous avons subit ne s’est pas arrêté à l’entrée. Seul le bassin des bateaux de pêche présente un abri a peu près correct, mais Casalibus n’y a pas accès compte tenu de la taille du plan d’eau. Le quai principal quant à lui bénéficie largement de la houle extérieur et qui plus est, en ce qui nous concerne, des déferlantes passants par dessus la digue. Quarante cinq nœuds de vent dans les rafales, de quoi  nous occuper toute la nuit !

Quand on regarde aujourd’hui cette baie magnifique, complètement protégée, aux eaux turquoise où nous sommes ancrés, on a envie de croire en ce dieu que vénèrent les moines du monastère d’Ay Spiridon, là haut sur la falaise. A peine croyable la beauté du site et la quiétude qu’il inspire. Entouré de sommets verdoyants, quelques maisons et un hôtel surplombent le golfe très abrité de Palaiokastrita. Le petit port complètement fermé au nord de la baie est peuplé de bateaux d’excursions et de barques de location à destination des nombreux touristes qui fréquentent les lieux. Leur objectif étant la visite des quelques grottes marines trouant les falaises environnantes. Mais de plaisanciers, il n’y en a point…pour l’instant. Nous sommes encore une fois le seul voilier au mouillage dans ce paradis oublié et c’est tant mieux !

      

Dimanche 15 juillet

 

Trois jours que nous sommes ici, à Palaiokastrita alors qu’aucun élément extérieur ne nous retient. Cela paraît incroyable pour les nomades que nous sommes. Mais à quoi sert de quitter un paradis quand on y est roi ? Nous avons quand même levé l’ancre ce matin pour la poser un peu plus loin dans la baie, devant une autre plage de sable fin, elle même cernée par les montagnes boisées. Chose curieuse quand même, c’est la température de l’eau qui a chutée considérablement avec le coup de vent de la semaine dernière. Et je dois dire que depuis, nous ne souffrons plus de la chaleur durant la nuit. La couverture est de rigueur et nous ne nous en plaignons pas. Toujours étonnant le fait que nous soyons seuls en ces lieux ? Nous voulions sortir des sentiers battus, c’est une réussite…

Hier, nous avons testé le moyen de transport le plus approprié à Corfou : le scooter. Plus de Piaggio comme en Italie, mais des Suzuki. Nous sommes à vingt cinq kilomètres de la ville de Corfou et nous avons donc décidé d’aller jeter un œil sur cette côte est de l’île, là où tous les bateaux de voyages se rendent. Tout est beau. La ville de Corfou, les plages cachées derrière les îlots, les filles…et pour l’instant, on ne peut pas dire qu’il y est foule. De quoi nous rassurer pour les jours à venir.

Une petite parenthèse en ce qui concerne les scooters Suzuki. Ils ne pardonnent pas les erreurs de pilotage, mais alors pas du tout ! Un virage abordé un peu vite nous a vus nous vautrer lamentablement sur le bitume. Plus de peur que de mal, mais nous ressemblons à deux gamins qui se sont essayés au vélo pour la première fois. D’autant que nous étions en short et tee short évidemment ! Par contre, très solide le scooter. A peine éraflé sur le côté. Pour ne pas affoler le loueur, je suis retourné seul pour la restitution en prenant soin de cacher mes éraflures à moi, et ma démarche un peu boiteuse...

 

Mardi 17 juillet

 

Après une remonté sans problème de la côte ouest de Corfou, nous avons rejoint l’île de Erikoussa d’où nous étions partis mercredi dernier. Nous étions quand même douze voiliers au mouillage hier au soir. Fini les mouillages solitaires dans les paradis perdus ? Pas du tout ! Ce soir, nous sommes à nouveau seuls dans la baie d’Imerolia à l’ouest de Kassiopi dans le nord de l’île de Corfou. Si la ville est très touristique et envahie de britanniques, les quelques voiliers présents ont optés pour le port, nous laissant l’intégralité du mouillage…

Kassiopi se trouve être le port le plus proche de la côte albanaise. Six kilomètres seulement nous séparent de ce pays encore très fermé aux touristes. Il y a quatre ans, toute cette zone au nord est de Corfou était encore interdite à la navigation tant la tension avec l’Albanie était grande. De fréquents actes de piraterie avaient lieu et cette triste réputation est peut être aujourd’hui, la cause de cette absence de plaisanciers. Pour l’heure, la marine grecque se fait plutôt discrète et tous ces problèmes semblent avoir disparus. Ce qui est étonnant, ce sont les feux qui brûlent en permanence dans les montagnes albanaises. Depuis le premier jour où nous avons aperçu la côte de ce pays durant notre traversée depuis l’Italie, ces incendies n’ont cessés de ravager les pentes des montagnes. La nuit, ces gigantesques incendies sont à la fois beaux et inquiétants. Ce matin, le pont du bateau était recouvert de particules cendrées que la brise nocturne avait transportées…

 

Jeudi 19 juillet

 

Aujourd’hui, nous avons parcouru…un mille nautique ! Entièrement à la voile tout de même. Nous avons simplement changé de baie pour voir si elle était aussi jolie. Aussi belle, pas de doutes, mais également délaissée ! Encore seuls au monde pour cette nuit. Pourtant, nous en avons vu passer des voiliers au large. Aucun n’a pris la peine de s’arrêter ne serait ce que pour la pose de midi. La baie et la plage sont désertes et comme aucun accès n’est possible par les terres, notre tranquillité est garantie !

Demain, nous retournons à Kassiopi pour les soins de Brigitte. Ah oui ! Disons que sa blessure à la jambe ne s’est pas trop arrangée et nous avons dus consulter un médecin aujourd’hui…A chacun son tour !

 

Dimanche 22 juillet

 

Quarante et un degrés à l’ombre ! Ancrés dans le nord de la marina de Gouvia, nous attendons, allongés dans la fraîcheur toute relative à l’intérieur du bateau que le soir arrive ou qu’une brise, même timide se lève.

Nous sommes arrivés ce matin après deux jours passés dans les mouillages somptueux de la côte est. Bien sûr, plus question de robinsonnades sur des plages désertes, mais nous avons pu y trouver une place pour Casalibus sans problème. L’arrivée de Viviane, mercredi prochain, sera pour nous une excellente occasion de retourner flâner dans ces lieux enchantés. Nous sommes heureux de sa venue et attendons notre équipière avec impatience, car, comme je le répète asses souvent, la seule ombre au tableau de ces longues navigations en Méditerranée, c’est l’absence des proches que nous laissons pour quatre mois.

Ces trois derniers jours nous ont fait découvrir des lieux dignes des meilleures cartes postales de Corfou. De paisibles petits villages au fond de criques paradisiaques qui, même si en ce mois de juillet les touristes y sont nombreux, il semble qu’ils soient tous venus y chercher la tranquillité et le repos. Rien ne bouge avant dix heures du matin et tout semble dormir jusqu’à onze heures. Malheureusement, de nombreux cargos passent dans ce chenal étroit et tout le secteur a probablement été victime de l’indélicatesse de l’un d’eux hier matin. Une mini pollution par hydrocarbure a affecté la baie où nous nous trouvions. Résultat, une multitude de boulettes échouées sur la plage qui arborait fièrement son pavillon bleu…Pour nous, ça se traduira par deux heures de travail acharné pour nettoyer la coque du bateau avec du diluant ! Qu’est ce qui peut pousser des gens a commettre de tels crimes contre l’environnement ?

 

Mardi 24juillet

 

De retour à Corfou, en voilier cette fois… Il y a dix jours, l’eau était à moins de vingt degrés, aujourd’hui, elle atteint les vingt huit ! De notre vie, nous n’avons eu à subir de telles températures. Plus un brin de vent et un ciel brumeux qui limite la visibilité à quelques centaines de mètres. Du coup, malgré l’absence de nuages, nos panneaux solaires ne produisent plus suffisamment d’énergie et nous devons limiter notre consommation d’autant que le frigo, lui, fonctionne à plein régime.

Ce soir, nous avons changé de place car, mouillés au pied de la citadelle, notre sommeil fût troublé par la musique des différents bars de l’esplanade. Notamment le plus proche de nous qui se décida à fermer ses portes à quatre heures trente ce matin !!! Ajouté aux trente six degrés de température ambiante, et à la reprise des liaisons aériennes dès cinq heures du matin, je vous laisse imaginer la nuit que nous avons passée… Pour l’instant, il est vingt trois heures et seul le bruit des avions se posant ou décollant de l’aéroport tout proche trouble notre tranquillité. Demain soir, nous nous y rendrons pour accueillir Viviane.        

 

Samedi 28 juillet

 

Le soleil brille, la mer est belle et les filles font la sieste ! Et oui, les filles puisque Viviane fait partie de l’équipage depuis mercredi. Mais ma position de minoritaire ne m’empêche pas de rester le seul maître à bord…en étroite collaboration avec elles tout de même !

L’arrivée de Viviane est un réel bonheur. Depuis deux mois que nous étions seuls Brigitte et moi sur ce voilier, sa présence nous fait du bien. Quant à son aptitude à la navigation, tout se passe on ne peut mieux…Son séjour avec nous est aussi l’occasion d’avoir des nouvelles du pays et son sac de voyage contenait notre courrier fraîchement rapporté de Saint Pierre.        

Après une journée à visiter la magnifique ville de Corfou (et a chercher un médecin pour soigner cette fois mon angine !), nous remontons la côte est en cabotant de mouillages en mouillages. Nous faisons ainsi découvrir à Viviane les plus belles criques de Corfou. Y revenir reste pour nous un enchantement.    

 

 

 

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Par muzet pascal
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Jeudi 30 mai 2013 4 30 /05 /Mai /2013 09:30

...TROISIEME PARTIE : de la Sicile à la Grèce. (Eté 2007 suite)

 

  Corfou, mer Ionnienne

 

Dimanche 5 août

 

Petriti, dans le sud de l’île de Corfou. Nous sommes arrivés ce matin dans ce petit port que nous ne connaissions pas encore. Nous avons repris notre navigation après avoir raccompagné Viviane à l’aéroport très tôt ce matin. Nous sommes un peu perdu aujourd’hui sans sa présence à bord et ces dix jours passés ensemble auront été des plus agréables.

Cap au sud ! Petriti est le dernier mouillage de la côte est de Corfou et si ce n’était cette  houle désagréable qui nous ballotte en tous sens, nous apprécierions sans doute à sa juste valeur la beauté des lieux ! Nous retrouvons ici une ambiance de port de pêche et même si les chalutiers sont modestes, ils sont présents et ce sont les premiers que nous rencontrons en Grèce. Jusqu’à présent, nous nous posions des questions sur la provenance des poissons sur les étals du marché de Corfou… 

Demain nous espérons quitter l’île et gagner la côte hellénique si le vent de nord ouest veut bien se calmer un peu. Du force huit est attendu dans la soirée et malgré la bonne protection que nous offre ce mouillage, nous avons enfourché une seconde ancre par précaution…  

 

Mardi 7 août

 

Retour aux îles ! Nous ne pouvons pas nous en passer. Après une escale d’une journée à Mourtos, sur la côte grecque, nous avons remis le cap à l’ouest en directions de Paxos. Cette île au sud de Corfou est évidemment très touristique, mais il y a de bonnes raisons à cela. Nous avons mouillés dans la baie de Lakka au nord de l’île après une navigation au près serré, allure que nous avions oublié depuis que nous naviguons dans les eaux grecques. Il y a pas mal de bateaux à l’ancre et beaucoup ont choisi de porter une amarre à terre afin de parer aux évitages anarchiques, source de problèmes très fréquents dans ce genre de situation. Nous avons donc procédé de la même manière ce qui devrait nous garantir une nuit sereine. D’ailleurs, hier à Mourtos, nous avions déjà expérimenté ce procédé tant les places au mouillage étaient serrées. Le petit port étant bondé, chacun venait jeter son ancre dans l’étroit chenal entre la côte et les îlots de Sivota. Un endroit charmant où les gens sont particulièrement sympathiques. Ainsi la bouchère du coin qui nous fit cadeau sans raison apparente et à deux reprises, de saucisses locales et de deux côtes d’agneau ! Les grecques ne sont pas aussi spontanés que les siciliens, mais nous avons pu à plusieurs reprises apprécier leur gentillesse. Dimanche matin, en rentrant de l’aéroport, un boulanger à qui nous achetions notre pain nous offrit deux pains aux raisins tout justes sortis du four…

Pour l’heure, nous sommes paisiblement installés à Lakka où le soleil couchant illumine le fond de la baie, le petit port et les maisons qui l’entourent. Il est temps pour moi de m’occuper du barbecue et de ces fameuses côtes d’agneau pendant que Brigitte nous prépare notre apéritif quotidien. 

 

Vendredi 10 août

 

Mongonisi dans le sud de Paxos. Il est vingt trois heures et le mouillage est bercé par la musique folklorique en provenance du restaurant, le seul et unique du coin. Dire que l’endroit est touristique est un euphémisme ! Mais comme à Lakka, cette baie où nous sommes ancrés est superbe. Une longue indentation d’eaux turquoise s’enfonçant dans les terres, entre plages de sable fin et rochers. Du maquis tout autour et pour seule construction, le restaurant, noyé dans les oliviers… Nous sommes une trentaine de bateaux au mouillage, mais comparativement à hier, nous avons l’impression d’être seul ! Ah ! Hier…Gaios, « capitale de Paxos ». Le petit Saint Trop du coin. L’incontournable rendez vous des plus beaux yachts de la région. La bourgade a gardé son charme, mais difficile au mois d’août de trouver une place le long du quai. En fait, le port se prolonge tout le long du chenal tortueux qui sépare la côte de l’îlot Nikolaos sur près d’un kilomètre. Pas un mètre de ce long quai n’était disponible. Nous avons mouillés dans le chenal, en portant une amarre à terre sur la rive gauche, comme la plupart des plaisanciers de passage. Si la protection était parfaite, elle ne nous mettait pas cependant à l’abri de l’agitation nocturne des nombreux bars et tavernes de Gaios !!!   

 

Lundi 13 août

 

Nous venons de quitter Parga, petite citée balnéaire au nord de Preveza où nous sommes restés deux jours. Et dire que la plupart des plaisanciers boude l’endroit ! C’est absolument magnifique. La ville et ses ruelles est perchée sur un piton rocheux qui forme une presqu’île avec de chaque côté, une baie abritée dont une est encerclée de rochers ne ménageant qu’un étroit passage pour y accéder. Nous avons passés la dernière nuit mouillés au pied d’un de ces îlots, dominés par une très belle chapelle orthodoxe d’un blanc immaculé et noyée au milieu des pins maritimes. Cette partie de la côte grecque est luxuriante car de nombreuses sources jaillissent alentours. Les ruines d’un château vénitien trônent au sommet de la citée. Ajoutez à ça des eaux cristallines sur fond de sable blanc et le tableau est parfait ! Ah oui, une précision tout de même, nous étions seuls dans ce fabuleux paradis…Chers navigateurs, continuez à passer votre chemin en laissant cette côte à ceux qui comme nous, aiment à sortir des sentiers battus !

 

Mardi 14 août

 

Ce matin, nous étions partis pour une navigation de vingt cinq milles afin de rallier  Préveza, port d’entrée dans le golfe d’Amvrakia, petite mer intérieure sur la côte grecque. Notre guide nautique nous indiquait une escale possible sur notre route et notre objectif était de nous y arrêter pour la pose déjeuner. A l’heure où j’écris ces lignes, vingt et une heures, nous y sommes toujours ! Imaginez une crique aux eaux turquoise etc…Nous commençons sérieusement à envisager notre hivernage en mer Ionienne tant il nous reste à découvrir. Chaque escale est un enchantement et il nous est impossible d’en exclure une seule. Alors évidemment, à ce rythme là, on n’est pas rendus…Mais rien ne nous oblige à avancer plus vite! Lorsque l’on regarde la carte marine et les nombreuses îles, la multitude de baies bien abritées et la quantité de petits ports adorables, difficile de faire un choix. De plus, toute cette partie de la côte est complètement délaissée par les plaisanciers et se retrouver presque seuls au mouillage la veille d’un quinze août ! Je veux bien traîner encore un peu par ici…       

 

Jeudi 16 août

 

Le golfe d’Amvrakia ! Nous y sommes tout de même arrivés après une navigation presque exclusivement à la voile. D’ailleurs, depuis que nous sommes en Grèce, le moteur n’est que très rarement sollicité et les vents de nord ouest nous poussent gentiment en direction du sud.

Nous avons pénétré dans ce fameux golfe hier après midi par la passe étroite qui le relie à la mer. L’occasion de retrouver les sensations rencontrées lors du passage du détroit de messine, en plus tranquille, mais le courant contraire au vent provoquait des remous semblables. La ville de Préveza à l’entrée du golfe est très agréable et les nombreux commerces nous permettent de refaire un avitaillement complet. Les prix sont très intéressants notamment en ce qui concerne la viande et le poisson. D’ailleurs, en dehors du petit noir au comptoir, les prix en Grèce sont plutôt inférieurs à l’Italie et à la France.

Nous avons jeté l’ancre au fond de la baie, à quelques centaines de mètres de la ville, et malgré les festivités du 15 août, la nuit fût sereine.

Aujourd’hui, nous avons mis le cap au nord, en direction de Louros où, à l’embouchure d’une rivière, nous espérons voire des tortues. Pour l’instant, Casalibus est mouillé dans une baie très campagnarde où les chèvres sont les seules occupantes de la plage. Elles sont si nombreuses que l’odeur pourrait nous faire penser qu’il y en a une à bord ! Cela dit, nous nous retrouvons encore une fois seuls au monde…à part les chèvres !              

 

Vendredi 17 août

 

Mouillage sauvage au programme pour ce soir ! Quand je dis sauvage, il s’agit de nature sauvage…Cette embouchure de rivière nous l’avons enfin trouvée, en longeant la côte avec l’œil sur le sondeur, une brise légère gonflant le génois et nous poussant doucement en direction du nord est. Le problème à l’approche d’un estuaire, ce sont souvent les bancs de sable qui se font et se défont en fonction des saisons. Lorsque nous avons repéré la rivière avec les jumelles, nous apercevons un voilier au mouillage. Il s’agit d’un trimaran pouvant naviguer dans cinquante centimètres de profondeur. Nous, nous ne pouvons pas nous en approcher à cause des hauts fonds. Les pélicans et les mouettes eux, sont bien au rendez- vous et nous ne voulons pas renoncer avant d’avoir essayé toutes les approches possibles. La solution la plus évidente est de progresser dans l’axe du cours d’eau, car le courant de celui-ci doit évacuer de lui même ses propres alluvions. Logique et efficace ! Nous mouillons à cent mètres du bord, en eaux presque douces…par trois mètres de fond. L’endroit a un petit air de Camargue et les espèces d’oiseaux sont nombreuses. Les poissons aussi. Quand aux tortues, elles se font très discrètes. Nous en avons repérées deux quand même, mais trop loin pour en profiter vraiment.    

Nous partons à la découverte des lieux en annexe et remontons la rivière au milieu des roseaux et des joncs. Quelques barques de pêche se dissimulent le long des berges. On pourrait se croire en Amazonie ou en Afrique. Un crocodile surgirait devant l’annexe que nous ne serions pas plus étonnés que ça ! Soudain, Brigitte sursaute en apercevant une « bestiole » à ces pieds…Horreur ! Un serpent de quarante centimètres est lové dans mes chaussures !!!Comment est il arrivé là ? Est-il venimeux ? Pas le temps de se poser ce genre de questions. Une chose est sûre, il n’y a pas de place pour lui dans notre annexe de deux mètres…J’attrape prudemment ma chaussure après avoir stoppé le moteur et la plonge rapidement dans l’eau. Le reptile n’apprécie pas du tout et se cramponne à ma sandale en s’approchant de ma main. Je ramène la chaussure à bord et la lâche au fond de l’annexe. La « bestiole » reprend sa place et s’y trouve bien ! Je finis par la coincer avec les rames et a la jeter à l’eau non sans l’avoir frappé plusieurs fois avec la pagaie pour la dissuader de remonter à bord… Incroyable histoire, mais bien réelle. Nous sommes restés très vigilent pour la suite de notre expédition dans ce milieu vraiment très « sauvage »…

Le matin même, nous avions exploré un domaine beaucoup moins dangereux, le site archéologique de Nikopolis fondé par Octave trente ans avant notre ère. Vaste domaine sous exploité et peu entretenu où les visiteurs sont un peu livrés à eux même. Nous y avons découvert de magnifiques mosaïques en parfait état de conservation. Situé à trois kilomètres de notre mouillage, nous avons profités de l’offre amicale d’une riveraine pour le trajet aller. Quand au retour effectué à pieds, nous en tirons la conclusion suivante : l’auto stop en Grèce est beaucoup plus difficile qu’en Italie !        

 

Dimanche 19 août

 

Après une nuit passée sous le vent des îlots Vouvalos dans la solitude la plus complète, nous avons mis le cap à l’est, tout au fond du golfe, direction Menidhion petite citée balnéaire fréquentée essentiellement par les grecques. La logique aurait voulu que nous attendions la levée du vent de nord ouest pour partir mais, a cours de provisions ce dimanche, il nous fallait arriver avant midi. En deux heures de navigation, nous avons été comblés ! Des dauphins à ne plus savoir où donner de la tête et des tortues qui enfin, se laissent approcher.

Après avoir fait quelques courses et bu un ouzo au restaurant du port (accompagné d’une assiette de friture et de beignets de courgettes gracieusement offerte), nous sommes allés jeter l’ancre dans l’ouest de la baie, où une ancienne pêcherie a été transformée en musée. L’endroit est presque désert en dehors des clients de l’unique taverne où nous savourons notre ouzo (encore un) accompagné cette fois d’une friture de poissons…froid. Pour la modique somme de deux Euros, nous gardons les réclamations pour plus tard.

La soirée barbecue se déroule sous l’observation attentive des hérons et des mouettes visiblement peu habitués aux touristes…D’ailleurs, les autochtones aussi. L’anglais a disparu des conversations et de la signalétique et le dialogue devient difficile entre eux et nous !

 

 Mercredi 22 août

 

Vonitsa, dernière escale dans ce golfe d’Amvrakia. Nous pensions en faire le tour en quatre ou cinq jours, mais nous sommes loin de regretter notre flânerie au milieu de ces paysages aussi sauvages que variés.

Arrivés hier à Vonitsa, nous avons retrouvé l’ambiance des mouillages fréquentés. Cette charmante petite bourgade se trouvant juste à l’entrée du golfe, en face de Préveza, nombreux sont les plaisanciers qui s’y aventurent. Certain sont ici depuis huit ou dix jours, mais ils ne connaissent que ces deux endroits. Quand on leur explique notre parcours, ils restent bouche bée. Quelques uns prendront peut être le temps de pousser un peu plus loin leurs navigations… Il faut reconnaître que cette petite ville a un côté très sympathique avec son  port au pied d’une colline au sommet de laquelle un fort vénitien semble veiller sur la ville. Entre pins et eucalyptus, quelques criques charmantes se cachent, et l’on a envie de toutes les explorer. Ce soir, nous sommes ancrés derrière une presqu’île dont la forêt de pins et de cyprès nous protège du vent dominant nous apportant des odeurs de garrigue. Tous ces lieus magiques, nous aurons sans doute l’occasion d’y revenir car notre décision est prise, nous hivernerons Casalibus à Préveza. Il y a quatre chantiers navals dans le coin, tous proches de l’aéroport et les prix d’hivernage semblent plutôt corrects.

 

Lundi 27 août

 

Nidri, île de levfkas ! Toujours un peu plus de sud dans notre sillage…a petite vitesse tout de même!

Nous avons quitté Préveza samedi matin après avoir réglé toutes les formalités pour l’hivernage de Casalibus et notre retour en Chartreuse. Nous laisserons le bateau dans un chantier familial, à Préveza, et pour la première fois à terre. A voir le calage des bateaux sur le chantier, j’ai d’abord eu une impression négative par rapport aux autres sociétés d’hivernage et leurs bers sophistiqués. Ici, de simples étais en bois reposant directement sur le sol meuble. Nous sommes dans une région où les tremblements de terre sont fréquents, même s’ils ne sont que de faible amplitude dans la majorité des cas, et heureusement ! Mais faire reposer un bateau sur de simples étais reposant chacun directement sur le sol doit, en cas de secousse, permettre d’absorber les tremblements et d’éviter ainsi le basculement du bateau…en théorie ! Quoiqu’il en soit, un hiver au sec après quatre années passées dans l’eau lui fera le plus grand bien.   

Aborder le canal de Levfkas lorsque l’on arrive par le nord peut donner quelques sueurs froides pour le peu que le vent de nord ouest se montre généreux. L’entrée, d’une vingtaine de mètres de large seulement ne se distingue qu’une fois le bateau dans son axe, c’est à dire très proche de la plage et de ses rouleaux. Même si l’on est sûr de son coup grâce a la présence du phare vert à tribord et du fort sur la rive bâbord du chenal, la passe reste invisible jusqu’au dernier moment. Ensuite, il faut prévoir son arrivée si possible aux heures pleines car un pont tournant interdit toute progression en dehors de ces horaires. La circulation automobile est alors interrompue et le pont pivote pour permettre aux bateaux de passer. Alors, la ruée commence…Dans les deux sens de circulation, ce n’est qu’une longue file de navires qui se pressent dans ce passage obligé.

Si nous avons pu profiter de la solitude dans le golfe de Préveza, arrivés dans le chenal et le port de Levkas, on comprend rapidement qu’il en est terminé des soirées Robinson au mouillage. Ici se concentrent une grande partie des bases de location de bateaux de la mer Ionienne. Arrivés un samedi, jour de prise en charge des voiliers de location, nous savons que nous devons mettre un ou deux jours entre eux et nous si nous ne voulons pas nous retrouver coincés tous les soirs au milieu des flottilles. Le lieu n’est pas réjouissant, mais la ville est intéressante à visiter et très bien fournie en supermarchés. Nous nous mettons au quai public, au bord de la route principale qui relie l’île au continent. C’est le seul endroit où il reste de la place…forcément ! Au moins, nous savons à quoi nous en tenir…

Cette stratégie a porté ses fruits car aujourd’hui, même si les voiliers sont nombreux dans cette superbe baie de Nidri, nous trouvons une place sans problème dans « Tranquil Bay ».

 

Mercredi 29 août.

 

Skorpios, île privée appartenant à la famille Onasis. Nous sommes mouillés dans la baie où jadis, le « Christina » était ancré une partie de l’été. Il n’est pas permis de descendre à terre, mais le gardien semble plutôt relax. Nous retrouvons les eaux limpides dans cette crique ravissante avec sa plage de sable fin et sa colline boisée. Juste en face de nous, les hauts sommets du continent nous envoient un peu de fraîcheur par l’intermédiaire de la brise du soir. Fraîcheur toute relative, le thermomètre à l’intérieur annonce trente cinq degrés quand même !

Il y a de nombreux bateau au mouillage, mais malgré la ligne de bouées semblant interdire d’avancer trop près de la plage, nous franchissons la zone en attendant de voir ! Rien. Personne pour venir nous demander de reculer. Après vérification, ces bouées ne sont que des corps morts pour les bateaux d’excursions qui envahissent les lieux dans la journée. Nous sommes les seuls à avoir tenté l’expérience et nous nous retrouvons ainsi tranquilles, en avant de tous les autres bateaux!

 

Jeudi 30 août

 

Quand je disais qu’il en était fini des Robinsonnades au mois d’août en mer Ionienne, je me trompais ! Au fur et à mesure que le soleil déclinait hier au soir, les bateaux levaient l’ancre. Tous sans exception ont fuit ce lieu magique et chargé d’histoire pour je ne sais quel port surchargé ! A vingt heures, nous étions chez nous ! Plus personne autour. Même le gardien a regagné son « home ». Moi qui m’inquiétais du dérangement occasionné par la fumée du barbecue, elle ne troubla que les mouettes installées sur la plage déserte et seules autorisées à faire du camping sauvage. Moments de bonheur sans lesquels toute navigation  resterait inachevée.

Ce matin, voyant arriver de nouveau les marins explorateurs, nous avons cédé sans remord notre place pour aller jeter l’ancre dans la baie Dessimou, deux petits milles plus au sud. Moins magique mais tout aussi beau. Un seul voilier nous a devancés et il reste de la place pour Casalibus.        

 

Dimanche 2 septembre

 

Sivota dans le sud de Levka. La mer pénètre profondément dans les terres et le village ne se laisse découvrir qu’au dernier moment, au sortir de la dernière courbe du bras de mer. De hautes collines ceinturent cette baie devenue un haut lieu touristique de l’île. Autrefois village agricole, tous les moulins à huile sur le port sont devenus de charmant restaurants pour les nombreux plaisanciers en escale. Ici se trouve la base d’une célèbre agence de location de voilier et c’est l’économie de tout le village qui en dépend.

Hier, nous avons quitté Nidri après avoir fait quelques achats avant de nous lancer dans l’exploration de toutes ces petites îles truffées de mouillages dans les alentours de Levka. Nous avons un mois devant nous pour dénicher les meilleurs spots du coin. D’autant qu’à partir de demain, les voiliers seront nettement moins nombreux en mer Ionienne. Soulagés aussi d’avoir trouvé une chambre d’hôtel à Milan pour la nuit du 3 au 4 octobre, lors de notre retour. Dormir sur un banc de l’aéroport ne nous enchantait guère…

Pour l’heure, nous mettons le cap sur Vasiliki, grande baie tout au sud de Levka.

 

Mardi 4 septembre.

 

Vasiliki ! Spot mondial pour la  planche à voile, le kite-surf et tout ce qui flotte et se déplace à la force du vent. D’ailleurs, tellement venté le coin que nous avons dû faire demi-tour dimanche, lors de notre première tentative. A l’approche du cap Lipso, trente nœuds de vent dans le nez nous ont donné à réfléchir. Tirer des bords pendant deux heures dans une mer cassante ou simplement faire demi-tour pour retourner à Sivota en une heure d’une navigation confortable par vent arrière. Le bon sens l’a emporté…

Il semble effectivement qu’Eole est le maître des lieus !  Arrivés hier matin bien avant que la brise ne s’installe, nous avons jeté l’ancre proche de la plage, par mer plate et vent nul. A midi, nous nous amarrions au quai du port pendant qu’il était encore possible de manœuvrer. Le vent se lève très vite et les rafales peuvent être violentes. Normalement, tout se calme avec la tombée du jour… sauf hier au soir où le vent fit des heures supplémentaires jusque tard dans la nuit. Bien amarrés au quai, nous étions heureux d’avoir quitté ce mouillage devenu intenable et dangereux. Les bateaux arrivés après nous ont eu nombres de difficultés à apponter avec trente nœuds de vent de travers. Un skipper pourtant professionnel a arraché le mouillage d’un voilier amarré au quai en perdant le contrôle de son bateau. Pas de casse, mais beaucoup d’effort pour le sortir de ce mauvais pas. Beaucoup préfèrent rebrousser chemin plutôt que de se risquer à la manœuvre.

Aujourd’hui, nous avons testé la fiabilité d’une nouvelle marque de scooter ! Et oui, il fallait bien récidiver. Aucun problème même si Brigitte ne montra guère d’enthousiasme à ré enfourcher l’engin… Nous avons visité une partie de la côte ouest de Levka où de magnifiques plages se nichent aux pieds de falaises vertigineuses. Ces hauts lieux font la fierté de l’île et le bonheur des marchants de cartes postales. Aucune possibilité d’accès ici en bateau, la houle du large venant s’écraser sur la rive en de monstrueux rouleaux.

 

Mercredi 5 septembre

 

De la pluie ! Oui, de la vraie pluie. Depuis le 25 mai précisément nous n’en avions pas revue. Ce matin, un orage c’est abattue sur la baie en déversant une averse copieuse mais de courte durée. Un bon dessalage pour le bateau sauf qu’une fois l’averse passée, nous nous apercevons que le pont est rouge de sable !!! Et la ville endormie. Pour cause : il n’y a plus d’électricité. Pas d’expresso ce matin… 

Le vent étant favorable (contrairement à la météo qui annonce un renforcement du nord ouest), nous repartons pour Sivota sous un ciel menaçant. En cas de coup de vent, nous serons parfaitement à l’abri au quai du village. 

 

Jeudi 6 septembre

 

Nous sommes amarrés au ponton de Spartakhori sur l’île de Méganisi. Cette baie est absolument magnifique ! Deux tavernes sur la plage, au pied du village auquel on accède par un escalier dont je n’ai pas compté le nombre de marches. Des pontons avec eau et électricité mis gracieusement à la disposition des plaisanciers par les restaurateurs…qui apprécient que l’on aille faire honneur à leur cuisine. Normal ! En tous cas, l’idée est excellente et mériterait d’être exportée sur nos côtes.  

 

Vendredi 14 septembre

 

Après huit jours de cabotage sur l’île de Méganisi, nous mettons le cap sur Mitika, petit port de la côte hellénique, huit miles plus à l’est.

Huit jours, cela parait bien long pour une île aussi petite. Petite oui, mais attachante ! Nous n’avons même pas exploré la moitié des nombreux mouillages sauvages que représente cette île. Comme toujours dans ces cas là, la beauté des lieus a sa contre partie ! Beaucoup de monde encore en cette période. Toutes les flottilles y séjournent, heureusement à tour de rôle suivant l’endroit. Deux petits ports occupent le fond des criques les plus abritées, mais quelque soit l’endroit où l’on mouille, chacun de ces villages reste accessible en dix ou quinze minutes de marche à pieds par des sentiers serpentant parmi les oliviers. Nous avons à la fois envie de continuer cette découverte du site et nous en évader afin de briser la routine qui s’installe insidieusement. Nous avons décidé de partir en nous promettant de revenir. Là est la nuance…

A Mitika, c’est la rupture ! Nous ne sommes que quatre voilier dans ce port occupé essentiellement par des embarcations locales. La ville et ses habitants s’essayent bien au tourisme, mais malgré la plage superbe, la concurrence avec les îles d’en face est inégale! Il en ressort une ambiance tout à fait particulière où le touriste se retrouve noyé parmi les gens du cru. Comme dans le golfe de Préveza, la communication devient difficile. Très peu de gens parlent anglais et nous n’avons encore pas réussi à assimiler plus de cinq mots de vocabulaire grec.

Nous avons mangé dans un minuscule restaurant dans la rue principale, au hasard, nous fiant à notre intuition. Giros (sorte de kébab) et calamars fris arrosé d’un vin rouge local. Quinze Euros tout compris pour nous deux ! Un autre monde…   

 

Samedi 15 septembre

 

De nouveau sur une île, Kalamos, à un jet de pierre de la côte continentale grecque. Autant, cette dernière est aride et sèche, autant Kalamos est noyé sous la végétation. Des pins, des cyprès, des oliviers. Le contraste est étonnant vue la faible distance qui les sépare. Nous optons pour le petit port du village de Kalamos, capitale de l’île s’il en est une. Charmant avec sa place ombragée face au quai où s’étalent les terrasses des trois bars. Le village s’étage sur les pentes du mont Vuni, sept cent cinquante mètres plus haut. Nous aimerions y grimper, mais le seul sentier semblant y mener n’est autre qu’une piste tracée par les moutons…nous renonçons !

 

Lundi 17 septembre

 

Après Kalamos, nous avons pointé notre étrave à l’est, sur la petite île de Kastos. Le mouillage où nous nous trouvons est l’un des plus beaux que nous ayons visité depuis que nous sommes en Grèce. Les conditions météorologiques sont excellentes et même si la température de l’eau a quelque peu chutée, nous vivons une arrière saison superbe !

Hier en fin de matinée, nous avons quitté le port de Kalamos sans trop de regrets malgré la quiétude du lieu. C’est le seul endroit en Grèce où nous avons ressenti de l’antipathie de la part, et des commerçants, et des habitants du village. Heureusement, un banc de dauphins amicaux  a croisé notre route à la sortie du port, comme pour nous faire oublier cette animosité locale. Arrivés au mouillage de Port Léone, plus au sud, là encore, nous sommes restés sous le charme du site. Une grande baie divisée en deux par une avancée rocheuse surmontée d’une chapelle, noyée parmi les oliviers. La brise de terre nous apporte des odeurs de maquis et de romarin. Deux moulins en ruines sur la pointe est rappellent que l’olive a été

la richesse des habitants dans le passé. Aujourd’hui, du passé et de ses agriculteurs, il ne reste que le village abandonné depuis 1953, date à laquelle un tremblement de terre les a contraints à abandonner la partie commencée par leurs aïeux des siècles auparavant. Seule une taverne a réinvesti l’endroit. Un grec a partiellement rénové une maison pour la transformer en restaurant estival. Sa saison terminée, il démonte sa terrasse et nous offre un soda, dernière boisson qui lui reste. Le bruit continu du groupe électrogène parmi les ruines de ce village craie une atmosphère surréaliste. Nous le laissons à ses occupations en lui promettant de repasser l’année prochaine. Sera t’il encore là ?

           

Mardi 25 septembre

 

Tout ceci sent la fin ! De retour à Préveza après une dernière navigation depuis Levkas dans de supers conditions, quinze nœuds de vent arrière, voiles en ciseaux, un peu comme pour nous faire regretter notre prochain départ. Oui mais, de regret il n’y en a pas. Nous partirons sereins et heureux de ce périple qui nous mena dans ces eaux grecques de la mer Ionienne avec cette fois, la satisfaction d’avoir atteint un but, réussi à rejoindre la Grèce, cette frontière avec l’Orient, mené Casalibus, ce petit voilier, car petits nous sommes parmi les autres, jusqu’ici comme un grand et ce depuis son port d’attache d’Aix les bains. J’en vois certain sourirent, d’ironie peut être, ceci ne représentant que quelques centaines de milles, mais le voyage en bateau reste le voyage, quelque soit la destination. Sensation de liberté dans la découverte, où seul la volonté, l’envie du « plus loin » motive les décisions, même si jamais nous n’avons eu à affronter de longues navigations solitaires. Nous partirons d’autant plus sereins que ce bassin de navigation dans les eaux Grecques nous prédit pour l’année prochaine des moments de bonheur parmi les innombrables mouillages à découvrir. Mais pour l’instant, le bonheur, c’est ce proche retour parmi les nôtres qu’une absence de quatre mois  rend d’autant plus précieux.

Mais cette semaine à venir nous laisse encore des perspectives de navigations alléchantes dans ce golfe de Préveza que nous avons tant apprécié. Enfin, si les conditions météo nous le permettent, car les prévisions à venir ne sont guère optimistes !

 

Vendredi 28 septembre

 

Après trois jours d’escale forcée, à l’abri dans le port de Préveza, nous profitons d’un dernier mouillage solitaire dans la superbe baie de Vonitsa. Si belle que, lors de notre précédente escale, nous y avions passé plusieurs jours. A la différence que cette fois, nous avons bénéficié d’une tranquillité absolue tout l’après midi. Seuls dans la crique de Markou, alors qu’au mois d’août, nous avions renoncé à y jeter l’ancre vu l’encombrement ! Des français rencontrés à Préveza nous ont indiqué la présence de palourdes dans cette baie. Nous en avons ramassé quatre kilos ! Visiblement, ce genre de coquillages n’intéresse personne par ici…

Dernier mouillage, dernier bain, le retour du soleil et de la chaleur nous fait oublier la  dépression et les fortes pluies de ces deux derniers jours.      

 

Dimanche 30 septembre.

 

Mouillés devant le chantier naval de Dimitri Manetas où Casalibus hivernera, nous profitons de cette dernière soirée barbecue avec en prime, un très beau couché de soleil sur le golfe.

Demain matin, le bateau sera hissé à terre à la méthode ancestrale de la luge. Le principe consiste à descendre dans l’eau un traîneau sur un plan incliné, d’y caler le voilier et de remonter le tout sur la terre ferme. De nos jours, ces luges disposent de vérins hydrauliques et de roues pleines pouvant supporter de fortes charges. Ensuite, il suffit de garer le bateau sur le chantier, de le faire reposer sur sa quille et de l’étayer à l’aide de rondins de bois de différentes longueurs. Une fois l’opération terminée, on retire la remorque. Un peu archaïque mais efficace. Après plusieurs visites au chantier, j’ai toute confiance au savoir faire de ces hommes de terrain pratiquant la mise en cale sèche depuis mille neuf cent trente six !       

 

 

Mardi 2 octobre.

 

Dernière soirée sur Casalibus. Perchés à deux mètres de hauteur avec vue sur la baie, nous savourons ce moment de détente après deux jours de préparatifs, rangements et nettoyage. Nous laisserons le bateau sans appréhension, le sachant au sec et bien gardé durant l’hiver. Aujourd’hui d’ailleurs, nous avons tout fait pour nous faire appréciés des deux chiens de garde. Caresses, nourriture, car demain matin à six heures, nous traverserons le chantier à pieds et dans l’obscurité pour nous rendre au portail où un taxi nous attendra pour nous conduire à l’aéroport d’Athènes. Six heures de voiture ! C’est la seule solution que nous avons trouvé. Heureusement, nous partageons la course avec deux autres personnes… 

Contents de rentrer bien sûr mais toujours un pincement au cœur d’abandonner notre voilier devenu depuis trois ans notre seconde maison.

 

Jeudi 4 octobre

 

Sestrières, TGV 9248 destination Paris ! Nous assistons au couché du soleil non pas depuis le cockpit de Casalibus mais derrière les vitres de ce train où nous avons embarqué à la gare de Milan, dernière escale avant notre retour à la maison. « Embarqué, escale », décidément, ces quatre mois sur un bateau ont marqué mon vocabulaire!

Nous avons passé notre première nuit sur terre dans cet hôtel de Milan quelque peu rustique. Suffisamment fatigués après un vol sans problème depuis Athène, mais un voyage en taxi très matinal et une ultime nuit sur Casalibus plutôt courte, nous avons néanmoins apprécié le confort sommaire de notre chambre. Ce voyage en taxi nous a permis de constater que les grecs n’ont rien à envier aux italiens en ce qui concerne leur conduite hasardeuse ! Nous avions beau nous trouver à bord d’une Mercedes dernier cri, nous avons eu des sueurs froides plus d’une fois ! Avec des pointes à cent soixante kilomètres heure à la moindre ligne droite sur cette route de montagne, nous avons craint le pire lorsque nous aborderions l’autoroute. Surprise ! Il ne dépassa pas le cent quarante à cause des contrôles de vitesse beaucoup plus courants à l’approche de la capitale. L’inconscience de notre conducteur ne semblait avoir aucune limite. Il lui est arrivé de boire son café frappé tout en téléphonant et même en regardant un clip vidéo sur le lecteur DVD de bord ! Seul avantage, nous avons mis quatre heures et quart au lieu des cinq heures trente annoncés. Quel plaisir, quelques heures plus tard, de nous retrouver en toute sécurité à neuf mille mètres d’altitude à bord d’un Boing volant à neuf cents kilomètres heure… 

Ce soir, nous retrouverons notre maison, notre lit et surtout…Olivier et Jessica qui nous attendent à la gare de Chambéry!

 

Golfe-de-Preveza.jpg

Par muzet pascal
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Jeudi 30 mai 2013 4 30 /05 /Mai /2013 09:24

QUATRIEME PARTIE : de Prévéza aux Sporades du nord. (Eté 2008)

 

De Levfkas à Kastos 

 

 

Vendredi 6 juin 2008.

 

Le plus dur en navigation saisonnière, ce sont les jours qui précèdent le départ ! On ne s’imagine pas le travail que représente un bateau que l’on a délaissé pendant huit mois dans un chantier naval…

Partis mardi de nos montagne pour un voyage de deux jours où train, avion, taxi et bus se sont succédés, nous astiquons, bricolons et « mécaniquons » depuis quarante huit heures sans relâche ! Finalement, hiverner à terre ne donne pas moins de travail pour la remise en état d’un bateau. Il faut dire que les nombreux eucalyptus sous lesquels « Casalibus » s’est reposé pendant l’hiver y sont pour beaucoup ! D‘ailleurs, même les oiseaux ont apprécié. Un couple de moineaux avait même entrepris de nicher à l’intérieur de la bôme. Et puis la poussière du chantier déposée par les vents d’hiver et qui s’infiltre partout !!!

Mais demain est le grand jour. Celui de la remise à l’eau de « Casalibus », prêt pour la suite de l’aventure. Le début du voyage, le vrai, celui que seuls le plaisir et le vent ne motive.

 

Dimanche 8 juin.

 

De retour à Nidri ! De retour en terrain connu d’ailleurs ! Nous avons l’impression d’avoir quitté ce lieu charmant hier seulement. Même la patronne du cyber café nous a reconnus et accueillis chaleureusement. Il faut dire que nous y avons fait plusieurs séjours l’an passé, réglant des problèmes administratifs importants rapport à un certain passeport…

Il y a malheureusement toujours autant de bateaux au mouillage. Les mêmes pour certains. A croire qu’ils ont passé l’hiver ici.

En ce qui nous concerne, c’est un véritable plaisir de retrouver cette « baie tranquille » (c’est son nom !), bordée de cyprès et d’oliviers, et contrairement à l’an passé, aux eaux claires et transparentes (nous sommes en début de saison !).

Hier matin, comme convenu, Dimitri, le patron du chantier naval de Préveza, a procédé à la remise à l’eau de Casalibus, de la même manière qu’il l’avait sorti. C’est assez impressionnant de voir son bateau sur le dos d’une remorque qui s’enfonce doucement dans l’eau sur un plan incliné, tel une vulgaire barcasse. Un travail de précision exécuté de mains de maître. Et il est encore plus réjouissant de constater que Casalibus flotte à nouveau, sans embûche et docile comme un fidèle cheval prêt pour la balade.

Nous n’avons d’ailleurs pas attendu longtemps pour le mettre à l’épreuve. C’est par quinze nœuds de près serré que nous avons embouqué la passe de Préveza, par mer formée, direction le canal de Levka. Une heure et demie d’une courte navigation qui nous permis de tester, et le bateau, et l’équipage ! Il semble que les deux se sont bien réadaptés à l’élément marin.

Levka aussi ne nous était pas inconnu. Nous avons jeté l’ancre dans l’avant port pour une nuit troublée par des orages aux pluies torrentielles. Excellent pour dessaler le pont déjà plein de sel des embruns de l’après midi.

 

Mardi 10 juin.

 

Ithaque la légendaire ! Quelle île merveilleuse. Arrivés hier en début d’après midi, après une navigation de quinze milles parmi les nombreuses îles et îlots qui envahissent ce bassin, nous avons jeté l’ancre au sud de la pointe Nikolaou. Premier mouillage conforme à nos souhaits ! Limpide, solitaire et abrité…Seule la visite d’un pêcheur, venant poser ses filets au crépuscule, nous rappela que nous n’étions pas seuls au monde. Un ouzo à l’apéritif, pendant que la dorade du repas grille sur le barbecue ! Le quotidien en quelques sortes !

Une navigation sous faible brise nous a conduits ce matin au port de Kioni, situé au fond d’une petite baie parfaitement abritée. Le village s’étale sur les pentes qui surplombent la mer. Les citronniers croulent sous leurs fruits et chaque maison se tient à l’ombre sous les treilles envahissantes. A chaque pas dans les ruelles, les senteurs diffèrent. Là le chèvrefeuille, ici la figue…Nous achetons quelques fruits et légumes au marchand ambulant. Tout fait envie. 

Nous sommes amarrés au quai, pratiquement désert à notre arrivée. En début de soirée, nous décidons de quitter les lieus vu le nombre incessant de voiliers qui appontent. L’ambiance change et le petit port charmant devient vite animé. Trop à notre goût. Nous allons mouiller en face, sur une minuscule plage en présence d’un autre voilier avide de tranquillité. La navigation en flottilles, très répandue en Grèce, fait qu’un endroit paisible le matin peut devenir bondé en fin de journée. Les lieus les plus prisés étant évidemment les quais gratuits de tous les adorables petits ports des îles Ionienne. Heureusement, il reste toutes les autres petites criques délaissées, et elles sont nombreuses !

  

 Samedi 14 juin.

 

Vingt deux heures. Nous sommes amarrés au ponton d’Eufimia sur l’île de Céphalonie. La plus vaste des îles ioniennes. Nous avons quittés Ithaque avec l’impression de ne pas avoir tout exploré. Disons que nous sommes retombés agréablement dans l’ambiance de la croisière côtière. Notre dernier mouillage sur Ithaque n’était d’ailleurs pas le moins agréable ! Après un échec sur Pera Pighadi, lieu incontournable s’il en est un seul à Ithaque mais que les fortes rafales nous obligèrent à quitter précipitamment, nous avons découvert une minuscule baie encastrée dans les rochers et incroyablement bien protégée. Les fonds de sable ne dissimulent rien  de leurs habitants que nous pouvons voir évoluer sans même avoir à nous mouiller ! Seul un autre voilier nous rejoint dans la soirée. Un couple de belges habitué du coin et inquiet de voir un bateau arborant un énorme pavillon dans les haubans et ancré ici. Ils confondent notre drapeau tibétain avec un fanion de flottille, nombreuses dans le secteur et gage d’une certaine « animation » lorsqu’ils se rassemblent. Rassurés sur notre identité, ils nous confirment la sécurité du lieu et nous conseillent sur d’autres mouillages immanquables dans le secteur. Ils naviguent depuis plus de dix ans dans ces eaux et nous profitons de leur expérience.

Ce drapeau tibétain ne laisse d’ailleurs pas indifférent. Si certains se posent la question de son origine, d’autres le reconnaissant, nous sourient ou nous lancent un « free Tibet ! » de soutien.

Ithaque aura aussi été l’occasion de se réconcilier avec la balade en scooter … Une petite virée dans les terres où certains hameaux gardent encore les stigmates du tremblement de terre dévastateur de 1953. Contrairement à la côte, ici, beaucoup de maisons n’ont jamais été reconstruites. En revanche, la mémoire d’Ulysse sur cette terre supposée être la sienne, est pratiquement inexistante !       

Ce soir, nous profitons de la sécurité du quai pour rendre visite au seul restaurant de la ville figurant sur le « guide du routard ». Bien, sans plus. Comme toute la cuisine grecque. Avantage ici : les cartes sont en français et ça aide…

Contrairement aux autres quais publics dans la région, l’amarrage ici est payant. Un Euro le mètre, soit neuf Euros pour Casalibus. Un prix très raisonnable pour un service exemplaire. Aide à l’amarrage, connexion Internet gratuite etc…       

 

Dimanche 15 juin.

 

Kalo Limeni. 38°22’40 de latitude et 20°36’80 de longitude. Située sur la côte est de Céphalonie, dans le chenal d’Ithaque, cette baie protégée est difficilement visible depuis le large. Deux ou trois maisons entourées de verdure et la plage de galets. Après une remontée au pré serré par 25 nœuds de vent de cet étroit chenal séparant Ithaque de Céphalonie, cette crique est le refuge bienfaiteur. Quel contraste avec la virilité de cette navigation pour y parvenir et l’agitation du port d’Eufimia avec la tranquillité reposante que nous découvrons !

La nuit dernière a été quelque peu troublée par l’exubérance des supporters de l’équipe de football nationale aux prises avec les Russes en coupe de je ne sais quoi ! Je crois que nous y avons droit chaque année. A croire qu’il y a des coupes du monde tous les ans…Tous les quatre ans, comme les JO, ce serait pas mal non !!!

Pour l’heure, nous nous partageons cet endroit paradisiaque à deux bateaux. Deux voiliers où la sieste des équipages semble de mise à cette heure ci…

 

Mardi 17 juin 08.

 

Cette côte est de Céphalonie est surprenante ! Voilà deux jours que nous l’explorons en tirant des bords vent dans le nez. Les nombreuses criques cachées où nous pénétrons sont des havres de paix pour la plupart ignorées des navigateurs. Une aubaine pour nous qui redoutons l’agitation des mouillages surpeuplés. Ici, rien de tel. Ce soir, nous ne sommes dérangés que par le bêlement des chèvres sur la plage. Nous sommes d’ailleurs restés un long moment à les observer au crépuscule en compagnie de leur berger, à l’ombre d’un olivier, assis sur le pas de la bergerie. Impossible de communiquer avec cet homme de la terre qui ne connaît que sa langue, mais quelques gestes simples ont permis de dire l’essentiel: le bonheur d’être là à regarder le jour décliner sur cette mer d’un bleu intense avec pour seule compagnie, ses chèvres investissant la plage de galets !

Ce matin, nous avons fait escale dans le petit port de Fiskardho, tout au nord de l’île. Un lieu qui ressemble à ces posters encadrés dans les agences de voyages…une profonde baie aux eaux transparentes surplombée de collines verdoyantes où les cyprès, les pins et les chênes verts se partagent les pentes. Plus surprenant, toutes les maisons sont de couleurs vives. Bleue, jaunes, verts…un petit air de fjord scandinave en pleine Méditerranée ! Seul ombre au tableau, le monde ! Nous préférons repartir après avoir fait le plein de provisions chèrement acquises ! A deux Euro quatre vingt le café, on a une petite idée des tarifs pratiqués ici…La beauté n’aurait-elle pas de prix ?

 

Mercredi 18 juin.

  

Nous venons de mouiller à « one house bay » sur l’îlot Atoko. Changement de décors ! Ce minuscule mouillage figure sur tous les guides nautiques et pour cause ? Un véritable paradis ! Planté entre la côte grecque et Ithaque, cette petite île inhabitée qui culmine à trois cent trente mètres est restée vierge de toute intrusion. Nous n’espérions pas être seuls pour en profiter, mais quand même ! Bordée d’une haute falaise, la plage devant laquelle nous sommes ancrés est étouffée par le maquis. Seule, une maison visiblement abandonnée, essaye de résister contre l’envahisseur ! La nature reprend ses droits lorsque l’homme tire sa révérence. Ici, en dehors des nombreux plaisanciers pendant la saison d’été, personne ne vient troubler les lieus.

Demain nous regagnons la côte grecque pour une première visite annoncée. Notre ami Guy nous rejoint pour quelques jours de navigation en ces eaux paradisiaques…

 

Jeudi 19 juin.

 

En définitive, le monde de la plaisance est déconcertant. Alors qu’à notre arrivée à « one house bay », il nous a été difficile de trouver de la place, le soir même nous n’étions plus que trois voiliers au mouillage ! Plus une équipe de kayakistes français, qui bivouaque sur la plage. Une nuit divine bercée par le bêlement des autochtones, les chèvres…

Nous avons traversé ce matin jusqu’au port d’Astakos sur la côte grecque. Cette citée est située au font d’une indentation très profonde et cernée par un nombre incalculable d’îlots. Le paysage diffère un peu des îles précédentes. Ici, tout est plus sec, plus aride mais aussi moins cher ! Les prix sont particulièrement intéressants et les commerces très nombreux. Nous en profitons pour faire un avitaillement complet et remplir nos réservoirs d’eau potable en vue de nos prochaines escales sauvages parmi l’archipel voisin.

La ville ne présente que peut d’intérêt, si ce n’est la gentillesse des gens. Arrivés à midi, nous nous sommes amarrés au quai quasiment désert, devant les terrasses des restaurants eux aussi délaissés. Nous partons aussitôt à la chasse aux renseignements : laverie, eau potable, Internet…Le patron du premier restaurant va jusqu’à m’accompagner à la laverie, distante de plusieurs centaines de mètres. Au retour, nous y déjeunons d’une excellente friture et de calamars frits arrosés d’un vin local, lui nettement moins bon mais pour un prix dérisoire.

Alors qu‘en fin d’après midi, je retourne récupérer chez lui le caméscope que je lui avais confié pour le recharger, il refuse mon pourboire mais en plus, je repars avec une bouteille d’une très bonne bière nationale. Geste purement gratuit quand on sait que les marins ne sont que de passage…      

A dix neuf heures, n’ayant toujours pas de nouvelle de notre futur équipier, nous fuyions le port maintenant encombré de bateaux et allons jeter l’ancre pour la nuit sur la plage voisine. Nous y serons seuls encore une fois!  

 

Vendredi 27 juin 2008.

 

Il est 14 heures et nous quittons le port d’Eufémia sous une chaleur accablante. Nous avons attendu en vain ce vent de nord ouest qui sévit chaque jour dans le chenal d’Ithaque et qui nous aurait permis de naviguer au portant le long de cette côte montagneuse en direction du sud.

En fait, voilà deux jours qu’Eole est en grève ! Hier, après plusieurs journées de navigations musclées tirant des bords en compagnie de notre ami Guy, nous nous faisions un plaisir de profiter de sa présence pour tenter l’envoi du spi qui n’est jamais sorti de son sac ! Au lieu de ça, son séjour sur Casalibus s’est terminé par une longue navigation au moteur !

Guy aura toutefois eu pas mal de chance durant la semaine écoulée en ce qui concerne la météo. Car il a bien fini par arriver notre ami Guy ! Entre une traversée de l’Italie en voiture et une longue croisière en ferry depuis Barri, nous l’avons récupéré sur le quai d’Astakos en pleine forme et avec grand plaisir. Nous n’étions partis que depuis trois semaines, mais encore une fois, ces visites que nous rendent nos proches représentent  pour nous des moments essentiels dans notre vie de marins.

Avitaillement complet dans les supers marchés du port, dernier repas au restaurant « Olympus » où la gentillesse du patron et de ses clients nous aura marqué. Un jeune couple dont la femme parlait le français et qui déjeunait à la table voisine nous fit apporter un autre pichet de vin blanc, en signe de bienvenue, tout simplement !

Après une découverte du golfe d’Astakos et de ses nombreux îlots en de belles navigations sous voiles, nous avons décidé de lui faire découvrir Ithaque et ses excellents mouillages aux eaux turquoise. Car si la côte grecque au nord du golfe de Patras est belle et sauvage, la proximité de l’estuaire du fleuve Achelos rend les eaux troubles et peut attrayantes.

L’occasion pour nous de retourner dans ces coins fabuleusement beaux et sereins. Une petite erreur de navigation nous a même permis de dénicher une crique solitaire et invisible…avantage peu commun de la navigation à l’estime sur le GPS !

 

Samedi 28 juin.

 

Ce matin, je suis en colère ! C’est la seconde fois que nous sommes victimes de pollution aux hydrocarbures en mer Ionienne. L’an passé sur l’île de Corfou, au mouillage dans une crique exceptionnelle de beauté et aujourd’hui dans le port de Poros dans le sud est de Céphalonie.

Arrivés la veille au mouillage devant la plage, nous avons du nous résoudre à gagner le port en fin de journée, un vent de nord-est le rendant très inconfortable. Si le village de Poros, avec ses maisons fleuries et son aspect tropical nous a séduits, son port désert et bétonné ne nous a guère inspiré. Un ferry arrivé à vingt et une heures est resté toute la nuit à nos côtés, ses machines en action…Il faut savoir que les moteurs de ces bateaux ne s’arrêtent jamais. A sept heures du matin, après un va et vient incessant de voitures et de camions, il quittait le port a notre plus grand soulagement. Nous constatons le désastre dans la matinée. La coque de Casalibus est noire de goudron à la ligne de flottaison et l’annexe restée à l’eau durant la nuit est maculée de tâches noires ! Pas de doute possible. Il s’agit bien d’une fuite provenant de ce ferry car la pollution est trop importante pour être attribuée à la négligence d’un bateau de pêche local. Il faut croire que ces navires agissent en toute impunité car personne à part nous ne semble s’en indigner. Quand je pense qu’un plaisancier surpris à vidanger ses toilettes dans un mouillage risque six cent Euro d’amande, je me dis que les grecques ont une façon d’appréhender l’écologie bien particulière...et je n’excuse en rien la négligence de certains équipages de voiliers.

Pour l’heure, nous comptons bien récupérer de notre nuit précédente dans ce mouillage tranquille, tout au sud de Céphalonie, avant de traverser demain sur Zakinthos, l’île aux tortues !

 

Lundi 30 juin.

 

Zakinthos est une île à part ! Un mélange de Corfou quant à la végétation et de Capri pour ce qui est de sa côte escarpée et truffée de cavernes.

Le vent faisant défaut depuis quelques jours, c’est au moteur que nous avons rejoint Ay Nikolaos, petit port au nord de l’île. La première constatation est que Zakinthos est délaissée par les flottilles si nombreuses dans les îles du nord. Le port de Nikolaos semble en attente d’une saison à venir…Les cinq ou six voiliers au ponton sont très courtisés par les quatre restaurants du coin ! Pour notre part, nous préférons mouiller avec une amarre au brise-lames extérieur parmi quelques bateaux de pêche, loin du quai des ferries !!! La protection est excellente et la tranquillité assurée. Quelques maisons seulement dans ce lieu oublié, mais deux « super market »tout de même ! Nous cherchions à remplacer notre bouteille de camping-gaz depuis une semaine et c‘est ici que nous la trouverons pour dix Euro (contre vingt cinq en France…).

Ce soir, nous sommes sur la côte ouest de l’île, dans un mouillage extraordinaire par sa discrétion. Un long fiord étroit caché derrière une pointe protectrice, aux rivages abruptes où les grottes se disputent les qualificatifs élogieux. Un  panneau précise qu’il est interdit de poser une ancre…Sur indication du seul voilier déjà installé, nous prenons une bouée au hasard et je plonge pour m’assurer de sa bonne tenue. Le vent peut souffler cette nuit, les trois tonnes et demie de Casalibus auront du mal à déplacer l’énorme corps mort…

Nous avions fait escale à midi dans un autre site réputé, « Wreck bay », une plage de sable entourée de hautes falaises sur laquelle repose l’épave d’un cargo rouillé et partiellement enfoui. Image singulière de la plage déserte au bateau échoué ! Les nombreux navires d’excursions qui y déversent des centaines de touristes chaque jour brisent le mythe ! Nous avons l’impression de faire tâche dans ce Disney Land et avons du mal à faire quelques photos « non contractuelles » !   

 

Mercredi 2 juillet.

 

Juillet est là et contrairement aux prévisions, nous, nous sommes toujours en mer Ionienne ! Difficile de s’extraire de ce paradis de la navigation. Et ce n’est pas Zakinthos qui nous y pousse à ce départ ! Quelle île merveilleuse ! La côte ouest nous aura enchantés avec ses hautes falaises et ses quelques plages de sable nichées au fond de criques invisibles. Nous l’avons longée hier durant six heures d’une navigation lente mais sous voiles, au portant par mer calme, sans jamais nous lasser de ce décor sauvage et majestueux. Majestueux aussi le pavillon grecque à la pointe sud de l’île. Six cent soixante huit mètres carrés de surface enregistrés au « Guinness des records » et hissés au sommet d’un pylône de cinquante mètres de haut. Placé au bord de cette falaise qui domine la mer de près de deux cents mètres, il est difficile de le louper !

Après une nuit au mouillage de Keri, nous sommes allés nous ancrer à midi sur une de ces plages minuscule, écrasée par la verticalité de ces remparts naturels. Les grottes présentes tout autour sont parait-il, le refuge des derniers phoques de méditerranée. C’est un peu comme les tortues sensées peupler le coin, nous ne les aurons vus que sur les cartes postales et les panneaux publicitaires des compagnies de charters…Il n’empêche que toute une partie de la baie de Lagana est interdite à la navigation, la zone ayant été classée « parc marin national » depuis l’année 2000. Seul problème, la plage où les tortues viennent pondre chaque année entre mai et septembre, elle, n’est pas interdite au public ! Pire, la fréquentation en est d’autant plus importante que cette présence de tortues en fait une attraction. Cela rappelle un peu les incohérences administratives des Galápagos dans le Pacifique… 

Après le bain de solitude de ces derniers jours, nous remontons la côte est de Zakinthos pour gagner la capitale, le port de Zakinthos…    

      

 Vendredi 4 juillet.

 

C’est par brise soutenue, à soixante degrés du vent, que nous avons quittés Zakinthos et les îles Ioniennes. Une superbe navigation à plus de six nœuds de moyenne ! De quoi nous faire oublier la tristesse de cette séparation d’avec cette mer qui ne nous aura jamais maltraités.

Nous sommes amarrés dans le port de Killini, à l’entrée sud du golfe de Patras. Ici les bateaux de plaisances se comptent sur les doigts de la main ! Rien d’intéressant dans cette petite cité balnéaire, point de départ des ferries pour Céphalonie et Zakinthos.  La fête foraine sur l’esplanade n’augure rien de bon pour la soirée, ni d’ailleurs le podium installé sur le port !!!Les barbecues qui se montent un peu partout laissent à penser qu’une petite fête se prépare. Ce n’est qu’une escale avant notre entrée dans le golfe de Patras, transition entre deux mers : la mer Ionienne et la mer Egée.

Les deux jours  passés à Zakinthos auront été très occupés. Visite de la ville et de sa forteresse, seule bâtiment n’ayant pas été détruit lors du tremblement de terre de 1953, balade en scooter dans l’intérieur de l’île et petit passage à l’hôpital pour consultation ORL ! Pour Brigitte cette fois, qu’un bouchon de cire rendait pratiquement sourde depuis une semaine…

Une heure et demie d’attente, debout dans un couloir, avec des gens qui vous passent devant pour obtenir enfin une visite avec le spécialiste. Une petite aspiration ! Dix minutes plus tard et trois Euro dépensés, je n’ai plus besoin de crier pour me faire comprendre…

En dehors du port à proprement parlé, la ville est plutôt agréable et il est étonnant de voir que cette ancienne citée vénitienne entièrement détruite a été reconstruite en harmonie à une époque où l’on ne se souciait guère de critères d’authenticité. Que serait aujourd’hui une ville comme Vienne et son théâtre antique si elle avait été rayée de la carte dans les années cinquante ? Nous nous sommes souvent fait la remarque dans toutes ces îles victime du cataclysme, et rares sont les constructions de l’époque qui n’aient pas de charme.

Nous, ce sont les moustiques et la chaleur dont nous sommes victimes depuis quelques jours ! Pour les moustiques, j’ai trouvé la solution ! Nous disposons maintenant d’une arme de destruction massive…  « Fini la tendresse des petits coups de tapette à mouches et des bons sentiments. Fini les combats de nuit inégaux avec ses volatiles minuscules et invisibles qui vous bourdonnent dans les oreilles. Aujourd’hui, je pulvérise, j’extermine, je baygonise » et ça marche ! 

 

De la mer Ionienne à la mer Egée


 

Dimanche 6 juillet.

 

Nous approchons du pont suspendu de Patras et distinguons dans la brume ses quatre énormes piliers et les câbles qui les relient. Ce pont, long de trois kilomètres et demi que nous avons déjà emprunté deux fois en taxi et en car, est tout récent. Il permet de traverser le golfe de Patras en remplaçant avantageusement le bac qui faisait les navettes dans le passé. Il en coûte tout de même trente cinq Euro pour un car !

Nous avons quittés le port quasiment désertique et à l’abandon de Missalonghi après avoir attendu désespérément le vent de nord ouest annoncé. Ce lieu fantomatique et sordide nous poussait à ne pas y traîner trop longtemps. Encore un exemple de l’absurdité des aides européennes pour des projets coûteux et irréfléchis. Les quais dallés et les pontons munis d’éclairages individuels solaires sont en place, mais aucune passerelles ne permet de gagner la rive. Tout le projet de marina semble avoir été délaissé. Les abords ne sont que décharges sauvages de détritus en tout genre. Un immense panneau aux couleurs européennes rappelle l’aide investie en ces lieux en 2006…

Seul le long chenal d’accès dragué et balisé, au milieu des marais salants, mérite l’escale. Trois milles nautiques à flâner le long des berges marécageuses bordées de maisons de pêcheurs sur pilotis. Nous apercevrons même, furtivement, une tortue en plongée dans le fond du bassin, à deux mètres des bateaux au quai.  

Heureusement, la soirée d’hier a été sympa en présence de deux autres couples français chez qui nous avons été invités tour à tour a prendre l’apéritif et le digestif…courte nuit mais bonne ambiance !

 

Lundi 7 juillet.

 

Notre avancée dans le golfe de Patras se poursuit et nous avons passés hier, la frontière entre ce golfe et celui de Corinthe. Le passage sous le pont est un moment magique, surtout par vent arrière et voiles en ciseaux…

Nous avons fait escale dans le petit port médiéval de Navpaktos. Cette enceinte entourée de remparts n’a que quelques places de disponibles pour les bateaux de passage et nous avons eu la chance de nous y amarrer malgré les protestations d’un voilier grec n’appréciant pas notre présence à ses côtés.

La ville est très agréable avec ses rues pavées, mais la circulation et l’agitation en ce dimanche est exubérante. La tombée de la nuit ne fait qu’amplifier la fréquentation des abords du port. Les terrasses des tavernes et des bars sont bondées. Nous avons d’ailleurs déniché un excellent restaurant, le meilleur de tous ce que nous connaissons à ce jour. Les boulettes de courgettes, les briques au basilic, les poulpes grillés et les poivrons frits, un véritable bonheur. Le tout pour vingt quatre Euro…vin compris ! De quoi nous faire oublier la nuit épouvantable que nous avons passée.

Nous retrouvons ce soir le plaisir du mouillage tranquille et du barbecue au crépuscule sur lequel grillent deux belles dorades. Cette baie sur l’îlot de Trizonia où nous avons jeté l’ancre cet après midi est un appel au repos. Il est fort probable que la soirée ne s’éternise pas…

 

Vendredi 11 juillet.

 

Ce 11 juillet nous réserve encore un mouillage solitaire dans le golfe de Corinthe où nous progressons lentement vers l’est. Ce soir, les fumées de notre barbecue n’auront dérangées personne. Il faut reconnaître que l’endroit décrit par notre guide nautique ne ressemble plus vraiment à ce qu’il dut être en 2002, lors de la dernière édition. Cette baie complètement fermée aux eaux calmes a entre temps fait le bonheur d’une société d’élevage de poissons comme il y en a tant en mer Ionienne. Des bassins encombrent la baie, mais en plus, une usine de transformation a été construite sur la rive ! L’accès à la plage au fond de la crique est obstrué par une barge de déchargement amarrée sur « corps mort ». L’horrible hôtel solitaire présent depuis longtemps, même lui, ne semble pas s’être remis d’une telle transformation environnementale, et ses portes et ses volets sont clos ! « Ormos Anemokambi », un paradis détruit en quelques années seulement dans cette superbe baie de Galaxidhi !

Nous avions quittés la petite île de Trizomia mardi matin, après une nuit longue et sereine malgré les rafales incessantes ayant balayé la baie. Nous pouvions nous mettre à l’abri dans le port, mais la quantité de voiliers sédentaires qui squattent ici ne nous inspirait guère. Une espèce de micro société s’est créée dans ce port très protégé et gratuit. Certains bateaux sont amarrés  depuis plusieurs années et l’état de leur coque laisse à penser qu’ils n’ont pas du sortir souvent ! La baie de Kalithea sur la côte n’est distante que de cinq milles nautiques. Avec trente nœuds de vent portant et un génois partiellement déroulé, nous arrivons à destination très rapidement après quelques surfs poussifs… Caché derrière la montagne, l’endroit est épargné du vent, mais d’une extrême tristesse…

Au port d’Eratini, quelques milles plus à l’est, nous rencontrerons un pêcheur qui parle très bien le français. Et pour cause ! Il est marié depuis dix huit ans avec une française. Nous passerons un agréable moment en leurs compagnies à la terrasse d’une taverne devant l’ouzo national accompagné de quelques poissons et calamars frits et serons même invités à partager le repas du soir chez eux. Malheureusement, ils ne viendront jamais nous chercher…Nous partirons le lendemain matin sans connaître la raison de ce désistement.

 

Lundi 14 juillet.

 

Il y a longtemps que je n’avais pas mentionné les gardes côte dans mon récit. Il fallait bien que cela arrive. Pour quelle raison la Grèce serait-elle épargnée de cette calamité ?

Amarrés depuis deux jours dans l’adorable port de Galaxidhi, nous avons eu droit hier au soir, en compagnie d’un autre équipage français, à la hargne d’un de ces fonctionnaires belliqueux et tatillon. Après nous avoir confisqué les documents des deux bateaux, il a rédigé sur papiers officiels en langue grecque, trois factures correspondant a divers taxes soit disant exigibles pour les bateaux navigant en Grèce !!!A part celui correspondant au droit de place dans le port, impossible de comprendre la signification des deux autres. La seule chose que nous comprenions, c’était qu’il ne nous rendrait nos documents qu’après payement des sommes réclamées ! De plus, il ne voulait pas nous remettre les reçus avant le lendemain matin pour cause de photocopies à réaliser. Contrains et forcés, il a bien fallut payer, mais nous ne cédons pas sur notre exigence d’un reçu. Après nous avoir rendu les papiers de nos bateaux, il nous demande d’attendre son retour. Il part au bureau en voiture et revient un quart d’heure plus tard avec les reçus que nous demandions. L’ambiance est tendue et nos palabres lui ont fait perdre un temps précieux qu’il aurait sans doute préféré  occuper à d’autres activités : il est plus de vingt et une heures lorsque nous nous séparons et nous sommes dimanche…

Tout ce que l’on peut dire c’est que la perception d’une telle taxe (quarante cinq Euros ! en ce qui nous concerne) est illégale au sein de la communauté économique européenne puisque toute personne et tout bien peuvent circuler librement dans les pays de l’Union ! L’équipage d’Agora, un voilier français rencontré quelques jours plus tôt, nous avait informé avoir été victimes de faits similaires dans le port de Patras. Affaire à suivre…

Heureusement, cette journée de dimanche avait très bien commencée puisque nous sommes allés visiter le site archéologique de Delphes, une trentaine de kilomètres plus loin et niché à six cent cinquante mètres d’altitude dans les montagnes environnantes. Le voyage en bus a été un enchantement. La vue est époustouflante tout le long du parcours qui mène à Delphes. Lorsque nous quittons la plaine d’Itéa et attaquons l’ascension par une route sinueuse, on a l’impression que la vallée est un immense fleuve de couleur verte qui serpente au milieu des hautes falaises calcaires tant les oliviers abondent ! Pas un espace vierge d’oliviers. Des oliviers partout. Des oliviers à perte de vue qui se jettent dans la mer !

Le site archéologique quant à lui, mérite amplement le voyage. Un stade, un théâtre, plusieurs temples…tout cela sur un terrain escarpé. Les bâtisseurs de l’époque n’avaient pas choisi la solution la plus simple. Pour la petite histoire, c’est l’état français qui finançât les travaux de réfection en 1903.

Ce soir, nous avons retrouvé le calme d’un mouillage solitaire et vierge de gardes côtes ! Isidhorou dans le golfe d’Andikiron. L’un des plus beaux du golfe de Corinthe…   

 

Mardi 15 juillet.

 

La navigation de plaisance a cette particularité de ne jamais laisser trop longtemps la monotonie s’installer. Alors que depuis plusieurs semaines, la situation météorologique est d’une stabilité telle que vous en oubliez de consulter le navtexte, un méchant coup de vent d’ouest vous précipite dans un autre monde. Le petit port tranquille abrité des vents d’est, fréquents dans la région, devient un enfer en moins de dix minutes ! Plus de quarante nœuds de vent. Il faut faire vite pour sécuriser le bateau qui risque de taper contre le quai. Heureusement, la baie est fermée à la houle et seul un ressac inconfortable malmène Casalibus. Un voilier italien au mouillage dérape sur son ancre alors qu’il n’y a personne à bord. J’hésite à me mettre à l’eau pour gagner son bord à la nage quand il s’immobilise subitement. La chance a voulue qu’il crochète au passage le corps mord d’un bateau de pêche. Sans cette opportunité, la force du vent venait le projeter contre nos bateaux amarrés au quai.

Nous passons l’après midi et la soirée à tendre et retendre les amarres. Certains bateaux sont malmenés et doivent changer de place. L’entre-aide est de rigueur entre les équipages durant ces longues heures. A vingt trois heures, la femme du skipper d’un voilier français de quarante trois pieds vient me demander d’embarquer à sa place pour déplacer le bateau. Elle semble terrorisée et son mari un peu dépassé par la situation. Amarré solidement quarante cinq minutes plus tard à côté de Casalibus, elle mettra un certain temps pour remonter à bord. Mon avis qu’elle ne finira pas la croisière ! Quand à moi, à part le plaisir d’avoir barré un Dufour 43, je regagne Casalibus sans même un remerciement. Drôle de monde que celui du bateau…

 

Mercredi 16 juillet

 

Aussi vite arrivé, aussi vite tombé ! La baie d’Andikiron et son port sont redevenu ce qui en fait leur réputation : un endroit paisible ! Le vent s’est tut ! Une nuit sereine d’un repos mérité après l’agitation d’hier. Finalement, nous sommes cordialement invités à prendre un verre par le couple de français remis de leurs émotions. Aucun dégât pour les bateaux si ce n’est une barque de pêche coulée au fond du port et dont le réservoir de gas oil  se vide doucement dans les eaux redevenues transparentes du bassin. Elle ne semble intéresser personne, pas même les gardes côtes venus constater les faits dans la soirée d’hier. Elle continue ce matin à se vider inlassablement de son réservoir…

Les prévisions météo que je n’ai pas oubliés de consulter ce matin…ne sont guère engageantes pour aujourd’hui. Deux alertes aux vents forts sont déclenchées pour la journée : une en mer Ionienne et une en mer Egée. Nous sommes justes entre les deux ! La sagesse nous incite à rester ici en attente de jours meilleurs.

 

Jeudi 17 juillet.

 

La météo redevenu clémente a permis à tout le monde de larguer les amarres ce matin après ces deux jours d’attente dans le port d’Andikiron. Et deux jours à attendre au quai, ça crée des liens entre les marins. La soirée d’hier fût conviviale et le cockpit de Casalibus un peu étroit pour l’apéritif qui nous réunissait tous. Un couple de retraités et leur petite fille arrivés dans la journée se sont joints à nous. Tous des français ! Ce matin, j’avais du mal à me remettre à l’anglais pour commander mon café ou faire les courses. Le capitaine du remorqueur amarré à la jetée et originaire de Crète, nous fait découvrir le raki, un alcool qu’il ramène de chez lui et dont il vante les vertus. Quant à son île, c’est paraît-il la plus belle de toutes ! Pour l’occasion, un nouveau pavillon français nous est offert en remplacement du nôtre qui n’a pas survécu aux fortes rafales de la veille.

Nous appareillons aussi dans la matinée mais pour retourner au superbe mouillage d’Isidhorou où l’on devrait retrouver Pascaline et Gilles, des copains de Chartreuse partis au mois d’avril de Toulon à bord de leur petit voilier de sept mètres. Nous avons hâte de partager avec eux le voyage exceptionnel qu’ils viennent de réaliser en un temps record !

 

Samedi 19 juillet.

 

Cette fois, nous sommes proches du fameux canal de Corinthe qui va nous permettre de pénétrer en mer inconnue, la mer Egée !

Nous venons de passer deux jours intenses en compagnie de Pascaline et Gilles et de leur bateau Larsen. Ils sont partis cette nuit pour passer le canal de Corinthe car, contrairement à nous, leur programme de navigation est minuté. Ils doivent remonter à Saint Mandrier avec leur voilier pour le mois d’octobre. C’était émouvant de se retrouver si loin de chez nous après tous ces mois de navigation. Leur aventure est singulière compte tenu de la taille de leur Serpentaire et de son confort spartiate. Nous espérons les retrouver plus loin en mer Egée, avant leur retour pour la France, pour d’autres soirées riches en souvenirs arrosés d’Ouzo.

Hier au soir au mouillage de Saranda, nous avons eu le bonheur de voir une tortue à quelques mètres de la rive. Juste le temps de m’équiper de mon masque de plongée et je me retrouve a nager à ses côtés. La curiosité sans doute, la fait s’approcher de moi et j’ose tendre ma main pour lui caresser la tête avant qu’elle ne s’éloigne vers le large. Un très grand moment qui restera gravé dans ma mémoire…

Aujourd’hui, nous récupérons un peu dans un autre mouillage extraordinaire. Trois petits îlots dans le fond du golfe qui nous réservent un petit havre de paix et de tranquillité avant de rejoindre demain matin le port de Corinthe.

   

Le-Golfe-Saronique.jpg


 Mardi 22 juillet.

 

Le port de plaisance du Pirée, midi et demi, bienvenue à Athènes. La chaleur est suffocante et le bruit omniprésent. Ce n’est pas de gaîté de cœur que nous sommes dans cette marina, mais c’est l’endroit le plus pratique pour visiter Athènes lorsque l’on arrive en voilier.

Car cette fois, nous y sommes en mer Egée. Nous l’avons enfin passé ce canal de Corinthe qui nous jeta en ces eaux redoutées.

C’est assez impressionnant de se retrouver dans cette tranchée rectiligne creusée dans la roche. A certains endroits, les falaises de chaque bord s’élèvent à soixante dix mètres au dessus de nos têtes. Les cargos ont tout juste la largeur nécessaire entre les deux rives. La circulation se fait en alternance évidemment, et aucun horaire n’est défini à l’avance. Tout dépend de l’importance du trafic dans un sens ou dans l’autre. Nous avons appelé les autorités du canal par radio depuis le port de Corinthe où nous avions fait escale la veille. Après identification de notre bateau, ils nous on demandés d’être prêts quarante minutes plus tard et de nous engager derrière le cargo en attente dans la baie. Trois autres voiliers sont du voyage et nous devons respecter une distance de sécurité entre chaque bateau. Nous progressons lentement avant de déboucher, cinq kilomètres plus loin dans le golfe Saronique, moyennant la somme de 99 Euros ! Cela fait cher du kilomètre et c’est effectivement le canal le plus coûteux au monde en rapport à sa longueur…

Après divers travaux d’entretien sur Casalibus, un passage chez l’esthéticienne pour Brigitte, quelques achats et une visite rapide des abords de l’Acropole (nous y reviendrons en basse saison !), nous mettons le cap à l’est afin d’explorer cette partie de la côte hellénique.

 

Jeudi 24 juillet.

 

Nous venons de jeter l’ancre à Anavissou, grande baie à l’ouest du cap Sounion. C’est notre troisième mouillage en mer Egée et les impressions sont partagées. Plus de côtes sauvages et inhabitées comme dans le golfe de Corinthe, mais des immenses plages à touristes à l’urbanisme douteux. Heureusement, la côte reste montagneuse mais la végétation est clairsemée sur ces pentes arides. Nous sommes bien sûr très proches d’Athènes et toute cette région est le lieu de villégiature privilégié des vacanciers grecs. La proximité de l’aéroport explique aussi la présence des nombreux hôtels du bord de mer. Quand au meltem, ce vent redouté des marins, nous ne l’avons encore pas subit. Par contre, cela fait deux jours qu’un fort vent d’ouest balaie la région et si les navigations se font à la voile, ce n’est pas toujours dans des conditions de confort adéquates ! La houle est désordonnée avec des creux de deux mètres. Heureusement que nous sommes amarinés tous les deux, mais si cela devait continuer, nous nous inquiétons pour les équipiers qui doivent nous rejoindre ici. Notre amie Viviane arrive dimanche et nous espérons une météo clémente pour les jours à venir…

En dehors de ça, les eaux sont claires et poissonneuses. J’ai harponné mon premier poulpes de la saison en arrivant tout à l’heure alors que je plongeais vérifier la bonne tenue de notre ancre…

 

Samedi 26 juillet.

 

Nous sommes arrivés aujourd’hui à Porto Rafti, citée balnéaire très prisée des athéniens. La baie est spacieuse et très abritée avec ses trois îlots qui la protègent de la houle. Un minuscule port encombré de bateaux locaux se cache au milieu des résidences et des restaurants. C’est notre première soirée réellement sereine depuis que nous sommes en mer Egée. Pas de vent ni de vague ce soir pour nous malmener et de plus, nous sommes amarrés sur corps mort. L’endroit est idéalement situé pour récupérer des équipiers, l’aéroport d’Athènes étant distant de quinze kilomètres seulement. Seule contrepartie, la vie ici est hors de prix ! Trois Euros le petit noir au comptoir ! Nous avions anticipé et refait un avitaillement complet au port de Lavrion ce matin. Cette escale urbaine est pratique lorsque l’on remonte le chenal de Petalion entre Evia et la Grèce continentale car de nombreuses compagnies de charters y sont implantés, et par la même occasion, tous les commerces qui vont avec. J’ai ainsi pu me réapprovisionner en fournitures mécaniques alors que j’avais fait chou blanc au Pirée ! Nous avons la chance de nous amarrer au ponton d’une de ces sociétés de location de voiliers dont les dirigeants nous offrent tout simplement l’emplacement pour les vingt quatre heures de notre séjour…Le filtre à gasoil acheté au chantier naval n’étant pas le bon, je le remporte pour me le faire remplacer. N’en trouvant pas dans ses stocks, le mécanicien me propose de me l’amener sur le bateau dans la demie heure qui suit. L’énervement est à son comble trois heures plus tard lorsqu’enfin, il me l’amène au ponton, tout sourire ! Ma colère tombe car je pense qu’il a réellement passé ces trois heures à dénicher la pièce en question. Décidément, les grecs son des gens surprenants.

 

Mardi 29 juillet.

 

Le meltem ! Nous l’attendions…Nous savions qu’ici, en mer Egée, il sévit durant l’été. Il nous aura fallut une semaine pour faire sa connaissance.

Après deux jours passés à Porto Rafti et l’embarquement de notre amie Viviane, nous avons mis le cap sur l’îlot de Mégalo Petali pour un premier mouillage sauvage en sa compagnie. La crique de Vasiliko au sud de l’île est parfaitement abritée et complètement isolée. Une grande plage de sable gris en arc de cercle entourée de pentes abruptes couvertes de garrigue. Une bergerie déserte en pierres sèches et quelques abris pour les moutons ou les chèvres dispersés tout autour. Nous sommes trois voiliers dans cette baie aux eaux turquoise et deux familles ont installés leurs campements sur la rive. Malheureusement, la météo pour les heures à venir n’est pas encourageante. Le vent se lève dans la nuit et nous appareillons le matin pour ne pas nous retrouver prisonniers de ce paradis, car si nous y sommes en sécurité, un séjour prolongé ici ne nous enchante guère. Nous partons pour l’île d’Evia et le port de Karisto, juste en face, avec des rafales à trente nœuds. Le vent est au portant et, sous génois et grand voile au deux tiers, seule la mer qui se forme de plus en plus nous impose une attention  permanente. Nous finissons sous grand voile réduite au maximum avec des rafales à plus de quarante nœuds ! Le calme qui règne dans l’enceinte du port de Karisto nous surprend et nous laisse groggy, les cheveux durcis par les embruns…notre nouvelle équipière a le pied marin, c’est une certitude !  

  

Mercredi 6 août.

 

Karisto ! Petite citée balnéaire dans le sud d’Evia. Huit jours que nous sommes amarrés au quai du port, bloqués par le Meltem qui ne semble pas vouloir se calmer. Ce soir, nous sommes un peu perdus suite au départ de Viviane qui a partagé cet exile en notre compagnie. Heureusement, cette petite ville a beaucoup de charme quant à son effervescence et à la chaleur de ses habitants. Les étrangers y sont rares et l’ambiance authentique. Il n’empêche que nous ressentons une certaine frustration par rapport à notre équipière de passage qui n’aura guère profité de cette croisière.

Nous savons, depuis, que ce lieu est un des plus venté de la mer Egée ! Passage obligé pour les cargos en transite pour la mer noire, les conditions sont telles qu’ils sont eux mêmes contrains de se mettre à l’abri dans la baie. Nous en avons compté treize avant hier au mouillage en extérieur du port alors que nous enregistrions des rafales à cinquante nœuds! Peu de dégâts si ce n’est un superbe tamaris centenaire arraché sur le front de mer et notre girouette en tête de mat qui s’est envolée ! Nous avons rencontrés un couple de grenoblois avec leurs deux enfants qui eux, n’ont pas eu le temps de fuir le mouillage sauvage où ils campaient et qu’ils avaient atteint en canoë. Faute de provision suffisantes, ils ont rejoint Karisto par les chemins de terre après cinq heures de marche sous le soleil en abandonnant sur place leur bateau et le campement pour se réfugier à l’hôtel. Un apéro à bord de Casalibus nous a permis de faire connaissance et de nous rendre compte que leur moral n’était pas atteint pour autant. Ils retourneront récupérer leur matériel plus tard en espérant des jours meilleurs. Ils avaient prévus de traverser sur les Cyclades et l’île d’Andros, distante tout de même de douze milles nautiques, sur leur petite embarcation !       

Nous avons bénéficié d’une accalmie aujourd’hui, mais les prévisions pour les jours à venir ne sont pas encourageantes et des français résidents sont venus pour nous conseiller de ne pas partir. Nous avons consacré notre journée à l’entretien du bateau que les poussières de la ville ont recouvert durant la semaine.

L’ambiance dans la ville est bon enfant et les terrasses des tavernes sont toutes plus accueillantes les unes que les autres ! Nous visitons les environs en bus et louons aussi une voiture pour explorer la côte au vent. Nous comprenons pourquoi les cargos ne s’aventurent pas dans les parages avec une telle mer. Les rouleaux qui s’écrasent sur la petite plage déserte sont monstrueux. Une baie des Trépassés en miniature…

 

Jeudi 7 août.

 

Difficile de combler le vide laissé par le départ de Viviane ! Et notre départ à nous, n’est encore pas pour demain. Une amélioration semble se dessiner samedi et nous espérons bien en profiter pour faire du cap au nord, là où les vents sont plus cléments. La visite des Cyclades, ce sera pour plus tard…

Nous avons passés la matinée et une partie de l’après midi chez un couple de français expatriés depuis une dizaine d’années. Ils habitent sur les hauteurs de la ville, dans une maison ancienne restaurée avec goût et noyée au milieu d’arbres en tous genres. Une source d’eau potable alimente une magnifique fontaine en marbre du dix huitième siècle. C’est à la fois somptueux et simple et l’accueil est chaleureux. Nous parlons bateaux évidemment ! Ils sont partis trois ans avec leurs enfants, pour un tour de l’Atlantique sur un dériveur en acier de quinze mètres. Nous repartons de chez eux avec de superbes figues du verger et une carte marine des Sporades du nord. Ils connaissent bien l’endroit et nous confirment que les conditions météo y sont meilleurs…

 

Samedi 9 août.

 

Après un baroud d’honneur avec une rafale à soixante cinq nœuds…le vent est subitement tombé hier après midi, nous laissant pantois… Un calme incroyable après ces dix jours de folie où toute manœuvre, tout acte  est conditionné par le vent. Pendant dix jours, nous avons mangé à l’intérieur, toutes ouvertures fermées ou presque, pour se protéger des envoles de toute sorte. Avec près de cent vingt kilomètre heure, cette dernière rafale nous a confortée dans notre décision de renoncer aux Cyclades. J’étais à bord à ce moment là et je reconnais avoir eu peur bien qu’amarré au quai. Le bateau a gîté fortement au point d’éjecter tout ce qui se trouvait dans les équipets bâbords. Les tables et les chaises des terrasses ont volés dans le port et pendant une minute, le vacarme était tel que j’ai pensé à un cyclone.

Nous sommes ce soir dans la baie de Almiropotamos, toujours sur l’île d’Evia, mais déjà plus au nord. Nous goûtons à nouveau au plaisir du mouillage nature, devant un petit port charmant, illuminé par les derniers rayons du soleil. La mer est plate et pas un souffle de vent pour troubler notre plaisir…    

 

Mardi 12 août.

 

Nous poursuivons notre remontée dans ce détroit séparant Evia de la côte continentale et malgré des prévisions météo peu encourageantes, nous constatons que déjà, l’influence du Meltem ici, est fortement diminuée.

Nous sommes dans le port d’Erétria depuis deux jours. Seul voilier parmi les bateaux de pêche dans cette petite citée de villégiature, bien loin de la sur-fréquentation que nous pouvons connaître dans le midi de la France à cette époque ! Cet immense port n’est en fait qu’un terminal pour les ferries reliant l’île à Oropos, sur la côte, et un centre de pêche important. Nous sommes justes en face d’un chantier naval renommé et nous profitons du trafic intensif  des ferries pour lui rendre visite. Notre ami Jacques avait hiverné ici il y a deux ans et nous sommes nous aussi séduit par la gentillesse et le sérieux des patrons. Nous réservons sans hésitation notre place d’hivernage pour un prix raisonnable dans ce chantier distant seulement de soixante kilomètres de l’aéroport d’Athènes.

Ces deux derniers jours, malgré notre impatience à gagner dans le nord, nous avons pu apprécier la beauté et la quiétude de quelques mouillages typiques de cette côte ouest d’Evia. Voufalo et Almiropotamou  en particulier pour leur sérénité et leur environnement naturel aux pieds des montagnes.

 

Vendredi 15 août.

 

Khalkis, capitale d’Evia, à quelques encablures seulement de la côte continentale. Un pont suspendu relie les deux rives. Nous sommes ancrés dans une baie en dehors de la ville, Ay Stefanou, et bien qu’une route ceinture ce lieu, il règne une certaine sérénité ici. Nous sommes seuls encore une fois au mouillage, et nous n’avons rencontré aucun voilier depuis cinq jours !

Les conditions météo sont enfin favorables. Vingt cinq nœuds au pré cet après midi pour venir d’Alkoutsi ; un temps de demoiselles ! 

 

Samedi 16 août.

 

Bien que les grecs soient très religieux dans leurs traditions, ce quinze août ne nous aura pas marqué comme ce fut le cas en Sicile ou en Italie. Journée morte tout simplement.

Après une nuit tranquille au mouillage, nous avons rejoint la marina de Khalkis, ou plus exactement, le yacht club de la ville. Personne pour nous prendre les amarres, mais personne non plus pour nous demander de quitter les lieus. Nous prenons une des rares places disponibles, avec eau et électricité au ponton. Le grand luxe ! Lorsque nous rentrons de courses, nous nous renseignons auprès d’un plaisancier membre du cercle en train de nettoyer son voilier. Réponse : nous sommes les bienvenus et nous ne devons rien…Merci à ce yacht club exemplaire !

Autre exemple de courtoisie. Attablés à la terrasse d’un bar devant un café, nous nous renseignons sur l’emplacement de la gare routière où nous devons récupérer notre ami Benoît dans deux jours. Elle est située à deux kilomètres de la ville. Nous sommes à pieds évidemment ! Qu’à cela ne tienne, notre informateur se propose de nous y conduire en voiture…et nous ramène un quart d’heure plus tard, informations en poche !

Cette grande ville, située au bord du canal qui sépare l’île du continent, est plutôt agréable si ce n’est la chaleur écrasante qui y règne aujourd’hui. Trente six degrés et le moindre souffle de vent est le bienvenu.

 

Dimanche 17 août.

 

 

L’immersion dans une grande ville nous ramène inexorablement dans la réalité de la vie, pas notre vie à nous de vagabonds des mers, mais la vie tout court, celle de l’invasion russe en Géorgie par exemple, ou de ces jeux olympiques en Chine tout aussi regrettables ! Dans les deux cas, nous avons l’exemple de la victoire du totalitarisme sur la raison démocratique ! Le monde entier à genou devant deux grandes puissances économiques incontournables. Cela rappelle inlassablement le passé et ses erreurs tragiques, mais le monde est amnésique, plus qu’hier mais moins que demain, comme l’Amour avec un grand A, celui qui se cache dans les rêves… J’en vomirais mon ouzo de vingt heures s’il n’était déjà digéré depuis. Ici, les grands écrans sont omniprésents sur les terrasses et il est difficile de les ignorer en mangeant son giros ou en buvant son café.

Ainsi va la vie, ici comme ailleurs ! Oui mais à huit Euros seulement le repas de ce soir, boisson comprise pour deux personnes…on oublie tout et l’on respire fort cette petite brise rafraîchissante et bienvenue après les trente neuf degrés de l’après midi…

Demain, nous prenons la route des Sporades du nord en compagnie de Benoît. Il arrive dans la soirée et nous l’attendons pour « passer le pont ». Ce pont, c’est celui qui enjambe l’étroit chenal large de trente neuf mètres qui sépare Evia du continent. Cet ancien pont coulisse sous la route pour permettre le passage des bateaux. Seul problème, l’étroitesse du chenal génère des courants importants pouvant atteindre sept nœuds, dans un sens ou dans l’autre, suivant les marées ! Car il y a des marées en Grèce et plus particulièrement dans ce chenal avec une amplitude de quatre vingt centimètres tout de même. Un seul moment dans la journée, ou plutôt dans la nuit, le pont s’escamote pour le passage des navires. C’est à l’étal, juste entre la marée montante et la marée descendante. Pour la nuit prochaine, nous n’avons encore pas de précision. Il faut d’abord passer par la case porte monnaie, car il y a un péage…      

 

Vendredi 22 août.

 

Baie d’Atalantis sur la côte continentale grecque, 38°40 de latitude par 23°04 de longitude ! Nous poursuivons notre remontée du chenal d’Evia en compagnie de Benoît. « Bienvenu à bord !»

Partis de Khalkis mardi dernier après avoir passé le fameux pont dans la nuit et sans encombre, nous avons entamé une petite navigation initiatique de quelques milles seulement, direction le port de Néa Artaki sur l’île d’Evia. Trente nœuds de vent dans le nez avec une mer hachée, l’idéal pour tester les bonnes dispositions de notre nouvel équipier ! Après une nuit quelque peu bruyante au quai de la ville, nous traversons le lendemain sur la baie de Skorponeriou, juste en face, avec des conditions de vent toujours musclés, mais cette fois, favorables à notre route. Nous faisons découvrir à Benoît, novice en la matière, la magie de la navigation sous voiles et le bonheur d’un mouillage solitaire en eaux tranquilles.

Ce matin au réveil, après une soirée barbecue arrosée et riche en narrations et en évocations de souvenirs communs, aucun de nous n’apprécie vraiment la houle qui c’est levée dans la nuit ! Le petit déjeuner est vite avalé et nous levons l’ancre pour un lieu plus clément de cet immense golfe d’Atalantis. Malheureusement, les nombreux mouillages abrités sont souvent occupés par ces fermes marines qui s’installent évidemment dans les meilleurs endroits. Bien souvent, ces installations s’accompagnent de constructions anarchiques sur la côte et les sites sont irrémédiablement dénaturés. Nous choisissons de nous ancrer derrière l’îlot Gaïdharos, devant de vieux pontons de bois où sont amarrées quelques barques de pêcheurs. Nous ne trouvons pas d’approvisionnement à terre, mais seulement deux ou trois tavernes devant la plage très propre (une exception en Grèce !) et équipée de douches et de cabines. Il semble que seuls, les touristes locaux fréquentent ce lieu et pour la première fois cette année, la barrière de la langue nous handicape. Personne ici ne parle l’anglais et le seul mot commun que nous connaissons se rapporte à l’ouzo. Il nous est servi à la grecque, avec beaucoup de glace et très peu d’eau mais accompagné de trois petites assiettes de dégustation…

   

Mercredi 27 août.

 

Nous passons ce matin le cap de Kinaion à l’extrême ouest de l’île d’Evia pour pénétrer dans l’étroit chenal d’Orei. La route des Sporades est enfin ouverte devant nous.

Nous avons laissé notre ami Benoît hier matin au Ferri d’Adhipsou sur Evia. Début de son voyage retour après une semaine à bord à remonter le chenal d’Evia en alternant mouillages et ports. Il faut bien reconnaître que, ni la côte de cette grande île, ni celle du continent ne nous auront vraiment marquées. Mais peut être devenons nous exigeants après les merveilles rencontrées dans le passé ! Seul atout véritable de cette mer fermée, le vent et la mer y sont rarement mauvais.

Alors qu’un nouveau coup de vent sévit en mer Egée, à quelques milles seulement, il est curieux de naviguer au moteur sur une mer plate comme nous n’en avons pas rencontrée depuis des lustres et de sortir enfin quelques bonites avec la ligne de traîne…

Nous abordons le passage le plus étroit de ce chenal d’Orei. Un peu plus d’un mille sépare la côte nord d’Evia à celle de Thessalie où culminent les plus hauts sommets de Grèce.

 

Samedi 30 août.

 

Skiathos, première île des Sporades du nord. Nous l’avons abordé hier matin après une escale agréable à Platania sur la côte sud de la péninsule de Trikeri qui ferme le golfe de Volos. Son environnement verdoyant et l’authenticité de ses habitants nous ont fait hésiter à poursuivre notre route vers les Sporades pour pénétrer dans cette immense baie protégée et réputée de Volos ! Mais l’attrait des îles est irrésistible pour le commun des mortel…Nous nous réservons ces futures escales pour notre retour en septembre.

Notre premier mouillage sur Skiathos, hier matin, porte un nom plus enchanteur qu’il ne le mérite ! Koukounaries…En fait, une vaste plage bordée de pins, truffée de parasols et de « sun beds » pour touristes étrangers avec buvettes et loisirs nautiques tous les cent mètres. Très bien abritée des vents dominants du nord, nous avons eu la mauvaise surprise d’un vent thermique du sud qui s’est levé dans l’après midi et qui a rendu le mouillage quelque peu rouleur !

Aujourd’hui, nous sommes ancrés dans la baie de Skiathos, capitale de l’île, où nous sommes arrivés ce matin après une navigation courte, mais éprouvante, meltem oblige ! Après une nuit sans le moindre souffle de vent, un bain matinal enchanteur sur fond de sable clair et limpide et des prévisions météo encourageantes, nous avons quitté le mouillage sous voiles par dix nœuds de vent portant…une heure après, nous étions sous grand voile seule par quarante nœuds ! De quoi se poser des questions sur la fiabilité des prévisions météo dans le secteur et nous faire regretter « notre golfe de Volos » …

Si le mouillage est parfaitement abrité de la houle, le vent y descend en fortes rafales et nous avons du enfourcher deux ancres pour plus de tranquillité. Sage précaution puisque la dernière prévision qui tombe à l’instant sur le « navtex » nous annonce un renforcement des vents du nord sur la mer Egée…         

 

Mardi 2 septembre.

 

Il y a longtemps que je n’avais pas décrit le bonheur d’un mouillage paradisiaque aux eaux turquoise, entouré de collines verdoyantes où seul le chant des cigales trouble le silence de cette baie : Panormou !

Nous avons rallié ce matin notre deuxième île des Sporades du nord, Skopelos, après trois jours passés à Skiathos, à l’abri de ce meltem décidément bien pesant dans ce secteur soit disant épargné…Pas de regret non plus compte tenu de la beauté de cette île et de son port aux multiples ruelles escarpées, bordées de boutiques et d’échoppes en tout genre. Très touristique certes et aux accents britishs, mais agréable et coquette où il fait bon flâner ou rêver à la terrasse d’une des innombrables tavernes.

Nous avons eu droit dimanche à notre première journée de pluie en Grèce. Une journée où se sont succédé six ou sept orages qui ont noyé la baie dans une quasi obscurité permanente. Les pluies abondantes ont transformé les rues en torrents et la baie aux eaux bleues en « estuaire amazonien » jaunâtre et chargé de détritus. Lorsqu’en fin de soirée, le ciel s’est enfin dégagé, les rues se sont animées comme par magie et en quelques heures seulement, le déluge n’était plus qu’un souvenir et les rues redevenues propres et encombrées de leurs promeneurs habituels.

Notre journée d’hier a été consacrée à la visite de l’île en scooter ! Finalement, nous adorons ce moyen de locomotion…Quand à la soirée, c’est sur un superbe catamaran que nous l’avons passée, invités à manger par Rainer et Claudine qui naviguent en Grèce depuis très longtemps sur ce bateau construit de leurs mains. 

Nous étions malgré tout heureux de poursuivre ce matin notre découverte des Sporades en quittant Skiathos sous voiles pour une navigation paisible, agrémentée par la pêche d’une très belle dorade coryphène qui fera notre repas du soir…    

 

Mercredi 3 septembre.

 

Nous profitons de la clémence du dieu Eole pour poursuivre notre incursion dans les Sporades. Pourtant, ce matin, après une nuit calme qui nous changeait de celles passées à Skiathos, nous hésitions à quitter ce petit paradis de la nature. Le bain du matin au levé du soleil, dans cette eau translucide, fut un éblouissement de bonheur aux senteurs méditerranéennes.

Nous venons de mouiller dans la petite baie de Votsi sur l’île d’Alonnisos, troisième des Sporades, après nous être fait violence durant toute cette navigation, pour ne pas nous arrêter à chaque crique rencontrée sur le parcours. Mais notre objectif est simple : aller le plus loin possible dans le nord de ces îles tant que les conditions le permettent. Il sera toujours tant de  flâner à la descente. Même si le meltem se réveille, il sera portant, et dans ce bassin relativement fermé, il pourrait devenir un partenaire appréciable ! 

Ce petit port naturel de Votsi est des plus calmes. Pas un seul voilier à l’ancre ! Seuls des bateaux de pêche sur corps morts se balancent doucement au gré de la faible houle qui pénètre à l’intérieur du bassin. Nous sommes ancrés sous la colline qui surplombe la baie, à l’ombre de ses pins majestueux, dans une eau si claire qu’il n’est pas utile de plonger pour vérifier la bonne tenue de l’ancre. Nous la voyons parfaitement par sept mètres de fond !

 

Jeudi 4 septembre.

 

Pelagos la sauvage ! Pas une habitation en dehors d’un monastère occupé par un seul moine et son gardien ! Réserve naturelle, l’île héberge l’une des dernières compagnies de phoques méditerranéens et des chèvres par centaines. Nous sommes tout au nord de l’île dans une baie complètement fermée, accessible  par un  étroit chenal difficilement visible depuis le large. Le contraste, passé ce détroit est saisissant ! Planitis nous réserve un de ces mouillages que nous affectionnons tant, calme et solitaire. Conditions idéales pour une soirée barbecue avec bonites au menu, produit de notre pêche de ce matin …La nuit nous enveloppe doucement de son manteau parfumé d’essences de pins et de garrigue. Les chèvres sur le rivage ponctuent le calme ambiant de quelques bêlements propices à la méditation. Le bonheur n’est pas loin de se trouver ici…    

 

Vendredi 5 septembre.

 

Partis tôt ce matin après une nuit d’un sommeil serein, nous quittons Plaitis pour une navigation le long de la côte est de Pelagos, profitant des conditions exceptionnelles nous permettant un arrêt dans la baie du monastère ! A peine sortie du mouillage que la ligne de traîne se tend. Il ne se passe pas un jour sans prise. Aujourd’hui, une belle bonite qui vendra  chèrement sa peau au détriment du moulinet rendu hors service !

La baie du monastère est un des lieus les plus extraordinaires que nous ayons visité en Grèce ! Découpée en forme de ballon de rugby dans la falaise, l’eau y est cristalline et encore une fois, nous sommes seuls au mouillage ! Des escaliers nous permettent d’atteindre un sentier muletier menant au monastère. En fait, une maison imposante avec cour intérieure, couverte de lauses, où trône en son centre une chapelle à la coupole bleue. Tout autour, une basse-cour avec poules, pintades et lapins surveillés de près par un âne curieux et très expressif ! Un seul moine et le gardien occupent l’endroit. Ce sont les seuls habitants de l’île. Malheureusement, la porte du monastère est close, et nous ne pourrons pas jouir de leur hospitalité légendaire. Qu’importe, la vue depuis ce promontoire, cent mètres au dessus de la baie, récompense allègrement les quinze minutes d’effort demandés pour cette ascension.

 

Samedi 6 septembre.

 

Nous venons de faire une pose déjeuner dans la baie de Stafilo sur la côte est de Skopelos et nous nous apprêtons à lever l’ancre pour rejoindre le mouillage extraordinaire de Panormou. La chaleur encourage à un dernier bain avant de partir. Installé sur la plage arrière du bateau, prêt à me mettre à l’eau, je distingue sous la surface la danse effrénée d’un banc de poissons impressionnants par leur taille. Je mets quelques instants a réaliser qu’ils se disputent les restes d’une bonite que Brigitte est entrain de préparer en marinade. J’attrape masque, palmes et fusil et me jette à l’eau. Incroyable ! Ce sont une cinquantaine de poissons que je n’identifie pas, mais qui ressemble un peu à des saumons. Mon intrusion les éloigne un peu, mais bien vite, leur ronde reprend autour de moi et je tire sur le plus proche. La flèche le transperce de part en part et il plonge immédiatement pour essayer de s’échapper. J’ai du mal à me maintenir à la surface, et si je n’avais pas eu l’échelle de bain à portée de main, je pense que j’aurais du abandonner le fusil. Plus de cinquante centimètres de long…très beau spécimen !

 

Dimanche 7 septembre.

 

Décidément, ce mouillage de Panormou ne nous lasse pas. Il est incroyablement beau, comme son île, que nous avons passé la journée à explorer en scooter. Les pins et les oliviers envahissent les pentes et descendent jusqu’à la mer. L’odeur est enivrante, jusque dans le bateau. Nous avons visité Skopelos, sa capitale, et s’est sans aucun doute le plus beau village grec que nous connaissions. Un charme fou avec ses ruelles pavées entrecoupées d’escaliers et qui plongent toutes sur le port. D’un blanc immaculé, avec leurs balcons de bois surplombants la mer et leurs portes et volets de couleurs bleus, verts ou bordeaux, on s’y sent bien, tout simplement ! Chaque quartier a sa chapelle et pas une ne se ressemble. Nous avons goûté dans une taverne, à un plat typiquement insulaire : l’exochiko ! Un feuilleté à la viande et aux petits légumes nappés de féta. Enfin un plat cuisiné grec original et divinement bon…Alors que nous déambulons dans ce décors d’opérette, une vieille femme, toute de noir vêtue, nous interpelle en anglais ! « Cherchons-nous un logement pour la nuit ? » Nous lui expliquons que nous logeons sur notre voilier. Elle insiste quand même pour nous faire visiter les chambres qu’elle loue dans la ruelle adjacente. Une étroite maison sur trois étages, avec escalier vertigineux qui dessert autant de petites chambres coquettes, chacune avec balcon et vue imprenable. Elle nous avoue qu’elle est veuve, mais on l’avait déjà compris, et qu’elle a quatre vingt ans cette année…Nous repartons avec son adresse en poche et un petit gâteau gentiment offert.

Ce soir, nous avons cuit au barbecue la moitié de ce poisson sans nom, mais néanmoins succulent, et cette dernière nuit sur Skopelos s’annonce sereine…

 

Mardi 9 septembre.

 

Nous faisons notre entrée dans le golfe de Volos après quatre heures d’une navigation idyllique, poussés par quinze nœuds de vent arrière et agrémentée encore une fois d’une belle prise. Décidément, les poissons abondent dans les Sporades et particulièrement ces superbes bonites.

Nous avions prévu de nous arrêter dans le port de Trikéri, mais entre le trafique des ferries et les nombreux corps morts qui encombrent la baie, nous avons préféré la beauté et la solitude d’une crique à proximité, oubliée des guides et parfaitement abritée.  Seul un  voilier est à l’ancre et a n’en pas douter, il s’agit d’un authentique joshua nommé Tamata ! Le pavillon est français, comme le capitaine solitaire, et je ne saurai jamais s’il s’agit de mégalomanie ou d’un simple hommage à Moitessier.

 

Mercredi 10 septembre.

 

Ancrés dans une baie décrite comme étant « idyllique » d’après le guide nautique nous savourons l’instant ! C’est d’ailleurs ce terme d’idyllique qui nous inspira immédiatement ! Il n’y a pas d’usurpation, le lieu est magique et visiblement délaissé des plaisanciers.  Nous ne somme que trois bateau à jouir de ce couché du soleil derrière les montagnes alors que nous dégustons notre ouzo journalier. Le matin nous verra réveillés au son des clarines des chèvres descendues sur la plage se désaltérer. La mer est plate et l’air est doux. Le bain matinal n’en est que plus agréable…

 

Lundi 15 septembre.

 

Après midi morose dans le port de Volos. Sans aucun doute le port le plus sale et le plus bruyant que nous ayons fait en Grèce. Il fait mauvais, une fois n’est pas coutume ! Nous sommes amarrés au quai de la ville depuis vendredi, un peu en retrait des bars restaurants du front de mer. Trois jours passés ici, car Volos est le point de départ idéal pour visiter la région des Météores distante de cent cinquante kilomètres tout de même. Nous avons loué une voiture pour l’occasion et nous ne regrettons pas le déplacement. Grandiose ! La journée de samedi a été consacrée a parcourir le site et a visiter chaque monastère perché sur son piton rocheux. Impossible de décrire toutes les richesses culturelles que contiennent ces bâtisses datant de plusieurs siècles. Fresques, icônes, bibliothèques dont certaines renferment des ouvrages du XIV siècle. Quand aux constructions elles mêmes, ce sont de véritables chef d’œuvres a l’architecture de génie ! Il faut souvent grimper des escaliers à flanc de falaise pour pouvoir les atteindre et il est difficile de s’imaginer les maçons et les tailleurs de pierres empruntant ces passages étroits chargés de matériaux.

Volos étant situé aux pieds d’une chaîne montagneuse qui culmine à plus de quinze cents mètres, il était tentant de partir faire une petite excursion rafraîchissante. A quelques kilomètres des plages, nous nous retrouvons en pleine montagne, dans un décor digne de l’Autriche par ses constructions et du Jura pour l’environnement. Des vieux villages abandonnés il y a quelques années sont devenus des lieux de villégiatures luxueux. Pas une demeure qui ne soit couverte de lauses et ici, l’eau est partout présente, dégringolant dans des caniveaux astucieusement construits à des fins d’irrigation. Une station de ski a été implantée sur le plus haut sommet et nous avons pu y découvrir un télésiège antique d’une seule place par siège ! Châtaigniers, chênes verts, platanes et arbres fruitiers…de partout la verdure sur ces montagnes douces.

 

Mardi 16 septembre.

 

Adieu Volos, port immonde. Nous te quittons sans regret ! Après la Sicile et la Calabre, s’il l’on devait établir une échelle de la saleté, la Grèce ne serait pas loin derrière. Aucune prise de conscience de la part du peuple grec en se qui concerne le respect de l’environnement. Il semble d’ailleurs que l’insalubrité ne les dérange guère car il n’est pas rare de voir des gens à la pêche au milieu des immondices ou allongés sur la plage parmi les sacs poubelles oubliés là ! La digue, où nous étions amarrés tous ces jours, étant le rassemblement des pêcheurs à la ligne et des promeneurs du soir, ressemblait le matin venu à un vaste dépotoir malgré les nombreuses poubelles présentes. Quand aux eaux du port, Casalibus en garde les traces à la ligne de flottaison. Encore quelques coups de brosse en perspective…

Nous sommes ancrés ce soir dans une baie naturelle où sont amarrées des barques de pêche. Les quelques maisons sur la rive sont toutes fermées et nous retrouvons enfin cette tranquillité tant aimée…

 

Jeudi 18 septembre.

 

Autant notre entrée dans ce golfe de Volos fût un enchantement quand aux conditions de navigation, autant les derniers jours de ce périple sont éprouvants. L’automne est bien là et le climat n’a plus rien à voir avec ce que nous avons connu depuis notre arrivée en Grèce. La polaire est de rigueur et la veste de quart indispensable pendant la navigation ! Près de vingt degrés perdus en quelques jours. Quand au vent, il est très changeant et il est difficile de choisir un mouillage sûr pour la nuit. Hier au soir, nous avons dut quitter précipitamment cet emplacement idyllique découvert l’après midi et devenu intenable en très peu de temps. Une forte brise a levé une houle impressionnante nous obligeant à appareiller. Toute la baie d’Amalioupolis était chahutée par la mer et nous avons pu nous infiltrer dans le minuscule port, invités à nous mettre à couple des trois bateaux d’excursion amarrés pour l’occasion. Seul inconvénient, nous devons partir à huit heures le lendemain matin, avant le départ des autres navires.

 

Dimanche 21 septembre.

 

Notre voyage retour vers Oropos, lieu d’hivernage de Casalibus, est terni par les dépressions successives qui affectent le nord de la Grèce. Du jamais vu depuis que nous avons quittés la France il y a quatre ans ! Pluie, vent et températures dignes d’un mois d’octobre en Chartreuse…

Sortis du golfe de Volos vendredi matin après une halte au port d’Ahilio dans la baie de Ptelou, nous avons gagné le port d’Orei où le mauvais temps nous a contraint a une journée cloîtrée à l’intérieur du bateau. Pluies incessantes toute la journée accompagnées d’un vent frais. Seize degrés à bord ! Ce matin au réveil, il pleut toujours, mais nous n’avons aucune envie de passer une nouvelle journée ici. La décision est prise. Nous partons ! Le vent de nord ouest nous est favorable et la pluie devrait cesser en cours de journée. Nous enfilons polaire et cirés pour une navigation humide mais rapide : fort courant portant et vingt nœuds de vent de travers. A l’abri sous la capote, la veille est presque confortable d’autant que le pilote assume totalement son rôle. Les prévisions pour le lendemain n’étant pas optimistes, nous décidons d’allonger notre navigation jusqu’à Limni, petit port sur la côte ouest d’Evia. Ce port n’est pas petit du tout ! Il est tout simplement minuscule…Une fois engagé à l’intérieur, nous constatons qu’il n’y a qu’un emplacement de disponible. Deux pêcheurs sur leur bateau nous confirment que la place est libre et que nous pouvons en disposer. Le prochain port étant à plus de deux heures de navigation, nous nous considérons comme chanceux… 

 

Lundi 22 septembre.

 

Khalkis ! Le retour et toujours sous la pluie. Nous venons de nous amarrer le long du quai, au nord du fameux pont mobile. Nous le passerons dans la nuit, mais les autorités sont incapables de nous donner un horaire, même approximatif. Nous devons rester en veille sur le canal 12 à partir de vingt deux heures.

Nous avons profité d’une éclaircie en fin de matinée pour quitter Limni par vent faible. La pluie ne nous a rattrapés qu’à notre arrivée, juste pour les manœuvres d’amarrage ! La chance nous a sourit pour effectuer ces vingt cinq mille de navigation et la pêche a été fructueuse. Trois belles bonites. J’ai bien peur de commencer à me lasser un peu de ce poisson… 

           

Mercredi 24 septembre.

 

Perché sur son ber, Casalibus s’aligne parmi ses confrères sur le chantier naval d’Oropos en savourant par avance ce repos bien mérité.

Nous avons passé le pont de Khalkis lundi soir à une heure finalement tout a fait correcte, vingt trois heures. Beaucoup moins de spectateurs qu’à l’aller compte tenu du temps peu engageant. Beaucoup moins de bateaux aussi et un certain relâchement des autorités qui négligent la règle de l’appel nominatif sur le 12… Nous ne nous engageons qu’après vérification sur notre guide nautique de la signification des signaux lumineux.

Après une nuit au mouillage dans la baie sud, c’est une matinée maussade qui nous surprend au réveil. La température n’incite guère au bain matinal…Cela me rappelle mon dernier bain ici, lors de notre précédent passage. Il faisait déjà très chaud à huit heures du matin lorsque je plongeais nu, comme à mon habitude, depuis la plage arrière du bateau. A peine sortie la tête de l’eau, je m’aperçois que le fort courant m’a déjà entraîné quinze mètres en arrière ! Je comprends vite que je dois déployer toutes mes compétences en natation si je ne veux pas émerger sur le quai de la ville en tenue d’Adam ! L’honneur fut sauf pour cette fois…

A sept heures et demie ce matin, après une dernière nuit passée au port d’halkoutsi, nous avons appareillés pour rejoindre la plage, face au chantier naval où l’on nous attendait avec la remorque. Ici, même principe qu’à Préveza l’an passé, le bateau est tiré hors d’eau sur un plan incliné à l’aide d’un robuste tracteur. La différence, c’est que cela se passe sur une plage peu abritée qui nécessite des conditions de mer très calme. D’où ce départ matinal, car les conditions météo restent médiocres pour les prochaines heures. La remorque de levage est immergée le plus loin possible, grâce à une rallonge de quinze mètres et elle nous est signalée par deux  perches. Il nous suffit de nous positionner au milieu et de nous avancer jusqu’à immobilisation du bateau sur la remorque. Casalibus est hissé hors de l’eau et remorqué à sa place d’hivernage. Assis dans le cockpit, nous regardons la rive s’éloigner…

 

Samedi 27 septembre.

 

Incroyable ! Voilà bientôt deux semaines que le mauvais temps s’est installé sur la Grèce. Du jamais vu de mémoire d’autochtone !

Nous avons profité de ce temps maussade pour partir deux jours à Athènes et visiter enfin l’Acropole. Et bien oui ! La démesure est au rendez-vous. Comment imaginer cette civilisation, vieille de deux mille ans, édifiant de pareils monuments où l’art et la culture semblent une priorité sur le fonctionnel. Ma réaction peut paraître primaire, mais lorsque je fais le rapprochement avec la place qui est laissée aujourd’hui à l’art dans l’urbanisme…

Ces deux jours ont été riches en découvertes et en surprises. Alors que nous étions attablés à la terrasse d’une taverne fort sympathique aux pieds de l’Acropole, Brigitte reconnaît les silhouettes de Christiane et Philippe, rencontrés dans le golfe de Patras au mois de juillet, parmi la foule qui défile devant nous! Les retrouvailles sont chaleureuses et nous finissons la soirée ensemble, nous narrant mutuellement nos navigations respectives… Nos routes se recroiseront peut être un jour, sur mer ou sur terre…

 

Lundi 29 septembre.

 

Toute la journée, la pluie a accompagné nos préparatifs d’hivernage de Casalibus. Il faut jongler avec les averses pour sortir ou rentrer le matériel. Le chantier naval est devenu un champ de boue et cette fois, il nous tarde de partir ! Dire que des gens passent l’hiver ici sur leur bateau…

Demain, ce seront les derniers préparatifs, bagages pour nous, mise en place des bâches d’hivernage pour notre voilier. Notre voilier ! Celui qui nous mène depuis quatre ans de mouillages en mouillages, de ports en ports, qui nous fait découvrir le monde, les paysages et les gens. Qui ne nous a jamais fait faut bon, même, et surtout dans les coups de chien.

Encore une fois, je le quitterai serein, des souvenirs plein la tête pour mes futures rêveries hivernales en Chartreuse.

 

Evia et les Sporades du nord

Par muzet pascal
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Jeudi 30 mai 2013 4 30 /05 /Mai /2013 09:09

CINQUIEME PARTIE : le retour de Casalibus. (Eté 2009)

 

  Les-Cyclades.jpg

 

Mercredi 20 mai 2009

 

Cette nouvelle saison de navigation est arrivée bien vite. Un automne qui passe, un hiver qui s’enfuit et un mois de mai qui renaît alors que la neige couvre encore les sommets de Chartreuse et…de Grèce. Est-ce notre avancée dans l’âge qui précipite le temps ?

Des névés bien visibles depuis le pont du bateau descendent des pentes du mont Dirfis, juste en face du chantier naval, sur l’île d’Evia. Il ne culmine pourtant qu’à 1743 mètres. Pour la première fois, depuis que Casalibus hiverne en Méditerranée, la neige a recouvert son pont cet hiver.

D’ailleurs, il semble qu’ici, le printemps a du mal à s’imposer. Les nuits sont très fraîches, l’eau glacée et surtout, ce foutu meltem fait déjà des siennes. Voilà trois jours qu’il souffle et rend la vie sur le chantier un peu pénible. Quelques averses de temps en temps et vous aurez compris que, pour le moment, notre périple n’a rien d’enchanteur. Cela nous laisse l’occasion de peaufiner le bateau et de faire quelques virées à Athènes avec la voiture de location que nous avons gardée pendant les quatre premiers jours. Notre oisiveté relative nous permet aussi de faire plus ample connaissance avec les autres marins. Beaucoup de français d’ailleurs et les apéros à bord des bateaux se succèdent…

Les dernières nouvelles de la météo annoncent une amélioration pour samedi. En navigation comme en montagne, la patience est de règle…

 

Dimanche 24 mai.

 

Nous avons enfin repris notre liberté. En fin de journée, vendredi, le vent est subitement tombé. Je venais de terminer une opération de remplacement de poulie et de girouette en tête de mat lorsque Zaccaria, le patron du chantier, est venu nous proposer de nous mettre à l’eau. Nous n’avons pas hésités longtemps et en dix minutes, nous étions prêts. Nous ferions nos dernières courses le lendemain au marché après avoir passé la nuit au port.

Le marché d’Oropos est le plus grand marché hebdomadaire que nous ayons vu en Grèce. Les gens arrivent de tous les villages alentours en bus, voitures ou mobylettes et l’on y trouve de tout, y compris des poules et des poussins vivants.

C’est donc avec un avitaillement généreux que nous avons repris la mer ce matin, direction le sud par mer plate et vent faible. Tellement chargé d’ailleurs que nous nous sommes aperçus hier au port, que la proue de Casalibus plongeait un peu trop sous la surface ! Un déséquilibre du à tout les achats nouveau en matériel bien sûr, et aussi au stockage de courses mal réparti. Je pense que depuis notre départ, il y a quatre ans, nous nous sommes sérieusement alourdis. Le mal est réparé après un long travail de transbordement de l’avant vers l’arrière…

Aujourd’hui, nous renouons avec le mouillage. Nous sommes ancrés dans la baie d’Almiropotamos, face au village de Panayia sur la côte ouest de l’île d’Evia. Le village et son port sont plutôt calme en cet après midi de dimanche. L’incontournable sieste dominicale en est sûrement la cause…et à cette époque de l’année, ce ne sont pas les touristes qui risquent de les déranger. Nous nous sentons privilégiés, car en dehors de la température de l’eau qui a du mal à atteindre les vingt degrés, la période est idéal. Celles en journée sont encore supportables et les bateaux peu nombreux. Quand à la flore, elle est à son apogée et beaucoup de maison rivalisent en fleurissement.

 

Mardi 26 mai.

 

Les Cyclades, enfin ! Nous y sommes depuis ce soir, sur l’île d’Andros, au mouillage dans une crique délaissée des navigateurs, après une traversée du chenal d’Evia par brise fraîche, à plus de six nœuds de moyenne. Quatre heures trente de navigation au pré serré depuis les îles Petalioi où nous avons fait escale la nuit dernière.

Cet archipel des Petalioi, dans le sud ouest d’Evia est sans aucun doute un des plus beaux endroits de la région. Nous avions été frustrés l’an dernier de n’avoir pu nous y arrêter, le meltem en ayant décidé autrement. Lors de notre arrivée sur Athènes il y a quinze jours, nous l’avons survolé en avion et je désespérais de ne pouvoir y jeter l’ancre. C’est chose faite et la beauté des lieux n’est pas une légende. Mouillés dans le nord ouest de Xero, nous avons pu profiter du calme et de la solitude d’une baie parfaitement protégée. Une escapade sur cette îlot privé nous a permis de découvrir un petit paradis boisé de pins et de cyprès, où se niche une seule maison, très belle, surplombant la baie et accompagnée d’une chapelle et de son cimetière. Seul problème, les gardiens des lieus qui nous ont priés gentiment de rebrousser chemin…Privé, c’est privé.

Sur la plage, un ancien puits nous a permis de faire une petite lessive à l’eau douce, claire et fraîche.

Nous avions rendez vous en fin de matinée avec des français, habitant Karisto, que nous avions rencontrés l’an dernier durant notre longue escale forcée dans cette ville. Leur aide avait été précieuse et ces retrouvailles étaient attendues. Ils nous ont rejoint au mouillage avec leur bateau, un semi-rigide de huit mètres propulsé par un moteur de trois cents chevaux… Vitesse de croisière : cinquante nœuds ! (quatre vingt dix kilomètres heure). A couple de Casalibus, nous accueillons l’équipage. Jamais nous n’avons été aussi nombreux à bord pour l’apéritif…Neuf personnes au total. Les verres manquaient mais pas l’ouzo et je crois bien que notre voilier s’est senti un peu surchargé !

 

Mercredi 27 mai.

 

Après une première nuit au mouillage sur la côte ouest d’Andros, nous avons gagné le port de Gavrion où le trafic maritime est complexe. Entre les entrées et les sorties des ferries combinées aux manœuvres des cargos en attente dans la baie, nous nous sentons bien petits et j’ai du mal à appréhender l’organisation du trafic. Aucune information sur la VHF. La vedette des gardes côtes fini par venir à notre rencontre et m’indique ainsi la conduite à tenir. J’allais tout simplement couper la route à un énorme ferry sortant du port…

Ce soir, nous sommes ancrés au fond de la baie où les rafales de vent nous ont malmenés tout l’après midi. Les allées et venues en annexe ont été quelque peu humides…

La ville a un côté sympathique, mais le trafic portuaire trouble la tranquillité du site.

 

Vendredi 29 mai 

 

Le vent est enfin tombé ! Je dis enfin, car il n’avait cessé de forcir ces dernières heures et les rafales catabatiques descendant des montagnes nous rendaient la vie à bord inconfortable.

Nous étions seuls amarrés dans le petit port de Batsi, trois milles au sud est de Gavrion. Rien à voir avec cette dernière, la petite ville de Batsi est adorable avec les terrasses fleuries de ses tavernes en espalier, surplombant le port et dominées d’en haut par cette église blanche au tuiles rouges. Contrairement à l’idée que l’on se faisait des Cyclades, l’eau parait abonder ici, car de nombreuses fontaines irriguent les minuscules jardins des maisons perchées. On y retrouve la nonchalance et la gentillesse des insulaires grecs.  

Après avoir sécurisé le bateau, nous avons fait hier une escapade en bus sur la côte est d’Andros. L’intérieur de l’île ne présente pas beaucoup d’intérêt et la ville d’Andros, capitale locale, est bien décevante. L’essentiel de cette excursion aura été le voyage retour en compagnie de deux autres couples de français, à bord d’un mini bus spécialement affrété pour nous, et du débat engagé entre nous et le contrôleur, un pakistanais fan de notre président !

Ce matin, nous longeons la côte en direction du sud afin de rallier une autre île des Cyclades : Tinos. Il n’y a plus un brin d’air et la mer plate est propice à la pêche…encore une légende…  

 

Lundi 1erjuin 

 

Ile de Mikonos! Nous plongeons cette fois dans les Cyclades typiques à l’image de toutes ces cartes postales qui les représentent, avec leurs maisons blanches comme neige, leurs multiples églises et leurs terrasses fleuries. Mais aussi leurs prix exorbitants dus sans aucun doute à la fréquentation touristique. Disons que Mikonos est à la Grèce ce que Saint Tropez est à la côte d’azur ! Vous m’aurez compris…Beaucoup de « supers yachts », de boutiques de luxe et de maisons avec héliport privé. Mais la comparaison s’arrête ici, car rien n’entache cette sympathie et ce sens de l’accueil si caractéristiques des grecs rencontrés jusqu’à présent. Essayez donc de faire du stop à Saint Tropez ou à Antibes, en couple et chargés de sacs de courses ! La marina de Mikonos se situant à deux kilomètres de la ville, nous n’avons pas eu à marcher bien longtemps en tendant le pouce. A chaque fois une voiture s’est arrêtée pour nous véhiculer.

Le charme de cette ville est indéfinissable. Un mélange de tradition et de luxe qui fait que chaque maison est différente. Où le pêcheur est un artiste et l’artiste un pêcheur.

 

Nous sommes arrivés hier matin sur Mikonos après avoir quitté Tinos presque trop rapidement.

Nous avions abordé cette île par le nord en faisant escale dans une baie plutôt isolée, mais relativement protégée des vents dominants. Un village à la fois port de pêche et citée balnéaire occupait le fond de la crique. Nous étions encore seuls dans ce paradis perdu, en faisant  l’attraction du moment pour les enfants sur la plage. Au couché du soleil, nous jetions l’ancre pour la nuit devant une plage bordée de lauriers en fleurs et envahie de chèvres.

Le port de Tinos quant à lui, est un endroit particulièrement visité. Si cette ville est quelconque, en revanche, sa magnifique basilique dédiée à « Notre Dame de la Bonne Nouvelle » attire des milliers de malades et infirmes en quête d’une guérison. Un chemin de croix borde l’avenue principale qui monte à ce lieu de pèlerinage sur plus de trois cents mètres et toute la journée, des pénitents effectuent cette ascension sur les genoux… En ce qui nous concerne, nous nous contenterons d’y faire un avitaillement complet en prévision de nos prochaines escales solitaires.

Ce soir, on ne peut pas parler de mouillage sauvage, car nous sommes ancrés dans une grande baie dans le sud de Mikonos et très prisée des plaisanciers !  On ne va quand même pas s’approprier tous les paradis sur terre… 

 

Jeudi 04 juin

 

L’île de Naxos, toujours plus au sud. Le calme règne ce soir dans l’anse sud de ce port au trafic important la journée. Nous rentrons d’une soirée restaurant dans cette ville incroyablement belle de Chora. Difficile de quitter un lieu où tout vous enchante, y compris la cuisine qui jusqu’à présent ne nous a jamais vraiment convaincue.

Notre arrivée sur l’île avait plutôt mal commencée avec une navigation pénible depuis l’îlot de Delos, vingt milles plus au nord. Une fois n’est pas coutume, c’est un coup de vent de sud ouest qui nous a surpris dès le début de notre traversée, avec une mer qui se creusait de plus en plus. Quarante nœuds soutenus au pré serré pendant quatre heures, ça fini par user…Nous aurions pu renoncer évidemment et retourner au port de Mikonos, au portant et poussés par la houle ! Avec le recul, on se demande souvent ce qui motive les décisions que nous avons à prendre quelquefois dans la vie. Toujours est-il que cette navigation nous a fortifiés quand à notre résistance morale et au comportement de notre bateau pourtant mal mené et dont nous avons plusieurs fois vu l’étrave disparaître dans la vague.

La veille au soir, nous avions mouillé dans l’étroit chenal de Delos, aux pieds du site archéologique de cet îlot du même nom. Un haut lieu d’échanges commerciaux il y a plus de deux mille ans où s’était construite une ville de 30000 habitants ! Tout le commerce méditerranéen transitait par ce port protégé naturellement et idéalement situé entre l’Europe et le Moyen Orient. Aujourd’hui seuls le gardien et quelques archéologues sont autorisés à séjourner sur place. Tous les visiteurs doivent quitter l’île après quinze heures et les mouettes redeviennent les maîtres des lieux.

 

Nous avons consacré la journée d’aujourd’hui à la visite de l’arrière pays de cette île merveilleuse de Naxos en renouant avec notre transport favori : le scooter !

Contrairement à Delos, Naxos est la plus grande, la plus élevée et la plus fertile des Cyclades. Pour nous, c’est aussi la plus belle de toutes celles que nous avons déjà parcourues. Beaucoup de villages perchés sur les flans des montagnes et des vallées verdoyantes où oliviers et arbres fruitiers s’étendent sur des kilomètres. Et les fleurs, présentes partout au bord des routes avec des genets et des lauriers roses éblouissants de couleurs vives.

Mais s’est sans aucun doute la capitale qui retiendra toute notre affection. Une ville dominée comme souvent par une ancienne citadelle construite au treizième siècle par les vénitiens sur les ruines et avec les ruines du capitole ! On retrouve ainsi dans certaines maisons d’époque, des façades de marbre sculpté et même des colonnes vieilles de deux mille cinq cents ans. Les ruelles étroites et dallées cascadent vers le port où chaque taverne redouble d’imagination artistique pour séduire le touriste de passage. Les nombreuses galeries d’art nous ont retenus des heures par l’originalité des œuvres présentées et il y a fort à parier que nous retournerons flâner dans ces étranges ruelles demain matin…

 

Samedi 6 juin.

 

C’est dans le nord de l’île de Paros que nous avons « échoués » hier après midi. Un échouage volontaire qui n’en est d’ailleurs pas un puisque nous avions un mètre d’eau sous la quille, mais plutôt un mouillage que nous n’avions pas du tout envisagé compte tenu de son exposition ouverte au nord. Mais la tentation est trop forte lorsque nous nous glissons entre tous les récifs qui bordent la côte. La mer est calme et le vent absent et les prévisions météorologiques sont favorables. Nous mouillons notre ancre en bord de plage dans une anse déserte, où les eaux turquoises nous laissent voir jusqu’à la moindre étoile de mer étalée sur le fond. La plage par elle même est nettement moins idyllique et ressemble plus à une décharge que le dernier coup de meltem a alimentée. On peut pratiquement y faire son marché en quincaillerie diverse…Mais les bigorneaux pour l’apéritif abondent et le bois flotté récupéré nous permettra de faire cuire les dorades achetées aux pêcheurs de Naxos.

Ce matin, la mer n’a pas une ride et le soleil encore rasant et déjà chaud invite à la baignade matinale. La première de ce rituel quotidien que j’affectionne tant…

 

Lundi 8 juin.

 

Nous venons de poser notre ancre dans le chenal Dhespotico entre l’île du même nom et Andiparos après avoir tiré quelques bords depuis la capitale : le port d’Andiparos. En fait, dans les Cyclades, chaque île porte le nom de sa capitale ou…vis et versa !

Nous avons d’ailleurs été surpris par ce village si peu attirant lorsqu’on le voit du large et tellement séduisant une fois franchi les premières maisons sur le port. Alors que tout semble plat et monotone, nous y découvrons des ruelles en pente, pavées de grosses dalles jointées de ciment peint à la chaux et comme à chaque fois, le fleurissement des maisons et des boutiques nous impressionne. Bien sûr, nous ne pouvons comparer avec Naousa, cette ville au nord de l’île de Paros où nous avons fait escale samedi. On ne sait plus de toutes ces citées laquelle est la plus belle tellement elles rivalisent de charme et de quiétude. Même si certaines commencent à être envahies par les touristes, la sérénité est partout présente, dans les rues et aux terrasses des cafés où les vieux boivent leur ouzo, sec et glacé en devisant sans doute sur les élections européennes…

Ce soir, c’est ce coucher de soleil sur la baie qui nous fascine alors que sur le barbecue cuisent nos grillades et que nous prenons notre ouzo quotidien, glacé mais avec de l’eau…

 

Jeudi 11 juin 

 

Baie de Kalotaritissa, au sud ouest d’Amorgos. On peu difficilement parler de solitude en décrivant cette crique profonde, mais d’une baie naturelle et sauvage sans aucun doute. Pas une maison sur la berge en dehors d’une cabane de pêcheurs, mais beaucoup de bateaux sur corps morts, de pêche justement. Il faut dire que la place est particulièrement bien abritée de tous les vents, y compris du meltem qui nous a encore imposé ce matin, une navigation musclée depuis l’île de Skhinoussa. Plus de trente cinq nœuds de vent, mais surtout, une mer forte et hachée comme la méditerranée peut l’être quelquefois. Par vent de travers, Casalibus a battu tous ses records depuis qu’il nous guide sur la grande bleue. Deux heures et demies pour faire dix sept milles ! Belle moyenne pour un « petit » bateau.

L’arrivée dans cette baie de Kalotaritissa est impressionnante, car la passe étroite qui la dessert est ouverte à la houle, et très peu visible depuis le large. Seuls, les mats de deux voiliers dépassants de derrière la lagune, nous confirment notre position. Un fois à l’intérieur, c’est le calme plat, le repos du marin. Le moment où ses nerfs se relâchent et où l’appétit lui revient…

Ce matin, la météo nous annonçait entre quinze et vingt nœuds de vent lorsque nous sommes partis de Mirsini, petit port de l’île de Skhinoussa où nous avons séjournés deux jours. Lieu absolument charmant et tranquille avec son village haut perché et totalement authentique. Pas de voiture en dehors d’un pick-up qui fait les navettes depuis le port. Il ne faut que quinze minutes à pieds pour gagner le village et la vue sur les îles environnantes est époustouflante. Nous achetons aux pêcheurs pour cinq euro de leur pêche, et nous nous  retrouvons avec un kilo et demi d’excellents poissons frais. Deux jours de barbecue assurés.

 

Vendredi 12 juin

 

Le meltem ne nous aura pas laissé beaucoup de répit ! La météo nous prévoit cinq jours de vent fort à partir de demain. Nous nous sommes mis à l’abri au port de Katapola, la capitale d’Amorgos. En fait, une petite bourgade où les ferries débarquent des touristes venus principalement sur l’île pour les nombreux sentiers de randonnée qui font sa réputation. Nous avons quitté le mouillage avec regret, mais nous ne nous voyions pas passer cinq jours en solitaire dans cette baie perdue.

Notre soirée d’hier fût festive, car nous avons été invités à manger sur un superbe voilier français. Un Garcia de quarante cinq pieds sur lequel Yannick et Denise, des bretons de souche, parcourent la Méditerranée depuis plusieurs années. Un repas bien arrosé pour cette soirée passée trop vite en leurs compagnies et celle de leurs amis. Nous espérons très sincèrement que nos routes se croiseront à nouveau.

Nous avons profités de la clémence du vent ce matin pour explorer les criques désertes de la côte nord, dont celle qui abrite l’épave « Olympia » qui servit au tournage du film « le grand bleu ». Un tas de rouille visitée par tous les vacanciers de l’île, dont énormément de français.  Le bar « le grand bleu », sur le port, projette chaque soir en terrasse la version longue du film.  Une soirée assurée en perspective… 

 

Lundi 15 juin 

 

Le soleil se lève de derrière la montagne. Il est sept heures et demie et l’agitation sur le quai m’a tirée du lit un peu trop tôt à mon goût ! Il faut dire que le vent ne cesse de forcir et que nous sommes secoués même à l’abri de la digue. Certains reprennent leurs amarres en devisant sur la météo du jour. Et elle n’est pas terrible la météo du jour ! Un coup de vent pour aujourd’hui. En fait, le meltem nous cloue ici depuis trois jours. Pas trop grave en ce qui nous concerne, mais certains bateaux de location commencent à s’inquiéter quant à leur « timing ». Ils y en a même qui tentent le coup de sortir contre tout avis, et en général, ils ne dépassent pas le bout de la baie, avec quelques fois les voiles en vrac autour de l’étai à leur retour…Cela me rappelle notre propre expérience lors d’un séjour prolongé dans un port sicilien et dont j’ai déjà parlé...

Nous en profitons comme à chaque fois, pour visiter l’île et nous ne regrettons pas cette escale forcée. Pendant deux jours, nous avons sillonné ses routes en scooter bien entendu. Si ce mode de transport est idéal sur ces îles, il faut quand même nuancer notre enthousiasme, car s’il est grisant de chevaucher ces engins cheveux au vent, quand ce même vent devient tempétueux, cela peut rendre la conduite acrobatique…Il ne m’étais encore jamais arrivé d’être obligé d’accélérer dans les descentes pour avancer !

Amorgos est un paradoxe à elle seule. Aride et luxuriante à la fois. On peut passer d’une colline déserte et grillée par le soleil, à un vallon verdoyant et fleuri. Le petit village de Langada dans le nord de l’île en est la démonstration. Une oasis au milieu des roches, et entourée de hautes falaises. Et comme toujours, de minuscules jardins entre les murs des maisons où grimpe vignes et bougainvilliers. Un petit monastère accroché à une falaise, surplombe ce flot de verdure où surnagent les maisons blanches.

Le monastère de la Panagia chozoviotissa, plus grand et plus réputé celui-là, et suspendu sous un surplomb, fait face à la mer en regardant le sud. Lui aussi servit au tournage du film « le grand bleu ». Mais une autre de ses particularités est l’hospitalité des deux moines qui y vivent et qui offrent à chaque visiteur, un loukoum arrosé d’un verre d’eau et d’un autre de liqueur à base de miel. Tout ça offert après un petit cérémonial, confortablement assis par groupes de cinq ou six personnes dans l’antichambre minuscule d’un moine. Seule contrainte, une tenue vestimentaire conforme à leur religion : pantalons pour les hommes et épaules couvertes et robes en dessous du genou pour les femmes… 

 

Vendredi 19 juin

 

Sikinos est une île oubliée des Cyclades. Nous y sommes depuis hier après une courte navigation depuis son aînée, l’île d’Ios, huit milles plus à l’est. Nous pensions avoir atteint le record de vitesse sur Casalibus, et bien nous l’avons battu avec des pointes à près de neuf nœuds. Le meltem peut être agréable quand il sait se contenir. Force sept au portant avec une houle qui vous pousse, et toutes voiles déployées, ça vous grise de plaisir…Quelque fois, une vague sournoise vous rappelle à l’ordre d’un embrun rafraîchissant !

Nous avons mouillé avec difficulté, hier en soirée dans la petite baie de Skala. De fortes rafales descendant des montagnes ont rendu l’opération délicate. Aucune place de disponible au quai, nous avons du nous résoudre à ancrer devant la plage. La prudence nous commande de poser une deuxième ancre par sécurité. L’aide de Pierre Louis du bateau Manahiki, mouillé dans la baie, est la bienvenue. L’occasion évidemment de faire connaissance devant une bière en compagnie de sa femme Gabi.

Une excursion en bus jusqu’à la Chora (capitale) nous permet de découvrir toute une partie d’un village authentique, avec ses maisons anciennes et non restaurées. Malheureusement, le monastère situé sur les hauteurs, à dix minutes de marche à pieds, est fermé jusqu’à dix sept heures. Dans la seule taverne ouverte du village, nous rencontrons un pope parlant parfaitement le français et à qui nous soumettons notre regret. Je crois que s’il avait eu les clefs du monastère, il nous les aurait volontiers données ! Il nous apprend que les innombrables chapelles plantées deci delà dans la campagne, sont toutes privées. Toute famille suffisamment riche se doit d’en édifier une sur sa propriété… 

 

Dimanche 21 juin 

 

Notre descente dans les Cyclades s’est arrêtée à Milos, dans le sud ouest de l’archipel. Une escale expresse pour le déjeuner de ce dimanche midi compte tenue de l’espace disponible restant à la disposition des plaisanciers dans la baie d’Apollonia. Entre les innombrables corps morts des bateaux locaux et l’aire d’évitage des ferries, nous nous sentions un peu à l’étroit ! Partis de bonne heure ce matin du port de Folegandros, les quatre heures de navigation à la voile par brise établie ont été un véritable régal. Deux heures supplémentaires de ce régime pour rejoindre le mouillage de Vathy sur l’île de Sifnos, dix milles dans le nord, ne nous ont pas fait hésiter bien longtemps. Baie parfaitement protégée, entourée de falaises se reflétant dans les eaux cristallines du petit port de pêche, notre désenchantement est vite oublié. Ce lieu est une merveille de beauté et de sérénité. Le coup de vent du sud annoncé pour les deux jours à venir ne nous pèsera guère…

 

Mercredi 24 juin 

 

Une fois n’est pas coutume, ce coup de vent du sud nous impose une halte plus longue que prévue dans le petit port de Kamarès sur l’île de Sifnos. Le village dont les maisons blanches s’alignent le long du quai, est surplombé de hautes montagnes arides où se nichent chapelles et monastères. Ce décor, au soleil couchant d’hier au soir, était fabuleux.

Malheureusement pour nous, le mouillage est très inconfortable car la houle du sud rentre sans retenue dans la baie et il est difficile aujourd’hui de mettre l’annexe à l’eau pour descendre à terre ! Nous allons souffrir…

Nous aurions pu rester dans cette jolie crique de Vathy où nous nous étions amarrés contre les rochers, bien à l’abri du vent et des vagues, mais rien ne prévoyait ce changement de temps.

Seule consolation, nous pouvons nous connecter depuis Casalibus par l’intermédiaire d’une wifi en libre accès. Merci à son propriétaire anonyme.

Nous avons rencontré Sandrine et Olivier qui bourlinguent depuis un an sur leur « Chassiron »

Un vieux voilier de dix mètres cinquante rénové avec soin et très bien équipé pour la grande croisière. Il est tellement rare de rencontrer des navigateurs de moins de soixante ans que nous profitons pleinement de leur présence et de leur vitalité. Mais je le répète encore, le voyage, se sont aussi les départs. Pour eux, ce sera le Liban dans l’espoir d’un travail en construction navale, la spécialité d’Olivier.

 

Samedi 27 juin 

 

Voiles en ciseaux, nous quittons provisoirement l’île de Kithnos, cap sur Siros qu’on dit la capitale des Cyclades.

Après être restés deux jours en bonne compagnie, certes, mais secoués par cette houle vicieuse au mouillage de Kamarès, nous avons retrouvé hier le bonheur d’un mouillage paisible et solitaire dans la baie étroite d’Ioannis. Nous aurions pu y jouer les Robinson, car un puits parfaitement entretenu nous a permis de nous ravitailler en eau douce. Cette île de Kithnos est pourtant très aride, mais le fond du vallon qui s’écoule dans la baie reste humide en profondeur, permettant ainsi la survie d’une végétation maigre mais égayée par les lauriers en fleurs. Nous n’y verrons personne en dehors des chèvres et des moutons, mais la présence de ce puit et d’une aire dallée de pierres plate parfaitement circulaire, attestent d’une présence humaine. Le vallon est parcouru sur des kilomètres, de murets en pierres sèches, eux aussi en parfait état. Certaines parcelles en terrasses devaient être cultivées de céréales que l’on battait sans doute dans l’enceinte dallée.

Ce fut une nuit calme sur Casalibus ancré avec une amarre sur la plage. Si près de celle ci qu’une chèvre aurait presque pu monter à bord !

 

Dimanche 28 juin

 

Ermoupolis, dix neuf milles habitants, est sans aucun doute la capitale des Cyclades et la capitale de Siros, île modeste par la taille, mais située au centre de l’archipel. Arriver en bateau dans cette ville plus industrielle que touristique, ne présentait guère d’intérêt. Nous avons opté pour la baie de Finikas, au sud ouest de l’île, pour ancrer notre bateau hier après midi. Comme dans toutes les îles, de fréquentes liaisons en bus desservent les villages. Cela change un peu du scooter pour un prix plus que modique. Nous consacrons la soirée à la visite de cette ville authentique qui fut naguère une place commerciale importante. De nombreux armateurs s’y sont installés et les élégantes constructions témoignent de la richesse passée de leurs propriétaires. Nous retrouvons aussi l’architecture traditionnelle de la Grèce, à l’inverse des maisons cubiques blanches des Cyclades. Les toits couverts de tuiles rouges réapparaissent en même temps que disparaissent les couleurs vives des volets et des portes bleues incontournables dans l’archipel.

Bien que capitale des Cyclades, Siros est décevante, et nous repartons vers l’ouest en fin d’après midi pour découvrir sur la côte est de Kithnos, un mouillage particulièrement beau et fréquenté, dans la baie de la station thermale de Loutra. A l’approche de la côte, nous comprenons que nous avons bien fait de préférer un atterrissage en fin de soirée ce premier dimanche des grandes vacances grecques…Nous croisons d’innombrables embarcations fortement motorisées qui quittent la baie et rentrent sur Athènes et ses marinas en périphérie. La crique que nous investissons est abandonnée de tous yachts, mais en plongeant pour contrôler notre ancrage, je suis horrifié par le nombre de résidus en tout genre qui reposent sur le fond ! Encore une fois, j’ai du mal à comprendre l’incohérence des discours de nos dirigeants en ce qui concerne la préservation de l’environnement et leurs inertie a prendre les décisions qui s’imposent aujourd’hui : l’interdiction pure et simple de tout emballage

plastique !!!

 

Lundi 29juin 

 

Le plus beau mouillage de l’île est sans doute ici, à Kolona. Imaginez une plage déserte évidemment, aux eaux cristallines, complètement fermée par des montagnes et une île en extérieur et où s’écoule une source naturelle d’eau chaude ! 

Ce petit paradis se trouve sur la côte ouest de Kithnos, dans le golfe de Mérikha, port principal de l’île. Arrivé en début d’après midi, nous attendons le coucher du soleil avec impatience tant il est réputé être grandiose ici même. En attendant, nous prenons les eaux dans cette mini station thermale, allongés dans cette baignoire naturelle, le chapeau sur les yeux et seuls au monde…

 

Jeudi 02 juillet 

 

Il n’est pas coutume que nous nous attardions quatre jours au même endroit sans y être contraint ! C’est pourtant ce que nous avons fait ces derniers jours dans cette baie fabuleuse où nous avons alterné les mouillages sauvages avec nos haltes au port de Mérikha, charmant village des Cyclades oublié des touristes. Ici, pas de location de scooter, d’ailleurs les routes sont peu nombreuses, mais un bus pour nous emmener visiter la « chora » où les chapelles sont aussi nombreuses que les moulins…L’île, bien qu’aride et sèche, est parcourue de vallons fertiles que des maraîchers se disputent. D’ailleurs, les fruits et les légumes sont plutôt meilleurs marché que dans les autres îles. Mais l’atout de ces lieus sont les criques sauvages bordées de sable blanc où nous jetons notre ancre chaque soir pour un coucher de soleil toujours différent, mais immanquablement merveilleux !!! 

 

Dimanche 5 juillet 

 

Dernier jour dans les Cyclades! Nous terminons notre boucle par l’île de Kéa, dans le nord ouest de l’archipel. Ici, en plus de l’architecture non caractéristique des Cyclades et déjà rencontrée sur les deux îles précédentes, ce sont les arbres qui font leurs réapparitions. Pins et chênes verts se mélangent aux lauriers et bougainvilliers dans les villages.

Nous ferons une escale incontournable dans la baie de Nikolaou où se cache le seul port de l’île et où, en ce début juillet, tous les plaisanciers semblent s’être donnés rendez-vous ! Il est vrai que Kéa est aussi l’île des Cyclades la plus proche d’Athènes…

Dans le passé, ce port de Vourkari était un entrepôt important de charbon où les navires à vapeur venaient se ravitailler avant de remonter sur la mer noire.

Pour l’heure, nous sommes amarrés dans une ravissante crique au nord de l’île mais je doute que nous nous y retrouvions seuls à passer la nuit. Rendez-vous obligé des yachtsmen grecs, notre voilier semble bien seul au milieu de tous ces bateaux à moteur…     

 

Lundi 6 juillet 

 

Et bien si ! Nous avons vu hier au soir tous les yachts quitter le mouillage les uns après les autres, pour finalement nous retrouver seuls en ce lieu magique. Moralité, il vaut mieux avoir un petit bateau et beaucoup de congés qu’un gros navire et trop de travail…

Nous appareillons ce matin pour le port de Lavrion, sur la côte continentale. Cette escale sera une escale technique, car si ce port n’a rien d’attrayant, c’est une base importante de flottes de locations et par là même, une ville où l’on peut trouver tout ce dont on a besoin… Pour nous, ce sera une télécommande pour notre guindeau électrique. Elle a rendu l’âme depuis plus d’une semaine, et remonter manuellement vingt mètres de chaîne avec au bout, une ancre de seize kilos ! Dur sous ce soleil de plomb…

 

Jeudi 9 juillet 

 

Le cap Soumion est un endroit mythique à ne pas manquer. C’est pourtant ce que nous avions fait l’an passé, en le doublant au large. Il faut dire que les conditions n’étaient pas idéales pour y faire escale. Tout le contraire de cette année où nous avons mouillé notre ancre au pied du temple de Poséidon. « Des hauteurs de ses colonnes, vingt quatre siècles nous contemplent ». C’est surtout nous qui avons pu admirer depuis le site, le coucher du soleil sur la baie où Casalibus était ancré. Absolument merveilleux. Les mots me manquent pour faire une description précise, et encore plus pour exprimer le ressenti d’un moment aussi exceptionnel.   

 

Dimanche 19 juillet 

 

Après une semaine de navigation en compagnie de Daniel et Dominique, nous nous retrouvons à nouveau seul sur Casalibus. Le ferry qui les remmène au Pirée vient juste de disparaître derrière la péninsule de Mathéna.

Une semaine de cabotage dans le golfe Saronique en leur compagnie avec des conditions idylliques et des mouillages peu fréquentés par les plaisanciers. Une réussite pour une première expérience en croisière côtière. L’occasion aussi pour nous de découvrir des coins inconnus de notre guide nautique. Dans le sud est de l’île de Salamis par exemple où une petite crique paradisiaque nous a accueillit pour notre premier mouillage. Cachée derrière un îlot, l’endroit n’est connu que des habitués. Malheureusement, certains n’hésite pas a s’approprier les lieus en posant des corps morts qui encombrent la baie.

Nous restons deux jours au port d’Egine pour partir à la découverte de l’île du même nom. Première expérience du scooter aussi pour mon frère et notre belle sœur…nos recommandations sont insistantes tant nous craignons une chute, d’autant que nos engins ne sont pas vraiment au mieux de leur forme…Pneus lisses, rétroviseurs inexistants, feux cassés et même absence de plaque minéralogique pour l’un d’eux ! Nous arriverons pourtant sans encombre au temple d’Aphéa, vieux de deux mille quatre cents ans et toujours fière allure avec ses vingt quatre colonnes encore debout sur un total de trente quatre. Le panorama est saisissant depuis le site et la vue imprenable sur la mer et les îles environnantes. Nous retrouvons sur l’île les odeurs de pins et d’eucalyptus.

Un arrêt à Epidaure s’imposait. Haut lieu archéologique, le théâtre antique situé à une quinzaine de kilomètres du port est une merveille d’architecture. Parfaitement circulaire, pouvant accueillir douze milles personnes, l’acoustique y est parfaite. De n’importe quelle place dans les gradins, l’on peut entendre le bruit d’un papier froissé au centre de la scène ! Nous assisterons à plusieurs expériences de chanteurs improvisés qui n’auront pas besoin de s’égosiller pour se faire entendre et applaudir par tous les spectateurs du théâtre.

De mouillages en mouillages, poussés par la brise légère qui domine dans ce secteur, nous finissons ici, à Mathéa. Cette péninsule volcanique à l’est du Péloponnèse est réputée pour ses eaux sulfureuses paraît-il excellentes pour le traitement de l’arthrose. Après deux jours à barboter dans l’eau blanchâtre du mouillage et à respirer cette permanente odeur de soufre, nous constatons tous l’apparition de douleurs articulaires endormies…

Une semaine idyllique donc et qui donnera peut être à nos équipiers du moment, l’envie de récidiver malgré quelques déconvenues inhérentes à la navigation : deux téléphones portable à l’eau, les toilettes bouchées et les migraines matinales de soirées bien arrosées… 

 

Le Golfe Saronique

 

Jeudi 23 juillet

 

Il y à bien longtemps que le meltem ne faisait plus parti de notre voyage ! Il vient de faire son retour et nous oblige à attendre des jours meilleurs.

Nous sommes à Poros, petite île dans le sud du golfe Saronique absolument merveilleuse. Nous avons eu le temps de l’explorer ces derniers jours et un tour de l’île en scooter, au milieu des forêts de pins nous a charmés. 

La ville s’étage sur les hauteurs en surplombant le port où de nombreuses navettes se disputent le passage des touristes et des habitants, vers la côte continentale, distante seulement de trois cents mètres.

Nous en avons profité pour faire une escapade en face, pour découvrir cette côte du Péloponnèse, montagneuse et verte, toujours en scooter… Un site archéologique caché au milieu des citronniers est presque oublié des archéologues ! Nous déambulons parmi les vestiges, absolument seuls, en nous imaginant entourés par les milliers d’habitants se rendant au temple ou au marché vingt siècles plus tôt…

Une petite route de montagne nous conduit au « pont du diable » sous lequel coule une rivière à l’eau fraîche. Quelques mètres plus loin se cache une arche naturelle recouverte de végétation luxuriante et qui relie les deux rives abruptes du torrent. Les lauriers et les platanes majestueux qui bordent le cours d’eau accentuent cette impression de fraîcheur bienfaitrice.

 

Samedi 25 juillet

 

Nous avons quitté le mouillage de Tsélévinia ce matin. Ce lieu sauvage contrastait avec les trois nuits urbaines passées  sur Poros. Cela aurait put être le bonheur si la houle du large n’avait pas décidée de rentrer dans la crique en fin de journée…Mais ce ne fut pas le pire ! Les guêpes ont pris d’assaut notre bateau et il a fallu attendre la nuit pour pouvoir enfin allumer le barbecue et manger sans ennui dans le cockpit. Des centaines de ces bestioles tournoyaient à l’intérieur de la bouteille d’eau sucrée confectionnée en piège quelques jours plus tôt. Très efficace cette bouteille percée de trois trous, traversée de bouts de tuyaux débouchant à l’intérieur…

Nous sommes amarrés ce soir dans le port bondé d’Hydra. Seul port de cette île entièrement piétonne, les chances de pouvoir y faire escale sont plus qu’aléatoires ! Nous avons été devancés de quelques minutes par un autre voilier qui s’est approprié la dernière place disponible. Oh rage, oh désespoir ! Talonnés de près par d’autres bateaux, nous jugeons possible de nous insérer entre deux navires qui semblent avoir pris un peu leurs aises…En accostant par l’étrave, et avec un peu de collaboration de leurs parts, nous devrions pouvoir caler nos trois mètres vingt entre eux deux! Nous leurs faisons comprendre notre intention avant de jeter le mouillage arrière en nous avançant doucement, après avoir relevé nos pare battages. L’un d’eux refuse d’enlever son annexe, gênante pour notre manœuvre, alors que l’autre reprend un peu ses amarres pour nous faciliter la tâche. Je comprends qu’il faut que j’insiste et continue d’avancer. Il reste très peu de temps au récalcitrant pour s’exécuter, sous peine de voir son annexe écrasée contre le quai. Notre détermination finit par le faire se jeter sur l’amarre de son canot et l’amener en catastrophe sur son arrière en la remontant rapidement sur le quai, alors que son voisin récupère nos aussières et nous amarre, un sourire au coin des lèvres… 

Ce petit port d’Hydra est évidemment charmant, mais extrêmement touristique et bruyant…Construit comme souvent, en espaliers à flanc de colline, les maisons sont ici plutôt cossues, voir majestueuse. Hydra fut en effet une place forte au moment de la guerre d’indépendance, et de nombreux armateurs installés ici participèrent, et à cette guerre, et à l’essor qui s’en suivit.

 

Dimanche 26 juillet

 

Nous étions plutôt pressés de laisser Hydra et ses touristes au réveil ce matin ! Après une nuit épouvantable au quai de la ville, il nous fallait relever notre ancre, mouillée parmi toutes les autres…Nous avions pu assister à certaines tentatives de la part d’autres candidats au départ, et nous appréhendions cet instant ! Etre obligé de plonger dans le port et son eau douteuse ne m’inspirait pas beaucoup. Finalement, nous ne crocherons qu’un seul mouillage dont nous nous libérerons après une ou deux savantes manœuvres et sans nous mouiller…

Ce soir, nous sommes inviter à prendre l’apéritif sur un catamaran français ancré près de nous sur l’îlot de Dhokos et nous retrouvons les plaisirs simples de nous baigner dans une eau translucide et de ramasser des bigorneaux sur les rochers. La nuit devrait être sereine…

 

Lundi 27 juillet

 

Nuit sereine disait-il ! Nuit pénible se fut…Réveil à quatre heures du matin, secoués par des rafales à quarante nœuds qui font gîter le bateau et déraper notre ancre ! Il faut être réactif et agir rapidement car nous sommes très proches de la plage. Dans la baie, c’est le branle bas de combat pour tous les bateaux ! Certain décident de quitter les lieux. Nous ne sommes pas très tentés car nous apercevons les rouleaux à la sortie de la baie. Nous nous éloignons du rivage et laissons filler nos quarante mètres de chaîne. Nous tenons, mais il sera difficile de nous rendormir compte tenu du clapot que lève le vent…Le jour se lève. Un coup d’œil sur le navtex nous confirme qu’un nouveau coup de vent s’installe pour plusieurs jours. Nous voulions rallier le port d’Ermioni. Nous nous rendons vite compte que ce ne sera pas possible avec ce vent dans le nez et cette houle cassante. Patrice, du catamaran français nous annonce qu’ils appareillent pour Porto Khéli, quinze milles dans le sud. Nous ne pouvons pas nous permettre d’être bloqués sur cette île déserte pendant plusieurs jours. Nous décidons de les suivre. La mer est démontée, mais au portant, nous ne devrions pas trop souffrir. Un des voiliers sortis au petit matin revient au mouillage et nous annonce que la mer est trop forte. Ils ont tentés désespérément de remonter au vent, moteur à fond. Mission impossible évidemment…

Nous sortons de la baie, génois et grand voile enroulés de moitiés. Rapidement, nous surfons sur des vagues de trois mètres, à près de huit nœuds…et sommes dépassés par Patrice et ses trois équipiers. Ils nous diront plus tard avoir atteint les quinze nœuds dans les surfes !

Trois heures plus tard, nous mouillons notre ancre derrière l’îlot de Khinitsa, à l’entrée de Porto Khéli. Le vent est tombé et la mer sans une ride nous laisse voir ses fonds de sable claire. Notre petit blanc de midi est largement mérité. Je flatte intérieurement Casalibus pour sa vaillance dans cette première navigation par force huit…

Ce soir, nous avons retrouvé nos compagnons d’infortune dans une petite crique sauvage, parfaitement protégée dans ce golfe de Porto Khéli où les mouillages sont nombreux. Le meltem peut se surpasser, nous dormirons sur nos deux oreilles. 

 

Mercredi 29 juillet

 

Nous sommes toujours à Porto Khéli, car cette baie, et plus particulièrement la crique où nous sommes ancrés, est un havre de paix où nous nous sentons bien. Ajoutez à cela la présence amicale du voilier Altaïr, le catamaran de Françoise et Patrice, et vous comprendrez notre envie de sédentarisation ! Il faut dire que l’hospitalité et la bonne humeur de l’équipage est exemplaire. Nous avons passé hier au soir une excellente soirée ensemble, après une mini croisière sur l’île de Spétsai à bord de ce catamaran atypique. Roger nous a fait découvrir ses talents oubliés de guitariste, sur mon humble guitare classique, achetée quatre sous en Sicile, il y a trois ans. Et bien, il m’a fallut cette occasion pour me confirmer que j’avais fait une bonne affaire…et surtout, qu’un bon ouvrier n’a jamais de mauvais outils !

 

Le-Peloponnese.jpg

 

Vendredi 31 juillet

 

Koiladhia, petite baie profonde nichée derrière le cap Kokkinos et protégé par sa petite île privée. C’est ici que nous avons retrouvé Altair et son équipage accompagné de Moka, superbe ketch de fabrication suédoise au roof d’acajou et au pont de teck. Leurs propriétaires, Catherine et Christian, sont des retraités adorables au parcours surprenant. Catherine a toujours navigué et depuis cinq ans, ils croisent en Méditerranée à la belle période.

Aujourd’hui, Patrice nous a emmenés, avec sa voiture (il hiverne son bateau ici et fait les voyages en voiture depuis la France) voir une curiosité pourtant absente des guides, mais tout du moins surprenante. Le cratère d’une météorite tombée dans la plaine voisine, il y a sans doute fort longtemps, et complètement invisible des passants. Entourée de pins, ce trou gigantesque et profond d’une cinquantaine de mètres, est parfaitement circulaire. Un tunnel, creusé dans la roche, permet de descendre au fond du cratère où les populations alentours venaient se cacher à l’époque de l’occupation turque. Une petite chapelle, de même qu’un Hermitage, ont été construis sous le surplomb de la falaise, envahie de câpriers.

En fin de matinée, nous levons l’ancre pour rejoindre la baie de Khaidhari, plus à l’ouest dans ce profond golfe d’Argolicos. Nous savons que nos routes se croiseront prochainement, dans le port de Nauplie où chacun se promet d’aller…

 

Samedi 8 août

 

Cette fois, nous avons quitté définitivement la mer Egée. A sept heure ce matin, nous appareillions du port de Monemvasia, dernier refuge pour les bateaux qui descendent le long de la côte du Péloponnèse, avant de passer le fameux cap Maléas. Fameux par sa réputation, colportée par tous les marins qui l’ont franchi. Les guides nautiques ne sont pas plus optimistes dans la description qu’ils en font. Toujours est t’il que, c’est un point obligé pour passer en mer Ionienne sans emprunter le canal de Corinthe.

Choisir un bon créneau météo et partir tôt ! Nous laissons derrière nous cette très jolie vieille ville de Monemvasia par vingt nœuds de vent portant. Nous savons qu’il va forcir au cours des heures à venir, mais qu’il restera de nord une fois passé le cap Maléas. Après deux heures et demie de navigation rapide le long de la côte, nous contournons le cap par le large afin d’éviter les rafales qui tombent des hautes falaises par meltem. Nous prenons maintenant le vent par le travers et notre vitesse augmente excessivement. Plus de huit nœuds, c’est grisant…jusqu’au moment où une rafale nous fait partir au lof après une forte gîte qui trempe notre génois sur un mètre de haut…Stop ! Réduire la voilure en urgence (merci les enrouleurs !). Nous terminons notre navigation avec un bout de grand voile seulement et un génois à moitié enroulé. Je prends la barre en main car notre pilote automatique n’est pas assez puissant dans de telles conditions. A midi, nous laissons tomber notre ancre sur le sable blanc de la baie de Frangos, dans le sud de l’île d’Elafonisos, nous sommes en mer Ionienne…

Quitter cette côte du Péloponnèse nous a coûter, tant nous avons aimé son ambiance. Moins de tourisme que dans les Cyclades, plus de verdure et des mouillages moins encombrés. Hier au soir, un couple de tortues m’a accompagné dans ma dernière baignade en mer Egée, dans les eaux claires de la baie de Monemvasia. Pendant cinq minutes, nous avons nagés de concert, à deux mètres seulement les uns des autres, doucement, en nous épiant du coin de l’œil. Inoubliable instant de bonheur…

Nous avons retrouvé nos compatriotes et compagnons de route à Nauplie. Cette ville est magnifique, même si son port l’est beaucoup moins ! Ses nombreuses ruelles pavées aux terrasses ombragées et aux façades fleuries sont une invitation à la déambulation. Nous y dénichons une petite taverne comme nous les aimons et nous promettons d’y venir manger le soir même avec l’équipe. Ils veulent bien changer leurs habitudes et nous suivent pour la découverte d’une nouvelle bonne table. En arrivant, nous nous étonnons de la familiarité du patron avec Catherine et Christian. Il s’agit en fait de leur adresse préférée, celle où ils ont mangé la veille et à chacune de leurs escales à Nauplie. Mentionnée dans le Routard à juste titre. Pour information, cette ville compte plus de cent restaurants…

Nauplie est aussi le terminus d’une ligne de chemin de fer qui la relie notamment à Athènes, mais qui ne possède pas de gare ! Une simple rame composée d’une ancienne locomotive à vapeur et de deux wagons d’époque en parfait état, font office de guichets ! Lorsque l’équivalant de nos TER moderne arrive en gare, le contraste est saisissant entre ces deux trains accouplés.

 

Jeudi 13 août 

 

Githion est situé au fond du golfe de Lakonikos. Port principal de Sparte dans l’antiquité,  c‘est un lieu très peu fréquenté des plaisanciers et des touristes en général, ce qui donne une petite note d’authenticité à la ville et à ses habitants. Beaucoup de tavernes tenues par des pêcheurs. C’est d’ailleurs dans ce golfe de Lakonikos, au port d’Elafonisos, que nous avons mangé un soir le meilleur plat de poissons en Grèce. Un assortiment de fritures et de marinades de poissons et crustacés. Un régal de fraîcheur et de goût…

Nous avons dut, pour accéder à ce petit port, franchir le chenal d’Elafonisos entre l’île et le continent. Sa particularité en est sa faible profondeur, moins de deux mètres à certains endroit, et son passage nécessite une parfaite connaissance des lieus…que nous n’avons pas, évidemment! Nous nous fions à notre guide nautique qui le décrit parfaitement et finalement, profitons du sillage d’un ferry qui fait les navettes entre les deux côtes. S’il passe avec ses deux mètres de tirant d’eau, nous ne devrions pas avoir de problème. Nous le repasserons le lendemain matin dans l’autre sens, sans problème, et en grands connaisseurs…    

Depuis près de trois mois, nous n’avons pas vu la trace d’une averse, aussi légère soit elle. Trois mois sans une goutte de pluie pour rincer le pont de Casalibus, ses voiles et ses cordages devenus rêches. Aussi, lorsqu’hier matin, au petit port de Plitra, nous constatons la présence d’un tuyau d’eau sur le quai, nous en profitons pour rincer abondamment notre bateau. Nous avons l’impression que, comme une plante verte assoiffée que l’on arrose, il ruisselle de plaisir sous l’ondée bienfaitrice. Le soir même, dans ce très beau mouillage de Githion, un orage carabiné tombe sur la baie noyant les rues pendant plus d’une heure, nous obligeant à une attente forcée à la terrasse couverte d’une taverne... Le poisson prévu à bord, sur le barbecue, est reporté au lendemain !

D’ailleurs, ce soir, nous serons encore là, car ce matin, suite à une mauvaise information, nous avons loupé le car qui devait nous emmener à Mistra, village médiéval situé à une cinquantaine de kilomètres à l’intérieur des terres. Nous ne partirons pas sans avoir fait cette excursion immanquable au dire de tous !

Deux autres voiliers viennent de mouiller dans la baie. On en est presque heureux  tant nous ne rencontrons de navigateur dans ce golfe !

 

Samedi 15 août 

 

Effectivement, faire l’impasse sur ce site de Mistra aurait été une grave erreur ! Une merveille. Ce n’est pas tant le site par lui même ni même les ruines d’un village médiéval important, mais la qualité de conservation des nombreuses églises byzantines et de leurs fresques murales d’origine ! Un peu comme si, ici, la succession des guerres pendant cinq siècles, avaient épargné chaque église, un monastère et la plupart des chapelles encore debout.

Ce soir, nous sommes au mouillage dans la baie de Porto Kayio, à l’abri du cap Tainaron, de fière réputation également…

Le lieu est d’une beauté digne des plus belles cartes postales. Cette crique profonde est entourée de falaises et dominée par un monastère noyé dans la verdure. Le petit village en bord de plage est devenu une station balnéaire préservée où règne la tranquillité. En ce jour de fête religieuse, nous assistons à une procession de fidèles qui se rendent à la chapelle du bout de la pointe, accompagné du pope de service, tout de noir vêtu, et fraîchement débarqué de son coupé BMW flambant neuf !

 

Lundi 17 août 

 

Nous sommes ancrés dans la grande baie de Liméni dans le golfe de Messinie, après avoir franchi sans problème, par mer plate, le cap Tainaron hier matin.

La côte est de ce golfe est entourée de hautes montagnes aux sommets décharnés mais aux pentes boisées jusqu’à la mer. On y retrouve une végétation plus occidentale avec d’énormes platanes sur les places des villages et les grandes plaines qui s’écoulent vers le littorale sont vertes de cultures diverses.

Le mouillage est vaste et les eaux claires. Seule la longues houle du sud trouble notre sérénité…Nous portons une ancre légère par l’arrière afin de tenir Casalibus face à elle. Le confort s’en trouve amélioré.

Nous avons visité ce matin une grotte marine de grande réputation. Une galerie de près de deux kilomètres que nous parcourons à bord de barques à fond plat, où notre gondolier slalome entre les stalactites à l’aide d’une pagaie. L’excursion est impressionnante et l’éclairage de toutes ces merveilles est superbe.

Cette journée aura été riche en découvertes culturelles, car nous sommes tombés par hasard, dans le petit hameau qui borde la plage, sur une exposition d’art contemporain digne des plus grands musées. Impossible à décrire pour le novice que je suis, mais réellement originale.

 

Vendredi 21 août 

 

Casalibus s’extrait doucement de la marina bondée de Kalamata où nous sommes restés deux jours. Cette ville est adulée par les uns, décriées par d’autres. Le principal intérêt, c’est son grand marché couvert qui se tient tous les matins et le choix innombrable de fruits et légumes qui s’y vendent. Malheureusement, la marina est très chère, même si l’accueil y est sympathique. Ces deux nuits passées ici nous ont fait regretter le mouillage précédant de Kardamila où nous étions ancrés, seul, derrière le petit îlot en face du petit port de pêche. Un village ravissant où se restaurent de vieilles maisons médiévales.

 

Dimanche 23 août

 

Nous passons notre deuxième soirée dans le calme de la baie de Koroni. Ici, plus de houle désagréable pour nous bercer la nuit. Le mouillage est protégé par la pointe de Livadhia surmontée de son fort vénitien, et par la grande digue du port. Encore un endroit merveilleux que ce village de Koroni entouré de verdure. La vie y est paisible et je ne vois pas ce qui pourrait troubler la quiétude des habitants ! Nous avons assisté à la sortie de la messe, à l’ombre des platanes et des pins qui entourent l’église. D’ailleurs, difficile de savoir quand se termine la célébration, car il y a autant de monde à l’extérieur qu’à l’intérieur. Les fidèles rentrent et sortent à leur convenance et les enfants s’égaient bruyamment sur les marches de l’édifice sans troubler le moins du monde le sermon du pope, retransmis au dehors par un haut parleur. Des bans sont installés devant l’église où des corbeilles de pain et de confiseries locales attendent la sortie des paroissiens.

L’enceinte du fort abrite un monastère de religieuses ouvert au public. La même sérénité règne ici. Des nones, assises à l’ombre des citronniers nous saluent d’un large sourire. D’autres s’occupent à l’arrosage du magnifique potager qui les nourrit sans doute. Une adorable chapelle semble veiller sur ces femmes à la mine heureuse. Une église byzantine assez bien conservée, se dresse en extérieur du monastère.

Inutile de préciser que, depuis le haut des remparts, la vue s’étale sur la baie et le port d’un côté, et sur la côte déchiquetée à perte de vue de l’autre…

 

Mercredi 26 août

 

Nous remontons cette fois définitivement vers le nord ! Nous avons doublé le dernier cap du Péloponnèse lundi matin, en passant entre L’île de Venétiko et la côte. Ce cap d’Akritas marquera pour nous le début de notre remontée de la mer Ionienne.

Aujourd’hui, nous avons atteint la petite île de Sapiéntza et le mouillage sauvage de Porto Longos. Sauvage, il pourrait l’être plus s’il n’était encombré de deux fermes marines ! Ce sont d’ailleurs les seuls habitants de l’île. Cette grande baie est entourée de côte rocheuse et fermée par un îlot protecteur. On s’imagine difficilement que les fonds sont de sable tant que l’on n’a pas pénétré largement à l’intérieur. Notre ancre repose par quatre mètres sur un fond sablonneux parfaitement blanc.

La pêche ne m’ayant pas beaucoup sourit cette année en dehors de mes cueillettes d’oursins ou de bigorneaux, je me dis que la présence de ces élevages de poissons doit forcément attirer d’autres poissons en quête d’une nourriture facile. Je m’arme de mon masque et tuba, de mes palmes et de mon fusil et file en annexe à proximité des installations. A peine ai je mis le nez sous l’eau que je suis fou d’excitation à la vue de ces énormes mulets et dorades qui tournent autour de moi. Un seul de ces poissons nous suffira pendant deux jours. J’arme mon fusil…qui se casse dans mes mains. Le caoutchouc trop vieux s’est rompu en même temps que s’est évanoui mon rêve de pêche miraculeuse. Je me console en rapportant au bateau les plus beaux oursins ramassés cette année.

Ce soir, nous avons débarqué sur l’île au coucher du soleil. Simplement se dégourdir les jambes et faire quelques photos du mouillage. Une surprise inattendue nous y attend. Nous débusquons une dizaine de chevreuils qui s’enfuient en sautant par dessus les genévriers ! Nous pensions y voir des chèvres ou des moutons comme c’est le cas si souvent, mais découvrir des chevreuils sur cette île minuscule nous laisse perplexe. Une tortue, sans doute effrayée par ce vacarme, sort de dessous les buissons et nous observe d’un œil inquiet…

Décidément, depuis quelques jours, nous enchaînons les mouillages enchanteurs. Lundi, nous avions déjà découvert une de ces merveilleuses criques aux eaux limpides et calmes. Aucun accès par les terres. Seul un petit groupe de naturistes avait investi les lieus pour y planter leurs tentes. A deux pas du port de Finakounda, nous ne pouvions pas refuser une aussi agréable escale…

 

Jeudi 27 août

 

Methoni et sa forteresse vénitienne ! Chaque navigateur rencontré sur notre route nous ventait cette citée fortifiée située dans l’extrême sud ouest du Péloponnèse. Et ils avaient bien raison, tous, car elle nous a charmés dès notre arrivée ce matin. La baie tout d’abord, très bien protégée par le cap Soukouli flanqué de sa tour hexagonale construite par les turques et par la digue du port antique. La petite place ombragée ou s’écoule la vie tranquille des habitants qui discutent aux terrasses des tavernes devant l’incontournable verre d’ouzo. Et puis cette citadelle entourée de ses remparts infranchissables, cernés côté est par un vaste fossé et par une haute falaise côté mer. Une partie du fort a été restauré et une autre est en court. En Grèce, en court signifie « en attente de poursuite des travaux depuis quelques années ! » Les échafaudages mangés par la corrosion sont en place depuis très longtemps… La visite est néanmoins impressionnante. En prime, ce soir, les ruines se sont habillées d’éclairages orange et jaune du plus bel effet… On ne pouvait pas rêver mieux pour inaugurer une nouvelle recette de tartare de poisson à la crème d’oursin. Un véritable régal…un grand secret aussi…

 

Dimanche 30 août

 

En escale depuis trois jours dans la baie de Navarinou, nous jetons l’ancre une nouvelle fois dans le nord ouest du golfe. Cette indentation complètement fermée est une véritable petite mer intérieure. Seule la marina de Pilos, dans le sud, est décevante. Eloignée de la ville et encombrée de bateaux ventouses, nous n’y avons passé qu’une seule nuit.

La citée de Pilos quand à elle, est des plus agréable. Sa grande place centrale, ombragée de gigantesques platanes plus que centenaire, est le lieu de vie des habitants de tout âge. Une ambiance chaleureuse, gaie et vivante. Alors que nous rentrons dans une boutique de matériel nautique, le patron nous propose immédiatement un petit rafraîchissement maison à base d’orange. Nous repartons avec un nouveau tendeur pour mon fusil arpon et…une bouteille d’huile d’olive artisanale gracieusement offerte ! Un geste de sympathie purement gratuit de sa part. Il sait que nous sommes marins de passage et qu’il ne nous reverra sans doute jamais. J’aime de plus en plus ce pays, j’aime de mieux en mieux ses habitants. Que de leçons nous auront-ils données à nous, les « biens pensants ».

Nous assistons une nouvelle fois au coucher du soleil sur la lagune qui ferme l’étroit passage qui sépare le golfe de la mer. En extérieur, la houle vient se briser sur les rochers. Nous sommes bien et cette nuit sera sereine, sans aucun doute.

 

Mercredi 2 septembre.

 

Cette fois, la boucle est bouclée ! Demain, nous serons au port de Zakintos d’où nous étions partis en juin 2008 pour gagner le golf de Patras et rejoindre la mer Egée. Que de milles parcourus depuis, que de souvenirs, que d’îles visitées, que de belles rencontres faites !

La dernière en date, c’est Olivier (encore un), découvert ici, dans ce port de Katakolon. Un résident italien de nationalité belge, parti cette année d’Italie pour quelques années sabbatiques à bord de son « rêve de Polynésie », un ancien mais très beau bateau de voyage. Fraîchement débarqués après une longue navigation commencée très tôt hier matin depuis Marathoupolis, nous sympathisons rapidement devant une bière qu’il nous propose de prendre à bord de son voilier en compagnie de son frère. Des informations mutuelles échangées, nous prendrons le train le lendemain pour Olympe. Olympe la mythique, l’originelle, la mère de tous les sports. Située à une cinquantaine de kilomètres du port de katakolon, cette incursion dans les terres par le rail est une première pour nous. La rame est flambant neuve, et les passagers composés d’un mélange de touristes et d’autochtones, les uns allant à Olympe, les autres au marché de Pirgos, grande bourgade à mi chemin. Nous sommes étonnés du nombre de coup de sirène que le conducteur lance au milieu de cette campagne maraîchère. La réponse nous est donné par Olivier : ici, les passages à nivaux ne sont pas protégés ! Un simple panneau « stop » aux intersections…

Quand au site d’Olympe, s’il n’a rien d’extraordinaire par la grandeur de ses monuments historique, il y règne une atmosphère particulièrement magique. Ici sont nés les jeux olympiques dans le même esprit de partage et de fraternité qu’ils le sont encore aujourd’hui, mais sans le poids économique actuel qui les entachent de mercantilisme et d’hypocrisie. Je pense notamment aux derniers en date et je ne peux oublier qu’ici même, des membres de Reporters sans frontière ont été arrêtés pour avoir oser déployer une banderole sur laquelle les anneaux olympiques étaient représentés par des menottes, lors de la cérémonie de départ de la flamme. Un an plus tard, que reste-t-il des promesses des autorités chinoises d’ouverture et de liberté ? L’ombre de la honte qui a planée sur ces jeux a assombri le paysage olympique pour toujours.

Le musée archéologique du site est l’un des plus beaux et des plus intéressants que nous ayons visité…

 

Samedi 5 septembre

 

Nous découvrons un lieu que nous ne connaissions pas malgré notre précédent passage dans le secteur l’année dernière. Il s’agit d’Argostoli sur l’île de Céphalonie. Nous y sommes arrivés ce matin après quelques heures de navigation depuis Zakintos. Située dans le sud ouest de Céphalonie, cette ville qui en est la capitale, est cachée au fond d’un profond fiord, protégé par une pointe érigée d’un phare de style dorique, une particularité de cette île.

La ville, bien que d’architecture récente, est harmonieuse et plutôt sympathique. Entièrement détruite par un tremblement de terre en 1953, elle fut reconstruite au même endroit dans un cadre agréable de verdure. Un marché s’y tient tous les jours et des pêcheurs vendent leurs poissons directement sur le quai. Des tortues marines viennent quémander les invendus à la grande satisfaction des touristes qui les mitraillent de photos. Il faut dire que ces tortues ne sont guère farouches. Se frottant contre le quai et les coques des bateaux, leur carapace est couverte de résidu de peinture de toute couleur…

C’est ici que nous ferons nos adieux à la Grèce, et traverserons la mer Adriatique pour rejoindre le sud de l’Italie. Les conditions météorologiques semblent favorables pour mardi prochain. Deux cents milles nautiques nous attendent, une quarantaine d’heures sur la mer. Pas grand chose, mais une première pour nous… 

 

Jeudi 10 septembre

 

Roccellia Ionicca, Calabre, ses pizzerias, ses gardes côtes omniprésents, nous sommes bien en Italie ! Dire que nous avons effectué une belle traversée serait mentir. Affirmer le contraire ne serait pas juste puisque nous sommes arrivés à bon port, et en moins de temps que prévu ! Mais prétendre que ce fût un plaisir, certainement pas. Trente trois heures de navigation par  grosse houle de travers, avec des creux de quatre mètres, c’est être malade pendant trente trois heures ! Cela correspond aussi à passer trente trois heures sans manger ni boire. C’est enfin arriver dans un état physique tel, que l’on lit l’inquiétude dans les yeux des gens que l’on croise sur le ponton ! On dit que toutes les expériences sont constructives ? Je dirais que l’unique point positif sera ma détermination de ne plus jamais, mais alors plus jamais partir le lendemain d’un coup de vent…

La météo prévoyait vingt cinq à trente nœuds de vent la veille de notre départ et quinze nœuds pour le lendemain. Quinze nœuds de vent par le travers, on ne pouvait rêver mieux. Par mer calme oui, mais pas avec la houle résiduelle d’un coup de vent. Et comme en mer, un problème n’arrive jamais seul, trois heures après notre départ, alors que le vent avait tendance à faiblir et que nous nous appuyions au moteur depuis une heure, un méchant bruit d’échappement sec m’indique, avant l’alarme de surchauffe, qu’il y a un problème de refroidissement de la mécanique ! Il n’y a pas d’alternative possible, je dois mettre le nez dans le moteur, ce que je fais entre deux vomissements… La turbine de pompe à eau, changée en début de saison, présente une anomalie. Le caoutchouc s’est désolidarisé de l’axe qui tourne donc dans le vide. Vingt minutes plus tard, Brigitte relance le moteur tandis que je contribue au remplissage du sceau et par la même, à l’alimentation des espèces aquatiques de la mer Ionienne…

 

Dimanche 13 septembre

 

La pluie semble s’être installée durablement sur la région. Depuis deux jours, les orages se succèdent. Nous sommes amarrés dans cette marina sans attrait, mais qui a l’avantage d’être calme et très bien protégée. Lors de notre précédent passage il y à trois ans, elle était gratuite. Aujourd’hui, il est demandé vingt Euro par jour à tous les bateau et ce, quelque soit leurs  dimensions ! Heureusement, le préposé, policier municipal de titre, n’est guère motivé. Et surtout, il est réglé comme une horloge et passe quémander son dû chaque jour à la même heure. Il suffit de ne pas se trouver sur le bateau quand il se présente. J’ai rarement vu tant de ponctualité chez les marins pour le rendez-vous « bière » au bar du port ! Nous nous y retrouvons tous à dix sept heures, pour une durée dépendant uniquement de l’état d’esprit de notre fonctionnaire…

Un voilier de location de quarante pieds est immobilisé et mis sous scellés depuis jeudi. Il avait été «détourné » par une vingtaine de clandestins en provenance de Libye et désireux de gagner l’Europe. Tous transférés le jour même, nous n’auront aucune autre information sur leur devenir…  

Notre attente dans ce port a une raison. Mon frère Daniel doit nous rejoindre demain soir avec Michel, un autre équipier, breton de son état. Nous convoierons Casalibus vers sa destination finale, le port à sec de Port Saint Louis du Rhône où il sera mis en vente. Brigitte quand à elle, remontera la voiture, chargée d’une multitude de choses accumulées durant ce long périple en Méditerranée.

Nous avons profité de cette halte pour visiter le parc national de la Calabre, et avons loué une voiture pour l’occasion. Cette région de l’Aspromont est saisissante de contraste par rapport au reste du sud de l’Italie. En ce mois de septembre, à 1200 mètres d’altitude, la température est plutôt fraîche et la pluie n’arrange rien. Nous sommes à Gambarie, petite station de ski et la seule je pense, de la Calabre. Arrivés ici en sandale, nous ne tardons pas à investir le premier magasin de sport pour y faire l’achat de deux paires de baskets…Mon inquiétude, le matin même, en quittant le bateau de savoir si notre chambre d’hôtel était bien équipée d’une climatisation, me parait alors bien dérisoire !     

 

Mercredi 16 septembre

 

Il est vingt deux heures. Nous sommes amarrés dans la marina de Riposto. La pluie s’est remise à tomber, mais nous ne nous en apercevons même pas. Nous venons de rentrer dans ce port, à la nuit et à l’estime. Aucun feu d’entrée si ce n’est une minuscule lampe flottante rouge en guise de balise bâbord. Guidés par le bruit des rouleaux qui se brisent sur la plage et la digue, dans une confusion inquiétante. Nous sommes épuisés Daniel, Michel et moi par cette navigation dantesque pour rejoindre ce port de Sicile.

Partis à six heures trente ce matin après de longs adieux à Brigitte sur le quai de Roccellia, nous nous retrouvons en pleine tempête d’équinoxe, à quatre heures de navigation des côtes sicilienne, dans le sud du détroit de Messine. Aucune prévision météorologique n’avait annoncé ce phénomène lorsque nous avons vu le ciel se noircir dans l’ouest et le vent forcir rapidement. Michel est un marin aguerri, mais nous nous inquiétons pour mon frère à qui nous demandons de rester dans le carré. Nous l’occupons à ranger ce qui pourrait tomber et à nous faire passer harnais et cirés, mais le mal de mer a vite raison de lui. Le vent monte toujours et mon inquiétude aussi. Je finis d’enrouler les voiles lorsque notre pilote est arraché de son support. Michel reprend la barre. Nous sommes à sec de toile. Nous prenons la cape alors que des creux de quatre à cinq mètres déferlent sur nous. Le bateau se comporte bien, mais les coups de gîte sont de plus en plus violents. Le mal de mer m’assaille à mon tour. Vomir sous le vent devient impossible et dérisoire compte tenu de sa force. Nous n’avons plus d’anémomètre, mais nous apprendrons plus tard que sur la côte, des rafales ont atteint les soixante nœuds ! Une vague sournoise arrache notre survie et son support fixés sur le roof. Calée contre un chandelier à moitié immergé, il faut faire vite au risque de la perdre. Je me précipite en espérant que la longe de mon harnais sera suffisamment longue pour que je puisse l’atteindre. Nous la sauvons en l’amarrant in extrémiste avec l’écoute de génois. J’ai de l’eau jusqu’aux genoux et j’appréhende l’arrivée d’une autre déferlante qui ferait gîter un peu plus Casalibus et m’enfoncerait par la même un peu plus dans cette mer devenue noir. La visibilité est nulle tant les embruns nous entourent. Nous ne distinguons plus la houle et les vagues  nous surprennent à chaque fois qu’elles viennent nous frapper. J’ai peur mais ne le montre pas ! Par orgueil sans doute, mais aussi pour ne pas aggraver l’inquiétude générale et particulièrement celle de mon frère pour qui cette situation est une première. Aucun signe de panique non plus chez Michel qui restera d’un calme exemplaire durant toute la navigation. Michel dont j’avais fait la connaissance à l’embarquement, la veille seulement et que j’avais recruté d’après deux critères : il m’était recommandé par Guy, équipier sur Casalibus à deux reprise, et amis de longue date, mais aussi pour le seul fait qu’il est marin et Breton ! Je n’aurai jamais à regretter mon choix, à tous les nivaux !           

  

Vendredi 2 octobre.

 

Casalibus est perché sur son ber au chantier naval « Navi Service » de Port Saint Louis du Rhône. Retour à la case départ cinq ans après notre passage dans ce chantier pour le rematage de notre voilier. Ce périple en Méditerranée s’achève ici ! La décision de ventre notre compagnon de voyage est prise, sans regret, sans nostalgie. Une nouvelle page se tourne pour nous. Ce n’est pas la première et encore moins la dernière dans notre vie commune Brigitte et moi, vie commune faite de parenthèses et de changements. Une seule certitude, nous aurons à nouveau un voilier dans un proche avenir…

 

 

 

 

 

Par muzet pascal
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